POUR LA SAINTE TRINITÉ. 5T
Ciuria Patri, et Filio, et Spiritui sancto; sicut erat in principio, et nunc et semper, et in sœcula sœculorum. Amen,
Gloire soit au Père, au Filz et au saint Esprit, etc.
Entre les signalées faveurs que la bonté de Dieu fît à son bon serviteur Abraham nostre grand-pere , Tune fut, à mon advis , des plus grandes , lorsqu'en la vallée de Mambré , sa divine Majesté le vint visiter en son tabernacle visiblement , ainsi que raconte le Genèse^; car quel homme estoit-ce qu'Abraham, afin que vous le visitiés (ô mon Dieu)? Appa- Tuit ei Dominusin convalle Mambre (Le Seigneur lui apparut en la vallée de Mambré ) . Ce fut le Saint des Saints , ce fut Dieu mesme qui luy apparut; mais en quelle forme? Cumque levasse t oculos, aparuerimt ei très viri (Comme il eslevoit ses yeux, il luy apparut trois hommes); et sous Tapparence de trois, celuy qui est unique Seigneur vint visiter son serviteur. 0 mystère des mystères ! le Seigneur unique apparoist en trois personnes à Abraham. Il est bien dit, au commencement du Genèse, que Dieu dit : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram ( Faysons rhomme à nostre image et semblance ) ; par lesquelles parelies la Trinité de ce facteur estoit monstrée ; mais jamais l'apparition n'en avoit esté faite devant Abraham, dont avec mérite on a appelle justement Abraham père des croyans y comme ayant eu une si grande révélation de ce mystère fon-
> Pris sur l'original escrit de la main de i'autheur (Edit. de 1641 et d« 1643). * Gen., XVllI.
^8 SEr.îioN
damental de nostre foy : Appariât ei Dominus; ti^es vidit , et unum adoravit (Le Seigneur luy apparut ; il en vit trois, et «n adora un ) . Et afin que nous n'ignorions pas que ce fut wne apparition d'un Dieu en Trinité, après qu'Abraham eut ^, [ eu ces trois, il en adora l'unité : Très vidit , et unum ado- /• uvit (Il en vit trois , et en adora un ) , dit la glose ; et Abra- ■ am leur parlant , dit : Domine, si inveni gratiam in oculis tuis , ne transeas servmn tuum , sed afferam pauxillum aquoi, et lavate pedes vestros, et requiescite sub arbore (Seigneur, si j'ay treuvé grâce en ta présence , ne te retire pas de ton serviteur, mais que j'apporte un peu d'eau , et lavés vos pieds , et vous reposés sous cet arbre ) . Tantost à tous trois il parle en singulier, et tantost en plurier, pour monstrer l'unité en Trinité.
C'est ainsi que va , et l'histoire , et le mystère. Et maintenant , Auditoire dévot , le mesme Seigneur se présente à nous pour nous visiter, un par essence en trinité de personnes , non plus par une extérieure apparition , mais par une interne illumination de la foy, en cette bonne vallée de l'Eglise, pnisqu'aujourd'huy l'Eglise célèbre une grande solemnité à la gloire de la toute puissante , toute bonne et infinie Trinité , Père , Fils et saint Esprit, affin de graver en , nostre courage l'honneur et l'hommage suprême que nous luy devons. Gloria Patri, etc. Nous luy rendrons la gloire, si nous croyons , espérons, et aymons cette suprême essence en sa tres-glorieuse trinité, si nous prions les trois personnes de demeurer avec nous , si nous lavons leurs pieds , si nous les invitons sous l'arbre : ce que comme on le doive faire , je prétends vous monstrer briefvement ; mais pour cet effet il aous faut faire tous ensemble comme Abraham , lequel leva les yeux en haut , et autrement n'eust pas eu cet honneur. , Unsi levons les yeux vers cette lumière éternelle, à celle fin qu'elle daigne nous illuminer de son Esprit, et qu'eu sa «clarté nous puissions voir de ce saint mystère ce que nous ea
POUR LA SAINTE TRINITÉ. .jO
devons connoistre, et ce qu'il luy plaira nous en faire voir, afin de le croire , le croyant y espérer, y espérant Faymer, et qu'ainsi vrayement gloire soit au Père , et au Fils , et au saint Esprit. Ce que pour obtenir avec plus d'abondance , employons-y le crédit de la fille du Père , de la Mère du Fils, et de l'Esponse du saint Esprit, luy disant : Ave Maria,
C'est l'article fondamental de toute nostre foy chrestienne, que celuy pour la célébration duquel l'Eglise solemnise cette journée , à sçavcir la sainte Trinité des personnes divines : car encore qu'il semble que cette sainte Trinité se doive réduire à l'unité de l'essence, dautant que selon nostre façon d'entendre l'un est premier que l'autre, si est-ce que l'article de r unité d'un Dieu n'est pas si propre aux Chrestiens que celuy de la Trinité ; dautaut que plusieurs ont connu Dieu ei son unité , qui n'estoient pas chrestiens. Sur quoy se fondant saint Paul, il atteste aux Romains , chapitre premier : Invisibilia Dei per ea quœ facta siint a creatura mundi in-' tellecta conspiciuntm\ sempiterna quoque ejus virtiis et divinitas , ita ut sint inexcusabiles, quia cum Deum cognovissent, non tanquam Deum glorifîcaverunt (que les choses invisibles de Dieu , mesme sa puissance éternelle et sa divinité, se voyent et se connoissent par les créatures; et partant ils sont sans escuse , parcequ'ayant connu Dieu , ils ne l'ont pas glorifié comme tel). Mais quant à l'article de la tressainte Trinité , il est tellement particulier aux Chrestiens , que mesme le peuple Hébreu n'en avoit pas pour la pluspart connoi. sauce expresse, non que jamais les payens y soient arrivés : ce qui a occasionné saint Hierosme à s'escrier en l'epistre ad Paulinum : Hoc doctus Plato nescivit, hoc elo* quem Demosthenes ignoravit (Le docte Platon ne l'a point sceu, et l'éloquent Demosthenes l'a ignoré). Sur cet article de la Trinité est fondée l'Incarnation , et sur l'Incarnation
toute nostre salvation ; sur cet article est fondée la mission du saint Esprit, et sur icelle toute nostre justification. Voicy donc Tarticle des articles ( de croire un Dieu en unité d'essence et Trinité de personnes) : Fides ergo catholica hœc est, ut unum Deunty etc. *.
A ceste occasion, nostre Seigneur premièrement, puis son Eglise en l'administration du sacrement fondamental , qui €st le baptesme , nous met en avant ce saint mystère par ces parolles : In nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. C'est pourquoy l'Eglise , sous le pape Damase , par l'exhortation de saint Hierosme, institua qu'à la fin de chaque pseaume on chantast : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto, etc. Et c'est pourquoy aussi du tems de Charlemagne, s'eslevant plusieurs hérésies contre la sainte Trinité, on dressa cette sainte feste particulière pour la protestation de nostre foy. 0 comme nous devrions donc encore en ce tems misérable célébrer cette sainte feste , et dire : Gloria Patri, e^c / Pensés-vous pas que nos adversaires se soient contentés de renverser l'Eglise ? Superbia eorum qui te oderunt ascendit semper ( La superbe de ceux qui hayssent la vérité va tous] ours s'augmentant). Sunt gradus ad impietatem, et nemo repente sit pessimus (Il y a des degrés pour arriver au comble de l'impiété, et on n'y va pas tout d'un coup). Les trinitaires sortis de l'escole calvinienne sont-ilz pas encore en la Transylvanie ? n'ont-ils pas escrit , les uns avec Arrius, les autres avec Sabellius? Un Valentin Gentil, un Servet , un Farel , un Viret , ont du tout infecté cette sainte doctrine , là où Calvin et Beze , faisans les fins , s'entremettent parmi. Si donc cette feste a esté instituée pour tant et de si justes raisons, avec combien de dévotion la devons-nous célébrer, maintenant que les causes de son institution sont renouvellées !
Gloria Patri, etc. Je treuve que nous pouvons souhaiter
i Symb. S. Athaoas.