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Filz , pensés comme le Père éternel luy aura dit : Toute ma gloire est tienne , à mon bien-aymé Filz : ta mère est venue vers toy ; fais-la habiter au plus haut grade, en la meilleure et plus eminente place de ce royaume. Il ne faut pas douter de cela , Chrestiens : nostre Seigneur venant en ce monde chercha la plus basse place qui y fust , et n'en treuva point de plus basse par humilité que la Yierge ; maintenant il la remonte en la plus haute place du ciel par gloire ; elle lu v donna place selon son désir, il la luy donne maintenant seloL son amour, Texaltant sur les Chérubins et Seraphias.
Mais voyons le reste de la sentence que nous avons choisie pour sujet : elle dit enfin que cette sainte Dame montant du désert abondante en délices, est appuyée sur son bien-aymé*. C'est la conclusion de toutes les louanges que l'Eglise donne saintement aux Saints , et surtout à la Vierge ; car nous les rapportons tousjours à l'honneur de son Filz, par la force et la vertu duquel elle monte et a receu la plénitude des délices. Avés-vous pas remarqué que la reyne de Saba portant tant de choses précieuses en Hierusalem , les offrit toutes à Salomon ? Ah ! tous les Saints en font de mesme, et particulièrement la Vierge ; toutes ses perfections, toutes ses vertus, toutes ses félicités sont rapportées, consacrées etdediées à la gloire de son Filz qui en est la source, l'autheur et le consommateur : Soli Deo honor et gloria (A Dieu seul honneur et gloire) : tout revient à ce poinct. Si elle est sainte, qui l'a sanctifiée, sinon son Filz? si elle est sauvée , qui en est le Sauveur, sinon son Filz ? Innixa super dilectum suum : Tout son bonheur est fondé sur la miséricorde de son Filz. Voulés-vous que nostre Dame soit un lys de pureté et innocence? ouy , elle l'est à la vérité ; mais ce lys a sa blancheur du sang de l'agneau auquel elle a esté blanchie , comme les estolles de ceux qui dealbaverunt eas in sanguine agni (qui les ont lavées au sang de l'agneau). Si vous l'appelles rose pour son
« Et tout revient à la gloire du Filz.
extresme charité , son vermeil ne sera que le sang de son Filz. Si vous dites qu'elle est une colomne de fumée souëfve et gracieuse , dites tout aussitost que le feu de cette fumée , c'est la charité de son Filz , le bois c'est la croix d'iceluy. Bref, en tout et par tout elle est appuyée sur son bien-aymé. C'est ainsi, 6 Chrestiens, qu'il faut estre jaloux de l'honneur de Jesus-Christ , non pas comme les adversaires de FEglise qui pensent bien honnorer le Filz refusant l'honneur deu à la Mère : où au contraire l'honneur porté à la Mère estant rapporté au Filz , rend magnifique et illustre la gloire de sa miséricorde.
Et pour tesmoigner la pureté de l'intention de l'Eglise en l'honneur qu'elle rend à la sainte Yierge, je vous représente deux hérésies contraires, qui ont esté contre le juste honneur de nostre Dame, l'une par l'excès, quinommoit nostre Dame déesse du ciel, et luy offroit sacrifice, et celle-cy fut maintenue par les Collyridiens ; l'autre par le défaut , qui rejettoit l'honneur que les catholiques font à la Yierge , et celle-cy fut des Antidicomarites. Les fols tiennent tousjours les extrémités , et sont contraires ensemble. L'Eglise qui va tousjours par le chemin royal , et se tient dans le milieu de la vertu , ne combattit pas moins les uns que les autres , mais détermina contre les uns que la Yierge n'estoit que créature, et que partant on ne devoit luy faire aucun sacrifice ; elle establit contre les autres, que néanmoins cette sainte Dame, pour avoir esté Mère du Filz de Dieu , devoit estre reconnue d'un honneur spécial, infiniment moindre que celuy de son Filz, mais infiniment plus grand que celuy de tous les autres Saints. Aux uns elle remonstre que la Yierge est créature , mais si sainte, irais si parfaitte, mais si parfaittement alliée, jointe et unie à son Filz, mais tant aymée et chérie de Dieu, qu'on ne peut bien aymer le Filz, que pour l'amour de luy on n'ayme extrêmement la Mère. Mais aux autres elle dit : Le sacrifice est le suprême honneur de latrie, qui ne
doit estre porté qu'au Créateur; et ne voyés-vous pas que la Vierge n'est pas la créatrice , mais une pure créature , quoy que très -excellente? Et pour moy j'ay accoustumé de dire qu'en certaine façon, la Vierge est plus créature de Dieu et de son Filz que le reste du monde, pour autant que Dieu a créé en elle beaucoup plus de perfections qu'en tout le reste des créatures, qu'elle est plus racheptée que le reste des hommes , parce qu'elle a esté racheptée non seulement du péché, mais du pouvoir et de l'inclination mesme du péché, et que rachepter la liberté d'une personne qui devoit estre esclave avant qu'elle le soit, est une grâce plus grande que de la rachepter après qu'elle est devenue captive. Tant s'en faut que nous voulions mettre en comparaison absolue le Filz avec la Mère , comme nos adversaires croyent , ou font semblant de croire pour le persuader au peuple.
Bref, nous la nommons belle, et belle plus que tout le reste des créatures , mais belle comme la lune qui reçoit sa clarté de celle du soleil ; car elle reçoit sa gloire de celle de son Filz. L'espine appellée Aspalathus, dit Pline, n'est pas de soy odoriférante ; mais si l'arc en ciel vient fondre sur elle , il luy laisse une odeur de suavité incomparable. La Vierge fut l'espine de ce buisson ardent , mais non bruslé , que vit le grand Moyse : Rubum quem viderai Moy ses, conservatam agnovimus tuam sanctam virginitatem, dit l'Eglise ; et certes de soy elle n'-estoit pas digne d'aucun honneur, elle estoiL sans odeur ; mais puisque ce grand arc du ciel, ce grand signe de la reconciliation de Dieu avec les hommes , vint petit à petit fondre sur cette sainte espine, premièrement par grâce dés sa conception , puis par filiation se rendant entièrement son Filz , et reposant en son précieux ventre, la suavité en a esté si grande, que nulle autre plante n'en a jamais tant eu ; suavité qui est tant aggreable à Dieu, que les prières qui en sont parfumées ne sont jamais déboutées ny inutiles ; mais toujours l'honneur en revient à son Filz duquel elle a receu
son odeur. Son Filz est nostre advocat, elle nostre advocate, mais bien diversement ; je Pay dit cent fois. Le Sauveur est advocat de justice; car il plaide pour nous, alléguant le droit et raison de nostre cause : il produit nos pièces justificatives, qui ne sont autres que sa rédemption , que son sang , que sa croix : il confesse à son Père que nous sommes débiteurs, mais il fait voir qu'il a payé pour nous. Mais la Yierge et les Saints sont advocats de grâce ; ilz supplient pour nous qu'on nous pardonne, et le tout par la passion du Sauveur : ilz n'ont pas pour monstrer dequoy nous justifier, mais s'en confient au Sauveur. Bref, ilz ne joignent pas leurs prières à l'intercession du Sauveur ; car elles ne sont pas de mesme qualité, mais auxnostres. Si Jesus-Christ prie au ciel, il prie en sa vertu : où la Vierge ne prie que comme nous en la vertu de son Filz , mais avec plus de crédit et de faveur. Voyés-vous pas que tout cela revient à l'honneur de son Filz, et en rehausse la gloire?
* C'est pourquoy toute l'antiquité, pour honnorer nostra Seigneur, a tant honnoré sa Mère. Regardés le christianisme, de trois Eglises les deux sont sous l'invocation de la Vierge, ou ont des marques signalées de la dévotion du peuple en son endroit : Videnint eam filiœ Sion : Les filles de Sion, les âmes des lidelles, les peuples l'ont considérée, et l'ont louée pour tres-heureuse. Et reginœ laudcœcnint eam; et non seulement le peuple, mais lésâmes les plus relevées, les prélats, les docteurs, les princes et monarques Font louée et magnifiée : et comme les oyseaux commencent à gazouiller chacun en son ramage à la pointe du jour, ainsi tous se sont évertués à célébrer ses honneurs comme elle-mesme l'avoit preveu, disant que tous la beniroient : Beatam me dicent omnes ge* nerationes , à la suite desquelz tous les fidelles doivent , et vous le devés plus particulièrement, ô Parisiens, l'invoquer et luy obeyr, qui sont les deux premiers honneurs que nous
1 Exhortation à l'iavocatiOD et bOQueur de nostre Dame.
luy pouvons rendre, et qu'elle nous a invités à luy rendre.
Je treuve que nostre Dame ne parla que deux fois aux hommes pour ce qui en est recité en l'Evangile : Tune quand elle salua Elizabeth, et lors c'est sans dou'ie qu'elle pria pour elle , car le salut des fîdelles se fait par prières ; la seconde fut quand elle parla aux serviteurs des noces de Cana de Galilée, et lors elle ne dit sinon : Faites tout ce que mon Filz vous dira. En ces deux actes est compris l'exercice de la charité et volonté de la Yierge à l'endroit des hommes, c'est de prier pour eux. Et partant nous la devons invoquer avec grande confiance, en tous dangers, en tous orages. 0 Parisiens, regardés cette estoille de mer, invoqués-la : à sa faveur vostre navire arrivera au port saiis bris et sans naufrage.
Mais si vous voulés qu'elle prie pour vous, oyés sa seconde parolle ; obeyssés à ses commandemens : or ses commandemens sont en un mot, que vous faysiés la volonté de son Filz : Omnia quœcivmque dixerit vobis facite. 0 Chrestiens, voulons-nous que la Vierge nous exauce? exauçons-la; voulésvous qu'elle vous escoute? escoutés-la; elle vious demande de tout son cœur et pour tout contre-eschange de ses affections, que vous soyés obeyssans serviteurs de son Filz. Un jour Bethsabée vint à David avec beaucoup d'humilité et de i" révérence, pour luy faire unerequeste et supplication ; mais enfin elle ne demandoit pour tout, sinon que son filz Salomon fust roy après son père , et successeur de la couronne. Cette Vierge , ô peuple , vous demande sur tout pour la plus asseurée démonstration de vostre dévotion en son endroit, que vous ayés son Filz pour roy de vostre cœur et de vostre ame , qu'il règne en vous , et que ses commandemens soient mis en exécution : faites-le , ô peuple , pour vostre devoir, pour vostre salut, et pour l'amour de nostre Dame, laquelle, comme vous avés veu, après l'ascension de «on Filz, demeura encore pour quelques années en terre, €t mourut néanmoins après quelque tems, et de la mort de
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son Filz , c'est à dire d'amour : mais elle ne demeura gueres morte, mais fut ressuscitée , et monta du désert de ce monde là haut en paradis , où elle est au suprême degré de toutes les créatures; et tout cela pour la plus grande gloire de son Filz, qu'elle prie pour nous, et nous demande que nous luy soyons fîdelles serviteurs.
0 tres-sacrée et tres-heureuse Dame, qui estes au plus haut du paradis de félicité, helas! ayés pitié de nous qui sommes au désert de misère ; vous estes en Fahondance des délices , et nous sommes en Pabysme des désolations; impetrés-nous la force de bien porter toutes afflictions , et que nous soyons tousjours appuyés sur vostre bien-aymé , seul appuy de nos espérances, seule recompense de nos travaux, seule médecine de nos maux. Hé ! Vierge glorieuse , priés pour l'Eglise de vostre Filz ; assistés de vos faveurs tous les supérieurs , le S. Père , les prelatz et evesques , et particulièrement celuy de vostre ville de Paris ; soyés propice au roy. Vostre grandpere David fit du bien au filz de Jonathas pour la mémoire des services et offices receus de Jonathas, et ce roy est petitfilz d'un de vos plus fidelles et devotz serviteurs , le bienheureux S. Louys • nous vous prions de luy donner vostre protection au nom de ce saint roy. Lareyne qui a l'honneur de porter vostre nom soit tousjours à l'abry de vos saintes faveurs. 0 lys céleste , arrousés les lys de vostre France de vos saintes bénédictions , afin qu'ilz soient blancs et purs en l'unité de la vraye foy et religion : vous estes une mer , prestes les ondes de vos grâces à ce jeune dauphin ; vous estes estoille de mer, hé ! soyés favorable au navire de Paris, afin qu'il puisse surgir au saint havre de gloire , pour y louer le Père , le Filz et le saint Esprit es siècles des siècles. Ainsi sûit-il.
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AUTRE SEMON