DIEU S01T BENY
Omne regnum in se ipsum divisum, desolabitur. S. Luc, XI.
Tout royaume qui sera divise , et qui ne sera pas uny en soy-mesme, sera desole, dit nostre Seigneur en 1 Evangile de ce jour ; comme au contraire, tout royaume qui sera bien uny en soy-mesme par la Concorde , ne laissant point entrer la division , sera indubitablement remply de consolation : car les propositions estant contraires , les consequences doivent estre de mesme.
Ces paroles de FEvangile sont des plus remarquables et considerables que nostre Seigneur aye dites; c est pourquoy les saints Peres se sont beaucoup arrestes a en tirer 1 interpretation, et la pluspart disent qu il y a trois sortes d unions, desquelles nostre Sauveur et Maistre entendoit parler, et desquelles les divisions doivent enfin estre suivies de deso lations : dont la premiere est Funion et la concorde que doivent avoir les sujets avec leur roy, demeurant sousmis et obe issans a ses lois. La seconde est Tunion que nous devons avoir en nous-mesmes au royaume que nous avons en nostre interieur, dont la raison doit estre la Royne, a laquelle toutes les facultes de nostre esprit, et puissances de nostre ame, tous nos sens, et nostre corps mesme, doivent demeurer absolument sousmis et obe issans a ses loix ; et sans cette obeissance et sousmission , nous ne pouvons nous empescner d avoir de la desolation et du trouble ; non plus que IB royaume auquel ies sirjets ne sont pas obe issans aux
1 Fidellement recueilly par Ies Religieuses de la Visitation Sainte Marie d Annessy (Edit, de 1641 et de 1643).
loix du prince. Mais dautant qu il faudroit trop de terns pour parler de toutes ces unions, je m arresteray seuiement a la troisieme , qui est celle que nous devons avoir les uns avec les autres; union et concorde qui nous a tant este preschee , recommandee et enseignee , tant d exemples que de parolles, par nostre Seigneur et Maistre ; mais avec une telle exaggeration , et avec des termes si admirables , qu il sem- Lloit qu il oubliast de nous recommander 1 amour que nous luy devons porter et a son Pere celeste , pour mieux inculquer en nostre esprit Famour, la concorde et 1 union qu il vouloit que nous eussions les uns pour les autres , appellant le commandement de 1 amour du prochain , son commandement : Hoc est prceceptum meum, ut diligatis invicem sicut dilexi vos , comme estant le sien plus chery , voulant dire , qu il estoit venu en ce monde pour nous 1 enseigner, comme un Maistre divin. C est pourquoy il n inculque rien tant, ny avec des parolles si preignantes , comme Fobservation de ce commandement , non sans grand sujet , puisque son bienayme disciple saint Jean asseure, que quiconque dit qu il ayme Dieu , et n ayme pas le prochain, il est menteur; car on ne peut aymer Dieu sans aymer le prochain , qui est cree a son image et semblance : Si quis dixerit, quoniam diligo Deum, et fratrem suwn odit , mendax est : qui enim non diligit fratrem suum quern videt, Deum quern non videt quomodo potest diligere * ?
Mais quelle est cette union et concorde que nous devons
avoir par ensemble? cerles! elle doit estre telle , que si
nostre divin Sauveur ne Feust expliquee, nul n eust eu la
hardiesse de le faire aux mesmes termes qu il a fait. Mon
Pere , dit-il en sa derme"re Gene lors qu il eut rendu ce tes-
, moignage incomparable de son amour envers les hommes ,
ayant institue le tres-saint Sacrement de FEucharistie j mou
Ires-cher Pere, dit-il, je voussupplie que tous ceuxque vous
I Joan., IV.
m aves donnes soient unis ensemble comme vous, monPere, estes uny avec moy, et moy avec vous, et qu ainsi eux soient un en nous : Ut omnes unum sint , sicut tu Pater in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint. Mais pour monstrer qu il ne parloit pas seulement pour les Apostres , ains aussi pour nous autres, il adjouste : Je ne vous prie pas seulement, dit-il, pour ceux-cy ; mais encore pour tous ceux qui croyront en moy par leur parolle : Nonpro eis autem royo tantum, sed et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me. Nul, dis-je, mes cheres Ames, n eust jamais ose faire cette comparaison, ny demander que nous fussions unis avec Dieu , et les uns avec les autres, ainsi que le Pere, le Fils, et le saint Esprit sont unis par ensemble.
Cette comparaison certes semble estre du tout extreme , que nous soyons unis ensemble de cette union incomprehen sible que nul quel qu il soit ne scauroit imaginer, estant une chose du tout inconcevable , que cette unite si incomprehensiblement simple des trois personnes divines, qui ne peut estre comprise de nos petits esprits, nous soit donnee pour modelle de Funion que nous devons avoir les uns avec les autres : aussi ne devons-nous pas pretendre de pouvoir parvenir a 1 esgalite de cette union, car il ne se peut; ainsil nous faut contenter d en approcher le plus pres qu il nous sera possible , selon nostre capacite. Aussi nostre Seigneur ne nous oblige-il pas a 1 esgalite de cette union , ains seule ment a la qualite , c est a dire , que nous devons aymer et estre unis par ensemble le plus parfaitement et le plus purement qu il se pourra.
Or j ay pris dautant plus de plaisir a traitter de ce sujet aujourd huy, que j ay trouve que saint Paul nous recommande cet amour du prochain avec des termes admirables , dans 1 Epistre que nous avons leue en la sainte Messe, en laquelle il dit, escrivant aux Ephesiens : Estate imitator es Dei sicut filii charissimi, et ambulate in dilectione, sicut et
Christus dilexit nos , et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odor em suavitatis; soyes imitateurs de Dieu , comme enfans tres-chers, et marches en la voye de dilection, et vous aymes les uns les autres ainsi que Christ nous a aymes, et s est livre soy-mesme pour nous en ohlation et sacrifice a Dieu en odeur de suavite. O que ces parolles sont aymables et dignes d estre considerees et pesees ! Ah ! que ce grand Apostre nous fait bien entendre , quelle doit estre nostre Concorde et dilection des uns envers les autres : Concorde et dilection qui ne sont qu une mesme chose ; car le mot de concorde veut dire union des coeurs , et dilection veut dire , election des affections , ou union des affections. II semble qu il veut nous declarer ce que nostre Seigneur vouloit dire lors qu il prioit son Pere celeste que nous fussions tous un, comme luy et son Pere sont un, nous monstrant par ces parolles comme quoy il desiroit que nous fussions tous unis ensemble d une sainte et sacree union. (Test pourquoy son glorieux Apostre nous la recommande si particulierement en son Epistre , nous exhortant de marcher en la voye de la dilection , comme enfans tres-chers de Dieu, c est a dire , que comme Dieu , qui est nostre Pere , nous a aymes si cherement qu il nous a tous adoptes pour ses enfans, ainsi monstres que vous Fimites en vous aymant cherement les uns les autres , en toute bonte de coeur.
Mais afin que nous ne marchions point d un pas d enfant en la voye de la dilection , il adjouste : Marches-y comme ngstre Seigneur y a marche; il a donne sa vie pour nous; et le reste qui suit. En quoy il nous fait voir , qu il faut que nous marchions d un pas de geant en la dilection, et non d un pas d enfant. Mais aymes- vous les uns les autres , adjouste-il, comme N. S. nous a aymes ; d autant qu il ne nous a point aymes pour aucun merite qui fust en nous ? ains senlenient a cause qu il nous a crees a son image et semblance : Et creavit Deus hominemad imaginem suaWi adimagimm
Dei masculum et fceminam creavit eos. Image et semblance que nous devons aymer et honorer en tout homme , quel qu il soit , et non autre chose qu il y aye , car rien n est aymable en luy que cela ; car non seulement il n embellit pas cette divine image et semblance , ains il Fenlaidit, souille et broiiille en sorte , par ses defauts , qu elle n est presque plus cognoissable ; et cela, il ne le faut nullement aymer au prochain, car Dieu ne le veut pas.
Mais pourquoy a-il voulu que nous nous aymassions tous les uns les autres, comme il nous a ayrnes? et pourquoy, disent les Peres, a-il pris tant de soin de nous inculquer ce precepte et ce commandement de 1 amour du prochain, comme estant semblable au commandement de Famour de Dieu, Secundum autem est simile illi 1 ? Cela les fait grandement estonner , de voir qu il dit que ces deux commandemens sont semblables , veu que Fun tend a aymer Dieu , et Fautre la creature ; Dieu qui est infini , et la creature iinie ; Dieu qui est la bonte mesme et duquel tout bien nous ar rive, et Fhomme qui est si remply de malice, et duquel tant de maux nous arrivent ; car ce commandement de Famour du prochain n exclud personne , il contient aussi en soy Fa mour des ennemis. Mon Dieu ! quelle disproportion entre les deux objects de ces deux amours! et cependant ces deu^ commandemens sont semblables, en telle sorte , que Fun nc peut subsister sans Fautre , et faut necessairement que Fun perisse ou s accroisse , en mesme terns que Fautre perit ou s augmente, ainsi que Fasseure saint Jean.
Marc-Antoine achepta un jour deux beaux jouvenceaux que luy presenta un certain maquignon ; car en ce terns-la, comme Fon fait encore maintenant en quelques contrees, Fon vendoit des enfans, et ii y avoit des homines qui en faysoient traiic, comme Fon fait des chevaux en ces contrees. Or ces deux enfans se re-ssembloient tellement , et si parfaittemenf,
Marc, XII.
que le maquignon luy fit accroire qu ils estoient jumeaux , et n estoit quasi pas croyable qu ils pussent avoir une si parfaitte ressemblance autrement; car estant separes Tun cle Fautre, Ton ne pouvoit nullement juger lequel c estoit des deux, et pour cela Marc-Antoine en fit un si grand estat, qu il les achepta fort cherement : apres quoy les ayant fait conduire chez lui , il trouva qu ils parloient un langage fort different Fun de 1 autre, dautant que Pline rapporte que Fun estoit de ces cartiers du Dauphine et 1 autre estoit d Asie , lieux si distans et esloignes Fun de Fautre, qu il ne se peut presque dire. Ce que Marc-Antoine ayant sceu , et voyant que ces deux enfans rion seulement n estoient point jumeaux, mais de plus qu ils n estoient pas de mesme pays, et qu ils n estoient pas nes sous un mesme climat; il se mit grandernent en colere contre celuy qui les luy avoit vendus. Mais un de ses courtisans luy ayant represente , que la ressemblance de ces deux esclaves estoit d autant plus admirable , qu ils estoient de diverses contrees, et qu ils n avoient point d alliance ensemble, il demeura tout appaise , et fit tousjours du depuis un si grand estat cle ces deux esclaves, qu il eust mieux ayme perdre tous ses biens que ces deux enfans a cause de la rarete de leur conformite et ressemblance. Mais que veux-je dire par la, sinonque le commandement de Famour de Dieu, et celuy de Famour du prochain ressemblent merveilleusement bien a ces deux jouvenceaux dont Pline parle , qui estoient chacun d un pays si extremement esloigne Fun de Fautre; car quel esloignement y a-il, je vous prie, entre Finfiny et le finy, entre Famour quiregarde Dieu immortel, et Famour du prochain qui regarde Fbomme mortel , entre le premier de ces amours qui regarde le ciel , et Fautre qui regarde la terre 1 Certes la ressemblance de ces deux amours est dautant plus admirable, qu ils sont plus eloignes Fun de Fautre.
(Test pourquoy nous devons faire comme Marc-Antoine ,
acheptans ces deux amours , comme jumeaux qui sont tout deux sortis des entrailles de la divine Misericorde , et ce en mesme terns : car des que Dieu crea 1 homme a son image et semblance, ilordonna a cet instant mesme, qu il aymeroit Dieu et son prochain , dautant que la loy de nature a tousjours appris ces deux preceptes, et les a comme graves au cceur de tous les hommes : de sorte qu encore que Dieu n en eust point parle , tous les hommes neanmoins n eussent pas laisse de scavoir qu ils estoient obliges non seulement d aymer Dieu, mais aussi d aymer le prochain; et cecy , nous le voyons en ce que Dieu trouva extremement mauvaise la res ponse que luy fit ce miserable Cain , lequel eut bien la hardiesse , quand il luy demanda ce qu il avoit fait de son frere Abel, de luy dire qu il n estoit pas oblige de le garder , ainsi qu il est rapporte en la Genese : Num custos fratris mei sum ego 1 ? Dautant que nul ne se peut excuser de cela, ny dire qu il ne scait pas qu il faut que ncus aymions nostre prochain comme nous-mesmes, Dieu ayant imprime cette verite au fond de nostre cceur, en nous creant a 1 irnage et sem blance les uns des autres; car portant tous 1 image de Dieu en nous , nous sommes par consequent 1 image les uns des autres, ne representans tous qu un mesme pourtrait, qui est Dieu.
Gela estant done ainsi, voyons un peu, mes cheres Seurs, les termes par lesquels nostre Seigneur nous a recommande 1 amour dti prochain : Mandatum novum do vobis , ut diligatis invicem sicut dilexi vos* ; Je vous domie , dit-il parlant a ses Apostres, un commandement nouveau qui est que vous vous aymies les uns les autres , ainsi que je vous ay aymes. Mais pour quelle cause appelle-t-il ce commande ment nouveau, puis que, comme nous avons dit, ce com mandement avoit este desjadonne en la loy de Moyse, et qu il n avoit pas aussi este ignore en la loy de nature , ay ant este
* Gen., IV. 2 S.Jean, XIII.
POUR LE III* DIMAtfC^r, i)E CAKESME. 293
recogneu et mesme observe de quelques-uns des la creation de 1 homme ? En voicy les raisons.
Premierement, nostre Seigneur appelle ce commandement nouveau, parce qu il le vouloit renouveller. Et comme nous voyons que lors qu on met du vin nouveau en quantite dans un tonneau ou il y en avoit encore un peu de vieil , Ton ne dit pas que ce soit du vin vieil qu il y a dans ce tonneau, ains <iu vin nouveau , cause que la quantite du nouveau surpasse sans comparaison celle du vieil ; de mesme nostre Sei gneur appelle ce commandement nouveau, parce que si bien il avoit este donne auparavant, il n avoit pas neanmoins este observe, que par un fort petit nombre de personnes. C est pourquoy nostre Seigneur voulut qu il fust entierement renouvelle, recevant les derniers traits de sa perfection, et que nous nous aymassions les uns les autres , ainsi que faysoient les premiers Chrestiens , lesquels , au rapport de saint Luc, n avoient tons qu un cceur et une ame, ayans une telle union par ensemble , que jamais on n y voyoit nulle division : Multitudinis credentiwn erat cor unum, et anima una f nee quisquam eorum, qucepossidebat, aliquid suum esse dicebat. Aussi jouyssoient-ils d une consolation tres grande par le moyen de leur union , qui estoit telle, que tout ainsi que de plusieurs grains de froment estant moulus et pestris en semble , 1 on n en fait qu un seul pain , qui est compose de tous ces grains de bled , lesquels bien qu ils fussent aupara vant separes et divises, sont apres tellement joints et unis, qu ils ne peuvent plus estre remarques ny connus en particulier ; de mesme les Chrestiens avoient une si grande union et un amour si fervent les uns pour les autres, que leurs coeurs et leurs volontes estoient tout pesle-mesle et saintement confondus, sans que cette sainte confusion et meslange leur apportast aucun empeschement, n y pouvant avoir de division, ny separation entr eux; ce qui faysoit que ce pain, pestry de tous ces coeurs, estoit infiniment aggreable a la di-
vine Majeste. Et comme nous voyons encore que de plusieurs raisins ne se fait qu un seul vin, estans pressures les uns parmi les autres , n estant plus possible de remarquer quel est le vin reussy de tels grains et de tels raisins , ains tout estant pesle-mesle , ce n est plus qu un vin tire de plusieurs grains et raisins ; de mesme , ces cceurs des premiers Chrestiens, dans lesquels la tres-sainte eharite et dilection regnoit, estoient ce vin mystique compose de plusieurs eo3urs , comme de plusieurs grains de raisins. Mais ce qui faysoit qu il y avoit une si grande union entr eux tous, n estoit autre chose que la frequente communion , laquelle venant a cesser ou a se faire rarement , la sainte dilection est venue par mesme moyen a se refroidir entre les Chrestiens, et a grandement perdu sa force et suavite.
Le commandement cle 1 amour du prochain est done nou veau, pour la raison que nous venons de dire, qui est, parce que nostre Seigneur Test venu renouveller par le tesmoignage qu il a rendu , qu il vouloit qu il fust mieux observe qu il n estoit auparavant. II est nouveau aussi , parce qu il semble que nostre Seigneur Fait ressuscite. Et comme Ton appelleroit un homme nouveau, celuy qui estant mort viendroit a ressusciter ; autant en peut-on dire de ce commande ment, dautant qu il estoit tellement neglige entre les hommes, qu il sembloit estre comme mortet comme s il n eust paseste fait, si peu il y en avoit qui s en ressouvinssent on du moms qui 1 observassent. C est pourquoy nostre Seigneur le donne derecbef aux hommes , et partarit il veut que , comme une cbose nouvelle et comme un nouveau commandement, il soit pratique lidellement et fervemmeiit. II est aussi nouveau a cause des nouvelles obligations que nous avons de 1 obser ver. He ! que nous nous devons rendre souples a 1 observation de ce divin precepte , puisque luy-mesme est venu pour nous Tenseigner, non seulement de parolles, mais beauccup plus par exemples, dautant que ce Maistre divin et tres-ay-
maLle ne nous a point voulu enseigner a peindre, qu il n aye premierement peint devant nous , et ne nous a donne nul precepte, qu il ne 1 aye premierement observe : car avantque de renouveller ce commandement de 1 amour du prochain, il nous a aymes, et monstre par son exemple comme nous le devons observer, et afin que nous ne Faccusassions point, comme s il nous eust ordonne une chose impossible, il se donna a nous autres au tres-saint Sacrement, puis il nous dit : Aymes-vous les uns les autres , comme je vous ay aymes.
II est tres-certain que les hommes de Fancienne loy estoient damnes, s ils n aymoient pas leur prochain, parce que la loy de nature les y obligeoit, ou bien la loy de Moyse. Mais les Chrestiens qui ne s aymeront pas les uns les autres, et qui n auront pas observe ce divin precepte de Famour du prochain, apres avoir eu Fexemple de nostre Seigneur , seront damnes d une damnation incomparablement plus grande.
Or les anciens, je veux dire ceux qui estoient devant Flncarnation de nostre Sauveur et Maistre, peuvent avoir quelque excuse , s ils n ont pas bien observe ce commandement; car si bien Ton scavoit desja en ce tems-la , que nostre Sei gneur viendroit reparer Finiage et ressemblance de Dieu, qui est en nous, par sa Mort et Passion, par le moyen de Funion de sa nature divine avec la nature humaine, ce n estoient que quelques-uns des plus saints qui avoient cetie cognoissance , comme les patriarches et les prophetes ; car le reste des homines Fignoroient quasi tous. Mais maintenant que nous scavons, non qu il viendra, ains qu il est venu, et qu il nous a recommande tout de nouveau cette sainte dilection des uns envers les autres, combien serons-nous dignes de punition, si nous n aymons nostre prochain?
Mais se faut-il estonner, mes cheres Seurs, si ce divin Sauveur de nos ames veut que nous nous aymions comme ii nous a aymes , puis qu il nous a tellement restablis a cette parfaitte ressemblance que nous avions avec luy, en unissant
nostre nature a la sienne, qu il semble qu il ri y aye plus auenne difference. certes , nul ne pent plus entrer en doute que Fimage et ressemblance deDieu, laquelle estoit en nous auparavant son Incarnation, ne fust grandement imparfaitte et grandement distante de la vraye ressemblance de celuy que nous representions, et duquel nous estions le pourtrait ; car quelle proportion y a-il entre Dieu et la creature? La couleur de ce pourtrait estoit extremement blaffarde , ternie et decoloree , de maniere qu il n y restoit plus que quelques traits et petits lineamens, ainsi que Ton void en un pourtrait et tableau qui est seulement esbauche , ou la derniere cou leur n estant point encore posee , il n y a seulement qu un air bien petit et bien mince de celuy qu il represente ; mais nostre Seigneur estant venu an monde , a tellement restably cette image, et releve nostre nature au dessus de tous les anges, des cherubins, et au dessus de tout ce qui n est point Dieu, et nous a tellement faits semblables a luy , que nous pouvons dire asseurement que nous ressemblons en quelque sorte parfaitement a Dieu , lequel s estant fait homme a pris nostre semblance, et nous a dorme la sienne.
combien done devons-nous relever nostre courage pour vivre selon ce que nous sommes, en imitant ce divin Maistre le plus parfaitement qu il nous sera possible , puis qu il est venu en ce monde pour nous enseigner ce que nous devons faire pour conserver en nous cette beaute et divine ressem blance, qu il a infiniment reparee et embellie en nous par son Incarnation.
Or dites-moi done 1 amour cordial que nous nous devons porter les uns aux autres, quel doit-il estre , puisque nostre Seigneur nous a egalement repares, et faits semblables a luy, sans en exclure aucun? Or il faut neanmoins entendre tousjours qu ii ne faut pas aymer dans le procbain ce qui est contraire a cette divine ressemblance, et qui peut ternir ce pourtrait sacre, c est a dire, ses imperfections : mais hors de la,
mes cheres Seurs , ne devons-nous pas aymer cherement celuy qui nous represente si au vif la personne sacree de nostre Maistre ? Et n est-ce pas Fun des plus preignans motifs que nous puissions avoir, pour nous aymer tous d un amour ar dent? Ha! ne devrions-nous pas faire , quand nous voyons nostre prochain , comme fit le bon Raguel , quand il vit le jeune Tobie , lequel Testoit alle trouver par le commandement de son pere? Ce bon homme Raguel le voyant : He , dit-il a sa femme , mon Dieu ! que cet enfant me represente bien nostre bon cousin Tobie ! Quam similis estjuvenis iste consobrino meo* ! Puis il demanda a ce jeune homme d ou il estoit, et s il ne cognoissoit point Tobie ; a quoyl ange qui le conduisoit respondit, que non seulement il le cognoissoit, mais que celuy , a qui il parloit , estoit son fils : lors le bon Raguel , tout transporter d aise , 1 embrassa , et le baisant et caressant fort tendrement, lui dit : mon enfant ! que tu es ills d un bon pere , et que tu ressembles a un grand homme de bien ! Benedictio sit tibi, fill mi, quia boni et optimi viri filius es. Et apres luy avoir rendu plusieurs tesmoignages de bienveillance, il le receut en sa maison , et le traitta merveilleusement bien selon Taffection qu il portoit a son pere Tobie.
He done ! n en devrions-nous pas faire de mesme , quand nous nous rencontrons les unslesautres, et que nous voyons nostre prochain? 0! devrions-nous dire, que vous ressem bles a un grand homme de bien ! car vous me represented mon Sauveur et mon Maistre , et sur 1 asseurance qu il nous donneroit, ou que nous nous donnerions les uns aux autres, que nous nous recognoissons bien , quelles caresses ne luy devrions-nous pas faire?
Mais pour mieux dire, combien a^ioureusement et tendre ment devrions-nous recevoir le prochain, honorant en luy -cette divine resseinblance , renotiant tousjours ce doux lien
Tobie, VII.
de charite , que saint Paul appelle lien de perfection, Quod estvinculumperfectionis*, qui nous tient lies, serres et conjoints les uns avec les autres.
Marchons done en la vove de dilection. comme enfans tres
chers de Dieu , ainsi que nous exhorte le grand Apostre en son Epistre ; mais marches-y, dit-il, comme nostre Seigneur Jesus-Christ y a marche, lequel a donne sa vie pour nous, et s est offert en holocauste et victime d odeur et de suavite a son Pere. Paroles desquelles nous tirons la cognoissance du degre auquel doit parvenir Famour des uns envers les autres , et a quelle perfection il doit monter, qui est de donner ame pour ame , vie pour vie , et bref tout ce que nous sommes et que nous avons, les uns pour les autres, excepte le salut ; car Dieu veut que cela seul soit reserve. Nostre Sei gneur a donne sa vie pour un chacun de nous; il a donne son ame , il a donne son corps, bref il n a rien reserve; et partant , il ne veut pas aussi que nous fassions aucune re serve, excepte le salut eternel.
Nostre Seigneur nous a donne sa vie , non seulement en 1 employant a nous enseigner ce que nous devions faire pour nous sauver, nous faysanfc scavoir ce qui luy estoit aggreable , guerissant les malades et faysant des miracles ; mais il a encore donne sa vie en fabriquant sa croix tout le terns d icelle, souffrant mille et mille persecutions de ceux-mesmes ausquels il faysoit tant de bien , et pour lesquelz il la donnoit. Or c est en cela , mes cheres Seurs , qu il veut que nous Timitions, et que nous fabriquions nostre croix, en souffrant les uns pour les autres, ainsi qu il a fait, et que nous donnions nostre vie pour ceuxmesmes qui nous la voudroient oster, nous employant pour le prochain , non seulement es choses aggr cables , mais encore es plus penibles et desaggreables , comme de sup porter amoureusement les persecutions , lesquelles pour-
Coloss., III.
roient en quelque facon refroidir nostre cceur envers luy. II y en a plusieurs qui disent : J ayme grandement mon prochain, et voudrois bien luy rendre quelque service. Cela est bon , dit saint Bernard , mais cela n est pas asses ; il faut passer plus outre. Je I ayme tellement, que je vou drois employer de bon co3ur tous mes biens pour luy. Cela est davantage et meilleur, mais ce n est pas encore asses. Je 1 ayme , je vous asseure, tellement que j employerois ma personne mesme pour luy , et en tout ce qu il desireroit de moy. Voila certes un tres-bon signe de vostre amour ; mais il faut encore passer plus outre ; car il y a un degre plushaut en cet amour, ainsi que nous 1 apprend saint Paul, lequel escrivant aux Corinthiens, leur disoit : Imitatores mei estate, sicut et ego Christi *; Soyes mes imitateurs, com me je le suis de Jesus-Christ : voulant dire : Je suis prest a donner ma vie pour vous, comme il a fait, et a m employer si absolument pour vostre salut , que je ne veux faire aucune reserve, pour vous tesmoigner combien je vous ayme cherement et tendrement; ouy mesme, je suis prest de laisser faire pour vous tout ce qu on voudra de moy. En quoy il nous apprend que de s employer mesme jusques a donner sa vie pour le prochain, n est pas tant que de se laisser employer pour luy au gre des autres, ou par eux, ou pour eux ; et c est cela qu il avoit appris de nostre Seigneur, lequel s estant employe luy-mesme pour nostre salut et re demption , se laissa employer par apres pour parfaire cette mesme redemption, et nous acquerir le salut, se laissant attacher sur la croix par ceux-la mesmes pour qui il mouroit ; il s estoit employe luy-mesme toute sa vie , et en sa mort il se laissa employer, laissant faire de luy tout ce qu on vouloit , non par ses amis , ains par ses ennemis , qui luy donnerent la mort avec une rage et furie insupportablement meschante, sans qu il y resistast aucunement, ny s excusast,
I Cor., XI.
se laissant conduire et tourner a toute main , tout ainsi que la cruaute de ces malicieux bourreaux leur suggeroit ; regar dant en cela la volonte de son Pere celeste , laquelle estoit qu il mourust pour les homines; a quoy il se sousmit avec un amour si grand , qu il est plus digne dYstre admire, que d estre imagine ny compris.
G est a Oo souverain degre de perfection de Tamour du prochain , que nous autres Ecclesiastiques, Religieux et Religieuses, qui sommes consacres au service de Dieu, sommes appelles, et auquel nous devons pretendre de toutes nos forces , ne nous employant pas seulement pour le bien du prochain , ains nous laissant encore employer par la sainte obeyssance a faire tout ce qu on voudra de nous , sans que jamais nous y resistions. Car quand nous nous employons nous-mesmes pour son service, ce que nous faysons par nostre eslection , et par le choix de nostre propre volonte , apporte tousjours beaucoup de satisfaction a nostre amour propre ; mais de nous laisser employer es choses qu on veut, t que nous ne voulons pas , ou que nous ne choisissons pas pour le prochain , c est ou gist le souverain degre de cet amour. Comme, quand nous voudrions prescher, on nous <3nvoye servir les malades ; et quand nous voudrions prier pour le prochain , Ton nous fait faire autre chose pour son service. Mieux vaut tousjours, sans comparaison, ce que Ton nous fait faire ( j excepte ce qui est contraire a Dieu, et qui 1 offense), que ce que nous faysons ou choisissons de nous-mesmes.
Aymons-nous done les uns les autres et marchons en la voye de la dilection , nous aymans comme nostre Seigneur Jesus-Christ nous a aymes : il s est offert en holocauste pour nous, qui fut lors qu il mourut sur la croix, ou il nous donna jusques a la derniere goute de son sang, lequel il repandit sur la terre, comme pour faire un ciment sacre, duquel il vouloit cimenter, unir, conjoindre et attache**
toutes les pierres vives de son Eglise, qui sont les fideles, Tun a 1 autre, afin qu ilz fussent tellement unis, series, et conjoints par ensemble , que jamais il ne se trouvast nulle division entr eux, tant il craignoit que cette division ne leur causast une desolation eternelle! combien ce motif est preignant pour nous inciter a garder et observer exactement ce commandement, de penserque nous avons tous este esgalement arroses de ce sang precieux.
Nostre Seigneur done , dit le saint Apostre , s est offert a Dieu son Pore pour nous en hostie d odeur et de suavite. He ! quelles divines odeurs ne respandit-il pas devant son Pere eternel, lors qu il institua le tres-saint Sacrement de 1 autel , auquel il nous tesmoigna si admirablement la gran deur incomparable de son amour ! que ce fut un parfurn infiniment suave , que cet acte de dilection si incomprehen sible que nostre Seigneur fit alors qu il se donna a nous , qui estions ses ennemis, et qui luy causions la mort! 0! que ce fut vrayement alors qu il nous donna le raoyen de parvenir a ce supreme degre d union , qu il nous desiroit , d estre faits un avec luy, cornme luy et son Pere ne sont qu un , ainsi qu il luy avoit demande dans 1 exces de son amour pour nous , treuvant au mesme terns comme cela se pouvoit faire , en instituant le tres-saint Sacrement de 1 Eucharistie , par la reception duquel nous sommes faits une mesme chose avec luy : Units panis , et unum corpus multi sumus, omnes qui de uno pane, et de uno calice participamus ! bonte in comparable , que vous estes digne d estre aymee ! jusques ou s est abbaissee la grandeur de Dieu pour un chacun de nous, et j usque ou veut-il nous eslever, de nous unir si parfaitement a soy, qu il nous rende une mesme chose avec luy! Ce que nostre Seigneur a voulu faire, pour nous enseigner, que comme nous sommes tous aymes d un mesme amour, par lequel il s unit a nous en ce tres-saint Sacre ment, ainsi veut-il que nous nous aymions tous de ce mesme
amour qui tend a Funion , mais a une union plus grande et plus parfaitte qu il ne se peut dire.
Nous sommes tous nourris d un mesme pain , qui est ce pain celeste du tres-saint Sacrement, la manducation duquel s appelle communion; ce qui nous represente la commune union que nous devons avoir par ensemble ; union sans laquelle nous ne meritons pas le nom d enfans de Dieu , puisque nous ne luy obeyssons pas. Les enfans qui ont un bon pere, le doivent imiter, et suivre ses commandemens en toutes choses ; et cela passe mesme en maxim e entre les Payens : Patrem sequitur sua proles. Mais quel meilleur pere pourrions-nous avoir que Dieu, qui est la bonte mesme, et celuy duquel toute bonte derive? C est pourquoy nous le devons imiter le plus parfaittement qu il nous sera possible, et obeir de mesme a ses divines ordonnances , lesquelles ne peuvent estre que tres-saintes et salutaires.
Or entre tous les preceptes qu il nous a donnes , il n en a point tant inculque ny tesmoigne qu il en desire une observa tion si particuliere , que celuy de Famour du prochain : non pas que celuy de 1 amour de Dieu ne le precede ; mais dautant qu en celuy-ci la nature y aydant moins que pour 1 autre, il estoit besoin que nous y fussions excites d une maniere plus particuliere. C est pourquoy 1 Apostre dit : Qui diliyit proximum , legem implevit * ; qui est autant comme s il disoit : Aymes le procbain , et cela suffit , la loy est accomplie.
Aymons-nous done les uns les autres de toute 1 estendue de nostre coeur , pour plaire a nostre Pere celeste ; maio aymons-nous raisonnablement, c est-a-dire, que nous devons regir nostre amour par la raison, qui veut que nous aymions plus Fame du procbain que son corps, puis apres , que nous aymions un peu Is corps , et puis tout ce qui appartient au prochain par ordre, cbaque chose selon qu elle le merite pour la conservation de cet amour. Que si nous faisons cela,
1 Rom., XIV.
nous pourrons bien chanter avec une extreme consolation de nos ames , ces paroles du psalme CXXXII , dont la conside ration estoit si suave au grand S. Augustin : Ecce quam bonum , et quam jucundum habitare fratres in unum ! qu il fait bon voir habiter les freres ensemble , avec suavite , union , concorde et paix ; car ils sont comme Fonguent precieux au on respandit sur le chef du grand prestre Aaron , et lequel par apres couloit de sa barbe , et sur ses vestemens.
Nostre Seigneur et Maistre est ce grand Prestre eternel, sur lequel a este respandu cet onguent precieux et incomparablement odoriferant de la dilection de Dieu et du prochain ; et nous autres qui sommes comme ses cheveux , ou comme autant de poils de sa barbe , devons participer a cet onguent sacre. Ou bien nous pouvons considerer les Apostres comme estans la barbe de N. Seigneur , qui est nostre chef, et duquel nous sommes les membres , dautant qu ils furent comme attaches a luy , voyans ses exemples et ses ceuvres , et recevans ses enseignemens immediatement de sa bouche
sacree : mais nous autres n avons pas eu cet honneur; ains ce que nous savons, nous 1 avons appris des Apostres. G est pourquoy Ton peut dire que nous sommes comme les veste mens de nostre grand Prestre , nostre Sauveur et Maistre , . sur lesquels neanmoins decoule encore cet onguent precieux de la tres-sainte dilection, qu il nous a taut recommandee , et qu il nous a encore particulierement exprimee par son saint Apostre, lequel ne veut pas que nous nous arrestions a imiter ny les anges , ny les cherubins , ny les seraphins , en cette vertu de la dilection , ains nostre Seigneur mesme , qui nous Fa enseignee beaucoup plus par pratique que par parolle, specialement lors qu il fut attache a la croix : croix m pied de laquelle nous devrions nous tenir continuellement, comme le lieu auquel les li deles imitateurs de nostre Sauveur et Maistre font leur plus ordinaire dmeure; car c est de la
d ou ils recoivent cette liqueur celeste de la sainte dilectioii , qui sort a gros randons , comme d une divine source , des entrailles de la divine misericorde de nostre bon Dieu , qui nous a aymes d un amour si fort , si solide , si ardent et si perseverant, que la mort mesme ne Ta pu refroidir ni diminuer ; ains au contraire, 1 atellement rechauffe et aggrandy, que les eaux des plus ameres afflictions n ont pu esteindre le feu de cet amour qu il nous portoit , tant il estoit enflamme; ny les persecutions envenimees de ses ennemis n ont pas eu asses de force pour vaincre la solidite et fermete in comparable de Famour dont il nous a aymes , afin de nous monstrer que nostre amour pour le prochain doit estre fort , ardent , solide et perseverant , si nous desirons parvenir a la gloire eternelle , oii nous conduise le Pere , le Fils , et le saint Esprit. Amen.
WEU SOIT BENT.
Qsculetur me osculo oris sui : quia meliora sunt ubera tua vino, fragrantfa
unguentis optimis. CANT., I.
Que je regoive un baiser de sa propre bouche : car vos mammelles sont meilleures que le vin et respandent un plus doux parfum.
La divine Amante , jettant un profond soupir , se prit a dire : Qu il me baise , ce cher amant de mon ame , qu il me baise d un baiser de sa bouche , car tes mammelles sont meilleures que le vin , et respandent des odeurs grandement aggreables : Oleum effusum nomen tuum. Car ton nom est comme un huile respandu , lequel estant compose de tous les parfums plus precieux, exhale des odeurs souverainement delectables. Idea adolescentulce dilexerunt te; c est pourquoy les jeunes filles font ayme et poursuivy. Trahe me post te, curremus in odor em unguentorum tuorum; Tire-nous , et nous courrons a 1 odeur de tes unguents.
Les Peres considerans ces parolles du Cantique, que 1 Espouse dit a son Espoux : Qu il me baise d un baiser de sa bouche , disent que ce baiser qu elle desire si ardamment , n est autre que Texecution du mystere de 1 Incarnation de nostre Seigneur ; baiser et mystere , qui avoit este si longtemps attendu et desire par une si longue suitte d annees , de toutes les ames qui meritent le nom d amantes; mais enfin ce baiser qui avoit este si long-temps refuse et differe , fut accorde a cette amante sacree , nostre Dame , laquelle seule merite le nom d Espouse et d 1 Unique par excellence , et par eminence au dessus de toutes les autres ; baiser qui
1 Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation de Sainte Marie d Annessy (Edit, de 1641 et de 1643).