‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 5 sur 135 · DISCOURS IL · texte numérisé non relu

DISCOURS IL

Second empeschement : la distraction de l'imaginative.

Plus un chemin nous est cogneu , plus nous le hantons; plus nous y cognoissons de gens , et plus volontiers aussi nous y cheminons , et plus facilement : mais ;ussi par tels chemins nous arrivons plus tard au giste , parce qu'ayant beaucoup de cognoyssances , icy nous parlons à l'un, là à l'autre ; icy nous entrons en la boutique de l'un, là nous nous arrestons avec un ami. Pour la considération de Dieu , nul chemin ne nous est plus battu , connu et familier que celuy des choses corporelles, entre lesquelles nous vivons ; nul n'a en soy plus de facilité, mais aussi nul n'a plus de distractions. Quand je médite Dieu en l'ange, qui est une chose invisible, et qui ne m'est nullement familière, il n'engendre en moy que peu de fantosmes et distractions ; mais si je considère Dieu en l'homme , mon imagination descend de l'universel au particulier, et sous le nom d'homme me représente Pierre , Paul , ou chacun d'eux , lorsque nous faysons telle ou telle ch(K.e. Si bien que tandis qu'en ce chemin qui nous <^5t familier, nous nous arrestons à toutes les boutiques de Dôstre connoissance , ou nous arrivons tard à nostre but , ou jamais.

De mesme que la multitude des songes ne laisse dormir paysiblement , mais fait presque veiller en dormant ; ainsy Torayson arrivée au sommeil de Fextase, qui est comme son giste, elle peut estre appellée elle -mesme sommeil; mais quand elle est interrompue de distractions fantastiques, c'est nu sommeil plein de songes; et lors nostre espoux nous

parle , et vient à nous, mais non pas pour y demeurer et reposer, ains il vient par sauts et eslancemens.

Vox dilecti mei ; ecce iste venit saliens in montibus , transiliens telles.

C'est la voix de mon bien-aymé ; le voila qui vient aux montagnes , saillant et traversant les collines.

Il semble que tantost il vienne, que tantost il fuye.

Similis estdilecius meus capreae hinnuloque cervorum :

Mon aymé-aymé est semblable à un chevreuil et à un faon de cerf.

Maintenant il se montre, maintenant il se cache :

Et ipse stat post parietem nostram ,

Le voila qui se tient debout derrière nos murs;

et qu'il semble qu'il se fasse voir, Respiciens per fenestras , Regardant par les fenestres :

néanmoins la vision n'estant ni bien claire ni bien arrestée , on peut dire que les fenestres ont des barreaux , et qu'il regarde par le treillis ;

Prospiciens per cancellos,

Remède au second empeschement : attention à l'inspiration.

Or il ne faut pas s'ennuyer démesurément en ces distractions, car elles sont conjointes à nostre nature, et nous n'en pouvons estre repris, si elles ne viennent de nostre faute : néanmoins il faut user de remède , qui est de se recueillir souvent , et prester l'oreille pour escouter les inspi- Tations.

En dilectus meus loquitur mihi : Surge, propera^ amica mea, forinosa, et veni.

Voila mon bien-aymé qui m'appelle , et me dit : Leve-toi, Qia bien-aymée , ma colombe , ma belle , et t'en viens : La

ftiisant outre cela ressouvenir de Tinnocence en laquelle elle peut pieusement croire estre arrivée, ne se sentant chargée d'aucun péché mortel. 0 comhien estoit triste l'hyver du péché !

Jam enim hyems transiit ; imber abiit et recessit.

Car desja l'hyver est passé , la pluye s'en est allée.

Il se resjouit de ce que les fleurs de dévotion commencent à sortir et pousser ; Flores apparuerunt in terra nostrâ ;

Oesja les fleurs paroissent en nostre terre. De ce qu'elle a commencé à retrancher les superfluités vicieuses : Tempus amputationis advenit ;

Le temps d'émonder et nettoyer les arbres est venu. De ce qu'ainsi qu'une tourterelle elle fait ouïr sa plainte et son gémissement avec l'orayson :

Vûx turturis audita est in terra nostrâ ,

On a ouï la voix de la tourterelle en nostre contrée.

Mais de plus il se resjouit de ce que desja elle a produit

des fleurs de bonnes œuvres et des odeurs de bon exemple :

Ficus protulit grossos suos : vineae florentes dederunt odorem suum ;

Desja le figuier produit son fruit : les vignes sont fleuries et jettent leur bonne odeur.

Il l'admoneste outre ce de passer plus avant , et de commençante, qu'elle se fasse profitante, luy disant :

Surge, arnica nifc«, speciosa mea , et veni ;

Leve-toy , ma bien-aymée , ma belle , et t'en viens. Et parce qu'es commencemens il semble à l'ame qu'elle soit entre plusieurs diiïicultés, comme entre des pierres ou des -espines :

Cohimba mea in Ibraminibus petrae, in cavernâ maceïiae;

Ma colombe qui est dans les trous de la pierre, et au creux

de la muraille : pour cette cause , il asseure qu'elle ne laisse pourtant de luy estre bien aggreable.

Ostende milii faciem tuam ; sonet vox tua m auribus meis; vox enim tua dulcis , et faciès tua décora.

Hé î monstre-moy ta face ; que le son de ta voix vienne à mes oreilles ; car ta voix est douce , et ta face très-belle.

Ce discours est si doux, qu'il devroit chasser toutes autres pensées itoutesfois si ces pensées reviennent, elle dira comme en songeant :

Capite nobis vulpes parvulas qu© demoliuntup vineas ; nam vinaà nostra tloruit;

Prenés ces petits renardeaux qui fouillent et gastent les vignes ; car nostre vigne est en fleur. Et se réunissant avec son objet, elle dira :

Dilectus meus mihi, et ego iîli, qui pascitur inter lilia, donec aspiret dies, et inclinentur umbrae. Revertere : similis esto, dilecte mî, capreae hinnuloque cervorum super montes Bether.

Mon bien-aymé est à moy, et moy à luy : il se nourrit parmi les lys tant que le jour dure , et jusques à ce que les ombres s'abbaissent. Reviens, mon bien-aymé , et sois semblable à un chevreuil ou à un faon de cerf sur les montagnes de Bether. Et ainsi elle surmontera ce second empeschement.

Second degré : l'ame considère Dieu es choses spirituelles hors

de soy-mesme.

Cette voye des considérations est moins cogoeuë , mais aussi moins sujette aux distractions. Au précèdent degré, il semble qu'on ne trouve pas Uieu, encore qu'on Tait trouvé; mais en celuy-cy on reconnoist incontinent qu'on l'a trouvé.

In lectulo meo per noctes qnaesivi quem diligit anima mea^; quœsivi illum et non inveni ; Surgam , et circuibo civitateni :

La nuict en mon lit (c'est à dire es corps humams qui sont

les îifs des âmes) j'ay cherché cehiy que mon ame ayme , et je ne l'ay point trouvé; je me leveray, et tourneray dans la cité de ce monde ; et courant tantost par les corps terrestres , tantost par les célestes, je l'ay cherché, et ne Tay point trouvé ; au moins les distractions ont esté si grandes , qu'à peine me semble-t'il de l'avoir rencontré.

Per vicos et plateas qU':Eram quem diligit anima mea : quaesivî illum , et non inveni ;

Je chercheray par les rues et par les places celuy que moa ame ayme : je l'ay cherché, et ne l'ay point trouvé.

Mon bonheur a voulu que je me sois souvenue des anges, qui sont comme des sentinelles du monde. Invenerunt me vigiles qui custodiunt civitatem ; Les sentinelles qui gardent la cité m'ont trouvée. Et je me suis résolue de voir si en eux je trouverois la considération de Dieu plus formée.

Num quem diligit anima mea , vidistis?

N'avez-vous point vu le bien-aymé de mon ame ? Au dessus de la nature angelique j'ay trouvé immédiatement la divine.

Paululùm cùm pertransissem eos, iriveni quem diligit anima mea; Un peu après les avoir passés , j'ay trouvé celuy que mon ame aime. Et ce sans distractions sensibles , si bien qu'il semble que je ne le dois jamais perdre. Tenui eum, nec dimittam ;

Je le tiens, et ne le laisseray point aller; jusques â ce que j'entre en la gloire céleste , vraye maison de la nature humaine ma mère, et en sa chambre , c'est à dire, au siège des anges qui m'est préparé : lors à cette vision enigmatique succédera une vision claire :

donec introducam illum in domum matris me©, et in cubiculum gonitricis meee ;

Quand je Tintroduiray (mais plustost, quand il m'introduira) en la maison de ma mère , et en la chambre de celle qui m'a engendrée.

Sainte considération de Dieu es choses spirituelles , laquelle , comme de sa nature elle n'engendre point de fantosmes , aussi n'engendre-t'elle point de songes. La considération du premier degré est plus interrompue ; celle-cy plus stable et plus haute. Donc elle produit tous ses effets avec plus d'excellence, à sçavoir, l'amour plus vif, et l'allégresse plus spirituelle. A quoi Dieu adjoustant sa grâce, deffend avec un soin plus particulier qu'on ne l'éveille, disant : Je vous adjure, ô filles de Hierusalem, par les chèvres et par les cerfs des champs , que vous n'éveilliez ni ne fassiez éveiller ma bien-aymée, jusques à ce qu'elle le vueille.

Adjuro vos, filisB Hierusalem, per capreas cervosque camporum, na; suscitetis, neque evigilare faciatis dilectam, donec ipsa velit.

DISCOURS m.

Troisième empeschement : les louanges humaines,

L'ame s'acheminant de degré en degré en la sainte orayson,

se rend si resplendissante, qu'il est impossible qu'elle ne

soit admirée , et que le monde mesme la voyant au milieu

du désert empestré de tant de péchés , cheminer droit , ainsi

qu'une colomne de parfum oderiferant qui s'esleve vers le

ciel, ne s'escrie :

QuaB est ista, quae ascendit per desertum, sicut virgula fumi ex aromatibus myrrliae et thuris, et imiversi pulveris pigmentarii?

Qui est celle-cy qui marche par le désert, ainsi qu'un rayon de parfums, de compositions aromatiques, de myrrhe, d'encens et de toutes sortes de poudre à embellir? Or cet applaudissement est un venin caché et doucereux, qui^fait bien souvent que les plus saints et dévots perdent leur justice et leur dévotion.

Remède au troisième empeschement : estre attentif aux lodanges de Dieu.

Quiconque entend ses propres louanges , qu'il se tourne vers celles de Dieu; qu'il persuade à celuy qui le lotie de ne vouloir louer une chose de si petit mérite ; mais qu'il esleve les louanges à Dieu, de nostre bassesse et petitesse. Que s'il ne peut si tost arrester ses yeux sur la Divinité, qu'au moins il lotie Jesus-Christ homme, nostre vray Salomon, et ce principalement en trois choses, la chair, la croir^, la gloire, disant : Voyés combien est digne sa chair , lict de sa divinité et de son ame, entourée de plus de soixante vaillants soldats qui la deffendent contre quiconque de nuict pourroit lui faire peur ; cette chair qui n'est point inclinée au péché comme la nostre ; mais par l'union hypostatique , et par l'empire qu'elle tient sur les anges, est du tout asseurée et impeccable.

En lectulum Salomoiiis sexaginta fortes ambiunt de fortissimis Israël, omnes tenentes gladios, et ad bella doctissimi : uniucusjiisque ensis super fémur suum , propter timorés nocturnos :

Voicy que soixante hommes des plus forts d'Israël entourent le lit de Salomon, tous tenant des glaives, et bien duis à la guerre ; chacun desquels tient son espée droitte sur sa cuisse , pour les craintes de la nuict.

Quant à la Croix, ô qu'elle est sainte! Elle est de bois, mais du bois du Liban , c'est à dire incorruptible.

Ferculum fecit sibi rex Salomon de lignis Libani ;

Le roi Salomon s'est fait une littiere de bois du Liban.

La justice et la miséricorde sont les deux colomnes qui soutiennent cette croix.

Columnas ejus fecit argenteas , reclinatorium aureum ;

Il a fait des colomnes d'argent; l'appuy ou reposoir en est d'or : dautant que tout en est fait pour conduire les âmes à ia gloire.

■ ascensimi puppirreum,

La montée est de pourpre : car il ne nous conduit à Ix gloire que par son sang , et tout cela pour les anies de VEgîise, dont il est dit orné de charité au milieu pour les filles de II ie ru sale m.

Media charitate constravit propter filias lîiemsalem. De là s'ensuit pour ce Seigneur la couronne de la gloire de sa résurrection et ascension, laquelle doit ravir tout le monde à sa louange.

Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem iii diademate quo coronavit euin mater sua in die desponsationis illius, et in die laetitisB cordis ejus :

Sortes , filles de Sion , et voyés le roi Salomon avec le diadème duquel sa mère l'a couronné le jour de ses espousailles et le jour de la joye de son cœur.

Troisième degré : l'ame considère Dieu en elle-mesme.

Doncques l'ame rejettant ses louanges en celles de Dieu, prend soin de se parer en toutes ses parties pour plaire à celuy que seul elle estime digne de toutes louanges. Or ses parties mystiques sont les yeux, c'est à dire, les intentions qui la meuvent; les cheveux, c'est à dire les affections, amours, haine, désir, et autres qui, comme les cheveux, ne sont ny bonnes ny mauvaises, sinon en tant qu'elles sont employées au bien ou au mal; les dents, c'est à dire les sens qui mâchent toutes les viandes qui doivent entrer en festoncach de l'entendement; les lèvres et le parler, c'est à dire Ibo pensées, qui en façon de paroles intérieures pruduisent des discours insensibles; les joues sont les deux puissances raisonnables qui sont l'entendement et la volonté; le col, la lorce irascible qui rechasse et repousse les empeschements ; les niammelles sont les deux actions de la concupiscible , suivre ie Inen , fuyr le mai.

Tout cela doit estre orné et embelly, afin (^ue Uieu aymé

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famé , et qii*il puisse dire : Que tu es helle ma bien-aymée , que tu es belle î Quàm pulchra es, arnica mea, quàm pulchra es! Les intentions doivent estres simples, pures et intérieures, sans qu'on puisse dire que Fune soit au dehors, et Fautreau dedans, et qu'elles soient louches et diverses. Tes yeux sont de colombe , sans ce qui est caché au dedans ;

Oculi tui columbarum , absque eo quod intrinsecus latet. Les affections ne doivent estre esparses, mais serrées et unies comme un troupeau sous la houlette du souverain pasteur. Tes cheveux sont comme des troupeaux de chèvres qui viennent du mont Galaad ;

Capilli tui sicut grèges caprarum ^ duad ascenderunt de monte Galaad.

Les sens doivent estre gardés comme en prison , ainsi que les dents sous les lèvres , ou comme brebis nouvellement lavées , et leurs jumeaux , c'est à dire Fapprehensive et Fappelitive se doivent tenir rangées et réglées.

Dentés tui sicut grèges tonsarum, quse ascenderunt de lavacro : omnes gemellis foetibus , et sterilis non est inter eas : ' Tes dents sont comme troupeaux de brebis freschement tondues qui retournent du lavoir, chacune avec deux jumeaux, et pas une d'elles n'est stérile. Les pensées doivent estre si bien accommodées , que toutes les conceptions soient teintes au sang du Sauveur, et les paroles et discours pleins de douceur et profit pour le prochain. Sicut vitta coccinea , labia tua, et eloquium tuum dulce ; Tes lèvres sont comme une bande de couleur pourprk.^ , et ton parler est bien doux.

L'entendement et la volonté monstreront d'entendre le tien, et le vouloir faire; et comme en une grenade ouverte, tout y sera découvert, rien n'y paroistra laid et desaggreable ; et ces deux puissances seront tousjours humbles et assujetties.

Tes joues sont comme une grenade entamée , sans ce qui

est caché au dedans ;

Sicut fragmen mali punici, ita genee tuae, absque eo qaod intrinsecùs latet.

L'irascible sera si vaillante contre les tentations, qu'on pourra dire :

Sicut turris David collum timm , quse aedificata est cum propugnaculis : mille clypei pendent ex eâ ; omnis arniatura fortium ;

Ton col est comme la tour de David , bastie avec des boulevarts : mille boucliers sont pendus en icelle , et 'toutes sortes d'armes pour les hommes forts.

Et quant à la concupiscible , elle aura son désir du bien, et sa fuitte du mal, si simples, qu'on pourra dire :

Duo ubera tua, sicut duo hinnuli capreee gemelli, qui pascuntur in liliis ;

Tes deux mammelles sont comme deux faons de chèvres que l'on fait paistre entre les lys :

Enfin l'Espoux , qui dés son ascension est allé à la montagne de la myrrhe et à la coline de l'encens au ciel à la dextre du Père , comme il l'avoit prédit :

Donec aspiret dies, et iuclinentur umbrae, vadam ad montem myrîhae et ad collem thuris ;

Devant que le jour décline, et que les ombres s'abbaissent^ j'iray à la montagne de la myrrhe et à la coline de i' encens;

il louera l'ame disant :

Tota pulchra es , arnica mea , et macula non est in te ;

Tu es toute belle, ô bien-aymée, et il n'y pas une petite tache en toy ; et l'invitera de passer de la Hierusalem militante à la triomphante , disant :

Veni de Libano, Sponsa mea ; veni;de libano, veni ;

Viens du Liban, mon Espouse; viens du Liban, viens; et promettra les couronnes et sièges dont furent chassés les démons.

Coronaberis de capite Amaiia, de vertice Sanîr et Hermon, de cubilibus leonum, de montibus pardorum ;

Tu seras couronnée du haut du mont Amana, du coupeau de Sanir et d'Hermon, des sièges des lions, des montagnes clés léopards.

Tous ces ornemens sont aggreables à Dieu , mais surtout la netteté et la pureté d'intention , qui doit estre si grande, que toutes nos fins se réduisent à une fin, toutes nos intentionsà une intention , tous nos désirs à un désir d'aimer et servir Dieu , en sorte qu'il n'y aye plus qu'un œil :

Vulnerasti cor meum , soror mea , sponsa ; vulnerasti cor meum in imo oculorum tuorum ;

Vous avez navré mon cœur, ma seur, mon Espouse; vous avez navré mon cœur avec un de vos yeux ; et qu'il n'y ait plus qu'un cheveu , dont il s'ensuit :

Et in uno crine collitui.

De l'un des cheveux de votre cou.

L'intention estant bien dressée avec le désir, les mammelles de la concupiscence seront bien ordonnées :

Quàm pulchraB sunt mammae tuae , soror mea, sponsa ! pulchriora «unt ubera tua vino ;

Que tes mammelles sont belles, ma seur, mon Espouse ! tes mammelles sont plus belles que le vin. Les exemples en seront de bonne odeur.

Et odor unguentorum tuorum super omnia aromata ;

L'odeur de tes parfums est par dessus toute composition aromatique. Les pensées et paroles seront tres-devotes et douces :

Favus distillans labia tua, sponsa : mel et lac sub linguâ tuâ ;

Tes lèvres sont un rayon de miel qui distille : ce qui est dessous ta langue, est laict et miel. Les actions seront trèsexemplaires.

Et odop vestimentornm tnorum dcut odor thnrîs;

L'odeur de tes vestemens est. comme Todeur de Fencens.

Disons ainsi : les actions appartenantes à une ame sont intérieures ou extérieures. Les extérieures se font par le commandement des intérieures; et quant aux intérieures, il faut qu'elles soient serrées en Dieu, sans que le monde les voye. C'est pourquoy il dit :

Hortus conciusus, soror mea , sponsa; hortus conclusus , fons signatus,

Un jardin clos est ma seur, mon Espouse ; elle est un jardin clos et fermé; elle est une fontaine scellée. Et quant aux extérieures, il faut qu'elles soient comme un beau paradis :

Emissiones tuai paradisus malûrum Dunicorum cum pomorum fructibiis, Cypri cum iiardo;

Nar.lus et crocus , fistula et cinnamomum uum universis lignis Libani, myrrha et aloe cum omnibus primis unguentis.

Ce que tu envoyés et mets dehors est comme un paradis auquel on void toutes vertus de grenades , de fruits des pommiers, de baume, du nard et saffran, sucre et canelle, et toutes sortes de fruits des arbres du Liban , myrrhe et aloës, avec toutes sortes des plus excellents parfums. En somme, l'ame est une fontaine de bonnes œuvres qui saillent jusques au ciel avec impétuosité, pareille à celle des eaux qui viennent du Liban :

Fons horlorum, puteus aquarum viventium, quœ fluunt impetu de Libano ;

La fontaine des jardins , le puits des eaus vives qui fluent impétueusement du Liban.

Mais en tout cecy deux choses sont requises : de la part de Dieu , qu'il chasse la bise des tentations , et qu'il envoyé le vent du rnidy de sa grâce prévenante, disant :

Surge, Aquilo, et veni, Auster : perfla hortum meum/ et fluant «romata illius;

Fuy, Aquilon; et viens, ô Midy ! souifle en mon jardin,

et 'kîs odeurs J^ccliiy s'espaiidront. De la part de Tame , qu'elle accepte cette grâce, et coopère, disant . Veni.it dilectiis meus in hortum suum, et comedat fructum pomo-

Que mon hien-aymé vienne en son jardin , et qu'il mange du fruit de ses pommiers.

Ainsi, après la myrrhe de pénitence, Dieu tirera l'ame par le moyen des saints exercices aux odeurs aromatiques de l'orayson , avec du miel, du lait, et du vin de méditation, d'amour et de contemplation ; mais contemplation telle , qu'elle produira des gousts, allégresse^' et extases, qui nonseulement estancheront la soif, mai.^ .-nivreront; et notre Seigneur pourra dire :

Veni in hortum meum, soror mea, sponsa : Messni mynliam meain cum aromalibus meis : comedi favum cum melle mcv. , Ijil.i viiium meum cum lacté meo ; Comedite, amici^ et bibite ; et in.'briamini, charissimi :

Voici que je t'attens. Viens en mon jardin, ma seor, mon Espouse. J'ay cueilli et moissonné ma myrrhe avec mes fleurs et odeurs tres-suaves; j'ay mangé un rayon de miel avec du miel mesme, et bu mon vin avec mon lait. Mangés, mes amis, buvés; enyvrés-vous, mes tres-chers.

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