‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 119 sur 135 · DE LA GENEROSITE. 32T · texte numérisé non relu

DE LA GENEROSITE. 32T

sont en nous et qui sont de nous. Non seulement les vrays chrestiens ont recognu qu'il falloit regarder ces deux sortes de biens qui sont en nous , les uns pour nous humilier, les autres pour glorifier la divine bonté qui les nous a donnez ; mais aussi les philosophes : car ceste parole qu'ils disent, Cognois toy-mesme, se doit entendre non seulement de la cognoissance de nostre vileté et misère, mais encore de celle de Texcellence et dignité de nos âmes , lesquelles sont capables d'estre unies à la divinité par sa divine bonté, qui a mis^ en nous un certain instinct, lequel nous fait tous] ours tendre et prétendre à ceste union , en laquelle consiste tout nostre bonheur.

L'humilité qui ne produit point la générosité est indubitablement fausse : car après qu'elle a dit , Je ne puis rien , je ne suis rien qu'un pur néant, elle cède tout incontinent la place à la générosité de Fesprit , laquelle dit : Il n'y a rien , et il n'y peut rien avoir que je ne puisse , d'autant que je mets toute ma confiance en Dieu qui peut tout ; et dessus ceste confiance elle entreprend courageusement de faire tout ce qu'on luy commande : mais remarquez que je dis, tout ce qu'on luy commande ou conseille, pour difficile qu'il soit : car je vous puis asseurer qu'elle ne juge pas que faire des miracles luy soit chose impossible, luy estant commandé d'en faire : que si elle se met à l'exécution du commandement en simplicité de cœur. Dieu fera plustost miracle que de manquer de luy donner le pouvoir d'accomplir son entreprise , parce que ce n'<'st point sur la confiance qu'elle a en ses propres forces qu'elle l'entreprend , ains elle est fondée sur l'estime qu'elle fait des dons que Dieu luy a faits ; et ainsi elle fait ce discours en elle-mesme : Si Dieu m'appelle à un estât de perfection si haute, qu'il n'y en ayt point enceste vie de plus relevée, qu'est-ce qui me pourra empescher d'y parvenir, puis que je suis tres-asseurée que celuy qui a commencé Tœuvre de ma perfection la parfaira? Mais pre-

nez garde que tout cecy se fait sans aucune présomption , d'autant que ceste confiance n'empesche pas que nous ne nous tenions toujours sur nos gardes, de crainte de faillir; ains elle nous rend plus attentifs sur nous-mesmes , plus vigilans et soigneux de faire ce qui nous peut servir pour Favancement de nostre perfection. L'humilité ne gist pas seulement à nous desfîer de nous-mesmes, ains aussi à nous confier en Dieu ; et la desfiance de nous-mesmes et de nos propres forces produit la confiance en Dieu ; et de ceste confiance naist la générosité d'esprit , de laquelle nous parlons.

La tres-saincte Vierge notre Dame nous fournit à ce sujet un exemple très -remarquable lors qu'elle prononça ces mots : Voicy la servante du Seigneur, me soit fait selon ta parole; car en ce qu'elle dit, qu'elle est servante du Seigneur, elle fait un acte d'humilité le plus grand qui se peut faire, d'autant qu'elle oppose aux louanges que l'Ange luy donne, qu'elle sera mère de Dieu, que l'enfant qui sortira de ses entrailles sera appelle le Fils du Très-Haut, dignité la plus grande que l'on eust peu jamais imaginer ; elle oppose (dis-je) à toutes les louanges et grandeurs sa bassesse et son indignité, disant qu'elle est servante du Seigneur. Mais prenez garce que dés qu'elle a rendu le devoir à l'humilité , tout incontinent elle fait une pratique de générosité trèsexcellente , disant : Me soit fait selon ta parole. Il est vray (vouloit-elle dire) que je ne suis en aucune façon capable de ceste grâce , eu esgard à ce que je suis de moy-mesme; ains en tant que ce qui est de bon en moy est de Dieu et que ce que vous me dites est sa tres-saincte volonté, je croy qu'il se peut et qu'il se fera; et partant, sans aucun doute, elle dit : Me soit fait ainsi que vous dites.

Pareillement, à faute de ceste générosité, il se fait fort peu d'actes de vraye contrition ; d'autant qu'après nous estre humiliez et confondus (îr'vnnt la divine Majesié, en considération de nos grandes iulideiiteZ| nous ne venons pas à faire

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