POUR LE JOUR DE LA VISITATION DE NOSTRE-DAME
Un7i^ Deivt. Epoes., IV.
Dieu est un.
Dieu qui est un , ayme runité et runion , et tout ce qui n'est point uny ne luy est point «l'i^Teable. Dieu ayme souverainement ce qui est uny et conjoint ; mais il est ennemy delà desunion, parce que toutce qui estdes.îny est imparfait; car la desunion n'est causée que derir^perfociion, et. partant il est certain que tout ce qui est desuny a quelque défaut.
Or nostre Seigneur, pour monstrer combien il ayme V union , en a fait trois admirables en la sacrée Vierge nostre Dame, sans y comprendre l'union naturelle de l'ame et du corps , laquelle est une chose si excellente, que tous les philosophas ne peuvent cesser de l'admirer, et demeurent tous ravis rie voir comme Dieu a uny et conjoint Famé avec le corps d'une conjonction et union si estroite , que le corps sans laisser d'estre corps, et l'esprit sans laisser d'estre esprit, sont néanmoins si estroitement unis ensemble, qu'ilz ne font en l'homme qu'une seule personne; et assurent que cette union naturelle est une chose si excellente et si grande , qu'elle ne sçauroit estre assés admirée : aussi est-elle une œuvre de Dieu très-haut , et amateur de l'union. Or ce n'est pas de cette union naturelle du corps et de l'ame de nostre Dame , dont je veux parler, dautant qu'elle est commune à tous les hommes, ains je veux m'arrester sur trois autres unions merveilleuses que Dieu a faites en elle.
» Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation Sainte Maria d'Annessy (Edit. de 1641 et de 1643^.
La première desquelles a esté d'unir la nature divine avec la nature humaine dans ses sacrés flancs, et cette union est si haute et si eminente, qu'elle surpasse intîniment tout ce que les entendemens angeliques et humains en peuvent concevoir ou comprendre ; et jamais la pensée d'une telle et si admirable union n'eust osé entrer dans Tesprit d'aucun ange , chérubin, ny séraphin; dautant que ces deux natures divine et humaine sont infiniment esloignées l'une de l'autre , y ayant une si grande distance en icelles, qu'aucune créature n'eust jamais pensé que Dieu eust voulu faire cette union, ny mesme qu'elle eust esté possible , la nature divine estant la souveraine perfection, et la chose la plus relevée qui puisse estre, et la nature humaine estant la mesme imperfection , et la chose la plus basse qui soit : de sorte que c'estoit unir les deux extrémités ensemble , la nature divine estant la souveraine perfection, et la nature humaine la souveraine misère. Voila deux choses bien contraires l'une de l'autre que celles-là : et néanmoins Dieu a fait dans le ventre de nostre Dame une telle et si admirable union de ces deux natures , qu'elles n'ont fait qu'une seule personne , de façon que l'homme a esté fait Dieu, et Dieu, sans laisser d'estre Dieu, a esté fait homme.
La seconde union que Dieu a faite en nostre Dame a esie d'unir la maternité avec la virginité : union qui est tout à fait admirable , et hors du cours de la nature ; car c'est unir deux choses naturellement incompossibles, et lesquelles ne se peuvent treuver ensemble : et jamais cela ne s'estoit veu, ny n'avoit mesme esté pensé , qu'une mère fust vierge , et qu'une vierge , sans laisser d'estre vierge , fust mère. Or cette union estant miraculeuse et surnaturelle , ne pouvoit estre faite que par la main toute-puissante de Dieu, qui a donné ce privilège à nostre Dame ; et comme cette union a €sté faite en elle seule , aussi sera-t'elle seule qui demeurera
éternellement vierge et mère tout ensemble.
La troisième union que Dieu a faite en elle a esté celle d'une très-haute charité , et d'une très-profonde humilité. L'union de ces deux vertus est certes tres-admirable , parce qu'elles sont si esloignées Tune de l'autre, qu'il semble qu'elles ne se pourroient jamais rencontrer dans une mesme ame , dautant que la charité esleve Tame en haut ; et plus elle croist et se va perfectionnant, plus aussi elle la va rehaussant et relevant par dessus toutes choses. L'humilité fait tout le contraire, car elle rabaisse l'ame au dessous d'ellemesme et de toutes les créatures : l'humililé ayant cela de propre, que plus elle est grande, plus elle rabaisse l'ame dans laquelle elle est.
Voyés donc, je vous prie, les extrémités de ces deux vertus, et je m'assure que vous dires : Comment est-il possible d'accorder, d'unir et conjoindre par ensemble l'humilité et la charité , puisque la nature de l'une est de monter en haut , et celle de l'autre de descendre en bas ? C'est une chose qui naturellement est impossible; aussi nul autre que nostre Seigneur ne pouvoit faire l'union de ces deux vertus : mais luy qui n'est qu'un seul Dieu , parce qu'il veut et ayme l'unité, a monstre la grandeur incomparable de son pouvoir, en unissant des choses si esloignées l'une de l'autre, ainsi que nous voyons en la tres-sainte Vierge , en laquelle il a tellement uny la charité avec l'humilité, qu'il n'y peut avoir en elle de charité sans humilité , ny d'humilité sans charité ; la charité demeurant humble , et l'humilité charitable ; la charité rehaussant l'ame par dessus toutes les créatures et au dessus d'elle-mesme, et l'humilité la rabaissant fiu dessous de toutes : sans laisser néanmoins d'estre tellement unies et jointes ensemble, que l'une de ces deux vertus ne peut subsister sans l'autre.
Or c'est sur cette dernière union de la charité avec l'humilité que je m'arresteray , et laquelle me donnera entrée dans le sujet de cette feste j car qu'est-ce que la Visitation
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de nostre Dame à sainte Elizabeth, sinon une union et assemblage de rhumilité avec la charité, ou un sommaire des effetz de ces deux vertus , prattiquées par la sacrée Vierge envers sainte Elizabeth ? Et bien que Thumilité et la charité n'ayent ju'un seul objet, qui est Dieu, à Tunion duquel elles tendent, néanmoins elles passent de Dieu au prochain, et c'est là pi'^elles se perfectionnent.
0 que la tres-sainte Vierge prattiqua l'humilité et la chafcité en un souverain degré de perfection au tems de l'Incarnation, après que l'ange Gabriel luy eut annoncé ce mystère ineffable, luy respondant : Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbum tuum (Voicy la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon vostre parolle) ! car lorsque l'Ange la déclara Mère de Dieu, et Royne des Anges et des hommes, et qu'il luy fit entendre comme elle estoit eslevée par dessus toutes les créatures angeliques et humaines , elle s'abaissa au dessous de toutes, disant : Voicy la servante du Seigneur. 0 combien cet acte d'humilité fut grand ! Certes la sainte Vierge eut alors une telle et si claire connoissance de la misère et du néant de la nature humaine , et de la distance qu'il y a entre Dieu et l'homme , que se voyant rehaussée et relevée par dessus toutes les créatures, elle s'abaissa au dessous de toutes dans le plus profond de son néant, en la veuë des incompréhensibles et inépuisables abysmes de la grandeur immense de Dieu. Et il est vray qu'elle ne s'humilia 'jamais si profondement , que quand elle dit ces parolles : \cce ancilla Domini {Voicy la servante du Seigneur). Mais près avoir fait cet acte d'une si parfaitte humilité et anéantissement , et s'estre abaissée au plus bas qu'elle pouvoit , elle produisit consécutivement un acte de charité très parfaitte par ces parolles qu'elle dit à l'Ange : Fiat mihi secundum verbum tuum, Parolles esquelles elle fit paroistre la plus grande charité qui se peut dire ny penser, donnant son consentement, et acquiesçant à ce que l'Ange luy avoit dit
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que son Dieu demandoit d'elle. Tellement que vous voyés comme Dieu unit en la sainte Vierge, en cet instant , la charité avec l'humilité , et comme en disant : Ecce ancilla Domini (Voicy la servante du Seigneur,) elle s'est abaissée jusques au profond abysme du néant ; et au mesme tems elle s'est relevée par la charité au dessus des chérubins et séraphins , lorsqu'elle dit : Me soit fait selon ta parolle ; car au mesme instant le Filz de Dieu prit chair dans son ventre virginal, et par ce moyen elle fut faite Mère de Dieu.
Voilà donc comme l'humilité est jointe avec la charité en cette tres-sainte Vierge, et comme son humilité la fait eslever, parce que Dieu regarde les choses basses pour les relever ; et voyant cette sainte Vierge humiliée au dessous de toutes les créatures, il la regarda et la rehaussa au dessus de toutes» Ce qu'elle nous fait elle-mesme entendre par les parolles de son sacré cantique , disant :. Parce que Dieu a regardé mon abjection, ma bassesse et ma misère, toutes les nations m'appelleront bienheureuse : Quia respexit humilitatem ancillœ suœ , ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Comme si elle eust voulu dire à sainte Elizabeth : Vous dites que je suis bienheureuse ; il est vray : mais tout mon bonheur procède de ce que Dieu a regardé ma vileté, mon néant et ma bassesse. Mais la sainte Vierge s'estant ainsi humiliée devant Dieu , ne se contenta pas de cela, dautant qu'elle sçavoit bien que l'humilité et la charité ne sont jamais en leur perfection, si elles ne viennent à passer de Dieu au prochain ; car de l'amour de Dieu procède celuy du prochain, et à mesure que nostre amour sera grand envers Dieu, il le sera aussi à l'endroit de nostre prochain. Ce que le glorieux S. Jean nous enseigne, disant : Qui e?iim nondiligit fratrem suum quem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere (Est- il possible que tu aymes Dieu que tu ne vois point , si tu n'aymes pas ton prochain que tu vois)? Donc si nous voulons monstrer que nous aymons
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Dieu, et si nous voulons qu'on nous croye quand nous disons que nous l'aymons, il nous faut aussi aymer nostre prochain, le servir et aider en tous ses besoins selon nostre pouvoir.
Or la sainte Vierge sçachant bien cette vérité , se leva et s'achemina promptement, dit l'Evangeliste : Exurgens Maria abiit in montana cum festinatione in civitatem Juda, et s'en alla diligemment vers les montagnes de Juda, soit en la ville d'Ephrem, ou, comme quelques-uns disent, de Hierusalem, pour servir sa cousine Elizabeth en sa vieillesse et grossesse; en quoy elle fit paroistre une grande humilité , et une charité non pareille , dautant qu'alors qu'elle se vid Mère de Dieu, elle s'humilia jusqu es là, que de se mettre tout aussi tost en chemin pour aller secourir et assister cette bonne femme. Peut-estre que ce ne fut pas à la mesme heure, ny au mesme jour qu'elle receut cette grâce incomparable, qu'elle s'y achemina ; car je vous laisse à penser, si elle de meura recueillie et ravie en admiration en sa petite maison, considérant ce grand et profond mystère de l'Incarnalion qui avoit esté opéré en elle. 0 Dieu ! quelle douceur et suavité avoit-elle en son cœur, en la connoissance de cette merveille ! 0 quelz saints devis et amoureux colloques se faysoient entre le Filz et la Mère ! Elle ne sortit donc pas au mesme tems de l'Incarnation, comme il est à présupposer, ains quelques jours après, et s'en alla en grande diligence par les montagnes de Juda.
Mais quelle plus profonde humilité se peut-il voir que celle qu'elle prattique ? Elle s'en va pour estre servante de celle qui luy estoit en tout et par tout inférieure ; car jaçoit que sainte Elisabeth fust de noble extraction , parce qu'elle estoit de la lignée de David, et qu'elle estoit mariée à un grand-prestre de la lignée de Levy, nommé Zacharie ; toutesfois cela n'estoit rien en comparaison de la grandeur de la Vierge , puisqu'elle estoit royne du ciel et de la terre , des anges et des hommes : mais tous ces tiltres que nous luy
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donnons ne sont que pour ayder nos petits entendemens à se représenter quelque chose qui nous face comprendre sa grandeur, puisqu'elle est souverainement plus grande que tout cela. De sorte que si nous luy voulons donner un nom digne de son incomparable grandeur, il nous la faut nommer Mater Dei, Mère de Dieu ; car ce nom est si grand, que tous les tiltres , louanges et éloges que nous sçaurions donner à la sainte Vierge sont compris en iceluy. Quelle humilité plus profonde se peut-il donc voir que celle qu'elle prattique? puisque lorsqu'elle sçayt qu'elle est choisie et déclarée pour Mère du Verbe éternel , elle se dit sa servante ; et comme chambrière , elle sort , et s'en va pour servir sa bonne cousine en sa vieillesse.
0 Dieu! que grande et profonde fut l'humilité de la Vierge, et qu'elle la fît encore bien paroistre en saliiant sainte Elisabeth ! car l'Evangeliste remarque que cette sacrée Dame , comme la plus humble , la salua la première - Etintravitin domum Zachariœ, et salutavit Elisabeth.
Mais , mon Dieu ! que de bénédictions et de grâces entrèrent en cette maison avec elle ! cela se remarque et se reconnoist par les parolles de sainte Elizabeth , laquelle , avec un esprit de prophétie, s'escria à haute voix : Vous estes beniste entre toutes les femmes, et bénit est le fruit de vostre ventre : Et exdamavit voce magna , et dixit : Benedicta tu inter muliereSj et benedictus fructus ventris titi ; et imde hoc mihi ut vèniat Mate?' Domini mei ad me ? Hé ! d'où me vient ce bonheur, que la mère de mon Dieu me vienne visiter? Puis poursuy vant : Voicy, dit-elle , qu'à l'instant que la voix de vostre salutation est parvenue à mes oreilles , l'enfant qui est dans mon ventre a tressailly de joye. Beata quœ credU distij quoniam perficientur in te quce dicta sunt tibi a Do* mino, Y oiis estes bienheureuse d'avoir creu; car toutes les choses qui vous ont esté dites par le Seigneur seront accomplies en vous.
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0 Dieu ! qui pourroit comprendre les amoureuses suavités qui s'escoulerent dans le cœur de sainte Elisabeth en cette sainÉe Visitation, et comme elle meditoit ce grand mystère de rincarnation ? Que d'actions de grâces elle rendoit à Diet pour un si grand bénéfice , et pour toutes les faveurs qu'elle recevoit de luy ! 0 que de parolles amoureuses disoit S. Jeat dans le ventre de sa mère à son cher Maistre , qu'il recon noissoit et adoroit dans le ventre de nostre Dame 1 0 que dt ; grâces , de bénédictions et de lumières ce divin Sauveur respandit alors dans le cœur de son Précurseur ! Mais comme il me souvient de vous avoir parlé autresfois de cela , je ne feray seulement que toucher trois petits points en passant , pour vous faire mieux entendre la suitte du mystère.
Le premier est, que S. Jean en cette sainte Visitation receut l'usage de la raison, selon l'opinion commune de tous les Pères ; le second qu'il fut sanctifié ; et le troisième , qu'il fut remply de science et connoissanco de Dieu et de ses divins mystères : ce qui fut cause qu'il l'ayma, l'adora , et tressaillit de joye à son arrivée. Certes, il ne faut donc point douter que le petit S. Jean, quoy qu'il fust dans les entrailles de sa mère , parloit à nostre Seigneur , le connoissoit , l'aymoit et avoit l'usage du sentiment , du jugement et de la raison. Nous autres sommes bien dans le ventre de nos mères vivans ; mais pourtant nous n'avons pas l'usage du sentiment, du discours , ny de la raison , ains nous y sommes commt des masses de chair , et quoy que nous ayons nos sens , nous n'en avons pourtant pas l'usage. Mais il falloit bien que S. Jean connust nostre Seigneur dans les entrailles de nostre Dame, puisqu'à son arrivée il tressaillit de joye dans celles de sa mère. Il falloit bien aussi qu'il Faymast; car l'on n'a pas accoustùmé de tressaillir de joye pour la venue de ceux qu'on ne connoist, ny qu on n'ayme point. Or sainte Elisabeth fait foy de cette vérité par les parolles qu'elle dit à la Vierge : Ecce enim utfacta est vox salutationis tuœ in auribus meis^
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exultavit infans in gaudio , in utero meo (Voicy qu'à Finstant que vostre voix est parvenue à mes oreilles, l'enfant qui est dans mon ventre a tressailly de joye).
Mais que fait nostre Dame parmi toutes les louanges et bénédictions que luy donne sainte Elizabeth? 0 certes! elle ne fait point comme les- femmes du monde , lesquelles si on les hausse , au lieu de s'humilier , elles se rehaussent encore davantage : car l'homme est tellement sujet à l'orgueil et à la présomption, que pour cela un ancien philosophe l'a comparé au cheval, disant qu'il n'y a rien de si orgueilleux que l'homme et le cheval. Voyés, dit ce philosophe , un homme sur un cheval ; on ne sçayt lequel est le plus fier , ou le cheval , ou le chevalier; il semble qu'ilz se défient l'un l'autre à qui fera paroistre plus d'orgueil et de présomption. Mais quand cette présomption et cet orgueil vient à entrer dans la teste des femmes , il y fait de grandes ruines et ravages ; et parce qu'elles sont si sujettes à la vanité et au désir de paroistre , elles sont obligées d'y faire une attention particulière pour s'en garantir et préserver. La foiblesse de leur sexe les ayde fort à cela , et pour peu qu'on les loue , elles s'eslevent tousjours davantage, et se fournissent des pensées relevées d'ellesmesmes, qui les font présumer d'estre quelque chose au dessus des autres.
Nous avons un exemple de cecy en cette folle et impudente Cleopatre , reyne d'Egypte : quelles impertinences et extravagances ne fit-elle pas pour s'eslever? Ne remarquons-nous pas cela encor en nostre pauvre mère Eve , la première femme qui fut au monde ? Seulement pour avoir ouï dire qu'elle estoit créée à l'image de Dieu , ne presuma-t'elle pas tant d'elle-mesme que de se vouloir faire semblable à luy, escoutant et faysant pour ce sujet tout ce que luy disoit l'ennemy ? Mais la sacrée Vierge estant venue au monde pour regaigner par son humilité ce que cette première Eve avoit perdu par son orgueil, contrecarre par son humilité sa fierté
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et présomption. C'est pourquoy, lorsque Tange l'appelle Mère de Dieu , elle se dit sa servante : Ecce ancilla Domini, s'enfonçant dans l'abysme de son néant. De mesme , quand sainte Elizabeth l'appelle bienheureuse , et beniste entre les^ femmes , elle dit que cette bénédiction procède de ce que Dieu a regardé sa bassesse, sa petitesse et son abjection : Quia 7'espexit humilitatem ancillœ suœ.
0 Dieu ! c'est un bon signe en la vie spirituelle, que l'humilité de cœur : et que c'est une bonne marque que Ton reçoit eiïicacement les grâces de Dieu, quand ces grâces abaissent et humilient l'ame , et qu'on void que plus les grâces sont grandes, plus humilient-elles profondement ceux qui les reçoivent devant Dieu et les créatures; et que comme la sainte Vierge, l'on tient tout son bonheur de ce que les yeux de sa divine bonté ont regardé nostre vile té et bassesse l C'a donc esté les effetz qu'a opérés la grâce de Dieu dans le cœur de la sainte Vierge , qu'une profonde humilité , et une ardante charité, tant envers Dieu qu'à l'endroit du prochain; charité qui la fit aller en grande diligence en la mayson de Zacharie ; et quoy qu elle f ust enceinte, elle ne recevoit aucun empeschement par le chemin de l'enfant qu'elle portoit : et comme elle l'avoit conceu par i'obombration du saint Esprit, elle le portoit aussi sans incommodité, et l'enfanta sans douleur; nostre Seigneur luy reservant les douleurs de l'enfantement pour le jour de son crucitiement, oii elle devoit assister.
Voila donc cette Vierge incomparable qui entre en la mayson de Zacharie, et avec elle un comble de bénédictions pour cette famille ; dautant que le peiit S. Jean-Baptiste fut sanctifié dans le ventre de sa mère , et sainte Elizabeth fut remplie du saint Esprit. Mais, me dirés-vous, puisque sainte Elizabeth estoit juste , n'avoit-elle pas desja receu le saint Esprit ? Comment est-ce donc que se doit entendre ce que dit l'Evangeliste, qu'à la venue de la Vierge elle en fut remplie, Et repleta est Spiritu sancto Elizabeth? Cela veut dire ^
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qu'en celte painte visitatioii c. v' .oct'iit Jereclief une plénitude , une abondance et un sîircroist de grâces , dont les efFetz admirables que le saint Esprit operoit en elle en donnèrent des preuves suffisantes; car bien qu'il arrive souvenf que Dieu donne sa grâce aux justes en mesure pleine , ceLn'empesche pas , comme dit nostre Seigneur , qu'on n'3 adjouste encore en telle sorte , qu'elle vient à estre foulée, entassée et si comblée, qu'elle regorge de toutes parts : Mensuram bonam, confertam et coagitatam, et super effluentem clahunt in sinum vestrum^. Ainsi, bien que sainte Elizabeth eust desja une mesure pleine de la grâce du saint Esprit; néanmoins en cette sainte Visitation elle en receut une foulée et comblée , et si entassée , qu'elle regorgeoit et s'espanchoit de tous costés.
Or nous devons sçavoir que la grâce du saint Esprit ne se donne jamais si pleinement en cette vie , qu'il n'y puisse tousjours avoir de l'accroissement et de l'augmentation en cette communication ; et il se faudroit bien garder en cela de dire : C'estassés,j'ay suffisamment des grâces du saint Esprit et des vertus ; c'est assés de mortification , je m'y suis assés exercé • Mensura conferta est (La mesure est pleine) ; car ce seroit un grand abus , et celuy qui diroit cela monstreroit bien par telles et semblables parolles son indigence, sa mendicité , et mesme sa présomption , avec le malheur qui le talonneroit, parce qu'à telles sortes de personnes qui estiment avoir suffisamment , Dieu leur oste ce qu'ilz ont, afin de L donner (dit nostre Seigneur) à celuy qui a; et à celuy qu n'a rien, on luy ostera mesme ce qu'il n'a pas : Omni habenti dabitur et abundabit; et autem quino?i habet, et quod videitur habere, auferetur ab eo *. Ce qui se doit entendre ainsi : L'on donnera à celuy qui a beaucoup receu, c'est à dire, qui a beaucoup travaillé , et lequel néanmoins ne se repose pas pensant n'avoir plus besoin de travailler , ains avec une
* S. Luc, VI, — » s. Maith., XXV; S. Luc, XIX.
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garnie et véritable Immilité , reconnoissant son indigence , continue» son travail. A celuy-là donc qui a beaucoup, on luy donnera davantage , et il surabondera. Mais celuy qui areceu quelque grâce, et lequel, pensant en avoir suffisamment, ne la fait point multiplier , ains la laisse oysive et infructueuse , on luy ostera ce qu'il a et mesme ce qu'il n'a pas : cela veut dire qu'on luy ostera les grâces qu'il a, parce qu'il ne les fait pas profiter , et que celles qui luy estoient préparées ne luy seront pas données , d autant qu'il s'en est rendu indigne par sa négligence. Ce qui néanmoins ne se doit pas entendre de la grâce suffisante , que Dieu ne refuse à personne , ains de l'efficace , laquelle par un juste jugement il ne donne pas aux âmes paresseuses et ingrates, parce qu'elles en abusent.
Les mondains ont une si grande ambition d'acquérir des ricbo:-ses et des honneurs , qu'ilz ne disent jamais : C'est assés ; en quoy ilz sont bien aveugles, dautant que pour peu qu'ilz en ayent, ilz en devroient avoir safiisamment , veu que le trop d'honneurs, de dignités et de richesses est la perte de Tame, et luy cause la mort : et c'est en telles choses qu'on peut dire véritablement : J'en ay suffisamment, il me suffît. Mais en ce qui est des biens spirituelz, il ne faut jamais penser , tandis que nous sommes en cet exil , que nous en ayons suffisamment , ains il se faut disposer pour recevoir tousjours une continuelle augmentation de grâces.
Elle va donc, cette Vierge incomparable, pour visiter sainte Elizabeth ; mais cette visite n'estoit point inutile , ny semblable à celles qui se font par les dames de ce tems , par cérémonie seulement , où l'on tesmoigne souvent des affections tout autres que celles qu'on a , et qui pour l'ordinaire sont employées à parler des uns et des autres , ce qui fait qu'on en sort avec des consciences intéressées.
Un saint docteur escrivant à la dévote Proba, descrit merveilleusement bien l'inutilité des visites des dames Ro-
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maines, disant, que ces bonnes matrones de Rome ne faysoient autre chose que se visiter , et que la plus grand'part de leurs visites estoient inutiles et mal employées : ce qu'il déplore grandement en cette Epistre. Mais la Visitation de nostre Dame ne fut pas semblable à celles-là : car elle n'alla visiter sa cousine Elizabeth que par un motif de charité , afin de la servir , et ne s'y disoit point de choses inutiles.
Mais , mon Dieu ! combien sainte , pieuse et devoste fut cette visite, puisque par icelle toute cette mayson fut remplie du saint Esprit , ce qui se void clairement par les effetz qu'il opéra en sainte Elizabeth ; et par ce qu'en rapporte l'Evangeliste , vous pouvés connoistre si vous avés receu le saint Esprit.
La première chose que fit la sainte Vierge fut de s'humilier profondément : car elle s'escria : D'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Dieu me vienne visiter , Unde hoc mihi ut veniat Mater Domini mei ad me? donc le premier fruit de la grâce est l'humilité , qui porte l'ame à s'anéantir en la connoissance de la grandeur de Dieu , et de son propre néant et démérite.
Secondement, elle dit à la Vierge : 0 que vous estes heureuse! parce que vous avés creu, vous estes beniste entre toutes les femmes, et beny est le fruit de vostre ventre; Beata es quœ credidisti; benedicta tu inter mulieres , et benedictus fructus ventiis tui. En quoy vous voyés que le second effet du saint Esprit est de nous faire demeurer fermes en la foy , y confirmer les autres , puis retourner à Dieu , reconnoissant qu'il est la source de toutes les grâces et bénédictions que nous recevons.
Il est vray (dit sainte Elizabeth à la Vierge) que vous estes beniste entre toutes les femmes ; mais il est vray aussi que cette bénédiction vous vient du fruit de vostre ventre , dans lequel vous portés le Maistre des bénédictions. Nous voyons d'ordinaire qu'on ne bénit pas le fruit à cause de l'arbre ,
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maïs qu'on bénit l'arbre à cause de la bonté de son fruit : et bien qu'on doive à la sacrée Vierge un culte et un bonneur plus grand qu'à tous les autres Saints ; néanmoins il n'est pas esgal à celuy qu'on doit à Dieu. Ce que je dy pour réfuter l'beresie de quelques-uns, qui ont voulu dire qu'on luy devoit rendre le mesme bonneur : ce qui est faux, et tous les tbeologiens enseignent qu'il faut adorer Dieu seul , souverainement , par-dessus toutes cboses , et puis , que nous devons rendre un honneur tout particulier à la tres-sainle Vierge , comme Mère de nostre Sauveur , et cooperatrice de nostre salut : et cela s'est tousjours observé par les vrays cbrestiens ; et quiconque n'ayme et n'bonore pas la Vierge d'un amour et d'un bonneur tout spécial et particulier, n'est point vray chreslien. Or donc, quand le saint Esprit vient en nous , il nous porte premièrement à aymer et louer Dieu et puis sa tres-sainte Mère.
En troisième lieu , sainte Elizabeth dit , qu'aussi-tost que la voix de nostre Dame fut parvenue à ses oreilles, son enfant avoit tressailly de joye dans son ventre, Ecce enim utfacta est vox sahitationis tuœ in auribus meis , exultavit in gaudio infans in utero meo. Et voicy la troisième marque , par laquelle on connoist si l'on a receu le saint Esprit : car ce tressaillement ne nous représente autre cbose que la conversion intérieure du cœur, et le changement de vie. Et comme vousvoyésqueS. Jean fut sanctifié par ce tressaillement, par lequel sortant de luy-mesme il s'eslança en son Dieu , afin de ne vivre plus qu'en luy et pour luy; ainsi celuy qui reçoit le saint Esprit sort de luy-mesme, et fait une heureuse transfusion de son ame en Dieu , c'est à dire qu'il ne vit plus selon la nature et les sens, ains selon la grâce. Donc si vous désirés sçavoir si vous avés receu le saint Esprit, regardés quelles sont vos œuvres ; car c'est par là qu'on le connoist.
Mais remarqués que sainte Elizabeth le receut par le
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moyen de la sainte Vierge , pour nous monstrer que nous devons nous servir d'elle pour médiatrice envers son divin Filz , pour obtenir le saint Esprit ; car bien que nous puissions aller à Dieu directement , et luy demander ses grâces , sans nous servir de Tentremise de la Vierge, ou des Saints; néanmoins il n'a pas voulu qu'il en allast ainsi, pource qu'il vouloit faire encore une union , dautant que, comme je vous ay dit au commencement, il ayme les choses qui sont unies ; c'est pourquoy il a tellement uny l'Eglise militante avec la triomphante, qu'on peut dire qu'elles ne sont qu'une, n'ayant qu'un Dieu qui les régit, conduit et gouverne , et qui les nourrit, bien qu'en différentes manières.
Mais considérés que nostre Seigneur, pour faire cette union, a voulu que nous nous servissions de l'invocation des Saints, en faysant par leur entremise de très-grandes grâces aux hommes , ce qu'il fait encore par l'entremise des anges qu'il a députés à nostre conduite.
Mais pourquoy , me dirés-vous , se sert-il de l'entremise des anges pour nous garder ou nous conférer ses grâces? Ne le pourroit-il pas bien faire sans se servir d'eux? Il n'y a point de doute qu'il le pourroit : mais, pour faire cette union, dont je vous parle maintenant, il a voulu unir les anges avec les hommes, et les assujettir les uns aux autres; et c'est le sujet pour lequel il a ordonné par sa divine providence que les hommes fussent servis par les anges, et que la conversion des hommes fust une augmentation de joye aux anges , à cause de cette union.
Vous demanderés peut-estre : Comment est-ce que les hommes peuvent causer de la joye aux anges? n'ont-ilz pas, en la claire vision de Dieu , une parfaitte béatitude ? Oûy certes , mes chères Ames, il n'y a nul doute de cela; aussi n'est-ce pas de la gloire essentielle qu'on entend parler, ains de l'accidentelle , suivant ce que dit l'Escriture , qu'il y a plus de joye au ciel pour un peclicur cuaveity, que puur
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Tîonante-neuf justes '. Par lesquelles parolles vous voyés que les anges se resjouyssent sur la conversion des pécheurs; ce qui se doit aussi entendre des Saints qui sont au ciel. Et bien que l'Escriture sainte ne parle que des anges, cela estoit devant la Passion de nostre Seigneur, qu'il n'y avoit encore point d'hommes dans le paradis ; mais depuis que les Saints sont au ciel, il est certain qu'ilz sont tellement unis avec les anges, qu'ilz participent à leur joye sur la conversion des pécheurs.
Et l'Eglise nous voulant apprendre , comme une bonne mère , à nous servir de l'entremise de la sainte Vierge , a joint VAve Maria avec l'orayson dominicale, pour la dire consécutivement après , pour nous monstrer que non seulement nous pouvons, mais nous devons demandera Dieu, par son intercession , nos nécessités , et non seulement les biens spirituelz, comme sont les vertus, mais aussi les temporel z , entant qu'il nous sont nécessaires.
Il est vray aussi qu'à une telle et si grande dame , il ne luy faut pas demander des bagatelles et des choses de néant, comme font souvent les personnes du monde ; car comme ce seroit une incivilité de se servir de l'entremise de quelque grand prince, pour obtenir d'un roy ou d'un empereur quelque chose de vil prix , aussi seroit-ce une incivilité trèsgrande en la vie spirituelle , de se servir de l'entremise de Ja sainte Vierge pour obtenir des choses basses, caduques et transitoires qui ne nous sont point utiles pour nostre salut.
Sur quoy il faut que je dise ce mot, que nous ne devons jamais parler des choses saintes , ny des Saints , mais spécialement de la sacrée Vierge , qu'avec un très-grand honneur et respect. Et certes, quand nous parlons d'eux, nos cœurs doivent estre prosternés par terre , parce qu'il y a une si grande distance entre nous et ces esprits bienheureux,
t s. Luc, XV.
IGO AUTRE SERMON
qu'elle ne se peut imaginer ; et néanmoins un si grand rapport , que tout ainsi que la terre ne peut rien produire sans les influences du ciel , nous aussi ne pouvons rien de nousmesmes, si nous ne sommes assistés des Saints. Mais prenons garde de ne les employer, et ne nous servir de leur intercession , que pour obtenir des choses qui nous servent pour l'éternité , les priant qu'ilz nous impetrent la grâce de Dieu et les vertus, nous servant pour ces snjetz et autres semblables du crédit qu'ilz ont auprès de nostre clier Sauveur et Maistre, et non point pour obtenir par leurs intercessions plus de commodités temporelles , et telles autres bagatelles qui ne nous sont point nécessaires pour la vie éternelle.
Or voila comme nous recevons le saint Esprit, par l'entremise de la Yierge et des Saints. 0 que c'est une chose aymable et profitable, que d'estre visité par cette sainte Dame, dautant que sa visite nous apporte tousjours beaucoup de biens ! 0 Dieu , dira quelqu'un, je voudrois bien qu'elle me list la grâce de me visiter. Et pourquoy ? Pour avoir des consolations , des suavités et des goutz à l'orayson. 0 que je voudrois qu'elle me visitast comme elle fît sainte Elizabeth ! Oùy ; mais la recevriés-vous comme elle fît? Certes, elle nous visite souvent par des lumières intérieures qu'elle nous donne pour nostre advancement en la perfection, et nous ne la voulons pas recevoir.
Mais remarqués qu'elle visite sa cousine , parce que c'est la coustume entre les parens de se visiter. Hé ! que feronsnous donc nous autres, me dirés-vous, pour avoir le bonheur d'estre de sa parenté? 0 Dieu î ce que vous ferés , mes chères filles , il y a mille moyens pour cela. Youlés-vous estre parentes de la Vierge? communies, et en recevant le iiaint sacrement, vous recevrés la chair de sa chair, et le sang de son sang ; car le précieux corps du Sauveur qui est au tres-saint sacrement de l'autel , a esté fait et formé dans le ventre de cette Vierge de sou plus pur sang , par l'opéra-
tion du Saint Esprit, et ne luy pouvant estre parentes commû sainte Elizabeth , soyés-le en imitant ses vertus et sa tressainte vie ; et par ce moyen vous luy serés parentes d'une façon bien plus excellente que n'est la parenté du sang et de la chair.
Et pour finir ce discours, je vous diray que si vous voulés participer aux visites de cette sainte Vierge, il ne luy faut point demander des consolations, ains se résoudre de souffrir des seicheresses , aridités et desgoutz telz et si grands qu'il semble quelquesfois qu'on soit abandonné de Dieu. Et il ne faut point se tromper : si vous voulés qu'elle vous visite , il faut embrasser les souffrances. Elle ne visita sainte Elizabeth qu'après qu'elle eust souffert beaucoup de mespris et d'abjection, à cause de sa stérilité. Et ne faut point penser qu'on puisse prattiquer la dévotion sans difficulté ; où il y a plus de peines , il y a souventesfois plus de vertus. En somme , pour recevoir cette sainte Visitation , il faut faire une transformation intérieure , et mourir à soy-mesme , afin de ne vivre plus qu'à Dieu, et pour Dieu ; bref, il se faut beaucoup humilier, à l'exemple de sainte Elizabeth. Faites-le donc fîdellement , mes chères Ames , pendant cette courte et che» live vie , afin qu'avec cette glorieuse Vierge vous puissiés chanter éternellement dans le ciel : Magnificat anima medi Dominum, Mon ame magnifie le Seigneur. Ainsi soit-il.