‹ Œuvres complétes Volume 3Chapitre 63 sur 135 · TRAITÉ IX · texte numérisé non relu

TRAITÉ IX

Exercice du parfait abandonnement de soy^mesme entre les mains de Dieu.

1 . Non seulement en Forayson, mais encore en la conduitte de vostre vie , marchés invariablement en esprit de simplicité, abandonnant et remettant toute vostre ame, vos actions et vos succès au bon plaisir de Dieu par un amour de parfaitte confiance , vous délaissant à la mercy de l'amour éternel que la divine providence a pour vous. Tenés vostre ame ferme en ce train, sans permettre qu'elle se divertisse à faire des retours sur elle-mesme pour voir ce qu'elle fait , ou si elle est satisfaite. Car, helas! nos satisfactions et consolations ne satisfont pas les yeux de Dieu , ains elles contentent seulement ce misérable amour que nous avons de nous-mesmes, hors de Dieu et de sa considération.

^i. Certes , les enfans qrQ iiostre Seigneur nous inculque devoir estre le modèle de nostre perfection , n'ont ordinairement aucun soing , sur tout en la présence de leurs père et mère : ils se tiennent attachés à eux , sans se retourner à regarder ny leurs satisfactions ny leurs consolations, les- ■quelles ils prennent à la bonne foy, et en jouyssent en sim-

» Ps. XLIV, 11, 12.

plicité , sans curiosité quelconque d'en considérer les causes^ ny les efTetz, l'amour les occupans assez. Ainsi celuy qui est bien attentif à plaire amoureusement à l'amant céleste , n'a ny le cœur ny le loisir de se tourner sur soy-mesme , son esprit tendant continuellement du costé que l'amour le porte et emporte. Les amantes spirituelles, espouses du roy celestej se mirent voirement de tems en tems , comme de simples colombes auprès des eaux crystallines , pour voir si elles sont bien ajancées au gré de leur divin amant ; et cela se fait es examens de consienee , par lesquelz elles se lavent , se purifient et ornent au mieux qu'elles peuvent; non pour se satisfaire , non pour désir de leur progrés au bien , non pour estre parfaittes ; mais seulement afin d'obeïr à leur espoux , à cause de la révérence qu'elles luy portent , et à rayson de l'extrême désir qu'elles ont de luy donner ce contentement. Mais n'est-ce pas un amour bien pur et bien simple , puis qu'elles ne se purifient pas pour estre pures, elles ne se parent pas pour estre belles , mais seulement pour plaire à leur unique amant , auquel , si la laydeur es toit aussi aggreable que la beauté , elles l'aymeroyent autant que la beauté ? et si ces bien-aymées colombes n'employent pas un soing empressé à se parer ; dautant que la confiance que leur amour leur donne en l'amour et en la bonté dedeur amant , leur oste tout empressemeat et deffiance de n'estre pas assez belles ; outre que le désir d'aymer, plustost que de se parer et préparer à l'amour, leur retranche toute curieuse solicitude , et les fait contenter d'une douce et fidelle préparation , faite amoureusemen. et de bon cœur.

3. S. François d'Assise , envoyant ses enfans en voyage ^ leur donnoit eet advis au lieu d'argent et pour toute provision * : (( Jettes vostre soing en nostre Seigneur, et il vous )> nourrira. » Je vous en dis de mesme , ô âmes (Je votes : jettes bien tout vostre cœur, vos prétentions, vos sollicitudes

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et VOS afFections dans le sein paternel de Dieu , et il vous conduira, mesme il vous portera où son saint amour vous veut. Oyez et imitez Tamoureux Rédempteur, lequel chante les souverains traits de son amour sur l'arbre de la croix , et les conclud tous en disant : * « Mon Père , je recommande mon » esprit entre vos mains. » Apres que nous aurons dit cela, que reste-t41 plus, sinon d'expirer et mourir de la mort d'amour, ne vivans plus à nous-mesmts , mais Jesus-Christ vivant en nous? Or si vous venés à vous embarquer dans l'exercice de ce saint abandonnement sans vous appercevoir de vostre progrés , vous avancerés un grand païs , comme font ceux qui cinglent en haute mer sous un vent propice , lesquelz s'estant abandonnés à la conduite du nocher, ne se donnent de garde qu'ils ont desja fait beaucoup de chemin.

4. Heureuse l'ame qui s'abandonne entièrement au soing que la tres-sage providence du Créateur a pour elle ; car elle recevra sans inquiétude les divers accidens qui luy arriveront , elle ne se troublera point de ses journalières imperfections. Le naturel amour du sang , des amis , des convenances , des bienséances , des correspondances , des sympathies , des bonnes grâces , voire des grâces surnaturelles , sera purifié en elle, et réduit à la parfaite obéissance du pur et bon playsir de Dieu. En quelque événement que ce soit, elle prononcera de cœur ce saint acquiescement du Sauveur - : Ci Oùy, mon Père , car ainsi il a esté aggreé devant » vous. »

5. Sur ces fondemens, abandonnons et délaissons-nous dous-mesmes dans le fond du cœur percé de nostre doux Jésus : soit fait de nous et en nous selon le bon playsir roya^ de ce cœur souverain, auquel, par lequel et pour lequel nous voulons vivre et mourir, ainsy et quand il luy plaira, sans réserve et sans exception quelconque.

Fuit le jeudy saint, l'an mil six cent seize,

* Luc, XXIU, 49.— 2 Matth., XI, 26.

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Vive Jésus qui est mort pour nostre cœur! qu'à jamais nostre cœur meure pour vivre éternellement de Taraour de ce doux Sauveur, duquel l'amour est en sa mort, et la mort en son amour.

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