SECOND MEMOIRE
La terre de la Celle fait l'objet de la contestation.
Cette terre appartenait à M. Gruyn de Valgrand, doyen du grand conseil, en qualité d'héritier de son père. Deux garçons qu'avait M. de Valgrand , lui disaient espérer qu'elle resterait long-temps dans sa fa-
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mille. Trompé dans son attente par la mort imprévue de ses deux enfans , il jeta les yeux sur les sieurs Gruyn frères, ses cousins germains, pour leur faire une donation de cette terre. - « La donation fut faite le i5 février 1720 aux sieurs Gruyn, pour en jouir chaciui par moitié, l'usufruit réservé au donateur sa vie durant : quoiqu'il y eût eu toujours beaucoup de liaison entre M. de Vaïgrand et les sieurs Gruyn, ils sentirent bien que le nom de M. de Valgrana qu'ils portaient leur avait attiré cette faveur, et que sans ce nom, M. de Vaïgrand n'aurait pas privé messieurs de Souastre ses neveux, gens de qualité. ^ .
Le i5 février 1 720, jour de cette donation, les sieurs Grùyn , Fun maître de la chambre aux deniers , l'autre garde du trésor royal , avaient chacun un fils d'environ dix-huit à vingt ans.
Au mois de juin suivant , le sieur Gruyn , maître de la chambre aux deniers, eat le chagrin de perdre son fils, et de voir que son gendre et sa fille , au lieu de chercher à le consoler de cette perte, augmentaient son chagrin par les manières qu'ils avaient avec lui.
Il crut en cet état que son honneur l'obligeait à donner à M. de Vaïgrand des marques de la reconnaissance qu'il conservait de la libéralité qu'il avait reçue de lui, et que la meilleure qu'il pût lui donner était d'entrer dans ses mêmes sentimens.
Dans cet esprit, le 2 août 1721, il passa l'acte de donation réciproque entre son frère et lui, contenant substitution graduelle et perpétuelle en faveur de leurs 'fils, et de l'aîné des mâles descendu de leursdits fils, et au défaut de mâle dans une des deux branches , appelant Vaîné de l'autre branche ,. et ainsi d'aîné en aîné ; M. de Vaïgrand , avec qui cet acte avait été concerté , voulut y être partie , pour assurer que c'était l'intention quHl.avait eue en faisant la donation du 1 5 février 1 720. 11 ne se contenta pas de cela ; mais pour donner encore des marqpets plus éclatantes de sa satisiaction , par un ^te du 1 3 août 1721, onze jours après , il donna à ses cousins toute la vaisselle d'argent qui était à la terre de la
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Celle I aux mêmes conclhioiis de substiiuûon (jue dam^ l'acte du a août 1721*
Le cas f^vu par la donation du 2 août I7âi est arrivé. Le sieur Cfruyn , msdtre de la chambre aui denier», qui, pendant tout le courant du mois d'août, avait continué de sortir et de vaiquer à ses aSaires , au m et au vu de M. Fragvder , qui demeurait alors en même mmson que lui , et n'en est sorti qu'après la Notre-Dâ« de septembre, se trouva mal les premiei*à jours du mois de septembre, et mourut le 3 octobre entre cinq et six heures du matin , sans en£ins mâles.
Par cette mort, la propriété de la toiaUté de la tene dé la Celle passait au sieur Gruyn son frère , garde 4n trésor royal^ au moyen de la donation du â août 1721, à la charge de l'usufruit réservé par M. de ValgtMid, mais ^u'il abandonna ensuite à son cousin lé 3o novembre 1721
Les chose» en cet état, M. Fraguier est trop habile et trop éclairé pour ne pas convenir qu'il pouvait, dès le 4 octobre 1721 , iiuenter l'action qu'il n'a iôteût^ que le 19 juin 1728, et attaquer l'acte de donation du 2 août 1721. Pourquoi ne l'a-t-il donc pas fait dès lors? Pourquoi attendre sept années pour faire le procès qu'il fmt axqounfhui? Deux raisons.
La panière, la prés^ice de M. de Valgrand qa'il craignait, et qui serait venu à raucUence pour assuré la cour qu'il n'avait jamais eu intention de priver mcssiieurs de Souastre ses neveux de sa terre, pout* en revêtu* M. Fraguier, et qu'il n'avait d'autre itttentiofi que delà donner à ceux qui portaient son nom* \ Maà& cette raison n'était pas la plus forte , M. et iflâdame Fraguier n'avaient d autres moyens à proposer contre cette donation que celui qui est tiré de l article 377 de la coutume de Paris ^ qui p(^^ ^ûe tôutts les donations , encore qu'elles soient conçues eiïttê^tife, faites par personnes gisantes ati lit, malflkles de lia maladie dont elfes décèdent^ sont réputtées fsiies à cotise de mott et testamentaires, et non entre- vils j pour fiâre valoir cet article de la coutume, il fallait prouver qne le 2 ^ût 1721 le sieur Gruyn était nisdàdé et «taque
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^ la même maladie dcmx il est mort le 3 octobre suivant. Comment prouver qtielque chose d'aussi iaux dans des tâmpd fi {iroehes de la mort? Tout s'y opposait, la vëtj\4 étaitv comïue de trop de personnes. M. Frasuier, (jui avait demeuré dans la m^éme maison que son bêau*père per^dant tout le mois d'août, et jusqu'à la Notre* bame de septembre, savait fort bien qiie son beau^père "Se portait bien dans le mois d'août, qu'il sortait tous les jours ^ soit à pied, soit dans son carrosse, pour vaquer è ses affaires à l'ordinaire , om ses amis étaient venus très-souvent manger ckeslui pendant ce temps-là; il {»:^voyait }Àm que d^aussi honnêtes gens diraient k vérité quand ils seraient entendus; il n'était pas plus douteux que toua les domestiques diraient la vé«rite de ce qu'ils avaient vu, et c'est cette vérité qu'il craignait,
1)6 même ks médâcins , chirurgiens et apothicaires se seraient âomven^s des nraindres circopstances de la , maladio , du jour qu'eUe avait commaicé, du jour que l'on avait appelé d'autres médecins pour consulter; en** fin, ils auraient sûrement ti'op éclairci la vérité poiu* fidre réussir les projets de M. r raguier.
Dans ces circonstances , il ne pouvait rien espérer que du bén^ce du temps, en éloignant la proposition oes Ëaàta de l'année où ils s'étaient passés; il se flattait cp'ils se confimdraient , ^ que de cette coQ&ision il en lîperait avanta^; que plaidant ce temps-là les mé* dacins j dans la quantité de malades qu'ils vont visiter, onUieraiem la commeiscemem et le détail de la maladif ^ et ne se souviendraient: qua de ce qui avait causé la mort.
Il espérait que las amis du sieur Gruyn, au bout de huit ans, ne se souviendraient plus si c'^ait dans le nms de juillet ou dans le mois d'août qu'ils l'avaient vu en bonnet santé , qu^on ouUîerait les endroits où il avait été pendant le mois^ d'août.
Qu enfin les domotiques seraient dispersés de céié et d'autre^ les una retouiioiés^ chez eux , les autres dans dimtf 6ES maisons, les- antres morts^ et que le sieur Gru jn^ sa partie^ ne pourrait pas les retrouver.
âS6 OEUVRES DE GOCUIN.
Il se flaltait encore qu'en leur payant tous les ans, les pensions que le sieur Gruyn leur avait laissées , il leur insinuerait que son beau-père était malade dès* le mois de juin et juillet , et qu'en leur 'montrant , comme il a fait, de petites notes qu'il leur disait être un journal qu'il avait fait en ce temps -là, ils s'accoutume^ raient insensiblement à croire que leur mémoire les trompait, et que l'écrit mcmtré et &it par M. Fraguier était plus exact.
Voilà la seconde raison qui l'a engagé à attendre depuis le 3 octobre^ 1 72 1 , jusqu'au 1 9 juin 1 728 , poiir intenter sa demande ; alors il a fait assigner le sieur Gruyn, garde du trésor royal, pour voir dire qu'attendu que le sieur Gi^uyn, maître de la chambre aux deniers, le 2 août 1721, était malade d^une maladie griève d'hydropisie ayant trait à la mort , l'acte qu'il avait passé le même jour serait déclaré nul ; et ne, croyant pas s'être assez expliqué dans cette assignation, par une autre requête du 27 juillet suivant, il ajoute que c'était d'une hydropisie de poitrine dont il était attaqué, et par une autre requête , il a demandé à en faire preuve.
Sur ces requêtes , les parties venues à l'audience , M. Fraguier, toujours amoureux de la fable qu'il avait fait plaider à la grand'chambre et à la première des requêtes , malgré le mauvais succès qu'il avait eu dans ces deux premières éditions, en a domié une troisi^ne , et l'a fait reparaître sur la scène; il y a £»t jouer des rôles aus» odieux qu^ chimériques et faux à tous ^sparens et amis du sieur Gruyn. Madame Fraguier y a tedt invectiver contre la mémoire de son oncle, oubliant le service signalé qu'il lui avait rendu trois ou quatre mois après la mort de sa mère; elle n'a pas même épargné celle de son père.
Enfin, M. et madame Fraguier, après avoir représenté le sieur Gruyn comme un homme malade dès les mois de juin et de juillet, avaient oSé dire qu'il avait fallu quatre personnes pour le tirer de son carrosse eu revenant de Tigery dans le mois de juillet ; qu on l'avait traîné avec encore plus de peine le a août, pou^r aller
chez le Masle , notaire , signer la donation , étant déjà moribond, et qu'il s'était servi de la comparaison des chanoines qui se font porter moribonds en chapitre pour résigner leui^s maisons; que tous ces faits avaient pour témoins tous les domestiques de la maison , tous les amis du sieur Gruyn, et tous les médecins qui l'avaient visité, Dût enfin conclu judiciairement à 1 audience, à ce qu'il leur fut permis de faire preuve que le 2 août 1721, jour de la donation, le sieur Gruyn, maître de la chambre aux deniers , était attaqué d'une maladie d'kfr^ drc^isie de poitrine formée ^ déclarée y et connue même auparavant y et que Von lui administrait dès le 2 août et as^anty les remèdes convenables à pareille ma^ ladie.
La cour ne pouvant s'imaginer qu'un magistrat qui assurait que le 2 août 1721 son beau-père , avec qui il était logé, était malade d'une hydropisie de poitrine formée, et moribond dès le mois de juillet, qu'il en avait la preuve complète par titres et par témoins , fût capable d'avancer un fait faux, a cru devoir lui permettre de faire cette preuve tant demandée ; et par sa sentence du 23 lévrier 1729, avant faire droit sur la demande principale , a permis à M. et madame Fraguier de faire preuve des faits par eux avancés, sauf au sieur Gruyn de faîre preuve au contraire.
C'est l'exécution de cette sentence qui fait aujourd'hui la matière de la contestation; elle permet à la vérité à M. Fraguier la preuve qu'il a démandée ; mais elle le charge en même temps de prouver que le 2 août 1721, jour de la donation^ son beau-père était attaqué d'une hydropisie de poitrine formée, déclarée et connue, et dont il est décédé le 3 octobre suivant , et que l'on lui fournissait dès lors les remèdes convenables dans pareille maladie; s'il ne le prouve pas, comme il sera aisé de voir par les enquêtes ci-dessous rapportées, que deviendront ces airs de triomphe qu'il s^est donnés au moment de la prononciation de la sentence, en se vantant Qu'il avait gagné sa cause, et qu'il allait partager la terre ue la Celle? Il avait déjà fait sesprojets , et les débitait dans Iç public ; il faisait liciter la terre ; sç la faisait ad-
â8S ŒUVRES Ofi GOGHIN.
jugf^r, en payait le prix^n dégradations aussi imaginaires que sea preuves.
.Rempli de cea idées, il a travaillé à faireson wquéte, et pour se la rendre favorable, il s'est servi de toutes sortis de moyens , tant par lui que par ses amis. Pour persuader aux témoins de déposer ce qu'il avait envie qu'ils déposassent, il ne cessait de fatiguer les médecins, chirurgiens et apothicaires par des visites réitéréesdeux ou trois fois par jour, pour leur persuader que sa mé* moire était plus fidèle que la leur , et même que leurs registres ; il pratiquait la même manœuvre envers les do* mestiques qui avaient servi son beau^père jusqu'à sa mort. Comme ils étaient presque tous ses pensionnaires, il leur faisait envisager le retardement et la difficulté du paiem^it de leurs pensions , s'ils ne déposaisnt pas conformément à ses intentions. On verra par la lecture de leurs dépositions , que l'amour de la vérité a été plus fort chez eux que l'objet de leurs intérêts.
Lies deux parties ont £ût, en exécution de la sen« tence , leurs enquêtes respectives ; celle du sieur Gruyn est composée de vingt^quatre témoins, dont quatre sont médecins, chirurgiens et apothicaires, sept autres sont de^ domestiques du défunt, et les treize autres des amis, qui ont éi^ avec lui à sa terre déXigery pendant le mois de juillet, et qui ont bu et mangé avec lui pendant le mois 4'août, ou chez qui il est ailé, tant au commencement du mc^ d'août qu'à la fin pour ses affaires.
Cdle de M. et de madame Fraguier est composée de s^ize témoins, dont il y en a cinq qui ont aussi été entendus dans l'enquête du sieur Gruyn.
On les a fait imprimer à la fin de ce mémoire, afin oue par la lecture on puisse juger s'il est prouvé par Ics- 4ites enquêtes que le sieur Gruyn, maître de la chambre aux deniers, était attaqué, le â eioût 1721^ jour de ia donation ^ 4' une hfdropisie de poitrine Jbrmée , dedorée et çoimue, et que dès lm*s on luifoumissait le^l'^mèdes propres à pareille maladie^ et s'il était moribond dès le mois de juillet , comme l'avancent M. et madame Fraguier , qui est ce à quoi la décision de la cause est uniquement attachée.
Digitizqd by VjOOQ IC
Du samedi i g mars 1729 et jours suivans.
En<?uête de m. Gruyn. — Julien Petit, dit Labrie^
dépose
Que dans Taonée 17a 1 il étdtl dQmestique de défunt le siéur Gniyn , et que dans le temps de la donation que ledit sieur Grujn a faite , il n'était point question d'aucune maladie , ni même d'une hjdropisic de poitrine , et qu'au dernier voyagf que ledit sieur Gruyn a fait à Tigery , il n'était pas non plu9 question de maladie; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Messire Nicolas Moreau , prêtre , bachelier de Sorbonne,depQse
Qu'il a accompagné ledit feu sieur Gruyn à sa terre de Tigery près Corbeil , où se trouvèrent M. l'abbé de Fouroy , M. et madame la présidente de Fourcy , M. et madame 1^ présidente Berthier, M, et madame Talon, et que lui déposant y resta depuis le 8 juillet jusqu'au 19 du même mois de l'année 1731, où il parut audit déposant que ledit sieur Gruyn se portait bien, agissait dans sa maison ^ et allait se promener avec la compagnie; et au retour dudit sieur Gruyn à Paris, ledit sieur Gruyn se trouva enrhumé , et que dans le cours du mois d'aoûtileut quelques incommodités, qui ne l'empêchèrent point de Vaquera ses affaires, lui déposant l'ayant accompagné deux fois, tant à la Monnaie que chez M. le Couturier; et vers le 8 du mois de septembre , le déposant a été deux fois sur le boulevard se promener avec ledit sieur Gruyn dans son carrosse, et ne pouvant souffrir le carrosse, ledit sieur Gruyn fut obligé de descendre et s'asseoir sur le coussin de son carrosse, appuyé contre un arbre; et depuis, le déposant étant allé en campagne vers le i5 septembre, il ne sait point le sujet de la mort du sieur Gruyn; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Jacques Richard dépose
Qu'il a demeuré pendant huit ans au service de défunt M. Gruyn en qualité de cocher, et qu'il est sorti à sa mort, et que pendant le mois d'aoAt 1721 le déposant l'a conduit dans son carrosse dans tous les endroits où ledit sieur Gruyn avait affaire ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Pierre Descombes dépose
Qu'il a denieuré chez le défunt sieur Gruyn , tant en qualité de son laquais que de valet de chambre , depuis le 7 août 1697 jusqu'au jour de son décès , et qu'au mois de juillet 1 721 , ledit
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2g0 ' OEUVRES DE GOGHIN.
défont sieur Gruyn fut à Tigery ayec bonne compagnie^ et que sur la findudit mois de juillet, ledit sieur Grujn revenant de Tigery à Paris, il eut un petit rhume, pour lequel on lui faisait prendre de la guimauvç et du sirop de coquelicot , et qu'ensuite on lui a fait prendre du lait coupé , et qu'il n'a jamais été alité ; qu'il se promenait , se couchait et dormait , et se leyaît à son ordinaire, et vaquait à ses affaires, tantôt en carrosse , tantôt à pied ; et que lui déposant , couchant dans la chambre dudit défunt sieur Gruyn pendant le mois d'août, ledit sieur Gruyn n'a jamais appelé ni fait lever le déposant , et que vers le lo septembre les jambes lui enflèrent , et qu'il est mort le 3 octobre ensuivant ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Charlotte Varix Vallière de Longpré^ femme de M. de Longprë , chevalier , seignem: de Longprë , dépose
Qu'elle n'a nulle connaissance que le 2 août 1721 le sieur Gruyn fût attaqué d'une hydropisie de poitrine ; ains, au contraire , qu'elle se souvient parfaitement qu'elle a soupe à la fin du mois de juillet de la même année avec ledit défunt sieur Gruyn et la dame son épouse chez M. de Crouy ; qu'ils se retirèrent fort tard , et que ledit sieur Gruyn y but et mangea autant et plus qu'un autre , et même des fruits , comme pêches, melon et figues, et que depuis ce temps elle a vu, au mois d'août, avant que la déposante fût en campagne, ledit sieur Gruyn aller et venir comme un autre ; qui est tout ce qu'elle a dit savoir.
Amie GeoflFroi de Coeffy , veuve de M. Pajot du Bouchet , secrétaire du roi , dépose
Que dans l'été de l'année 1721, à ce qu'elle croit, elle a soupe avec défunt M. Gruyn, chez M. de Crouy , et que pour lors ledit sieur Gruyn ne lui parut point être malade, et qu'au surplus elle ne sait rien des faits; qui est tout ce qu'elle a dit savoir.
Gaspard-Louis de Mathé , commissaire des gajrdes françaises , dépose
Qu'il n'est pas venu à la connaissance de lui déposant, que le 2 août 1721 ledit défunt sieur Gruyn fût incommodé en aucune façon , allant le matin et l'après-dîné à ses affaires , même pendant le courant du mois d'août; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Martin Morel , garçon chambellan /dépose
Qu'en l'année 1713 il est entré au service dudit défunt sieur Grujn , et qu'il y a demeuré jusqu'à sa mort, et que lui déposant n'a counaissance (le la maladie dudit sieur Grujrn que sur la fia du mois d'août 1721 , et que dans le cours du m^me mois, lui déposant est sorti avec ledit sieur Gruyn, qui était dans son carrosse , et qu'à la fin dudit mois ledit sieur Gruyn se plaignait de sa poitrine , et que les jambes lui enflèrent , et que cela lui a duré jusqu'à sa mort ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
David Berard , maître chirurgien jiire' à Paris , dépose
Qu'environ trois mois avant la mort dudit défunt sieur Gruyn, il envoya chercher le déposant, qui fut chez lui , et le trouva dans son cabinet; que pour lors le déposant lui proposa de le saigner> et ledit sieur Gruyn n'ayant point voulu suivre le sentiment du déposant , envoya sur-le-champ chercher le sieur Courtois , apothicaire , qui fit saigner ledit sieur Gruyn dans le même moment par le déposant; qu'au surplus, le déposant n'a connaissance d'aucun autre fait, sinon qu'il a fait l'ouverture du corps dudit défunt sieur Gruyn, dont il y a eu un procès verbal de rapport dressé par les médecins, et signé par lai déposant, et certifié ce qu'il contient véritable; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
M* Jean le Masle, notaire au châtelet de Paris , dépose
Que c'est lui déposant qui a faitet passé la donation en question entre les sieurs Gruyn frères; que le jour qu'elle fut signée , iceu2 sieurs Gruyn vinrent chez le déposant avec M. Gruyn de Valgrand, où ils la signèrent tous droits; qu'ils parurent tous au déposant en bonne santé ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Dame Anne Varix de Vallières, veuve de M. de la Ravoye , grand audiencier de France , dépose
Qu'à la (in du mois de juillet , elle déposante fut conviée d'un soupe avec feu M. Gruyn, chez M. Doublet de Crouy, où elle fut, et que lors et pendant le repas, ledit sieur Gruyn mangea melon, figues et autres choses mauvaises pour la santé, comme un homme qui se portait très-bien ; qu'après le soupe elle déposante acheva un quadrille et en recommença un autre, et que ledit défunt sieur Gruyn ramena la déposante à sa porte , deux heures après minuit ; qui est tout ce qu'elle a dit savoir.
Ântoine-François Talon, cberalier, ancien capiuune aux gardes, dépose
Qu'au mois ée juillet 1721, lui déposant partit de Paris pour se rendre à la terre de Tîgery vers le 10 ou 1 1 dudit mois de juillet; que lui déposant y resta jusqu'au vendredi 18 dudit mois; que M. et madame Gruyn , maîtres de la maison, j étaient avec nombreuse compagnie ; pendant lequel temps , il a vu le sieur Gruyn dînant et soupant avec toute la compa^ie, mangeant à son ordinaire , et bien; le reste du jour, atlantsc promener avec la compagnie , même à pied dans la forêt en la route de Paris à Melun, sans jamais lui avoir ouï dire un seul jour, je ne peux dîner, souper ni me promener avec la compagnie 9 parce que je suis incommodé; se couchant aussi tard que la compagnie , et se levant plus matin que la porapagnie, et allait voir faire ses foins. Sait que le 18 juin, veille delà petite Fête-Dieu, le sieur Gruyn lui ayant proposé d'acheter à Tigery ude maison appartenante à M. d'imecourt, ils partirent avec M. Grbyn, madame Talon, M. de Bouquerap, lieutenant de la compagnie du déposant, pour aller voir ladite maison, et qu'ils revinrent le lendemain , 4^Hir de la petite Fête-Dieu, à Paris, après avoir entendu la messe, sans que le sieur Gruyn donnât aucune apparence ' que d'une parfaite santé. Ajoute le déposant, qu'il est parti quatre ou cinq jours après son voyage et retour de Tigery, pour aller à Tours, où il a appris la mort du sieur Gruyn , qu'il regarda comme une mort subite; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Messire Achilie-Balthasard de Fourcy, présidât en k troisième chambre des enquêtes du parlement de Paris , dépose
Ne savoir rien des feits en question , sinon qu'environ h la ou le i5 juillet 1721 il alla à Tigery chez feu M. Gruyn avec madame son épouse et M. et madame la présidents Berthier; que lui déposant y passa cinq ou six jours , que feu M. Gruyn se promenait tous les jours avec lui, mangeait, dînait et seapait avec la compagnie , et ne se couchait pas plus tôt que les autres , se pvomenftnt tous its jours dans son jardin avec la compagnie, et qo^il parut au déposant en parfaite santé; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
François Courtois, marchand apothicaire, dépose
Que vers le 18 ou le so août 1721 k défont sieur Gruyn envoya chercher hii déposant, et y étant arrivé, ledit sieur Gruyn le fit passer dans un appartement attenant son cabinet,
0à était madame Gruyo, pour lui dire son sentiment, si elle était grosse ; que ledit sieur Gruyn laissa le déposant avec madame environ un demi-quart d'heure pour entendre ses raisons là-dessus; et après que ladite dame eut expliqué au déposant son état , il passa dans le cabinet de feu M. Gruyn ^ il lui dit qu'il n'avait rien à lui assurer sur ce que madame venait de li|i dire; que pour lors M. Gruyn était habillé, allant et venant, et ayant un bonnet sur sa têt€. Le déposant, dit que «ur la fin du mois de septembre ledit sieur Gruyn pouvait aVoir de l'eau dans la poitrine , et qu'il a donné un extrait de son livre-journal contenant les remèdes qu'il lui a fournis , et qu'il a certifié et signé l'extrait véritable, qu'il en a donné un extrait à chacune des parties ; qui est tout ce quil a dit savoir.
Martin Guilbert, cuisinier de M. le Mairat, maître des requêtes , dëpose
Qu'au milieu du mois d'août 1721, lui déposant , qiiî était cuisinier de M. Gruyn depuiis vingt-trois ans , il lui faisait du lait coupé , à cause d'un Aume dont ledit sieur Gk-uyn se plaignait, et qu'il lui portait dans son lit; et que trois semaines auparavant sa mort, l'on disait dans la maison que ledit sieur Gruyn avait les jambes enflées, et que l'on craignait une hydropisie de poitrine ; et, après avoir cessé de donner audit sieur Gruyn du lait coupé, lui déposant lui faisait prendre de l'eau de veau avec des navets , ensuite des bouillons amers ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Yves de Tartanac , bourgeois de Paris, dépose
Qu'après le retour du voyage de Tigery , fak par défunt M. Gruyn ^ et sur les derniers jours du mois de juillet 1721 , sans pouvoir précisément déterminer lequel , le déposant a eu l'honneur d'être prié à souper chez M. Doublet de Crouy, maître des requêtes, avec plusieurs personnes, du nombre desquelles étaient M. et madame Gruyn ; que le déposant le Yit descendre de son carrosse , qu'il l'a vu manger à souper de la salade de concombres, de plusieurs sortes de fruits, et de plusieurs mets qui étaient sur la table ; que le même joitr il fit une partie de quadrille avec madame Gruyn , en présence de son mari, qui finit à minuit; que le déposant en recommença une autre en présence de M. Gruyn, qui finit à une heure aptes minuit ; que le déposant se souvient parfaitement d'avoir dit à une des personnes du soupe , qu'il était étonnant d'avoir Vil manger autant d'ordures à un homme , qu'il en avait vu manger à M. Gruyn ; qu'après cela, ledit sieur Gruyn fit l'honneur au déposant de le remener chez lui dans son carrosse , et
qu'il ne parut en lui aucune marque extérieure de maladie ] et que le déposant n'était en aucun commerce avec lui; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Matthieu Renard , directeur de la Monnaie de Paris, dépose
Que les derniers jours du mois d'août 1721 , le déposant a TU le sieur Gruyn venir en son bureau à la Monnaie pour affaires qui regardaient les fonctions de sa charge ; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
François Maillet , commis à la Monnaie , de'pose
Que vers la fin du mois d'août 1721 , le déposant a vu venir à la Monnaie le défunt sieur Gruyn pour ses affaires personnelles, et qu'il demeurait auprès du déposant dans son bureau près de deux heures, sans qu'il parût au déposant incommodé; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Martin Guérin , maître chirurgien à Paris , dépose
Que vers le 8 ou le 10 août 1721 , le défunt sieur Gruyn envoya chercher lui déposant, pour le voir, et qu'il le trouva ayant les pieds et les jambes enflées jusqu'à moitié, avec un rhume; que depuis il a encore vu, avec le sieur Thibault, chirurgien, ledit sieur Gruyn, trois ou quatre fois, et que dans leurs différentes visites il l'a trouvé, le matin, tantôt levé et tantôt dans son lit; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Jean Petit, maître d'hôtel de madame Gruyn, dépose
Que dans le cours du mois d'août 1721 , il a vu sortir le défunt sieur Gruyn très-souvent, et agissait dans toutes ses affaires, et que ledit sieur Gruyn bilvait et mangeait comme à l'ordinaire; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Messire Jean Parisot, maître des requêtes, dépose
Qu'il a vu souvent le défunt sieur Gruyn dans le courant de l'année 1721. Que dans le mois de juillet de la même année, environ le 12 ou le i5, le déposant fut à la terre de Tigery, où ledit sieur Gruyn était avec M. et madame la présidente de Fourcy, M. et madame la présidente Bertbier , lesquels sieurs et dames de Fourcy et Bertbier en partirent le lendemain du jour qu'arriva le déposant , lequel y resta quatre ou cinq jours après leur départ, pendant lequel temps ledit sieur Gruyn lui parut en parfaite santé^ se promenant tous les jours ensemble très-long-temps , et aussitôt que la chaleur, qui était exces-
«ÎTe, le pouvait permettre; et le déposant étant rerenu à Paris, il a rendu plusieurs visites audit défunt sieur Gruyn dans le courant du mois d'août, et soupe chez lui deux ou trois fois depuis la Notre-Dame, qui était le i5, ne s'étant point aperçu que ledit sieur Gruyn eût aucune incomniodité, buvant et mangeant à son ordinaire. Le déposant partit pour la Bourgogne au commencement du mois de septembre; et s'y trouvant encore au mois de janvier 1722, il écrivit à une personne de ses amis à l'occasion de la nouvelle année, et l'ayant prié de faire ses complimens à M. Gruyn , le déposant fut fort surpris d'apprendre, par la réponse, que ledit sieur tîruyn était mort; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
M^ Urbain Leauté , docteur en me'decine, dépose
Que le a août 1721 est le jour que le déposant a commencé avoir M. Gruyn. Après avoir été le matin sans le trouver dans sa maison, il y retourna le soir, lequel il trouva sans aucun signe d'hydropisie de poitrine formée, connue et déclarée, ainsi qu'il s'en est assuré pour l'avoir examiné, et ne lui avoir trouvé nulle enflure aux jambes ni ailleurs , sans fièvre , et seulement avec un rhume et un enrouement, lesquels accidens se relâchèrent après une saignée ou deux, et le déposant n est pas assuré s'il en fut fait deux, et trouva ledit sieur Gruyn peu de jours après en état d'être purgé de sa médecine ordmaire, qui était composée d'huile d'amandes douces et de manne , et de quelques gouttes de fleurs d'orange et de cannelle. Et comme, après un si grand laps de temps, le déposant ne pouvait entièrement se fier aux idées qu'il avait qu'il n'y eut aucun des signes d'hydropisie de poitrine, il eut recours, et a examine les mémoires et les ordonnances portés sur le registre de lapothicaire, lesquels l'ont assuré, n'étant tous que des remèdes propres pour la toux, et nullement appropriés à l'hydropisie de poitrine formée, et confirmé le déposant que le «naïade n'était point attaqué d'hydropisie de poitrine; et après, le déposant a aussi eu récours au procès verbal et rapport de 1 ouverture du corps dudit sieur Gruyn, fait par le sieur Berard, maître chirurgien juré de Paris, ep présence des sieurs Faiconnet et le sieur Jean-François Leauté, fils du déposant, aussi docteur en médecine , par lequel ils ont reconnu que répàncheoient de sérosité , qui s'est trouvé dans les deux cavités de la poitrine , qui constitue l'hydropisie de poitrine confirmée, n'a pu s'y être échappé que dans les derniers jours de la maladie , ce q^i s'est manifesté sensiblement par les suffocations qui se sont succédées les unes aux autres, comme il est porté dans le rapport qui est signe du^déposant et de plusieurs autres. Ajoute le déposant que ledit sieur Gruyn , )usqu a un jour que ledit sieur Gruyn tomba dans une indigestion pour
ig6 OEUVRES DE GOCHIN.
avoir mangé des fruits , corame melon et figues , hors de çhei lui, qu'il croit être daiw les premiers jours de septembre, if n'avait eu encore aucune oppression; pour lequel accident ledit déposant fut obligé d'aller la nuit à son secours, ce<im le jeta dans des accidens si violens, que le déposant demanda du conseil, ce qui engagea le déposant de faire venir les sieurs Falconnet , avec lesquels il a continué de voir le sieur Gruyn jusqu'au iour de son décès; qui est tout ce qu'il a dit savoir. * ,
Claude le Febvre, principal clerc de M* le Miislc, notaire au ehâtelet de Paris, dépose
Avoir mis au net Tacte de donation faite par ledit défunt sieur Gruyn, dudit jour a août 1721 , «t)suite avoir remis ledit acte audit le Masie; que ledit défunt sieur Gruyn, le sieur Gruyn soti frère, garde du trésor royal, et M. de Valgrand, tous trois ensemble sont, venus ledit jour 2 août 1721 en l'étude dudit le MasIe, étant en parfaite santé, et ont signé ledit acte dé donation en l'étude dudit le Masle; qui est tout ce qu'il a dit savoir.
Martin Laymand , portier du sieur Traversotine , èépose
Qu'il a demeuré dans la maison dudit défunt siear Gruyo pendant dix-sept ans, en qualité de postillon e^ de frotteur, et qu'il y tjst resté jtisqu*à son décès; que même il a demeuré depuis dans la maison au service de M. Fraguier pendant six mois en qualité de portier, et dépose que dans l6 temps delà maladie îodlit si«or Gruyn, il a entendu dire par les gens de la maison , que l'on croyait que ledit sieur Gruyn était malade d'une hydropisie de poitrine ; qui est tout ce qu'il a dit
savoir.
Fait par nous conseiller et commissaire susdit , lesdîts jour et an que dessus.
Signé LE Febvre be l\ Malmaison.
Pu samedi 12 mars 17:29 et Jours suivnns.
ENQUETE DE M. ET DE M"^ FUAGUIEH. — 1. David Berard , maître chirurgien jure' à Paris , dépose
Que troi^ ou quatre mois avant le décès du Sieur Gruyn, \\ envoya chercher lui déposant. Etant dans son cabinet, il lui proposa de le saigner; et, ne trouvant point son ordonnance Suffisante, le déposant le pria d'envoyer chercher quelqu'un de
confiance; il envoya chercher sur-le-champ M. Courtois , lequel ordonna la saignée ^ ce que le déposant fit dans le motnent. Ajoute, qu'il certi^e que le certificat qu*il a signé avec quatre médecins est véritable , mais qu'il n'^ aucune connaissance des faits contenus dans la sentence ; qui est tout ce'qu'ii a dit savoir.