‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 11 sur 54 · SUR LA VEIUTÉ DU S. SACREMENT DE L^UTEL · texte numérisé non relu

SUR LA VEIUTÉ DU S. SACREMENT DE L^UTEL

Trinité, iiy Omomios, ny Theotocos, ne s'y treuvent. Il suffît que la chose est en FEscriture , encore que le mot n'y soit pas. Secondement ils disent que ce sacrement est appelle pain : mais je respons que ce n'est pas parce qu'il y aye du pain , mais parce qu'il y a apparence de pain extérieure , ou bien parce qu'il a esté fait du pain, ou parce qu'il aies effets et propriétés du pain , ou parce que, selon la coustume des Debreux , toute sorte de viande a esté appeliée pain , comme on void de la manne qui a esté appeliée pain (Exod. XVIJ. Donc nostre Seigneur n'a pas dit : Cai^o mea vere est partis, mais rc'- ' ribus , qui est le mesme que quand il dit : Ego sum pauis Lions ; et que l'Escriture a accoustumé d'appeller les choses du nom de celles-là desquelles elles ont esté faites, ainsi qu'il est aisé à voir Exod» VII, où la verge d'Aaron estant convertie en serpent, ne laisse d'estre appeliée verge : au Gen. III, où l'homme fait et tiré de poudre, ne laisse d'estre appelle poudre. Tiercement, ilsdisenl que cette opinion de transubstantiation es! nouvelle : mais ils ont très-grand tort ; car à la vérité elle a de tout tems esté en l'Eglise. Ilseroit aisé de recueillir ce qu'en ont dit les anciens. Oyés en quelques-uns! S. Cyprien, qui vivoit il y a plus de treize cents ans. In sermone de Cœna Domini : Partis iste qiiem Domirtiis discipidis porrigebat , non effigie, sednatura mutatus , omnipotentia verbi factus est caro, S. Cyrille Hierosolymitain , Cathec. 4 : Aquam aliquando mutavit in vinum , et non erit digmis oui credamus quod vinum in sanguinem transmutarit? Nyssenus , In oratione magna, c. XXXVII : Recte Dei verbo sanctificatum panem in Dei verbi corpus credimus immutari, S. Augustin, ut citât Beda, c. X , I «c? Cor. : Non omnispanis, sed accipiens Christi benedictionem , fit corpus Christi. \ Enfin il y a cinq cents ans passés qu'en un concile gênerai » célébré sous le pape Nicolas II, qui estoit de ce pays de Savoye, > et d'une tres-noble maison , Berengarius fut contraint d'abjurer cette erreur.

Voulons-nous abandonner toute l'antiquité si bien fondée en FEscriture , pour éviter un peu de difficulté et flatter les conséquences de nostre entendement propre ?

Concluons donc qu'après la consécration le vray corps de nostre Seigneur y est, et n'y a point d'autre substance quelle qu'elle soit ; il y est , dis-je, réellement et tres-veritablement.

D'où s'ensuit la troisième proposition que j'avois avancée, que ce sacrement , entant qu'il contient nostre Seigneur, est adorable , et que l'on le doit adorer.

Car à la vérité , puisque c'est Jesus-Christ , et que Jesus- Christ est Dieu , qui ne l'adorera, je vous prie, aussi bien là qu'au ciel, puisqu'il est escrit en S. Matthieu IV : Dominum Deum tuimi adorabis, et illi soli servies ? car nostre Seigneur, où qu'il soit, il y veut estre adoré. Ainsi fut-il adoré en croix par le larron, et marchant parmy Hier usalem par les troupes qui crioient Hosanna; en la crèche par les roys. Il est voilé en l'Eucharistie , mais cela ne doit pas empescher qu'il n'y soit adoré ; car ainsi fut-il adoré des roys , voilé des langes et emmailloté. Or afin que tout d'un coup je prouve que nostre Seigneur est réellement selon sa chair en ce tres-saint sacrement , et tout ensemble qu'il l'y faut adorer , l'un ne pouvant estre sans l'autre , ny qu'il y soit adoré s'il n'y est pas , ny qu'il y soit sans y estre adoré par l'Eglise , qui est jalouse de rendre à son Espoux tout honneur; je vous prie de regarder combien cette affaire est convenable , puisque cette adoration ayant esté preveuë par David, il en tressaute de consolation, au Pseaume XXI, et chante : ManducavC" runt et adoraverunt omnes pingues terrœ. Manducaverunt^ ait Augustinits, corpus humilitatis Domini sui divites terrœ; nec sicut paiiperes saturati sunt usque ad imitationem , sed tamen adoraverunt. Arnobius, Basil., Theodor.; sic explicatur locus Psalmi XC VIII, Adorate scabellum pedum ejus, quoniam sanctum est, ab Augustino.

SUR LA VÉRITÉ DU S. SACREMENT DE l' AUTEL. 87

Mais s. Paul, I aux Corinth. XI, qu'est-ce qu'il dit? Qui manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini.

Ponenda est ergo differentia qvam par est adhibere , et venerari corpus Domini , etc.

Et afin qu'il ne semble pas que ce soit une nouveauté, ains qu'on connoisse que l'adoration de l'Eucharistie a tousjours esté en l'Eglise, et par conséquent qu'on a tousjours creu fermement qu'en icelle est le vray corps de nostre Seigneur , oyés un peu le tesmoignage de quelques grands Pères.

Et premièrement, je produiray S. Chrysostome, qui vivoit il y a plus de douze cents ans, et lequel pour son excellence a esté loué et appelle Bouche d'or, Eomil. 6 ad populum Antiochenum^ : Considéra quœso , mensa regalis est, angeli ministrantes , ipse rex adest , tu adstas oscitans?,,, igitur adora , et communica ; cum vêla videris retrahi, tune superne cœlum aperiri cogita, et angelos descendere. Idem lib. VI deSacerdotio, il raconte une vision d'un vieillard qu'il appelle admirable , lequel pendant la messe avoit veu une troupe d'anges resplandissans entourer l'autel , inclinés comme soldats devant leur roy. Notés cette comparaison, notés le mot d'autel. Puis là mesme il raconte d'un autre qu'il avoit appris par vision , que ceux qui prenoient ce saint sacrement deuëment à la lin de leur vie, avoienfc des anges autour de leurs corps qui les accompagnoient jusques au ciel. C'est chose belle que de voir ce qu'il dit, Homil. 3 et 4 contra Anomœos.

S. Ambroise en son orayson préparatoire invoque ce saint sacrement, et Tappelle pain saint, vivant, pur, beau, très-doux, et luy demande grâce de pouvoir aller à son royaume.

S. Grégoire Nazianzene, Oratîone in laudem sororis suœ

* AU Hom. m in Epist. ad Ephes.

Gregoriœ, raconte que sa sœur estant malade d'une maladie prodigieuse , vint de nuict à l'autel se prosternant, et priant celuy qui est adoré sur iceluy : Omnibusque nominibus ap» pellans, atque omnium rerum quas fecerat commonefaciens, quidfecerit audite : caput cum clamore et lacrymis admo^ vens, se non nisi reddita sanitate discessuram minitans, etc. Ainsi elle fut guérie.

Et Origene plus ancien encore , Homil. 5 in diversa, dit qu'en ce sacrement nous recevons en nous comme en nostre maison le corps de nostre Seigneur : dis donc, dit-il, Domine, non sum dignus , etc,

Cyprian, Sermone de laicis : Mulier quœdam cum arcam haberet in qua sanctum Domini corpus posuerat, et indignis manibus tentasset aperire, igné inde surgente deterrita est, etc*

ViVS JESUfti

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