A. G. PELTIER
Chanoine /toil*
In itto tempore f cum audisset Joannes in vinculis opera Christi, mitieni duos de discipulis suis, ait illi : Tu es qui venturus es, an a/mm expeotamus? MATTH. XI.
En ce temps-la, comme saint Jean eust ou! en la prison les ceuvres merveilleuses de Jesus-Christ, il envoya deux de ses disciples luy deraander s il estoit celuy qui devoit venir, ou s ilz en devoient attendre un autre. S. MATTH. XI.
L Evangile que nous lisons en la messe de ce jour est divise en trois parties. En la premiere il est dit que saint Jean estant en prison pour la justice , il envoya deux de ses dis ciples a nostre Seigneur pour sc,avoir de luy s il estoit le Messie promis en la loy , ou s ilz en devoient attendre un autre ; la seconde est la response que leur fit nostre Seigneur; et la troisieme , de ce que nostre Seigneur dit aux Juifs a la lotiange de saint Jean , apres que ses disciples s en furent retournes.
(Test une chose admirable que nos anciens Peres , qui ont este si clair-voyans , et qui ont eu de si grandes lumieres pour expliquer et developper les plus grandes et obscures difficultes de la sainte Escriture , se soient neantmoins tousjours treuves estonnes sur le premier point de cet Evangile , pour scavoir comment se doit entendre que saint Jean, qui connoissoit nostre Seigneur, envoya deux de ses disciples pour iv. 1
sc^avoir de luy s il estoit ce grand prophete et vray Messie promis, ou s ilz en devoient attendre un autre. Car, disentilz, si saint Jean &$avoit bien qu il estoit le vray Messie, pourquoy lui envoyoit-il demander s il Testoit? Or que saint Jean sceut bien que celuy a qui il envoyoit faire cette demande estoit le vray Messie , cela est indubitable : il le sceut qu il estoit encor dans le ventre de sa mere , et il n y a en aucun saint qui aye eu de plus grandes lumieres et intelligences du mystere de 1 Incarnation que ce glorieux saint. Certes Ton peut dire qu il fut comme Tescholier de nostre Dame, laquelle lui apprit ce divin mystere lorsqu elle alia visiter sainte Eli zabeth ; visite en laquelle il fut sanctifie par le divin Sauveur de nos ames, lequel il connut, et, tressaillant d ayse dans les entrailles de sa mere sainte Elizabeth , il Fadora et se consacra des lors entierement a son service.
Ce fut luy qui fut son precurseur , et qui annonca sa venue au monde ; c est luy qui le baptiza et qui vit descendre du ciel le saint Esprit en forme de colombe sur luy, et qui entendit la voix du Pere eternel disant : Hie est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui : Celuy-cy est mon Fils bien-ayme, auquel j ay pris tout mon bon playsir. C estluy qui le monstra au doigt, disant : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi : Yoicy Tagneau de Dieu , voicy celuy qui oste les peches du monde. Vous voyez done bien maintenant comme il connoissoit nostre Seigneur , et le tenoit pour le vray Messie.
Mais pourquoy done, disent nos anciens Peres, ce glorieux saint estant en prison , et entendant parler des grands prodiges et miracles que faysoit nostre Seigneur, envoye t -il ses disciples pour scavoir de luy qui il est , et si c est luy qui doit venir , ou s ilz en doivent attendre un autre ? Certes tous sont admirables a desmesler cette difficulte, et, si je voulois rapporter la diversite de leurs opinions sur ce subjet, il m y faudroit employer beaucoup de temps j c est pourquoy
je m arresteray seulement a ce qu en disent le grand saint Hilaire et saint Jean Chrysostome , qui ont , ce me semble , le mieux rencontre en ce subjet.
L on ne fait pas tous-jours des demandes, disent ces saints Peres , ni par ignorance , ni pour scavoir les choses qu on demande ; mais Ton en fait pour plusieurs autres causes et ray sons : car autrement la divine Majeste ne feroit jamais aucune demande aux hommes , d autant qu elle scayt tout , et ne peut ignorer chose quelconque ; elle penetre le plus intime du co3ur, et n y a rien de si secret et cache qui ne soit tres-clair et manifesto a sa divine sapience, ainsy que va disant le saint prophete David , ce divin poete , en ses psalmes : Intellexisti cogitationes meas de longe, semitam meam et funiculum meum investigasti , et omnes vias measprcevidisti : Seigneur, dit-il , vous aves connu de loin mes pensees, vous aves considere mon sentier , et aves fait recherche du lieu de ma retraite ; vous aves preveu toutes mes voyes , et si j ay este comme un cerf qui ay couru par les forests les plusTemplies de ronces et d espines pour me cacher, vous estes ce divin chasseur qui de loin aves remarque mes pas et mes vestiges, et m aves apperceu au lieu ou je m estois retire , d autant que vous aves des yeux qui voyent tout et qui penetrent tout. Quo ibo a spiritu tuo? et quo a facie tua fugiam ? si ascendero in ccelum, tu illic es ; si descendero in infernum, ades : Ou iray-je done pour me cacher de vous? si je monte au ciel , vous y estes , et si je descends en enfer , je vous y treuveray plus present que moy-mesme. Si sumpsero pennas meas diluculo et habitavero in extremis maris, etenim illuc manus tua deducet me : Et si, comme la belle Aurore, je m en vay courant sur les eaux , me transportant jusqu auxextremitesdela mer poury faire ma demeure, vous m y conduires et y seres plustost que moi. Que feray-je done, 6 Seigneur , pour me cacher de vous? je ne scaurois eschapper de devant vostre face ; car vous estes present par tout.
Mais encore que Dieu soit present par tout , qu il voye et sache toutes choses , il n a pas laisse neantmoins de faire plusieurs fois des demandes aux hommes, non qu il ignorast ce qu il leur demandoit : mais sa divine providence 1 a fait specialement pour trois causes , dont la premiere est afin de leur faire confesser leurs peches. Lorsqu Adam eut transgresse le commandement que Dieu luy avoit fait, il 1 appella, luy disant : Adam, ubi es? Adam, ou es-tu? et demanda nostre mere Eve ce qu elle avoit fait. Or ce n estoit pas qu il ne se.eustbien ouestoit Adam et ce qu Eve avoit fait; mais la cause pour laquelle il leur fit ces demandes fut qu Adam confessast sa faute , et luy en demandast pardon : mays le miserable, au lieu de la confesser, il s excusa sur sa fe^W, et pour cela il fut chastie de Dieu , luy et toute sa posterite. Certes une partie des Peres tiennent que s il eust confesse sa faute quand Dieu Fappella , et qu il eust frappe sa poitrine , et dit un peccavi, sa divine bonte luy eust pardonne, et ne 1 eust pas frappe du fleau dont il 1 avoit menace, et duquel il l a puny luy et toute sa posterite : mais d autant qu il ne le fit pas , nous sommes tous demeures entaches du peche , et par consequent subjetz a la peine qu il tire apres soy.
La seconde cause pour laquelle la divine Majeste fait des demandes aux hommes, est pour les esclaircir de leurs doutes , ou les instruire des mysteres de la foy , ainsy qu il fit a Tendroit des deux disciples qui s en alloient en Emails. Nostre Seigneur s apparoissant a eux en forme de pelerin , leur demanda de quoy ilz parloient, les interrogeant et esclaircissant sur les doutes qu ilz avoient de sa resurrection : Interpretabatur illis, in omnibus Scripturis , quce de ipso erant. II est certain qu il ne demanda point a ces deux dis ciples quelz estoient leurs discours pour ignorer et ne scavoir pas ce de quoy ilz parloient : mais il leur fit cette demande pour prendre subjet de les instruire et esclaircir de leurs dif-
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ficultes, et les retirer de leur ignorance, leur expliquant les Escritures qui parloient de luy , specialement de sa resur rection.
La troisieme cause pour laquelle Dieu fait des demandes aux hommes est pour provoquer leur amour envers sa divine bonte. En voicy un exemple. La Magdeleine , apres la mort et Passion de nostre Sauveur, s en alia oindre et embausmer son sacre corps ; mays voyant le monument ouvert , et qu il n y estoit plus, elle pleura amerement. Elle y vit deux anges qui luy demanderent pourquoy elle pleuroit : Mulier, quid ploras ? Femme , pourquoy pleures-vous ? He ! dit-elle , c est qu ilz ont oste mon Maistre , et je ne scay oil ilz Font mis : Quid tulerunt Dominum meum, et nescio ubi posuerunt eum, Puis passant un peu plus avant, elle apperceust nostre Sei gneur en la forme d un jardinier qui luy demanda encore : Femme, pourquoy pleures-vous? et qui chercbes-vous? y> Etelle, toute transported de Tamour qu elle luy portoit, croyant qu il fust veritablement un jardinier, luy dit : Sei gneur, si vous 1 aves oste, dites-moy ou vous 1 aves mis, et je 1 emporteray : Domine, si tu sustulisti eum, dicito mihi ubi posuisti, et ego eum tollam. Ha! Seigneur, pourquoy demandes-vous cela a vostre chere amante ? ne scaves-vous pas bien la cause de ses larmes, et ce qu elle cherche? Certes, ce divin Sauveur le scavoit tres-bien , et ce n estoit pas pour 1 apprendre qu il luy faysoit cette demande, d autant que toutes choses luy sont tres-claires et manifestes. Mais il se plaist de faire quelquesfois telles et semblables demandes a ses creatures , pour leur faire produire des oraysons jaculatoires et des actes d amour envers sa divine bonte.
Vous voyes done bien maintenant comme Ton ne fait pas tous-jours des demandes par ignorance, mais bien pour plusieurs autres causes et raysons, ainsy que nous avom dit. G est pourquoy le glorieux saint Jean n envoya pas ses disciples a nostre Seigneur luy demander s il estoit le vray
Messie ou non pour le scavoir ; car quant a luy il n en doutoit nullement : mais il les y envoya pour trois raysons que je declarer ay brief vement.
La premiere rayson pour laquelle ce grand saint envoya ses deux disciples a nostre Seigneur luy demander s il estoit le Messie, fut pour le leur faire connoistre, et par leur moyen a tout le monde ; car apresleur avoir souvent presche sa venue , ses grandeurs, il les envoya enfin voir celuy qu il leur avoit si souvent presche et annonce. Certes ce doit estre le principal but de tous les docteurs et predicateurs, de faire connoistre Dieu. Les superieurs , et ceux qui ont charge des ameset qui les gouvernent, ne doivent rechercher ni procurer sinon que Dieu soit connu, ayme, servy et adore de ceux qu ilz enseignent, et qui sont sous leur conduite : et c estoit a quoy visoit le glorieux saint Jean. Et le signe qu il leur donna pour treuver Dieu et le connoistre ne fut autre que Dieu mesme. Les anges a la naissance de nostre Sauveur allerent treuver les pasteurs pour leur annoncer sa venue , chantans avec une melodie grandement admirable ces sacrees paroles que 1 Eglise repete si souvent : Gloria in excelsis Deo , et in terra pax hominibus bonce voluntatis : Gloire soit a Dieu es lieux tres-hautz, et paix en terre aux hommes de bonne volonte; paroles par lesquelles ilz leur faisoient entendre la venue et naissance de nostre divin Sauveur et Maistre. Mays lorsqu ih voulurent confirmer la merveille qu ilz leur annoncoient : Alles , leur dirent-ilz , le voir en Bethleem , et alors vous croires ce que nous vous annoncons ; car il n y a point de meilleurs moyens, ni de signes plus asseures pour treuver Dieu que Dieu mesme. Voila done pourquoy le glorieux saint Jean , apres avoir longtemps presche la venuS de nostre Seigneur a ses disciples, il les luy envoya, affin que non-seulement ilz le connussent , mays encore qu ilz le Bssent par apres connoistre aux autres.
Laseconde raison pour laquelle il envoya a nostre Seigneur
POUR LE Il e DDIANCHE BE L ADVENT. ^
ces deux disciples luy demander s il estoit le Messie, fut parce qu il ne les vouloit pas attirer a soy, ains a luy, et partant il les luy envoya pour estre instruicts de sa propre bouche, comme leur voulant dire : Quoy que je vous presche et enseigne les verites contenues en la loy , ce n est point pour vous attirer a moy , mais bien a Jesus-Christ duquel je ne suis que la voix; c est pourquoy je vous envoy e a luy affin que vous luy demandies s il est le Messie promis, ou si nous en devons attendre un autre ; qui est autant comme s il leur eust dit : Je ne me contente pas de vous dire et asseurer que c est luy que nous attendons, mais je vous envoy e encor a luy , affin que vous soyez instruitz par luy-mesme de ce qu il est.
Certes les docteurs , les predicateurs , les superieurs et ceux qui ont charge d ames, ne feront jamais rien qui vaille, s ilz n envoyent leurs disciples et ceux qu ilz enseignent a 1 eschole de nostre Seigneur ; et , s ilz veulent qu ilz advancent en la perfection , il faut qu ilz les envoyent a cette mer de science , et qu ilz les sollicitent et portent a rechercher ce divin Sauveur pour estre instruitz et enseignes de luy, ainsy que faysoit le grand apostre saint Paul, lequel escrivant aux Corinthiens leur disoit : Mes petits enfans , que j ay gagnes k Jesus-Christ avec tant de peines , de fatigues et de tribula tions , et pour lesquelz j ay souffert tant de travaux et de douleurs, je ne vous enseigne point pour vous attirer a moy, mays bien pour vous attirer a la connoissance de mon Maistre Jesus-Christ : Non enim nosmetipsos prcedicamus , sedJesum Christum Dominum nostrum : c est pourquoy ma predica tion n a point este en paroles attrayantes de science humaine, ains en la force et vertu du saint Esprit : Et sermo meus, et prcedicatio mea , non in persuasibilibus humance sapientice verbis , sed in ostensione spiritus et virtutis.
Les predicateurs et ceux qui gouvernent les ames, qui par leurs belles paroles taschent d attirer a eux les disciples
qu ilz enseignent et les ames qu ilz gouvernent, ressemblent & ces philosophes payens et aux heretiques ,. lesquelz se donnent bien de la peine de faire de beaux discours subtilz et bien arranges, non pour conduire les ames a Jesus-Christ, mais pour les attirer a eux-mesmes par leurs belles paroles, seduisant par ce moyen plusieurs ames foibles : tout au contraire des vrais serviteurs de Dieu, qui ne taschent sinon de porter ceux qu ilz conduisent et enseignent, tant par leurs paroles que par leurs exemples, a 1 amour et connoissance de sa divine Majeste , ainsi que nous voyons que fait aujourd huy saint Jean.
La troisiesme rayson pour laquelle ce grand saint envoya ses disciples demander a nostre Seigneur s il estoit le Messie , fut affin de les detacher de luy, parce qu il craignoit qu ilz ne vinssent a un si grand abus que de faire plus d estat de luy que de nostre Seigneur. Et vous voyez que saint Matthieu escrit qu ilz le vinrent une fois treuver , et luy dirent : Pourquoy est-ce que nous et lesPharisiens j eusnons si souvent, et que tes disciples nejeusnent point? Quare nos et Phariscei jejunamus frequenter, discipuli autem tuinonjejunant?Ce qui monstrebien qu ilz se scandalizoient dela douceur de nostre Seigneur : si bien que saint Jean apercevant cela , et voyant que 1 amour que ses disciples luy portoient, et 1 estime qu ilz avoient de luy, pourroit aller insensiblement au mespris de Jesus-Christ , il les luy envoye pour estre instruitz de sa propre bouche , et apprendre a le connoistre par luy mesme.
Ce ne fut done pas que saint Jean doutat en aucune facon que nostre Seigneur fust le Messie , qu il luy envoya ses dis ciples luy faire cette demande ; mais pour leur propre bien et utilite , affin que par la connoissance qu ilz auroient de luy, voyant les merveilles qu il operoit, ilz vinssent a 1 aymer et a en concevoir de 1 estime : en quoy il s accommodoit a leur foiblesse, et les traittoit comme des petitz enfans; car pour luy il croyoit asseurement , ainsi que nous avons dit , qu il
estoit le Fils de Dieu, le vray Messie et 1 Agneau qui oste les peches du monde.
Certes, il faut que ceux qui gouvernent les ames se fassent tout a tous pour les gagner tous , qu ilz soient doux aux uns, severes aux autres, enfans avec les enfans, forts avec les forts, foibles avec les foibles; en somme ilz ont besom d une grande discretion pour s accommoder avec tous. Dieu ! que le grand apostre saint Paul a este admirable en cette prattique ! L amour qu il portoit au prochain, et le zele qu il avoit pour le salut des ames estoit si grand , qu il se faysoit enfant avec les enfans , et pour cela il appelloit les cbrestiens ses petitz enfans. Et le grand saint Chrysostome expliquant les Epistres de ce glorieux apostre, dit que, escrivant aux Corinthiens qu il s estoit fait tout a tous pour les gagner tous : Omnibus omnia factus sum ut omnes facerem salvos ; il leur vouloit dire : Je me suis fait parmy vous comme un petit enfant, j ay marche le petit pas, je n ay pas marche le pas d un grand apostre, parce qu estans encore petitz, c est a dire, nouveaux nes dans le christianisme, vous ne m eussiez pu suivre; je me suis done accommode a vostre foiblesse , et me comportant parmy vous comme une mere nourrice, je vous ay donne du laict, et vous ay nourris de viande propre et conforme a vostre petitesse. Cbose admirable! dit saint Cbrysostome, lorsque ce grand apostre estoit avec les Corinthiens et qu il les enseignoit , il se comportoit avec eux comme une mere nourrice fait avec ses enfans, les nourrissant de viande tendre et douce , propre aux petitz enfans ; mays quant il escrivoit aux Hebrfeux, qui avoient plus de connoissance de Dieu, c estoit avec une doctrine si profonde, et un style si admirable , qu il ne se peut rien voir de semblable. Done si vous voules voir saint Paul parmy les Corinthiens, regardes (dit saint Chrysostome) une mere qui a cinq ou six petitz enfans qui 1 environnent , et voyes, je vous
prie , I industrie de cette femme , comme elle scayt dormer chacun ce qui luy est propre , et le traitter selon sa portee. A celuy qui n a que deux ou trois ans , elle luy donne du laict , et luy parle en begayant , par ce qu estant petit il ne peut pas encore bien prononcer ; aux autres, qui ont quatre ou cinq ans, elle commence a leur apprendre a mieuxparler, et leur donne a manger des viandes plus solides; etles autres, qui sont un peu plus grands, elle commence a les dresser h la civilite et modestie. Or c est ainsi , dit saint Chrysostome, que se comportoit Tapostre saint Paul avec les Corinthiens.
II est done necessaire que ceux qui gouvernent les ames ayent une grande Industrie pour les scavoir gouverner toutes selon leur capacite et la portee de leur esprit ; et pour cela ilz doivent avoir une grande discretion , pour leur scavoir donner la pasture de la parole de Dieu en temps convenable , affin qu elle leur soil utile et profitable.
La seconde partie de 1 Evangile est la response que nostre Seigneur fit a ces deux disciples : Euntes renuntiate Joanni guce audistis et vidistis : cceci vident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi audiunt , mortui resurgunt , pauperes evangelizantur. Les saints Peres considerans ces paroles de nostre Seigneur, s esmerveillent de cette response : Alles, leur dit-il , et annonces a Jean ce que vous avez veu et entendu : les aveugles voyent , les sourds entendent , les boileux marchent droict , les lepreux sont nettoyes, les mortz sont ressuscites et les pauvres sont evangelizes. II y a quelques docteurs qui disent que nostre Seigneur ne fit pas beaucoup de miracles en la presence des disciples de sainfc Jean , mais que ses apostres leur dirent les merveilles qu il operoit. II est vray que les apostres avoient une grandft SUavite a raconter les ceuvres admirables que faysoit leur bon Maistre; mays neantmoins il est vray aussi quenostra Seigneur ne laissa pas de faire beaucoup de miracles en la presence de ces deux disciples : c est pourquoy
il leur dit : Dites a Jean ce que vous aves veu et entendu. Quelques-uns des anciens Peres, specialement saint Hilaire et saint Chrysostome , s arrestent sur cette response que fit nostre Seigneur a ces deux disciples lorsqu ilz luy demanderent quiil estoit. Vous me demandes, leur dit-il, si je suis ce grand prophete , le Messie promis , celuy qui tonne dans les cieux, et qui doit venir briser la teste a Fennemy ; et je vous responds : Dites a Jean ce que vous aves veu et entendu. admirable bumilite de nostre Seigneur, qui, venant en ce monde pour confondre nostre orgueil et destruire nostre superbe,ne respond autre chose, quand on luy demande qui il est,sinon : Dites ce que vous aves veu et entendu, pour nous apprendre que ce sont nos ceuvres, et non point nos paroles , qui rendent tesmoignage de ce que nous sommes. Certes nous sommes en un siecle ou le monde est si remply d orgueil que , si Ton demande a un gentil-homme qui il est , il prendra tellement cette demande au poinct d honneur que, pour en avoir rayson, il s ira miserablement faire couper la gorge sur le pre. Mais, s il veut monstrer sa no blesse, il doit respondre comme nostre Seigneur aux disciples de saint Jean : Dites ce que vous aves veu et entendu : dites que vous aves veu un homme humble , doux, cordial , protecteur des veuves , pere des orphelins , charitable et debonnaire envers ses subjets. Si vous aves veu et entendu cela, dites asseurement que vous aves veu un bon gentil-homme. Si vous demandes aussi a un evesque qui il est : si vous aves veu un homme qui vit saintement , et qui s acquitte bien de sa charge , dites alors que veritablement vous aves veu nn evesque. Bref, si vous demandes encore a une religieuse qui elle est : si elle est exacte et ponctuelle en Fobservance de ses regies, dites semblablement que vous aves veu une vraye religieuse ; car enfin ce sont nos bonnes ceuvres qui nous font estre ce que nous sommes, et c est par icelles que nous devons estre reconnus et estimes.
Ne vous contentes done pas seulement, lorsqu on vous interroge et qu on vous demande qui vous estes, de dire seulement : Je suis chrestien; mays vives en sorte qu on puisse dire de vous qu on a veu un homme qui ayme Dieu de tout son coeur, qui garde ses commandemens , qui frequente les sacremens, et qui fait des oeuvres dignes d un vray chrestien. II est vray que ce nom est le plus beau tiltre que nous nous puissions donner; et j ay tous-jours eu une particuliere devotion a sainte Blandine, qui fut martyrisee a Lyon, laquelle, parmy les grands tourmens qu on luy faisoit souffrir, alloit doucement disant : Je suis chrestienne, se servant de ce nom comme d un bausme sacre pour guerir toutes ses playes.
Ccecivident :dites a Jean que les aveugles voyent, ditnostre Seigneur. Dieu ! quel plus grand aveuglement y a-t il quelenostre , qui, estans si pleins d abjection et de miseres, voulons neantmoins paroistre et estre estimes par dessus les autres? mays qu est-ce qui nous aveugle de la sorte sinon nostre amour propre? Ceux qui out peint TAmour luy ont bande les yeux, disant qu il estoit aveugle. Or 1 onpeutbien dire , avec plus de verite , que 1 amour propre est aveugle, par ce qu il n a point d yeux pour voir sa propre misere, son abjection et le neant d ou il est sorty : et c est une tres-grande grace que Dieu nous fait quand il nous donne sa lumiere pour reconnoistre nostre abjection; c est unsigne de la conversion interieure du coeur que de connoistre ses propres miseres et defauts, et celuy qui se connoist bien soy-mesme ne desire point d estre estime, ni ne se fasche point qu on le tienne pour imparfait ni qu on le traitte comme tel. Claudi ambulant : Les boiteux, dit nostre Seigneur, vont droict. Or pour tirer quelque instruction de ces paroles , il faut scavoir que nous avons deux parties en nous , qui sont comme les deux jambes de nostre ame , a scavoir, la par tie concupiscible et la partie irascible, desquelles precedent
toutes nos passions; et quand ces deux parties ne sont pas bien rcglees , mortifiees et sousmises a la raison , elles font Fhomme boiteux. La partie concupiscible est celle qui convoite des biens, des honneurs, des dignites et preeminences, des voluptes et plaisirs, et qui fait que Fhomme devient cupide et avaricieux; et cette partie n estant pas bien reglee, il boite de ce coste-la. II s en treuve d autres qui ne sont pas convoiteux, mays ilz ont la partie irascible si forte que lorsu elle n est pas bien sousmise a la rayson, ilz se mettent en tholere , se troublent et s inquietent quasi a tous propos, et se ressentent si vivement des moindres contradictions qui leur sont faites , qu ilz sont tous-jours a rechercher des in ventions pour se venger d une petite parole qui leur aura este dite , ou d un petit tort qui leur aura este fait. Or de quelque coste que cette partie se tourne , elle est si forte que, quand elle se tourne du coste du mal , on a bien de la peine de la redresser.
Certes il se treuve plusieurs personnes dans le monde, qui ayant ces deux parties desreglees , Ton peut veritablement dire qu elles boitent des deux costes : mais nostre Seigneur est venu pour les faire marcher droit devant sa face ; il est venu pour faire marcher droitement les homines en 1 observance de ses divins commandemens : c est pourquoy il ordonne aux disciples de saint Jean de luy dire que les boiteux marchent droict.
Leprosi mundantur : les lepreux sont guerys, adjouste ce divin Sauveur. II y a un grand nombre de lepreux spirituelz parmy le monde , et ce mal n est autre qu une certaine langueur , negligence et tepidite interieure que Ton a au service de Dieu , qui est cause que Ton fait toutes ses actions sans force ni vigueur; Ton ne commet pas de grands peches, mais Ton commet tant d imperfections et de petitz manquemens que le coeur en demeure tout alangoury et affoibly. Mais la plus grande misere et le plus grand mal de ceux qui
sont atteints de cette lepre spirituelle est qu on ne les oseroit toucher qu on ne les picque jusques au cceur , et cela par ce qu ilz sont si hautains et remplis d estime d eux-mesmes qu ilz ne scauroient souffrir qu on les reprenne ou advertisse de leurs defautz que soudain ilz ne s eslevent et facent paroistre du mescontentement.
Surdi audiunt : les sourds entendent, dit nostre divin Sauveur. II y a une certaine surdite spirituelle qui est bien dangereuse, qui n est autre qu une vaine complaysance que Ton a de soy-mesme et de ses actions, qui fait que Ton croit estre desja parfait , de sorte qu il semble qu on n aye plus besoin d instruction , Ton ne se soucie plus d entendre prescher la parole de Dieu, de lire des livres devotz, d estre repris et redresse de ses defautz, et ainsi Ton se met en grand peril : et cette surdite est bien dangereuse ; car, comme c est un tres-bon signe en une personne quand elle escoute volontiers la parole de Dieu et les enseignemens qu on luy donne pour son advancement en la vertu, aussi est-ce un mauvais signe quand elle se degouste de ces choses et pense n en avoir plus besoin.
Mortui resurgunt : les mortz sont ressuscites. C est la pa role de Dieu qui ressuscite les mortz ; c est en escoutant les predications que Ton recoit de bons mouvemens , qui font que Tame ressuscite du peche a la grace. C est aussi par le moyen de la lecture des bons livres que le coBur est vivifie , et prend tous-jours nouvelles forces et vigueur pour servir Dieu.
Pauper es evanyelizantur : les pauvres sont evangelizes. II y en a quelques-uns qui disent que les pauvres evangelizent : or, soit qu il se doive entendre en ce sens ou non, j ayme mieux me tenir au texte de 1 Evangile , et dire avec nostre Seigneur que les pauvres sont evangelises. Gertes les dis ciples de saint Jean ne treuverent pas nostre Seigneur parmy les princes et les grands du monde, mais avec les pauvres,
lesquels 1 escoutoient et le suyvoient par tout ou il alloit ; car ce cher Sauveur de nos ames estoit specialement venu pour les pauvres, et prenoit un singulier play sir d estre avee eux. Dieu! avec quelle douceur les enseignoit-il ! comment s accommodoit-il a leur ignorance ! il se faisoit tout a tous pour les sauver tous. II repose son esprit sur les pauvres et sur les humbles ; car la pauvrete engendre Phumilite : il fuit les coeurs hautains et orgueilleux , et se communique aux simples , et par cette communication il leur donne sou esprit , par lequel ilz operent de grandes choses ; et par ce moyen il confond les choses hautes et relevees de ce monde par les basses et simples , ainsy que dit le grand Apostre : Quce stulta sunt mundi elegit Deus ut confundat sapientes, et infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia. C est pourquoy nous pourrions dire aussi avec verite que non seulement les pauvres sont evangelizes, mays aussi qu ilz evangelizent , Dieu se servant d eux pour porter la verite de sa parole par tout le monde ; et quoy qu il soit tres-vray que nostre divin Sauveur et Maistre estoit venu pour enseigner aux grands et auxpetitz, aux doctes et aux ignorans, la doc trine de salut, neantmoins on l a tous-jours treuve parmy les plus pauvres et simples du peuple. Ce qui nous fait voir que 1 esprit de Dieu est bien different de celuy du monde , qui ne fait estat que de ce qui paroist et qui a de Fesclat.
Les anciens philosophes ne vouloient recevoir en leurs escholes que ceux qui avoient un bel esprit et un grand jugement, et s ilz ne les rencontroient pas tels, ilz disoient librement : cc Ce n est pas la un tableau propre pour mon pinceau. Et nous voyons encore maintenant parmy le monde combien ceux qui ont 1 esprit grossier sont mesprises des hommes, qui ne prennentplaisir qu a estre et converser parmy ceux qui ont 1 esprit beau et subtil ; et quoy qu ilz soient hautains , fins et superbes , n importe , 1 esprit du monde supporte cela. Mais 1 esprit de Dieu fait tout le contraire;
car il rejette lessuperbes , et converse avec les ames simples et humbles; et par ce que cela ne se prattique pas volontiers; nostre Seigneur le met au nombre des miracles , disant que les pauvres sont evangelizes : Pauperes evangelizantur.
Puisildit : Bien-heureux seront ceux qui ne se scandalizeront point en moy : Et beatus est qui non fuerit scandalizatus in me. Mais quoy ! que dites-vous, Seigneur? comment se pourroit-il faire que vous voyant operer tant et de si grands miracles , vous voyant exercer des oauvres de si grande charite et misericorde, Ton pust se scandalizer de vous? Je seray, dit-il, Fopprobre des hommes et le rebut du peuple : Oppro brium hominum et abjectio plebis. Je seray scandale aux Juifs et folie aux Gentils : Judceis scandalum, Gentibus stultitiam. Mais bien-heureux seront ceux qui ne se scandalizeront point en moy ; car moy qui suis ici parmy vous, faisant de si grands prodiges et miracles, je dois estre crucifie, et mourir attache sur une croix , de quoy plusieurs se scandalizeront. que bien-heureux, mes cheres ames, seront ceux qui ne se scandalizeront point des opprobres et ignominies de nostre Seigneur , et qui pendant cette vie se crucifieront avec luy, meditant sa passion , portant en eux sa mortifica tion, ne se scandalizant point de voir qu il a estefaitle rejet, le rebus et la risee du monde !
Certes il est vray que si nous voulons estre sauves il nous faut attacher a la croix de nostre Sauveur, la mediter, et porter en nous sa mortification : il n y a point d autre chemin pour aller au ciel ; nostre Seigneur y a passe le premier. Tant d extases, d eslevations d 7 esprit et de ravissemens que vous voudres ; esleves-vous , si vous pouves , jusqu au troisiesme ciel avec saint Paul : mays si avec cela vous ne demeures en la croix de nostre Seigneur, et ne vous exerces en la mortification de vous-mesmes , je vous dy que tout cela n est rien que vanite , et que vous demeurere s vuides de tout bien , sans vertu, subjetz et disposes a vous
scandalizer avec les Juifs de la Passion cle nostre divin Sauveur. En somme il n y a point d autre porte pour entrer au ciel que 1 humiliation et la mortification.
Or pour continuer nostre Evangile , les disciples de saint Jean s en retournerent vers luy. Mais quelz penses-vous qu estoient les cceurs de ces bons disciples ? que grande estoit la suavite et la consolation qu ilz avoient receue en la compagnie de nostre Seigneur ! et qu il leur tardoit d estre aupres de saint Jean pour luy dire ce qu ilz avoient veu et cntendu de ce divin Sauveur ! et qu ilz s alloient doucement entretenans des grands miracles et des merveilles qu il avoit fait en leur presence, et des choses qui leur avoient este elites par les apostres! Illis autem abeuntibus, ccepit Jesus dicer e ad turbas de Joanne : Quid existis in desertum videre? arundinem vento agitatam? Et comme ilz furent partis, nostre Seigneur se tournant vers le peuple qui le suivoit, leur dit : Qu estes-vous alle voir au desert? peut-estre que vous y aves veu un roseau sur un rocher au milieu d une mer agitee , expose a ses orages et tempestes. non ! certes, saint Jean n estoit point un roseau d inconstance ; car il est tous-jours demeure ferme et inebranlable au milieu des vagues et tempestes des tribulations.
Mays pourquoy, dira quelqu un, nostre Seigneur nelouat il pas saint Jean en la presence de ses disciples? Les anciens Peres disent que ce fut pour deux ray sons : la premiere, par ce que ces bons disciples aymoient tellement leur Maistre, et Festime qu ilz en avoient estoit si grande , qu il z 1 avoient , ce semble , prefere a nostre Seigneur , lorsqu ils luy dirent : Pourquoy nous et les Pharisiens jeusnons-nous, et tes dis ciples ne jeusnent point? s estonnans de quoy ncstre Sei gneur, qui estoit tenu parmy lepeuple pour un grand prophete, ne faysoit point jeusner ses apostres, comme saint Jean faysoit ses disciples. II n estoit done pas convenable qu il le lotiast en leur presence ; car il y avoit danger qu ilz ne virissent a iv. 2
le surestimer a nostre Seigneur. Voila pourquoy ce tie divine sapience ne dit rien de luy en leur presence.
L autre rayson pour laquelle nostre Seigneur no loiia point saint Jean en la presence de ses disciples , fut par ce qu il n estoit point flatteur, et, s il eust lotie saint Jean en leur presence , on eust pu juger que c estoit par flatterie ce qu il en faysoit, cela luy pouvant estre rapporte par ses deux disciples ; ce qui estoit grandement esloigne de Fesprit de nostre divin Sauveur qui est la verite mesme, et lequel scachant que 1 esprit humain y pourroit treuver a redire , il ne lotia point saint Jean en la presence de ses disciples. Mais quand ilz furent partis, il dit aux Juifs : Quid existis in desertum videre ? Qu estes-vous alle voir au desert ? Consideres cet homme que vous aves veu, ou plustost cet angerevestu d un corps humain : vous n aves point treuve un roseau d inconstance , qui tourne a tous ventz, mays un rocher en fermete; vous aves veu un homme qui a uneesgalite admirable parmy la variete des divers accidens qui luy arrivent, et qui est tel en 1 adversite qu en la prosperite ;. tel dans la prison et dans les persecutions que dans le desert; tel dans le mespris que parmy les applaudissemens ; aussi joyeux en 1 hyver de 1 adversite qu au printems de la pros perite ; il fait les mesmes fonctions dans la prison qu il faysoit dans le desert. Mais quant nous , certes nous sommes si variables , qu il semble que nous allons selon le terns et la saison; et il se treuve des personnes siinesgales, que lorsque le terns est beau , il n y a rien de si joyeux , et quand il est pluvieux, rien de si triste. Tel est fervent, prompt et joyeux en la prosperite , qui en Tadversite sera si foible , abattu et deconforte qu il faudra employer le ciel et la terre pour le remettre. Vous en verres d autres qui desirent la prosperite, par ce qu en ce terns ilz font des merveilles, ce leur semble. D autres ayment inieux 1 adversite, d autant, disent-ilz, qu elle les fait mieux retourner a Dieu. Enfin nous sommes
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si variables et bijarres, que nous ne scavons pour 1 ordi naire ce que nous voulons. II n y a point d esgalite panny nous, et toutesfois c est une vertu des plus necessaires qui soit en la vie spirituelle. Nous sommesdes roseaux d incons tance, qui nous laissons souvent emporter a suivre nos mauvaises humeurs et inclinations.
Finissons ce discours en disant du glorieux saint Ambroise, duquel nous celebrons demain la feste , ce que nostre divin Sauveur dit de saint Jean-Baptiste : Vous n aves point veu un roseau d inconstance dans le desert , ains un homme qui a une esgalite admirable. II est rapporte en sa vie qu estant encore petit enfant dans le berceau, un essaim d abeilles se vint poser et faire du miel sur ses levres , comme uii presage de sa future douceur et mansuetude ; et le grand saint Augustin raconte , en ses Confessions , que non settlement les doctes predications de ce saint , mays encore sa grande debonnairete ayda beau coup a sa conversion. Or si nous demandons a ce glorieux saint qui il est , nous aurons sans doute la mesme response que nostre Seigneur fit aux dis ciples de saint Jean : Dites ce que vous aves veu et entendu; dites que vous aves veu un homme doux, benin, charitable, et un vigilant pasteur, zele de la gloire de Dieu ; en somme, dites que vous aves veu un homme accomply en toutes sortes de vertus, qui s acquittoit soigneusernent de tous les devoirs de sa charge , et qui avoit les deux parties de Tame si biea reglees , qu il n avoit point de haine que pour le peche , contre lequel il animoit son zele, ni d amour que pour la dilection de nostre divin Sauveur. Mais toutesfois, combien que grandement doux et clement , si estoit-il grandement severe a punir et reprendre ce qui estoit digne de reprehen sion, sans se laisser fleschir par aucunes considerations humaines.
Quel zele ne fit-il paroistre en la facon qu il traittarempereur Theodose, luy refusant Tentree de 1 eglise , et luy par-
lant avec une fermete admirable, sans jamais desister jusques & ce qu il eust reconnu sa faute ! qu il lit bien paroistre qu il n avoit esgard ni a roy, ni a empereur, pour obeyr & Dieu et demeurer ferme a exercer ce qui estoit du devoir de sa charge ! Et la renomrnee de ce grand saint s estendant par tout, a cause de ses rares vertus et de son grand scavoir, il venoit des gens fort doctes et experimentes de bien loin pour entendre sa doctrine. Vous voyez done bien maintenant comme il est vray que Fhomme se connoist par ses ceuvres. Done si nous voulons scavoir qui nous sommes , il nous faut regarder quelles sont nos ceuvres, reformant ce qui n est pas bien , et perfectionnant ce qui est bon , affin qu imitant ces deux glorieux saints en leurs vertus , nous puissions , apres cette vie, jouyr avec eux de la gloire eternelle la-haut au ciel. Au nom du Pere , du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
WEU SOU
POUft LE III" DIMANCIIE DE L^ADVEKT. 21
Miserunt Judcei ab Rierosolymis sacerdotes et levitas ad Joannem ut fntenrogarent eum: Tu quis es? Et confessus est, et non negavit; et confessus eft quia non sum ego Christus. JOAN. I.
Les Juifs envoyerent de Hierusalem des prestres et levites a, saint Jean pour 1 interroger et seavoir de luy qui il estoit ; et il confessa , et ne nia point qu il n estoit pas le Christ. S. JEAN, cb. I.
Certes il faut confesser que la premiere et plus forte tentation qui soit parmy le monde, c est 1 orgueil et Pambition; elle se treuve en tout lieu , parmy toutes sortes d artz , de conditions et de professions : c aeste 1 ambition qui a fait tresbuscher du ciel Lucifer , et qui Pa precipite dans Penfer. Or ce miserable esprit scachant par experience que Pambition estoit une tres-puissante amorce pour nous faire transgresser les commandemens de Dieu et nous faire descheoir de sa grace , il s en servit pour tenter nos premiers parens , leur proposant de manger du fruict defendu , avec tant d artifice , qu il les asseura que s ilz en mangeoient ilz seroient semblables a Dieu : Eritis sicut dii. II ne leur dit pas qu ilz seroient esgaux a Dieu ; car qui est-ce qui peut esgaler Dieu? Cela est une cbose du tout impossible , et si le miserable les eust tentes de la sorte, ilz eussent facilement conneu sa tromperie, et eussent bien-tost veu que c estoit leur proposer une cbose impossible , par ce qu estans encore en la justice originelle, ilz avoient de grandes lumieres et connoissances : c est pourquoy ii leur dit seulement : Vous seres semblables a Dieu. Mais comment semblables a Dieu? c est que mangeant de ce fruict , vous aures comme Dieu la connoissance