‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 49 sur 135 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

Conduite particulière pour passer utilement la journée.

1. Le matin, aussi tost que je seray éveillé, je rendray grâces à mon Dieu avec ces paroles du psalmiste royal David * : în matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus ; c'est à dire ; Dès Faube du jour vous serés le sujet de ma méditation , d'autant que vous avés esté ma sauvegarde. Par après je penseray à quelque sacré mystère, signamment à la dévotion des pasteurs , qui vinrent sur le lever de l'aurore adorer le divin poupon ; à l'apparition qu'il lit à nostre Dame , sa douce mère, le jour de sa triomphante résurrection; et à la diligence des Maries, lesquelles, esmeuës de pitié, se levèrent de bon matin pour honnorer le sepulchre du vray Dieu

» Ps. LXII , 7.

1. Excitatus à somno, manè statim in haec verba gratias agam Domino Iieo meo : In matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus» Cogitabo posteà sacrum aliquod mysterium, prsesertim pastorum devo^ tionem, qui in ipsis nasceutis aurorae incunabulis divinum Intantem natum adoraverunt ; ejusdem ( Je^u ) apparitionem , cùin in triumphali suae resurrectionis die dulcissidiSB matri sese ostendit; et Mariarum sedulitatem , qusB, ut vidèrent et venerarentur defuncti vitee Dei corpus, summâ pietate commotœ, valdè mane unà Sabbatorum vene- Tunt ad monumentum»

de la vie trespassé. En suitte de quoi je considereray que nostre amoureux Sauveur est la lumière des Gentilz et la lumière qui dissipe les ténèbres du péché ; et sur quoy faisant ane sainte resolution pour toute la journée, je chanteray avec David * : Mane aclstabo tibi, et videbo, qiioniam non Deûs volens iniquitatem tu es : Je me leveray de bonne heure , et, me mettant en vostre présence, je considereray que vousestes le Dieu auquel desplaisffiniquité; partant je la fuïray Je tout mon possible, comme chose souverainement desaggreable à vostre infinie majesté.

2. Je ne manqueray tous les jours d'ouïr sa sainte messe ; et afin d'assister convenablement à cet inffable mystère, j'inviteray les facultés de mon ame d'y faire leur devoir avec cet excellent verset ^ : Venue et vide te opéra Domini, quœ postât prodigia super terram : Venez voir les œuvres du Seigneur, venez admirer les merveilles qu'il daigne faire en nostre terre ^ : Transeamus usque Bethléem, et videamus hoc verbum quod factum est , quod Dominus ostendit nobis : Allons à l'Eglise , car c'est là où l'on fait le pain supersubstantiel , avec les saintes paroles que Dieu a mises en la bouche des prestres , pour nostre consolation.

» Ps. V, 5. — 2 Ps. XLV, 9. — a Luc, II, 15.

Consequenter ad id considerabo de Salvatore, quôd nempe sit lumem ad revelationem gentium , ut peccatorum fuget tenebras, et illumine^, his qui in umbrâ mortis sedent , ad dirigendos pedes nostros in viam pacis. Sed ad totam diem firmiter statuto consilio, cum Davide canam : Mane adstabo tibi et videbo , quoniam non Deus volens iniquitatesii tu es.

2. Interero quotidie sacro-sancto missas sacrificio; ac ut mystera^ tam ineffabili decenter assistam , invitabo omnes animae meœ facultates debitum ut hîc suum agant : Venite et videte opéra Domini, quœ pQSuit prodigia super terram. Transeamus usque Bethléem, et 'videamus hoc Verbum quod factum est, quod Dominus ostendit nobis. Eamus jn Ecclebiain ; ibi eiiim fit panis supersubstantialis , virtute verborum. quge ad consolationem nostram in sacerdotum ore posuit Deus.

3. Comme îe corps a besoin de prendre son sommeil pour délasser et soulager ses membres travaillés, de mesme est-il nécessaire que Tame ayt quelque temps pour sommeiller et se reposer entre les chastes bras de son céleste espoux , affin de restaurer par ce moyen ses forces et la vigueur de ses puissances spirituelles, aucunement recrues et fatiguées; partant je destineray tous les jours certain tems pour ce sacré sommeil , à ce que mon ame , à rimitation du bien-aymé disciple, dorme en toute asseurance sur l'amiable poictrine, voire dans le cœur amoureux de Famoureux Sauveur.

Or, tout ainsi que par le sommeil corporel toutes les operations corporelles se resserrent tellement dans le corps, qu'elles n'entendent rien par tout au delà d'iceluy; aussi donneray-je ordre que mon ame en ce tems-là se retire tout à fait en soy-mesme , et qu'elle ne fasse autre fonction que de ce qui luy touchera et appartiendra, obéissant humblement au dire du prophète *: Swgite postqiiam sedeintis, qui manducatis panem doloris : 0 vous qui mangés volontiers le pain de douleur, ou en la doleance de vos. fautes, ou en la condoléance de celles du prochain , ne vous levez pas ,

' Ps. GXXVi,2.

3. Sicut indiget somno corpus ad discutiendam membrorum lassitudinem, ità dormiscere aliquandô anima débet, et resumendis viribus castissimos inter cœlestis Sponsi amplexus requiescere. Sacro igitUD huic somno singulis diebus praetigam tempus aliquod, ut anima mea, ad instar dilecti discipuli, in amabili gremio, imô amantissimo amatissimoque amantissimi amatissimique Salvatoris corde dormjat.

Sicut autem per somnum corporeum operationes omnes corpore» restringuntur ad corpus, adeô ut extra Ipsum nullibi inveniautur; it? "spirituaies omnes facultates meas intrà spiritûs limites continebo, humilitep obediendo propbetse dicto : Surgite, postquàm sederitis, qui manducatis panem doloris. 0 vos omnes qui doloris panem libenter comeditis, sive in mœstitiam de peccatis vestris, sive quôd proximi delictis compatiaraini, noUte surgere, nec ad exteriores hujus laboriosi

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n'allez pas aux occupations extérieures de ce siècle laborieux , que vous ne vous soyez au préalable suffisamment reposés en ia contemplation des choses éternelles.

4. Que si, comme il advient souvent, je ne puis trouver autre heure pour ce repos spirituel , à tout le moins desroberay-je une partie du repos corporel pour l'employer fidellement en un si vigilant sommeil. Voicy donc comme je feray : ou je veilleray mesmement dans le lict quelque peu de tems après les autres, si je ne puis faire autrement; ou je m'esveilleray après le premier sommeil; ou bien le matin je me leveray devant les autres , et me ressouviendray de ce que nostre Seigneur a dit à ce propos * : Vigilate et orate, ne intretis in tentationem : Veillez et faites orayson, de peur que vous ne soyez en tentation.

5. Si Dieu me fait la grâce de m'esveiller parmy la nuict, je resveilleray incontinent mon cœur avec ces paroles^: Media nocte clamor factus est : Ecce sponsus venit, exite obviam ei : Sur la minuit on a crié : Yoyla l'espoux qui vient , allez au. devant de luy. Puis, par la considération des ténèbres extérieures, entrant dans la considération de celles de mon ame et de tous les pécheurs, je formeray ceste prière ^ : lUuminare his qui in tenebris et in umbra mortis

» Matlh., XXVI, 41. — 2 ibid., XXV, 6. — s Luc, I, 79.

sœculi occupationes transitote, quin priùs in aeternarum rerum contemplatione suflicienter requieveritis.

4. Si opportunam horam, ut accidit plerumque, non invenero, pai*tem aliquam somni 'îoiporei dedicabo somno tam vigili , hoc scilicet pacte : vel in lectulo aliquantulùm vigilabo, si possibile sit, vel post primum somnum ; vel mane ante alios surgam , et recordabor dictf Domini in rem hanc : Vigilate et orate, ne intretis in tentationem.

5. Si de nocte continuât ut vigilem, expergefaciam cor meum his Terbis ; Media nocte clamor factus est : Ecce sponsus venit , exite obviam ei. Deinde ex tenebrarum exteriorum consideratione ad interiores animai meae et peccatorum omnium transiens, nocte sic orabo : Illumi' nare his qui in tenebris et in umbrâ mortis sedent, ad dirigendos pedes

sedent , ad dirigendos pedes nostros in viam pacis : Hé ! Seigneur, puis que les entrailles de vostre miséricorde vous ont fait descendre du ciel en terre pour nous venir visiter, de grâce, illuminez ceux qui gisent estendus de leur long dans les ténèbres d'ignorance et dans l'ombre de la mort éternelle, qui est le péché mortel; conduisez-les aussi, s'il ^^ous plaist, au chemin de la paix intérieure.

Je tascheray encore de m'exciter , prononçant ces paroles du saint Prophète Roy ^ : I?i noctibus extollite manus vestras in sancta, et benedicite Dominum : Eslevez et estendez de nuit vos mains vers le ciel , et bénissez le Seigneur. Je mettray peine d'effectuer son commandement ^ , quœ dicitis in cordibus vestiis , in cubilibus vestris compungimini : KyG.z repentance, mesme dans lelict, des péchés que vous commettez avec la seule pensée ; ce que pour deuëment accomplir, à l'imitation de cet harmonieux cygne pénitent , lacrymis meis ^tratum meum rigabo , je baigneray ma couche de mes larmes.

6. Par fois je me retourneray à mon Dieu mon Sauveur, et luy diray ^: Ecce non dormitabit, neque dormiet , qui custodit Israël: Non, vous ne dormez ny ne sommeillez

1 Ps. GXXXIIl, 2. — 2 Ps. IV, 5. — 3 Ps. CXX, 4.

nostros' in viam pacis. Heu! Domine, quoniam per viscera misericoV' diœ tuœ visitasti nos oriens ex alto , illumina , quœso , eos omnes qui in ignorantiœ procumbunt tenebris et œternœ mortis , id est peccati mortalis umbrâ involvuntur, et in interioris pacis viam, si placet, dirige.

His prophetse regii verbis me ipsum etiam excitabo : In noctibus exiollite manus vestras in sancta , et benedicite Dominum. Preeceptun» ejus conabor exequi : Quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibua •cestris compungimini. Quod ut perficiam, ad melliflui cycni pœniteiitis iraitationem, lacrymis meis stratum meum rigabo.

6. Ad Deum et Salvatorem meum seepè me convertam , et dicam : £cce non dormitabit neque dormiet , qui custodit Israël. Ita est sanè , à qui animarum nostrarum Israëlem custodis , nunquam dormitas ,

point, ô vous qui gardez Tlsraël de nos âmes. * Diim medîiim silentium tenerent omnia, et nox in suo cia^su médium iter haberet, omnipotens sermo tuus , Domine , a recjalihus sedi" bus venit : Les plus sombres ténèbres de la minuict ne peuvent donner aucun obstacle à vos divins effets. A ceste heurelà vous nasquites de la Vierge sacrée vostre Mère ; à ceste heure-là aussi vous pouvés faire naistre vos célestes grâces dans mon ame, et nous combler de vos plus chères faveurs. Ah ! Rédempteur pitoyable ^ , Illumina oculos meos , ne unquam obdormiam. in w.orte , nequando dicat inimicus meus , Prœvalui adversus eum : Illuminez tellement mon pauvre et aveuglé cœur des beaux rayons de vostre grâce, que jamais il ne s'ar reste en façon quelconque en la mort du péché. Hé! ne permettez pas, je vous prie, que mes ennemis invisibles puissent dire. Nous avons eu barre sur luy. En fin, après avoir considéré les ténèbres et les imperfections de mon ame , je pourray dire les paroles qui sont en Isaye ^ : Custos, quid de nocte? custos, quid de nocte? c'est k dire, 0 surveillant, surveillant, reste-t'il encore beaucoup de la nuictde nos imperfections? et j'entendray qu'il me respondra^: Venit mane , et nox, le matin des bonnes inspirations est venu; pourquoy est-ce que tu aimes plus les ténèbres que la lumière? 1 Sap., XVIII, 15. ~ 2 ps. XII, 4. — ^ Isa., XXI, 11. — * Ibicl., 12.

dormis nunqnam. Dùm médium silentium tenerent omnia, et nox in suo cursu médium iter haberet, omnipotens sermo tuus. Domine, à regalibus sedibus venit. Ad impediendos divinos tuos effectus nullae valent tenebrse : eâ horà iiatus es ox Maria Virgine ; eâdemque in ànimabus nostris cœlestcs tua) gratia) nasci queunt. Eia ! misericors Redemptor, illumina oculos meos, ne unquam obdormiam in morte, ne quando dicat inimicus meus : Prœvalui adversus eum.

Deniùm, postquàm animse meae tenebras et imperfectiones diligenter consideravero, potero ea verba dicere , quae habet Isaïas : Custos, quid de nocte? Custos , quid de nocte "f Et respondentem audiam : Venit mane, et nocc.Venit bonarum inspirationum inanei cur tenebras magis quàm lucem diligis î

7. D'autant que les nocturnes frayeurs ont accoustumé d'empescher telles dévotions, si par fortune je m'en sentois saisy, je m'en delivreray avec la considération de mon bon Ange gardien, disant : ^ Dominns a dextris estmihi, ne com." movear : Mon Seigneur est à mon costé droit , afin que je ne craigne rien: ce qu'aucuns docteurs ont expliqué du bon ange. Je me souviendray de ce verset * : Scuto circumdabit tfiventas ejus, non timebis a timoré nocturno ; l'escu de la foy et ferme confiance en Dieu me couvrira, c'est pourquoy je ne dois avoir peur de chose quelconque. D'abondant je me serviray de ces saintes paroles de David * : Dominns illuminatio mea, et salus mea : quem timehol qui est autant que si on disoit : Le soleil ny ses rayons ne sont pas lumière principale, ny la compagnie ne me sauve pas; mais Dieu seul, lequel m'est aussi propice la nuict comme le jour.

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