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pour nous monstrer ce que nous devons faire , et principalement les religieuses , qui ont fait voeu d obeissance. Helas ! nostre Seigneur ne pouvoit pas mes-user de sa volonte , ni de sa liberte, luy qui estoit la Sapience eternelle : neantmoins il a voulu cacher sous le maillot sa science et toutes les perfections qu il avoit en tant que Dieu , esgal a son Pere , comme 1 usage de la rayson, le pouvoir de paiier, de faire des miracles , bref , tout ce qu il faysoit ayant atteint Faage de trente ans ; ains il tient tout cela clos et cache sous le voile de la sainte obeissance qu il portoit a son Pere eternel , qui 1 obligeoit de se conformer en toutes cboses a ses freres , excepte le peche , ainsy que dit saint Paul.
Or sus , que nous reste-t il plus a dire , sinon que le mystere de la tres-sainte incarnation et nativite de nostre Sei gneur est un mystere de la visitation ; car ne voyons-nous pas que la tres-sainte Vierge , ayant conceu ce divin enfant, fut visiter sa cousine sainte Elizabeth , et qu a sa naissance les bergers et les roys le viennent visiter? Le mesme devonsnous faire, mes cheres filles, et c est a quoy je vous exhorte, de visiter souvent ce divin poupon couche dans la cresche, le long de cette octave ; et la nous apprendrons de ce souverain pasteur de nos ames a conduire, gouverner et ranger nostre troupeau spirituel selon sa tres-sainte volonte , affin qu il soit agreable a sa bonte. Mais, comme les bergers ne 1 allerent pas voir, sans doute, sans luy porter quelque petit aignelet, il ne faut pas aussi que nous y allions les mains vuides : Non apparebis in conspectu meo vacuus : Yous ne paroistres point en ma presence les mains vuides , dit Dieu en 1 Exode 1 ; il nous luy faut done porter quelque present.
Mais qu est-ce , je vous prie , que nous pourrions porter a ce divin berger de nos ames, qui lui soit plus agreable que ce petit aignelet de nostre amour, qui est la premiere et principale partie de nostre troimeau spirituel ? qu il nous scaura
i Exod. XXIII.
hon gre de ce present, mes cheres ames, et que la tres-sainte Vierge le recevra avec grande consolation, pour le desir qu elle a de nostre bien ! et ne faut point douter que son divin poupon ne nous regarde de ses yeux benins et gracieux, pour recompense de nostre present, et pour nous tesmoigner le playsir qu il en recevra.
que nous serons heureux si nous visitons soigneusement ce divin Sauveur de nos ames! nous en recevrons sans doute une consolation nonpareille. Et tout ainsi que la manne contenoit le goust de toutes les viandes qu on eust pu desirer , de mesme ce divin enfant contient en soy tresparfaitement toute sorte de consolation; de maniere que chacun y peut rencontrer tout ce qu il desire pour sa satis faction , pourveu neantmoins qu on y apporte la disposition requise, et qu on ait un vray desir d i miter les exemples qu il nous donne en sa tres-sainte nativite ; et, cela estant,^ soyons asseures que nous serons consoles de ce divin poupon, et qu il nous departira beaucoup de graces et de benedic tions, comme il fit aux bergers, lesquelz s en retournerent pleins de joye, chantans les louanges de Dieu, et annoncans a tous ceux qu ils rencontroient les merveilles qu ils avoient veues : Et reversi sunt pastores glorificantes et laudantes Deum in omnibus quce audierant et viderant.
Mais je remarque sur ce subjet que nostre Dame et saint Joseph receurent des consolations incomparablement plus grandes que les bergers, parce qu ilz demeurerent tousjours avec ce tres-saint enfant , n abandonnant point sa presence , afin de le servir selon leur pouvoir. Et bien que ceux qui s en allerent et ceux qui demeurerent fussent tous consoles, ce ne fut pas toutesfois egalement, ains un cbacun selon sa capacite.
II est rapporte au premier livre des Roys 4 qu Anne, mere de Samuel , demeura long-temps sans avoir lignee ; ce
*I des Ro^s, ch. I.
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qui luy causoit une si grande higearrerie que qaand elle voyoit des femmes qui se joiioient avec leurs pelitz enfans , elle se lamentoit et attristoit de quoy elle n en avoit point ; et quand elle en voyoit quelques-unes qui se plaignoient de leurs enfans, elle se resjouissoit de quoy Dieu ne luy en donnoit point. Mais des qu elle eut le petit Samuel, des-lors on ne la vit plus jamais inesgale. Nous avions de mesme quelque excuse, sans doute, de nous lamenter et attrister, et d estre changeans en nos humeurs , tandis que nous n avions point cet enfant tant aymable, qui vient naistre parmy nous : mais desormais il ne nous sera plus loysible de nous attrister, puisque c est en luy que consiste tout le subjet de nostre joye et de nostre bonheur.
Les naturalistes rapportent que les abeilles n ont aucun arrest tandis qu elles n ont point de roy ; elles ne cessent de voltiger par l air , de se dissiper et esgarer , et n ont presque nul repos en leurs ruches : mais des aussi tost que leur roy est ne , elles se tiennent toutes ramassees et rangees autotir de luy dans leurs ruches , et n en sortent que pour la cueillette et avec conge de leur roy , et ce semble par son commandement. De mesme nos sens , nos passions et puissances interieures, et les facultes de nostre ame, comme des abeilles spirituelles , jusques a tant qu elles ayent un roy , c est a dire, jusques a ce qu elles ayent choisy nostre Seigneur nouveau nay pour leur roy, elles n auront aucun repos; nos sens ne cesseront de s esgarer et d attirer nos facultes interieures apres eux pour se dissiper, tantost sur un objet, puis taatost sur un autre ; et ainsy ce ne sera qu une continuelle perte de temps , travail d esprit et inquietude , qui nous fera perdre la, paix et tranquillite tant necessaire a nos ames : mais des que nous aurons choisy nostre Seigneur pour nostre roy, elles viendront en guise de chastes avettes , ou abeilles mys tiques, se ranger toutes aupres de luy, pour n en sortir jamais; sinon pour la cueillette des exercices de charite , qu il leur
commande cle pratiquer a 1 endroict du prochain ; apres quoy, elles seront soigneuses de se retirer et ramasser dans leurs ruches aupres de ce roy tant aymable , pour mesnager et conserver le miel des saintes et suaves conceptions, qaelles tireront de la presence sacree de ce souverain du ciel et de la terre, lequel, par des amoureux regards qu il jettera sur nos ames, causera en elles des ardeurs et affections non pareilles de le servir et aymer tous-jours plus parfaitement. C est la grace que je vous desire, mes cheres filles, que de vous tenir bien proches de ce sacre Sauveur , lequel vient naistre icy bas pour nous ramasser tous autour de luy, affin de nous tenir tousjours sous Testendart de sa tres-sainte pro tection , ainsi que nous voyons que le pasteur fait son troupeau , pour le regir , conserver et gouverner , et comme le roy des abeilles , lequel ne sort jamais de sa ruche qu il ne soit environne de son petit peuple. Sa bonte nous veuille faire la grace que nous entendions savoix et le suy vions fidelement, affin que le reconnoissant pour nostre souverain Pasteur en cette vie, nous ne nous esgarions pas, et n escoutions la voix de nostre adversaire qui rode autour de noun en intention de nous perdre et devorer comme un loup in fernal , et que nous puissions avoir la fidelite de nous teni; tous-jours sousmis, obeyssans et subjetz a ses saintes volontes, afFin que par ce moyen nous commencions a faire icy-bas en terre ce que, moyennant sa grace nous ferons eternellement au ciel. Amen,