ME.V SOIT BENT
Et appanieivnt tilts dispertitœ linguœ tanquam ignis, seditque supra «ngulos eorum; et repleti sunt omnes Spiritu sanctOj et cœperunt loqui variis linguis prout Spiritus sanctus dabat eloqui illis. Act., II.
Des langues comme de feu apparurent à tous ceux qui estoient dans le cénacle, et s'estant départies elles se posèrent sur chacun d'eux, et ilz furent tous remplis du saint Esprit, et parloient selon qu'il leur donnoit.
Nous célébrons aujourd'huy la feste des divins presens, et du don des dons , qui est le saint Esprit , lequel fut envoyé du Père et du Fils sous la forme et figure de langues de feu sur les Apostres. Mais en ce don incomparable sont enclos sept autres dons , que nous nommons dons du saint Esprit. Ce fut certes un très-grand don que celuy que le Père éternel fît au monde, lorsqu'il luy donna son propre Fils, comme 'aostre Seigneur dit luy-mesme * : Sic enim Deus dilexit mnndum , ut Filium suum unigenitum daret (Dieu a tant aymé le monde, qu'il luy a donné son Fils unique). Hé! pourquoy donc (dit son grand Apostre S. Paul) ne luy donnera-t'il pas tout autre don avec celuy-là? Quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit ' ?
Vous vous ressouvenés bien, je m'asseure , de cette belle bistoire , qui a desja tant de fois esté dite , mais qui ne peut estre assés considérée ; du grand Joseph , lequel estant viceroy d'Egypte , ses frères, qui estoient en la Mésopotamie , le vinrent visiter plusieurs fois , pour estre secourus de luy en
' Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation de Sainte Maria d'Annessy (EdiL de 1641 et de 1643).
« S. Jean, III. — » Rom., VIII.
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]'extréme nécessité , où leur bon pare Jacob et eux estoient réduits à cause de la famine qui estoit en leur pays * : vous sçavés aussi comme il les renvoya tousjours à leur père chargés de bled . Mais lorsqu'on luy amena le petit Benjamin, il les renvoya non comme les autres fois chargés de graîl^ et de vivres donnés seulement par mesure , ains encore accompagnés de tres-riches dons, avec des chariots remplis de tout ce qu'ils pouvoient désirer. Ainsi voyons-nous que le Père éternel fait en ce jour, et bien qu'en l'ancienne loy il eust fait de très-grands presens à son peuple, toutesfois ce n'estoit que par mesure ; où (au contraire) en la nouvelle loy , deslors qu'il vid son cher Benjamin , c'est à dire deslors que nostre Seigneur fut rentré en sa gloire , il ouvrit sa main pour respandre ses dons et ses grâces dessus tous les fidelles, ainsi qu'il avoit dit par le prophète Joël , qu'il respandroit son saint Esprit dessus toute chair : Effundam Spiritum meum super omnem caméra %* c'est à dire sur tous les hommes , et non seulement sur les Apostres.
Or vous sçavés ce qu'Isaye dit de nostre Seigneur , qu'il receut des grâces infinies , et que les dons du saint Esprit reposèrent sur son chef : Et requiescet super eum Spiritus Domini, Spiritus sapientiœ et intellectus, Spiritus consilii et fortitudinis, Spiritus scientiœ et pietatis, et replebit eum Spiritus timoris Domini^ (Et l'Esprit du Seigneur, dit-il, reposera dessus luy , l'Esprit de sapience et d'intellect , l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de pieté, et il sera remply de l'Esprit de la crainte du Seigneur) . Mais pourquoy cela, puisqu'il n'en avoit ny pouvoit avoir aucune nécessité, comme estant la grâce mesme? Ce ne fut donc sinon pour nous faire entendre que toutes les grâces et bénédictions celestes nous dévoient estre distribuées par luy, qui est nostre chef, en les faysant couler sur nous, qui sommes ses membres, je veux dire , enfans de l'Eglise de laquelle il est le chef.
* Gen., XLUl et XLV. — a Joël, II. — s Jsaye, XL
Et pour preuve de cette vérité , escoutés ce qu'il dit au Cantique des Cantiques, h sa bien-aymée : Ouvre-moy, mon espouse , ma seur... Il l'appelle espouse , à cause de la grandeur de son amour, et sa sœur, pour tesmoignage de la pureté et candeur de cet amour. Ouvre-moy , luy dit-il , mais ouvre-moy promptement, car j'ay mes cheveux et les flocons de ma chevelure tout pleins de la rosée et des gouttes [de la nuict : Aperi mihi, soror mea, arnica mea, quia caput meum plénum est rore, et cincinni mei guttis noctium. Or la rosée et les gouttes de la nuict ne sont qu'une mesme chose. Que pensés-vous donc que veuille dire ce bien-aymé de nos âmes par ces parolles , sinon qu'il désire ardemment que sa bien-aymée luy ouvre promptement la porte de son cœur , afin qu'il y puisse respandre ses dons , et les grâces qu'il a receuës tres-abondamment de son Père éternel, comme une rosée et liqueur tres-precieuse, de laquelle il luy veut faire présent ?
Voyons maintenant comment Dieu envoya son saint Esprit sur les Apostres , et les autres qui se treuverent assemblés au cénacle , et ce qu'il opéra en eux , et que veut dire cette parolle de S. Luc, qu'ils parloient tous selon que le saint Esprit leur donnoit. Mais , me dirés-vous , les Apostres ne l'avoient-ils pas desja receu , lorsque nostre Seigneur, soufflant sur eux après sa résurrection , leur dit ; Recevés le saint Esprit : Accipite Spiritum sanctum; quorum remiseritis peccata , remittuntur eis, et quorum retinueritis, retenta sunt ^ , les constituant prélats de son Eglise, et leur donnant pouvoir de remettre les péchés , de lier et délier les âmes ? Il est vray ; mais ce ne fut pas toutesfois avec tant de plénitude , ny avec tant de gloire et de magnificence qu'ils le receurent aujourd'huy , ny ne leur laissa pas de tels efi'ets. De mesme , le Père éternel fit un très-grand don au monde , lorsqu'il luy donna son propre Fils ; mais ce fut un présent
« s. Jean, XX.
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couvert , restreint et resserré dans la bource vile et abjecte de nostre humanité et mortalité. Ce qui n'est pas ainsi du présent qu'il fait, oa qu'il envoyé aujourd'huy à son Eglise, lequel doit estre estimé le plus excellent don qui aye jamais esté fait aux hommes , dautant que c'est le Père et le Fils qui Fenvoyent ; et l'on sçayt assés que les presens sont estimés grands , selon l'amour avec lequel ils sont faits. C'est pourquoy nous pouvons conjecturer de l'excellence de cettuycy , puisqu'il n'est pas seulement fait avec un grand amour, ains que c'est l'amour mesme qui se donne et qui est donné. Car chacun doit sçavoir que le saint Esprit est l'amour du Père et du Fils : et ce que nous disons que le saint Esprit nous a esté donné par le Père et par le Fils , ne se doit pas entendre qu'il soit séparé de l'un ny de l'autre , parce que cela ne peut estre, n'estant qu'un seul vray Dieu indivisible ; nous voulons dire que Dieu nous a donné sa divinité , bien que ce soit en la personne de son saint Esprit : et de cecy il en faut peu parler et beaucoup croire.
Or nous pouvons considérer la grandeur du don du saint Esprit avec tous ses effets , entant qu'il est envoyé par le Père éternel et par nostre Seigneur Jesus-Christ à son Eglise, ou bien entant qu'il est envoyé à un chacun de nous en particulier ; et nous ne sçaurions assés remercier Dieu de ce qu'il a fait ce singulier présent à son Eglise, à cause des biens qui nous en résultent. Certes , ce fut tres-convenablement que le saint Esprit fut envoyé sous la forme et figure de langues , et de langues de feu , puisque c'est en la langue que l'Eglise a toute sa force. Eh ! qui ne sçayt qu'elle opère tous ses mystères par la langue? la prédication se fait par la langue; le saint baptesme , sans lequel nul ne peut estre sauvé , il est aussi nécessaire que la langue y intervienne , pour donner la force à Feau de nous laver de nos péchés et iniquités , par les parolles sacrées qu'on prononce dessus. De mosine, le tres-saint sacrifice de 1^ messe ne se peut
célébrer que par le ministère de la langue; et ainsi des autres mystères.
Mais considérons , je vous prie , ce don sacré et précieux du saint Esprit, entant qu'il est fait à un chacun de nous en particulier. Nous avons desja dit qu'il y a sept autres dons enclos dedans cettuy-cy , que nous appelions de sapience , d'entendement , de conseil , de force , de science , de pieté e^ de crainte : et par la suit te que nous ferons de ces sept dons, en remontant comme par une eschelle mystique , nous connoistrons si nous avons receu le saint Esprit ou non , puisqu'il a accoustumé de les communiquer aux âmes dans lesquelles il descend , et qu'il treuve préparées pour le recevoir.
Commençons premièrement par celuy de la crainte , quoy que le prophète le nomme le dernier. Le don de crainte est je tton le plus universel de tous ; car nous voyons que les raeschans mesmes ont de la crainte et frayeur , entendans parler de la mort, du jugement et des peines éternelles : mais pourtant cette crainte ne leur a point fait éviter le péché ny l'iniquité, parce qu'ils n'avoient pas receu le saint Esprit; €ar la crainte qui s'appelle don du saint Esprit ne nous fait pas seulement redouter les jugemens de Dieu , la mort et l'enfer; mais elle nous fait craindre Dieu, comme estant nostre juge : et partant , cette crainte nous fait éviter le péché , et tout ce que nous sçavons luy estre desaggreablcc
Remarqués , je vous prie , ce que dit Isaye , que les dons du saint Esprit, de sapience, et les autres qu'il rapporte de suitte , ainsi que nous avons dit , reposèrent sur le chef de nostre divin Sauveur, concluant après qu'il futremply de la crainte du Seigneur. Mais que veut dire cela ? car il est certain qu'il n'avoit point besoin de crainte, veu qu'il estoit impeccable par l'union de son ame et de son humanité avec la divinité. Nous devons donc sçavoir qu'il fut remply de crainte , non tant pour luy, que pour la respandre sur ua -V. 4
chacun de nous , tant parfaits qu'imparfaits ; parce que le» parfaits doivent craindre de deschoir de leur perfection , et les imparfaits «loivent craindre de ne la pouvoir acquérir. Et comme nous voyons qu'une fiole est remplie d'eau , sans qu'elle en aye nécessité, veu qu'elle est si dure , que mesme elle n'en est pas humectée ; ainsi nostre beny Sauveur fut remply de la crainte du Seigneur, non point pour luy, dautant qu'il ne s'en pouvoit servir , ains il la receut pour la respandre sur ses frères , c'est à dire sur les hommes.
Passons outre ; car il ne faut pas beaucoup parler de la crainte principalement au lieu où je suis , puisque l'on ne s'en doit servir que pour venir au secours de l'amour, quand il le requiert : et ne se faut pas tenir dans la crainte , pour se gesner , ou mettre en peine , parce que cette crainte est servile et nuisible; mais nous devons avoir celle qui est filiale , et la tenir dans nos cœurs , afin qu'elle soit preste pour secourir l'amour, quand il en aura besoin , ainsi que j'ay dit.
Venons au don de pieté, qui est le second. La pieté n'est autre chose qu'une crainte non servile , comme celle dont je viens de parler , ains filiale et amoureuse , laquelle ne nous fait plus regarder Dieu comme nostre juge , ains nous le fait regarder comme nostre Père tres-aymable, auquel nous ne redoutons pas seulement de desplaire, ains auquel nous desirons de plaire et d'aggreer.
Mais il nous servi roit gueres d'avoir le désir de plaire à Dieu, et la crainte de luy desplaire, si le saint Esprit ne nous donnoit le troisième don , qui est celuy de science, par lequel nous apprenons à connoistre et distinguer la vertu d'avec le vice, ce qui est aggreable à Dieu, d'avec ce qui luy î:st desaggreal)ie. Plusieurs des anciens philosophes ont bien sceu faire cette distinction. Aristote a fait des traittés admirables des Vertus , lequel nonobstant cela ne laisse pas de tenir tous les docteurs en doute de son salut, parce qu'ayant
POTTP T,A PÏÏNTÏÏCOSTE. 5!
reconnu le chemin de la vertu , il ne l'a pas voulu suyvre. Mais le don de science qui nous est donné du saint Esprit nous fait embrasser la prattique des vertus reconnues , et nous fait éviter le vice.
Apres ces trois premiers dons, il est tres-necess^aire que le saint Esprit nous donne le quatrième, qui est ceîuy de force' car autrement il semble que ces dons precedens ne nous serviroient de rien, puisqu'il ne suffît pas de craindre Dieu , et d'avoir la volonté d'éviter le mal et faire le bien , et encore moins de connoistre l'un et l'autre , si nous ne venions à la prattique , et ne mettions la main à l'œuvre ; et pour cela nous avons une grande nécessité de la force : mais il faut que nous sçachions en quoy elle consiste.
Or ce n'est pas à faire comme iVlexandre, que les mondains appellent le Grand , lequel conquit presque toute la terre à force d'armes ; car pour cela il n'avoit pas le don de force, combien qu'on luy attribue par la conqueste qu'il fît du monde; daufant que sa force ne consistoit qu'au grand nombre de soldats qu'il avoit , et aux instrumens de guerre desquelz il se servoit , et avec lesquelz il fracassoit les murailles des villes , et abattoit les chasteaux , pour assujettir tout le monde sous son empire : de sorte qu'il ne doit point estre loué pour sa force , et moins encore pour son courage, puisqu'au rapport de ceux mesme qui ont escrit de luy , et qui en font mention dans leurs histoires, il n'avoit pas le pouvoir sur soy de s'abstenir de boire un verre de vin, si bien qu'il s'enyvroit souvent. Et pour marque de safoiblesse, voyés-le pleurer comme un enfant , lorsqu'un certain philosophe flatteur luy vint dire qu'il y avoit encore plusieurs autres mondes que celuy qu'il avoit subjugué et assujetty sous sa domination ; il eut un tel regret de ne les pouvoir tous conquérir , qu'on ne le pouvoit consoler , tant son ambition estoit grande.
Or faysons un peu, jo voits prie, comparayson du courage
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et de la vaillance d'un S. Paul, premier hermite, ou plutost du grand Apostre S. Paul , avec cet Alexandre , et vous verres que cettuy-cy, après avoir ruiné les villes, abattu les chasteaux, et s'estre assujetty tout le monde à force d'armes , se laisse enfin vaincre par soy-mesnie. Où au contraire nostre grand Apostre , remply de la force du saint Esprit , semble vouloir subjuguer et parcourir toute la terre pour renverser , non les murailles des villes , mais les cœurs des hommes , pour les assujettir par sa prédication à son divin Maistre * et non content de cela , voyés , je vous prie , le pouvoir qu'il a sur soy-mesme , debellant sa chair , assujettissant toutes ses affections , mouvemens et passions , à la règle de la rayson , et le tout à la tres-sainte volonté de la divine Majesté.
Et c'est en quoy consiste le don de force et la grandeur de courage, de se surmonter soy-mesme, pour s'assujettir à Dieu , en mortifiant et retranchant de nostre esprit toutes superfluités et imperfections , sans aucune reserve , pour petites qu'elles soient. Et de plus, le don de force nous fait entreprendre de parvenir à la plus haute perfection, sans craindre la difficulté qu'il y a de l'acquérir K
Mais estant ainsi bien résolus et fortifiés pour entreprendre la vraye prattique des vertus , il est tres-necessaire que nous ayons le don de conseil ^, pour choisir celles qui nous sont les plus nécessaires , selon nostre vocation : car bien qu'il soit tousjours tres-bon de prattiquer toutes les vertus, si faut-il pourtant les sçavoir prattiquer par ordre et avec discrétion. Que sçay-je, moy , dira quelqu'un, si en telle occasion il ne sera point plus utile , ou plus expédient pour moy ou pour les autres , que je ne prattique la vertu de patience sinon intérieurement , et non pas extérieurement , ou bien si je dois joindre l'une avec l'autre? Pour connoistre cela, il faut avoir le don de conseil pour poursuivre l'exercice que
» s. Thom., 2. 2. q. 139. — 2 ibid., q. 52.
fOUlt LA PElNlFCOblli. 53
le don de force nous a fait entreprendre , afin que nous ne nous trompions point nous-mesmes en choisissant rexercice des vertus selon nos inclinations , et non selon nostre nécessité , regardant seulement à Tescorce des choses , et non à la vraye essence des vertus.
Or après le don de conseil vient celuy d'entendement *, lequel nous fait pénétrer les mystères de nostre foy par le moyen de la méditation , nous faysant choisir les maximes de la perfection intérieure dans le fonds desdits mystères. Mais remarqués , je vous prie , mes chères Ames, que je dy par la méditation et orayson, et non par la curiosité et simple spéculation de l'entendement , comme font les théologiens dans les escoles ; car cela ne seroit pas méditation , ny orayson , ains estude , dautant qu'il faut que la méditation aye pour fin l'amour de Dieu , et pour cela la science naturelle ou acquise n'est nullement requise : car une pauvre et simple femme , pourveu qu'elle soit vertueuse et qu'elle aye la foy , sera plus capable de faire la méditation que les plus grands docteurs qui auront moins de pieté ; de façon que sans science , ny doctrine , elle s'en ira promptement remarquer , en regardant la croix du Sauveur, cette maxime de la perfection chrestienne : Bienheureux sont les pauvres d'esprit. Oùy, mesme jusques dedans le cœur de Dieu , et au mystère de l'Incarnation, elle y remarquera la mesme maxime, et de plus celle de l'humilité et amour de l'abjection.
Yous voyés donc bien maintenant quelz sont les effets du don de l'entendement, lequel , outre ce que nous avons dit, nous fait comprendre et pénétrer la vérité des mystères de nostre foy , et combien il nous est nécessaire de regarder à la vraye essence des vertus , et non à l'apparence extérieure seulement , et comme il nous est utile de suy vre les vérités connues , lesquelles nous discernons par le don de conseil.
i s. Thorn., 2. 2. q. ••
Or le saint Esprit n'a pas accoustumé de laiser Tame , à laquelle il a bien voulu donner ces six dons que nous venons de dire , sans y adjouster le septième , qui est celuy de sapience , c'est à dire de la savoureuse science , luy donnant un goust, une saveur , une estime et un contentement indicible en la pratlique des maximes de la perfection chrestienne, lesquelles elle a reconnues par le don d'entendement, qui la porte tout au conticiii .. des personnes du monde, qui n'estiment bienheureux que les riches , et ceux qui sont honnorés , ou qui vivent délicieusement , contre les maximes du Sauveur, lesquelles ayant reconnues par le don d'entendement, elle n'estime bienheureux que les humbles , et ceux qui portent et font paroistre en leur extérieur la mortification procedente de l'intérieure renonciation et mespris d'eux-mesmes , et de tout ce que le monde estime ; dautant qu'elle puise ces maximes dans le cœur mesme de nostre Seigneur ; car en vérité la sapience * n'est autre que l'amour, lequel nous fait savourer , gouster et expérimenter combien Dieu est doux et suave : Gitstate, et videte, quoniam suavis est Dominus (Goustés , et voyés que le Seigneur est doux) , dit le prophète *.
Or ce dernier don nous représente le dernier eschelon de cette mystérieuse eschelle que vid Jacob , au sommet de laquelle Dieu estant penché devers nous , il donnera le baiser de paix à nos âmes, leur faysant gouster la suavité de ses sacrées mamelles ^, meilleures mille fois que le vin des délices mondaines.
Je finis par cette considération que je fais pour nostre instruction , sur ce que S. Luc dit aux Actes des Apostres , que tous ceux qui estoient dans le cénacle receurent le saint Esprit , et parloient diverses langues , selon que le mesme aint Esprit leur donnoit : Prout Spiritus sanctiis dahat eloqui mis; et non pas tous d'une façon , parce que tous ne
1 S. Thom., 2. 2. q. 4S — « Ps. XXXV. — » Cant., f.
POUR LA PENTFXOSTE. 55
furent pas commis pour prescher l'Evangile comme S. Pierre et les autres Apostres : car nous ne pouvons pas nier qu'il i n'y eust des femmes, puisque S. Luc * dit qu'ilz estoient eni viron six vingts assemblés dans le cénacle , et que là estoit ^' Marie Mère de Jésus , avec les autres femmes , en orayson ; et néanmoins ils parloient tous selon que le saint Esprit leur donnoit , c'est à dire que ceux qui ne preschoient pas publiquement s'encourageoient les uns les autres à louer et magnifier Dieu. Mais outre cela, il faut que nous sçacliions qu'il y a un certain parler qui se fait sans dire mot, lequel n'est autre que le bon exemple que nous donnons à nostre prochain.
David dit que les cieux annoncent la gloire de Dieu • Cœli enarrant gloriam Dei , et opéra manumn ejus ayinuntiat firmamentum. Et comment cela? car les cieux ne parlent point. C'est à dire , que la beauté des cieux et du firmament invite les hommes à admirer la grandeur de Dieu, et prescher ses merveilles. Ce qu'il nous veut encore faire entendre , quand il dit au mesme psalme , que les jours et les nuicts se laissent la charge l'un à l'autre d'annoncer la gloire de Dieu : Dies diei éructât verhum y et nox nocti indicat scientiam ; car qui ne sçayt que lorsque nous regardons le ciel en une nuict bien seraine , nous ne sommes pas moins excités à admirer et adorer la toute-puissance et sapience de celuy qui l'a parsemé de tant de belles estoilles, que nous voyons un beau jour esclairé de la lumière du soleil, ouy mesme quand nostre Seigneur nous envoyé la pluye , attendu qu'elle sert à produire les plantes ?
Mais que veux-je dire par là , mes chères Ames , sinon que nous qui sommes plus que les cieux , et que tout ce qui est créé, puisque tout a esté fait pour nous, et non pour eux, sommes beaucoup plus capables par le bon exemple que nous donnons à nostre prochain d'annoncer la gloire de » Act., I.
Dieu , que les cieux et les astres , le bon exemple estant une prédication muette de très-grande efficace? et si bien tous n'ont pas receu le don des langues pour prescher, tous néanmoins le peuvent tousjours faire tres-utilement en cette sorte : car ce n'est pas une plus grande merveille de voir une ame décorée de plusieurs grandes vertus , que non pas de voir le ciel décoré d'estoilles ?
Les jours se donnent charge l'un à l'autre d'annoncer la gloire de Dieu , dit le Prophète , et qui ne sçayt que les Saints en ont fait de mesme , se resignans cette charge les uns aux autres ? Hé 1 ne voyons-nous pas qu'à saint Antoine succéda saint Hilarion, à saint Hilarion d'autres? Et ainsi ilz iront tousjours , persévérant de siècle en siècle à bénir, aymer, louer et magnifier cette infinie bonté de nostre Seigneur, lequel je supplie, avec le Père, vous donner abondamment les grâces de son saint Esprit en cette vie , et la jouyssance de la félicité éternelle en l'autre. Ainsi 8oit-il.
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