‹ Œuvres complètes, Volume 3Chapitre 25 sur 28 · COCHIN. TOME III · texte numérisé non relu

COCHIN. TOME III

6lO OEUVRES DE COClUiX.

le vicaire de Saint-Roch ëtant venu pendant celte ope^ ration , il ne put voir la malade y et qn après avoir averti le sieur Saraou des conséquences que pourrait avoir cette affaire , il se retira en se plaignant tiautement de son protèdé ; que la garde ^||^vait ëtë envoyée le matin par la daioe de Canji^Tnit renvoyée jusqu'à six heures du soir pour avoir la liberté de faire taire le testament pendant cet intervalle.

Il n'y a aucune de ces circonstances qui ne soit parfaitement lostifiëe. Le sieur Sardou, au coatraire, J)rëtend qu il suffit que la dame de Cangë ait vu tme bis sa nièce , et madame de Mondion une fois sa soeur, pour qu'on ne puisse plus Faccuser d'obsession ; comme si deux visites aussi courtes pouvaient balancer l'effet de la présence continuelle du sieur Sai*dou jour et nuit. D ailleurs en est-il moins certain que c'est lui quia envoyé chercher deux notaires incoi;uius à la demoiselle de Cholloy , et qu'on a écarté son notaire ordinaire aussi- Iwen que la garde ? Car de dire que c'est la demoiselle de Cholloy elle-même qui a renvoyé la garde, c'est une excuse bien frivole, puisqu'il est évident qu'elle ne faisait en cela que déférer aux inspirations du sieur Sardou qui réglait tout dans la maison depuis long-temps, et qui jouissait pendant la maladie d'un empire encore plus absolu.

Si l'on a fait attendre long-temps madamede Mondion, si le vicaire de Saint-Roch n'a pas pu voir la malade, dit-on, c'est qu'alors la demoiselle de Cholloy était occupée à faire son testament. Mais ce testament éiait-it une pi^ce si nécesswe , que pour le &ire il fallût fermer la porte , et à la famille et^fox, ministres de l'église ? Cela pouvait être nécessaire ,|k)ur le sieur Sardou , mais la chose en elle-même n'avait rien d'indispensable : cen'^ donc qu'à la cv^pidité du sieur Sardou qu'on a sacrifié les devoirs de la naliire et de la religion.

Il n'y a, dit-il, que Casimir qui dépose que je sois resté 4ans la chambre avec les notaires, qu'en e'tfnt sorti j'y sois rentré et y sois demeuré des quarts d'heure de suite ; et quand cela serait , çdntinue-t-il, il resterait à savoir si ce ne serait pçis po^r des faits étrangers au

TflOISïÈJWE PARTIE. 6ll

testament. Mais premièrement , on verra par les informations que Casimir n'est pas le seul qui dépose de ces faits. Secondement , on peut dire que le sieur Sardou convient lui - même de ces faits , puisqu'il se réduit a former un problème sur les intentions qu'il avait en rentrant et demeurant dans la chambre. Qui peut savoir, dit-il, si ce n'était pas pour des fait^ étrangers au testament ? Mais si l'intention par elle-même pouvait être équivoque , l'effet dont ces démarches ont été suivies dissiperait bientôt un pareil doute. Au surplus, les règles ne permettent pas aux notaires d'admettre des étrangers dans la chambre où ils reçoivent le testament , et tout ce qui se lait contre les règles ne peut jamais se faire par des motifs innocens et légitimes. (Jette circonstance seule justifie donc qu'il n'y a eu aucune liberté de la part de la testatrice, et que c'est le , sieur Sardou qui a labriqué le testament en présidant à sa rédaction.

Après tout , quelle cause assez pressante pouvait appeler le sieur Sardou dans la chambre , quand on ne voulait pas y laisser entrer le vicaire de ^aint-Roch ? Le sieur Sardou et Julie étaient -ils des personnages si importans , qu'ils eussent plus de privilège que le supérietu* ecclésiastique ? Toutes les excuses des accusés ne .peuvent donc affaiblir la vérité des faits , ni la force des conséquences qui en résultent. Ajoutons que Chambery frotteur , dépose que le jour même du testament , et la veille de la mort , le sieur Sardou lui dit qu'il avait engagé la demoiselle de Cholloy à lui faire une pension de 5o liv. ; comment le iieur Sardou pouyait-il savoir celte disposition s'il n'aVait pas été présent à la rédaction? Comment se faisait-il u^ mérite auprès de Chambery de ce legs, s'il ne s'avoUait pas lui-même Fauteur du testament? Mais, dit-il ^ c'est un témoin unique wr ce &it ; et ^uand j'aurais recommandé Cbambery à la générosité de la demoiselle de Cholloy , ce ne. serait pas là un trait de séduction ; on peut exciter une volonté libre sans la contraindre.

Ces distinctions métaphysiques ;^onti)onnes à exercer des esprits su]:)tils; mais ^q toud^ d^ raveumêipe du

6X2 OEUVRES DE CÔCHIN.

sieur Sardou, il a donc au moins excité la demoiselle de Gholloy dans une partie de son testament. Mais les inspirations d'un directeur en possession depuis longtemps d'un empire absolu , ne génent-elles point la Ûbertë, et, ne dëgënèrent-elles pas dans une contrainte dont il est impossible de secouer le joug? Qu'il ait excite de même la génërositë de la demoiselle de Cholloy pour lui Êdre taire le legs de 2000 liv. de rente et pension viagère à Julie et Tonton , il n'en faut pas davantage pour le déclarer nul et suggéré. Les distinctions subtiles des écoles sur ce qui est de l'essence de la liberté, et sur ce qui rend les actes plus ou moins volontaires sont ici déplacées ; laissons le sieur Sardou se perdre dans de pareilles dissertations; les règles de la justice la conduisent par des routes plus sûres , et ne lui permettront jamais de confirmer des dispositions qui 'sont évidemment des effets de la contrainte et de la suggestion.

Mais quand à toutes ces circonstances on ajoute la privation des derniers sacremehs de l'église , non-seulement on est saisi d'horreur contre l'indignité d'un prêtre qui s'est rendu coupable d'une pareille prévarication; mais on sent bien qu'il n'y a eu que des vues d'intérêt qui aient pu le déterminera manquer aux premiers devoirs de son état. Ici les preuves accablent le sieur Sardou; cependant il essaie de se justifier sur ce fait avec une audace qui ajoute encore à l'énormité de sa feute. Le testament , dit-il , ne pouvait pas faire un obstacle a l'administration des sacremens , il était fini le 20 mars à deux heures après midi , et la testatrice n'est morte que le 2 1 à six heures du matin; il y avait plus de temps qu'il n'en fallait dans un pareil intervalle pour satisfeire à ce qu'exige la i^eligion; et si l'on ne l'a pas Eût cest qu'on n'imaginait pas que la maladie dût avoir une si triste et si prompte révolution. Il est injuste, dit-il, » faire un crinae à l'humanité de n'avoir pas le don surnaturel de prophétie et de divination. Faisons voir toute l'illusion de ces réponses ; nous sonunes ici sur un pomt trop important pour le passer légèrement.

On conviendra toujours que le sieur Sardou a eu

plus de temps qu'il n'en fallait pour faire recevoir les sacremens à la demoiselle de Cholloy. Pourquoi donc n'a^t-il pas profite d'un temps si précieux? On voit bien que d'abord il n'e'tait occupé que de l'objet du testament ; il fallait le temps de préparer et de disposer la malade à cet ouvrage , d'exciter sa générosité pour ceux que le sieur Sardou avait en vue; et^ ce n'est

i)as l'ouvrage d'un moment. Livré à cet objet , qui seul 'intéressait , le sieur Sardou ne pensa aux sacremens que pour en détourner l'idée. Il est vrai que le testament lut fait le 20 mars, et qu'il y aurait eu encore assez de temps pour procurer à la demoiselle de Cholloy les secours de l'église ; mais un testament n'est point un acte irrévocable. Le curé et le vicaire de Saint- Roch qui seraient venus pour l'administration des sacremens , et qui auraient découvert ou soupçonné du moins les manœuvres de ceux qui entouraient la demoiselle de Cholloy , auraient pu lui faire faire des réflexions , et enlever aux coupables le fruit de leurs intrigues. H fallait donc leur interdire tout accès auprès de la deuLoiselle de Cholloy : il fallait demeurer maître du champ de bataille , pour que la victoire n'eût point de retour funeste. Ce n'est pas le temps , on en convient , qui a manqué au sieur Sardou , c'est la volonté. Il fallait d'abord faire faire le testament ; il ne fallait pas ensuite compromettre un ouvrage si chéri et si précieux, et dans tous les temps on a sacrifié la reUgion à l'intérêt et à la cupidité.

Mais je ne prévoyais pas, dit-il, une inort si prochaine. Ferez-vous un crime à l'humanité de n'avoir pas le don de prescience? Non sans doute. Mais Êdson^ à notre tour deux questions 'au sieur Sardou. 1° Faut-il donc connaître avec certitude que la mort approche pour faire recevoir les sacremens à un malade ? Le sieur Gaulard, médecin, dès le 18 , jour de sa première visite, avait averti le sieur Sardou que la demoiselle Cholloy était en danger, et qu'il fallait penser aux sacremens. Quand un médecin débute par-là , ceux qui entourent la malade peuvent-ils demeurer tranquilles ? Et quand la ipalade pourrait se rassurer elle-même sui^

6l4 OEUVRES DE COCHIN.

son eiat , quand les assislans pourraient même en juger favorablement, Fopitiion seule du me'decin n'exige-i-elle

Eas au moins que Ton prenne la voie la plus sûre? Le ruit du danger se répand , le cure envoie un de ses vicaires. Ce minisire revient le lendemain ; tant Jaciivitë et de zèle ne devait - il pas réveiller le sieur Sardou ? Attendait-il que la demoiselle de Cholloy fut à Fagonie pour lui pre'senter les secours de Fëglise r Non: on voit bien que ce n'est ni ignorance ni aveuglement de sa part ; tout lui parlait , mais il ne voulait rien entendre.

2** S'il ne prévoyait pas la funeste catastrophe du 21, $11 ne croyait pas la malade en danger , pourquoi donc lui fait-il faire son testament le 20. Il y a là un contraste qui démasque Thypocrisie et l'artifice. Le sieur Sardou a une extrême attenlion , dès le 20 mars au matin , d'envoyer chercher deux notaires. Il fait venir le sieur Verbery, le charge de les amener, les introduit, fes fait rester pendant quatre heures auprès de la ma* lade; pourquoi n'envoie-t-il pas chercher de même le cure , le vicaire de Saint-Roch , et ne les engage-t4

{)as à ap'porter les sacremetis ? La demoiselle de Cliol* oy est assez malade pouv faire un testament , et eUe ne l'est pas assez pour penser à l'ëternité , et se munir Jes secours de^ la religion ! Lç sieur Sardou n'a pas k don de prophétie ; ainsi il ne s'occupe point du spirituel, malgré les instances du curé et du vicaire, et il n'oublie point le temporel , dont personne ne lui parle. C'^slluj (jui prévient tout pour le testament, qui lait avertir y(jW envoie chercher les personnes nécessaires : pour les ^^ cremens , on le presse , on l'avertît , on le sollicite inu^ tilement ; cela ne mérite pas apparemment son attention. H ne pensait doue qu'à s'assurer du bien de la demoiselle de Cholloy ; et l'on dira après cela que k testament n'est pas l'ouvrage du sieur Sardou, qtïi* n'a pas été suggéré ? Il faudrait méconnaître l'évidence même pour ne se pas rendre à la force de tant dç circonstances.

Le dernier trait employé par le sieur Sardou ppu^ ^ justification , est le testament même. Lisiez > ^™ >

cet ouvrage conlre lequel vous vous récriez tant; la pa* rente , Famitié , le devoir , la graliturle , la charité , la. religion, tout y est acquitté, satisfait à sa place; le crime n'a jatnais acquis des caractères d'identité si propres à la seule vertu. On pardonne au sieur Sar-* dou des éloges si pompeux ; c est un père aveugle su^ les défauts d'un entant trop chéri qui parle ; il prodigue l'encens à son propre ouvrage. Mais les autres ne sont pas obligés d'être aussi aveugles que lui.

II est vrai qu'il y a quelques legs au profit d^une con-« sine et d'une tante de la demoiselle de ChoUoy , et de ses domestiques anciens et modernes ; mais ces disposirlions avaient deux objets de la part du sietir Sardou : l'un d'opposer Ce vaitt extérieur aux reproches légitimes de madîime de Mondion , et de faire paraître quelques sentimens dictés par la nature et par la reconnaissance,

Eour faire passer plus aisément ceux que la tyrannie et i cupidité avaient arrachés à la faiblesse de la malade. On voulait, pour ainsi dire, que les legs faits à Julie et Tonton, parussent en bonne compagnie; c'est un effet de l'artifice qui accompagne toujours la suggestion. L'autre objet était d'intéresser tous le.$ domestiques 4 soutenir ce testament , et pour cela ne rien révéler des faits dont ils avaient été témpins , à ne point parler dç^ cette assiduité sans exemplé,^ et de ces visites continuelle^ du siçur Sardou ; de ces ;repas où régnaien^t la profusion et l'indécence ; de cet empira absolu que le sieur Sardou et Julie exerçaient dans la maison ; de la captivité dan^ laquelle ilâ tenaient la demoiselle de ChoUoy , de l'élpignement de la famille , des mesuj^es prises pour faire faire le testament; des i:eftis de lui faite administrer les sacremens : en un mot , de tant de circonstances qui publient la suggestion. Il est \rai que le pçojel n'a pas réussi , et que les domestiques, quoique légataires^ n'ont rien dissimulé des faits qui leur étaient connus ; mais le sieur Sardou , jugeant des autres par lui-même y^ croyait qu'ils sacrifieraient tout à l'intérêt; la prudence exigeait toujours de lui cette précaution ; il a cru ea, partageant le butin, engager les autres à ne le point dér celer. Est-*ce donc û tme preuve de son innocence.

6l6 ŒUVRES DE CO€HIN.

Mai^ , dit-il , il n'y a rien pour moi dans le testament. Comme si à la vue des faits qui sont établis au procès, on pouvait le séparer, le distinguer de Jidie et de Tonton, légataires de 2,000 liv, de rente. H aurait été trop grossier de se faire laisser un pareil legs à lui-même, au directeur , au confesseur en titre de la demoiseUe de ChoUoy ; il fallait donc se servir de quelque personnage interposé. Y en avait-il de plus sûr pour lui que Julie et Tonton, CCS anciennes amies qu'il avait connues à Marseille dans leur première jeunesse , avec qui il demeurait depuis long-temps, d'abord sur la paroisse de Saint- Roch , ensuite sur celle de Saint-Sauveur , avec qui il vivait dans une si grande union et dans une si grande familiarité; avec qui il n'avait qu'un même appartement . qu'une même table , qu'un même ménage , qu'il avait mtroduiies et placées chez la demoiselle de Cnolloy , et à qui il avait procuré tant d'avantages en les tirant de la misère ? D faudrait être bien aveugle pour ne as voir que c'est à lui- même .qu'il a fait faire le legs en ieur personne.

Ce legs , dit-on , est si modique que madame de Mondion profite encore d'une succession trës-opulenle,ei qui vaut plus de cent mille écus. Mais il est aisé de prouver que la feue demoiselle de ChoUoy ne jouissait pas de 8,000 liv. de rente ; et sur un pareil objet, quand il faut prendre tous les ans 2,000 liv? de rente outre les charges et les non -valeur s,* il est évident quecelafeii une très-grande brèche.

Au surplus , que le legs soit plus ou moins fort par rapport au bien qu'a laissé la demoiselle de Chplloy,il suffit que pour Julie et Tonton , ou plutôt pour le sieur Sardou , qui n'avaient aucun bien , il leur fasse une fortune bien supérieure à tout ce qu'ils pouvaient espérer

1)0ur qu'ils aient cherché à se le inénager par les voies es plus odieuses. Un tel crime dénoncé à là justice, ^ soutenu des preuves les plus claires et les plus victorieuses , ne peut jamais rester impuni. La religion 01fensée , la loi politique violée en aemandent également vengeance.

le

VVV^AiVVWVVVVVVVVWVVVVVVVVVVVVVVVM«MVWVM/VVVVV^>VVVVVVVVVVWVW«VM«^^

Page 1