‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 12 sur 54 · SUR LE SAINT SACREMENT DE L'AUTEL · texte numérisé non relu

SUR LE SAINT SACREMENT DE L'AUTEL

Panis quem frangimus, nonne participatio corporis Domini est? I Cor., X.

Le pain que nous rompons, n'est-ce pas la participation du corps de Jesus-Christ ?

Les adversaires de TEglise catholique respondent à cette interrogation que non , parce que Jesus-Christ leur a dit : €aro non prodest quicquam (La chair ne profite de rien). Les catholiques respondent qu'oûy, parce, disent-ils, que : Accepimus a Domino, quoniam Dominiis Jésus in qua nocte tradebatur, accepit panem, et gratias agens, f régit et dixit : Accipite et manducate , hoCs^est corpus memn (Nous avons appris du Seigneur , que le Seigneur Jésus , la nuict en laquelle il fut livré, prit du pain, et rendant grâces, il le rompit , et dit : Prenés et mangés, cecy est mon corps) . C'est en cet article, auditeurs, où je vous désire attentifs, si jamais vous le fustes, pour entendre nos raisons , vous conjurant de laisser toute passion pour bien juger en une cause si importante , et je suis asseuré que, le tout meurement considéré , vous ferés jugement en faveur des catholiques , tant leurs raisons devancent en fermeté , en sainteté , en solidité et en bonté, celles des adversaires. Je prie, si jamais j'ai prié humblement et d'affection, que celuy qui fait la bouche des enfans diserte , daigne par sa bonté me donner l'entendement de bien sonder ses tesmoignages : Da mihi intellectum, et scrutabor legem tuam, et custodiam illam in toto aorde meo; et à vous, mes tres-chers auditeurs, qu'il incline

^ Pris sur l'original escrit de la main de l'autbeur (Edit. de 1641 et de 1643},

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VOS cœurs es tesmoignages de sa parolle ; car en cette difficulté je voy les ennemis qui m'attendent avec une troupe de doutes et questions humaines : Me expectaverunt peccatoreSy ut perderent me, testimonia tua intellexi. Pendant que l'un me veut tirer par la voye des figures, l'autre de l'ubiquité , l'autre des effets, faites, Seigneur, que j'aye pour mon guide vostre seule parolle , et qu'elle me soit phare en cette navigation : Lucerna pedibus meis verbum tuum , et lumen semitis meis. A celle fin qu'ainsi soit , invoquons l'ayde du saint Esprit , disant : Ave Maria,

De peur que par un préjugé et supposition fausse vos entendemens ne soient atteints de quelque passion contre nous, chers Auditeurs , pendant qu'on vous pourroit avoir fait accroire que le différent qui est entre nous et nos adversaires ne gist en autre , sinon en ce qu'ils ne veul^^.nt rien croire que ce qui est es Escritures, et que nous voulions fonder nostre doctrine ailleurs que sur icelle ; je vous supplie de croire qu'en ce particulier différent (ny en pas un autre aussi, non plus qu'eux) nous ne leur voulons céder en l'honneur que nous avons juré aux saintes Escritures : mais que tout au contraire, nous protestons ne le vouloir demesler que par la seule , pure et expresse parolle de Dieu, ainsi que nous fismes dimanche.

Si donc on vous a dit que l'Eglise n'alleguoit que Tauthorité des hommes , si on vous a dit qu'elle laissoit en arrière l'Escriture , je vous prie de vous en desabuser, et croire que l'Escriture a tousjours esté en nos mains, et que ce riche thresor n'a esté gardé que par l'Eglise ; et que nos adversaires ne l'ont eu que de nous. Nous ne voulons icy que l'Escriture.

Nous sommes donc desja d'accord en ce pomt, qui est que ce différent ne se décide que par l'Escriture ; mais c'est en l'interprétation que gist nostre controverse et dispute : car

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nous apportons de beaux et bons passages de TEscriture , et eux en apportent de ceux qu'ils peuvent penser estre tels. Tout est de l'Escriture; mais quoy? ils veulent interpréter les nostres , et les leurs contre nous ; et nous quasi comme estant sur la defFensive , sans interpréter les nostres, car ils sont clairs, voulons seulement rejetler leurs interprétations afin qu'elles ne nous offensent.

Entrons , je vous prie , en matière , et vous verres clairement la vérité de ce que je dis.

Quand Berengarius comparut , l'Eglise tenoit qu'au saint sacrement de l'Eucharistie estoit réellement, substantiellement et véritablement le corps et le sang de Jesus-Christ. Depuis elle le soustint paisiblement jusques au tems de Jean IIus, Wiclef ; puis vindrent OEcolampadius, Carolostadius, Zuingle et Calvin, lesquels dirent qu'elle se trompoit, et parloit sans fondement. Mais , au contraire , voicy ses deffenses.

Premièrement, le sixième chapitre de S. Jean , sur lequel j'ay discouru dimanche. Secondement elle apporte les parolles de l'institution : 5. Matthieu, XXYI, S. Marc, XIV, S. Luc, XXII, première aux Corinth. chap. XI, en tous lieux nostre Seigneur parlant de la viande qu'il donnoit , instituant la manducation de la scène , ils rapportent qu'il dit que c'estoit son corps par des parolles si expresses , qu'elles ne le sçailroient estre davantage , dont l'Eglise tire celte claire raison : Dieu l'a dit , Dieu ne peut mentir , donc il y est.

L'adversaire respond que Dieu ne l'a pas dit : nous monstrons ses propres mots. Il dit qu'ilz ne se doivent ainsi entendre comme nous pensons : nous disons que si. Voila nostre différent. Qui entend mieux les Escritures? Si je puis monstrer clairement que nous sommes bien fondés , il s'ensuivra que les adversaires le seront d'autant moins qu'ilz viennent combattre le possesseur de bonne foy.

Rayson première des catholiques. Icy nostre Seigneur lu-

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stitaè un sacrement: or les sacrcniens doivent estre institués en parolles claires ; donc , etc. La mineure se preuve pau rayson , parce que l'usage du sacrement nous doit estre aiso et commun à tous; donc chacun doit entendre ce qui en est. Voyés en S. Marc, dernier, et en S. Jean, III, comme noshc Seigneur se déclare instituant le baptesme.

Deuxième rayson. C'est un testament, S. Matthieu, XXVI ; Ilic est sangins novi testamenti. S. Luc, XXII : Hic est calix nomim tcstamcntum in sanguine meo qidj'iro vobis fundetui\ Gr les testamens doivent estre en termes clairs. Ilebr. IX : Lecto omni mandata legis a Moyse univcPso populo , accipiens sangidnem vitulorum et hircorum ciini aqua et lana coccinea et hissopo, ipsiim quoque librwn, et omnem populum aspersit, dicens : Hic est sangids testamenti, quod mandavit ad vos Deus. Ad Gai. III : Hominis confirmatum testamentum nemo spernit, aut superordinat . Abraham factœ siint pro?7îissiones , et semini ejus , non dicit in seminibus. Pourquoy voulés-vous , ô Messieurs , adjouster vos interprétations sur le testament de nostre Seigneur? Si S. Paul fait considération sur un singulier et pluriel , tant il veut prendre rigoureusement la propriété des parolles, pourquoy voulons-nous prendre la licence de renoncer à la propriété des parolles du Fils de Dieu en ce sien testament?

De plus , l'intention de nostre Seigneur en sa sainte cène , faysant son testament, estoit de laisser un gage à son Espouse de l'amour qu'il luy portoit , amour si grand que de vouloir mourir pour elle. Voudriés-vous bien , chers Auditeurs , qu'un morceau de pain, un leg si petit, fust le gage d'un tel et si grand amour? Non, c'estoit luy-mesme en une autre forme impassible qu'il donnoit comme un juste et asseuré tesmoignage de l'excès de son amour.

En outre , nostre Seigneur n'avoit que son corps et son sang à donner; car il disoit luy-mesme : Filius hominis non

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habet ubi caput suum reclinet. Donc faysant son testament , et laissant des legs à ses amis , il ne pouvoit laisser que son corps et son sang.

Enfin , vous serahle-t'il qu'un morceau de pain soit un présent digne d'un tel Seigneur , et voulés-vous que nous soyons tousjours serviteurs , n'ayant pour héritage qu'une figure , comme les mosaïques?

Troisième raison. Est lex et dorjmay atqid leges et dorjmata numquam tradi debent obscure, ainsi que dit S. Augustin , lib. II, de Doc. Christ., cap. YI et IX ; Nihilest dietum obscure, nec scriptum qiiod spectet ad fidem et mores, quod non planissime dictum sit in aliis locis.

Quatrième raison. Il n'y a aucune marque de figure, comme es autres lieux où il parle figurativement.

Cinquième raison. Tous les escrivains s'accordent.

Sixième raison. Tous les expositeurs anciens s'accordent.

Septième raison. Numquam dimittendus sensus litteralis, alioquin omnia exposita sunt interpretationibus spou" taneis.

Voilà les raisons générales par lesquelles il appert que nous sommes bien fondés à les interpréter en leur sens exprès et formel , non figuré et métamorphosé.

Maintenant monstrons-le un peu plus particulièrement contre les argumens de nos adversaires.

Première interprétation d'André Carlostade : Hoc, id est, hic, et dit que le Père céleste le luy a révélé, dont Luther a intitulé un livre : Contra cœlestes Proi^hetas. J'ay veu une Bi])le imprimée en françois , depuis que je suis en ce pays , < ù il y a : Cy est mon corps ; mais le grec y répugne tout ouvertement , tcCto, et le sens ; car quelle rayson ? Mangés , car cecy est mon corps.

Une autre est de Zuingle , qui allègue une vision d'un je ne sçay qui blanc ou noir qui luy dit que est vouloit dire significat. Œcolampade dit : Corpus, id est, signum corpo^

ris. Et tout de mesme Calvin , hormis qu'il adjouste Tapprehension par la foy.

Mais Luther, pour monstrer qu'il avoit autant d'esprit que les autres , pour se mocquer des sacremens en son livre : Quod verba ûomini firmiter stent, dit : Meum , quia omnia mea sunt. Par où il appert que l'institution de ce grand mystère consistant en quatre parolles , il n'y en a aucune qui n'aye esté attaquée avec grande audace et sacrilège par les superhes ennemys de la foy, trop attachés à leur sens et propre rayson, elc.

VIVE i£SUa»

POUR LE TU* DTUfANCHE d'APRES LA PENTECOSTE. 95

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