TRAITÉ VIII
Exercice du deâpouillement de soj-tnesme.
i , Demeurés fidellement invariable en ceste resolution dô vous tenir en la très-simple unité et très-unique simplicité de la présence de Dieu, par un entier despoùillement et r^ mise de vous-mesme entre les bras de sa ties-sainte volonfe; Et toutes les fois que vous xrouverés vosire esprit hors de cet aggreable séjour, ramenés-Fy doucement, sans faire pourtant des actes sensibles de l'entendement ny de la volonté ; -car cet amour de simple confiance , ceste remise et repos de Tostre esprit dans le sein paternel de la divine bonté , comprend excellemment tout ce qu'on peut désirer pour plaire à Dieu.
2. Demeurés ainsi sans vous divertir, pour regarder ce que vous faites, ce que vous ferés, ou ce qui vous adviendra en toutes occurrences. Ne philosophes point sur vos contradictions et afflictions ; mais recevés tout de la main de Dieu sans exception, avec douceur et patience, acquiesçant en tout €t par tout à sa tres-adorable volonté. Si vous appercevés naistre en vous quelque soing ou désir, despoûillés-vous-en soudainement, et le remettes en Dieu , protestant ne vouloir que luy et l'accomplissement de son bon playsir.
3. Tenés-vous donc en: la tres-sainte solitude et nudité avec Jesus-Ghrist crucifié; laissés-vous réduire à Famiable pureté et nudité des enfans, afin que le débonnaire Sauveur vous prenne meshuy entre ses bras, comme S. Martial, pour vous porter à son gré à l'extrême perfection de son amour. Courage ; car s'il vous despoùilloit mesmement quelquefois des consolations et sentimens de sa présence , c'est affin que sa présence mesme ne tienne plus vostre cœur, mais luy seulement et son divin playsir, ainsy qu'il fît à celle qui le voulant embrasser et se tenir à ses pieds, fut renvoyée
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ailleurs ^ : « Ne me touche point , dit-il; mais va , dis-îe k
» Simon et à ses frères. »
4. 0 que bienheureux sont les nuds î car nostre Seigneur les revestira ^ : « Demeurez-là, dit-il à ses apostres, jusques » à ce que d'en haut vous soyez revestus de vertu. )> 0 que bienheureux sont ceux lesquelz se despoûillent mesme du désir des vertus et du soing de les acquérir, n'en voulant qu'à mesure que l'éternelle largesse les leur communiquera et les employera à les acquérir 1 0 qu'Adam et Eve estoyent heureux tandis qu'ils n'eurent point d'habits! Il y a long-tems que j'ay une suavité nompareille quand j'oy chanter ce respons ^ : «Nud je ^uys sorty du ventre de ma mère, et nud je » retourneray là; le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me » l'a osté , le nom du Seigneur soit beny. » 0 que bienheureux fut l'ancien Joseph, qui n'avoit ny boutonné ny agraffé sa robe, de sorte que quand on le voulut attraper par icelle, il la lascha en un moment !
5. Admirés la sacrée amante des Cantiques, laquelle tient à un grand bonheur d'estre dénuée de toute compagnie pour estre seule avec son seul roy, et luy dire * : «Mon bien-aymé » est à moy, et moy je suis à luy. » Voyez la glorieuse Vierge et S. Joseph s'en allans en Egypte : en la pluspart de leur dévot voyage, ils ne voyent personne , sinon leur doux Jésus. C'est la lin de la transfiguration , que de ne voir plus ny Moyse ni Elie , mais le seul Jésus. J'admire avec contentement le Sauveur de nos âmes sortir nud du ventre et du sein de sa Mère, et mourir nud sur la croix , puis tout nud remis au giron de sa bénite Mère pour estre ensevely. J'admire lia tres-aymable Vierge Mère , laquelle nasquit nuë de maternité , et fut dénuée de ceste maternité au pied de la croix , et pouvoit bien dire : Nuë j'estois de mon plus grand bonheur quand mon filz vint en mes entrailles , et nuë j'en suis maintenant , quand je le reçois mort entre mes bras. Le
'» Joan., XX, 17. — ? Luc , XXIY, 49. •• » Job, I, 21, 22. — * Gant., II, 16.
Seigneur me l'a donné , le Seigneur me l'a osté , le nom du Seigneur soit beny. Vive Jésus dénué de père et de mère sur la croix ! vive sa tres-sainte nudité ! Vive Marie dénuée de son Filz au pied de la croix ! vive sa sainte nudité ! Et à vous , âmes dévotes , je dis comme* il fut dit à Isaye : Marchez et prophétisez toutes nues ; et comme il fut dit à ceste auguste reyne dont parle le Prophète Roy ^ : « Oyez , ^) ma fille et considérez : prestez l'oreille , oubliez la peuy> plade de toutes vos affections et la mayson de vostre J) père; car le roy a convoité vostre nudité et simplicité. »