POUR L INVENTION DE LA SAINTE CROIX
quibus se magnum exiztimat (Chacun se glorifie en ce en quoy il s estime grand) .
Or les biens esquels nous nous estimons grands sont de trois sortes , a scavoir : de Fame , du corps et de fortune, i Qui se glorifie en son scavoir ; qui en sa sante, force et beaute ; J qui en sa qualite, degre et richesse. Mais quoy! Vanitas vanitatum et omnia vanitas* (Vanite des vanites, toutes choses sont vanite). In imagine per transit homo (L homme passe comme line ombre). Quant au scavoir : Comparatus est jumentis insipientibus (II est compare au cheval qni est sans entendement) . Quant au corps : Pulvis est (II n est que poudre). Quant aux richesses et aux biens de fortune : Mundits transit et concupiscentia ejus (Le monde et sa convoi-> tise passe). Ja n advienne done qu on s y glorifie , et qu on s estime grand pour si peu de chose. Mais en la croix de nostre Seigneur, 6 quelle gloire! si celuy-la qui estoit si grand qu il estoit Dieu , y constitue son exaltation , sa clari fication, s il Fappelie la porte de sa gloire ; que vous restet il a faire , et que me reste-t il a dire , sinon que vous ayes le mesme sentiment en vous par imitation , qui a este en Jesus-Christ? lequel combien qu il fut Dieu , et qu il n aye point estime faire tort a son Pere eternel de s esgaler a luy , il s est neanmoins aneanty luy-mcsme , et pour ce Dieu Fa exalte , etc. : Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu , qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est se esse cequalem Deo, sed semetipsum exinanivit , propter
quod, etc. *.
Mais voyons un peu quelle sorte de gloire nostre Seigneur a prise par la croix. Lises de grace en cette croix , et vous y apprendres la gloire que nostre Seigneur a prise en icelle. Et ne treuves pas estrange que je vous renvoye a ce livre pour y apprendre vostre lecon , car c est le plus excellent livre de tous ceux qui jamais furent composes : et partant,
Eccl, I. a Philip., II.
qui desire la gloire de 3a science , qu il s approche avec une sainte pensee, et qu il lise ce saint livre, il y apprendra la plus profonde doctrine qui fut oncques ; car que diray-je jamais de plus admirable que ce que je vay dire, que nostre Seigneur mesme a appris en ce livre une chose qu il n avoit jamais sceue par experience, une lecon qu il n avoit jamais apprise en toute son eternite? et c est cette lecon dont parle 1 apostre S. Paul aux Hebreux : Didicit ex us, quce passus est , obedientiam (qu il a appris Fobeyssance par les tourmens qu il a endures) . Si done on se veut glorifier en scavoir, que ce soit en la science de ce livre du nouveau Testament. S. Paul racontant aux Hebreux comme 1 ancien Testament fut dedie , dit que Moyse ayant leu tous les commandemens de la loy, prenant le sang des veaux et des boucs, avec 1 eau et la laine pourprine , et Thysope , ipsum quoque librum et omnem popidum aspersit (il aspergea le livre et tout le peuple) ; mais toutes ces clioses no contenoient que la figure de ce qui se devoit faire au nouveau Testament : Omnia in figuris contingebant illis. Or ou est le livre que nostre Seigneur a asperge de son sang au nouveau Testament , sinon la croix en laquelle ayant leu tous les commandemens de la loi qui n est autre sinon : Dilicjes Dominum, etc. Tu aymeras le Seigneur ton Dieu , etc.) ; Mandatum novum do vobis, ut diligatis vos invicem (Je vous donne un nouveau commandement, qui est que vous vous aymies les unsles autres) ; il crie a haute voix : Pater, ignosce illis (Mon Pere, pardonnes-leur). In manus tuas , etc. (Je remets mon esprit entre vos mains). Enfin il asperge tout le monde de son sang par restitution des saints sacremens, particulierement de celuy de 1 autel.
La croix est le vray livre du chrestien , et je vous prends a tesmoin , 6 glorieux S. Bernard , tres-doux et devot docteur ; car ou aves-vous repeu vostre entendement de la tresdouce et tres-soiiefve doctrine^ dont vous nous aves laisse les
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saintes instructions , sinori en ce livre , quand vous disies : Fasciculus myrrha dilectus meus mihi (Mon bien-ayme m est un faisceau de myrrhe) ? Je vous appelle a garant , 6 grand S. Augustin , qui constitue entre les deux mysteres de la Nativite et de la Passion , pouves dire : d un coste le sein de la mere nroifrs son lait pour m abreuver ; de 1 autre les playes sahitaf.res m offrent du sang pour me nourrir : Him lactor ab ubere, hincpascor a vulnere. Je vous prends a garant, 6 seraphique S. Francois, si jamais vous aves appris les saints etadmirables traits devos sermons et conversations, sinonen ce saint livre. Je m en remets a vostre tesmoignage , 6 angelique S. Thomas , qui n escrivistes jamais qu apres avoir eu recours au crucifix ; et vous , 6 mon tres-saint et seraphique docteur Bonaventare, qui me sembles n avoir eu autre papier que la croix, autre plume que la lance, autre encre que le sang de mon Sauveur , quand vous aves escrit vos divins opuscules. quel trait est le vostre quand vous vous escries : qu il fait bon avec le crucifix? j y veux faire trois taber nacles, Fun en ses mains, 1 autre en ses pieds, et le troisieme en la playe de son coste ; la je veux reposer, je veux veiller ? je veux lire , je veux parler. La a appris ses saintes lecons la devote sainte Magdeleine, qui puis apres les annonca aux Provencaux. La a este instruite la devote sainte Catherine Siennoise , qui puis apres nous en a laisse ses devots memoires.
Mais que nous sert-il de produire tant de tesmoins en une chose si claire? Nostre Seigneur ne veutpasque nous apprenions aucune chose plus particulierement que la debonnairete ou Fhumilite ; ou voules-vous done aller, sinon en la croix pour 1 apprendre? Dont S. Paul, un des plus savans hommes qui furent oncques, s escrie, qu il a estime n avoir point d autre science que celle de Jesus-Christ crucifie, Arbitratus sum me nihil scire nisi Jesum Christum, ethunc crucifixum. Je me suis un peu estendu sur cette premiere glorification qua
nousdevons avoir en la croix, pour vous conjurer d ypenser etrepenser tousles jours le plus souvent que vous pourres, et ,. parmi la nuict toutes les fois que vous vous esveilleres. Lises ; done ce livre divin qui vous enseigne la science de salut , et oil Jesus-Christ luy-mesmeaappris 1 obeyssance qui estdeue a Dieu. Cest la ie premier sujet que nous avons de nous glorifier en la croix.
Voicy maintenant la seconde glorification, c est que nostre salut y est attache - c est la ou nostre Seigneur nous a sauves ; car comhien que toutes les actions de sa vie , jusques aux plus petites , ayent este infiniment suffisantes pour operer nostre salut, neanmoins la volonte de Dieu son Pere etla sienne a este de ne Faccomplir qu en la croix. quel sujet a nous de nous glorifier ! Absit mihi gloriari , etc. La encore nous avons este rendus grands en la sante, force et beaute de Tame et du corps ; car nostre mortalite et resurrection en depend.
Derechef done lises ce livre, et vous y treuveres le nom de Jesus, qui veut dire Sauveur, et Sauveur qui salvat populum suum apeccatis eorum. Nazarenus, Nazareen, qui signifie floridus, ileury, qui est encore un autre tres-grand sujet de glorification; car par la croix nostre ame a este paree des belles et saintes fleurs de tant de vertus , de tant d aureoles si odoriferantes. C est la ou nostre Seigneur s est rendu rose de martyre , violette de mortification , lys de purete ; estant non seulement pur luy-mesme, mais encore puriiiant. Nostre lict est tout jonche et parseme de fleurs , dit Fame devote, Lectulus noster floridus. bel aubespin, sur vos branches se perchent les oiseaux du ciel ecclesiastique par meditation, et la gazouillent doucement en saintes lotianges. Absit mihi, etc. (Ja n advienne que je me glorifie , sinon en la croix de Jesus-Christ) ; car si on se peut glorifier en la beaute , 6 quelle beaute m est acquise par la croix ! 6 certes j y ay treuve une eau qui me rend non seulement blanc et