‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 22 sur 54 · POUR LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE NOSTRE DAME · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE NOSTRE DAME

Intravit Jésus in quoddam castellum, et mulier quœdam Martha nomine excepit illum in domum suam. Luc , X.

Jésus entrant m une bourgade, une certaine femme nommée Marthe le receut en sa maison.

La sainte Eglise célèbre aujourd'huy la feste du glorieux trespas de nostre Dame , et de son assomption triomphante au ciel. Plusieurs ont nommé cette feste de divers noms ; les uns l'appellent l'assomption de nostre Dame , les autres sa réception au ciel , et les autres son couronnement. Il y a quantité de très-belles et utiles considérations à faire sur ce sujet ; mais je me restrains à n'en dire que deux : La première est , sçavoir comment cette glorieuse Vierge receut nostre Seigneur dans ses chastes entrailles lorsqu'il descendit du ciel en terre ; et l'autre , comment nostre Seigneur la receut lorsqu'elle quitta la terre pour aller au ciel. Ces deux considérations feront les deux parties de ce discours.

L'Evangile que nous lisons aujourd'huy à la sainte messe nous fournit assés de matière pour ce sujet; car il traitte comme nostre Seigneur passant par un village nommé Bethanie, entra en une maison qui appartenoit à une femme appellée Marthe , laquelle avoit une sœur nommée Marie : or Marthe s'empressoitbeaucou p pou r traitter nostre Seigneu r , pendant que Marie se tenoit à ses pieds pour escouter sa parolle ; de quoy Marthe qui desiroit que tous fussent aussi soigneux de bien servir nostre Seigneur qu'elle, luy dit ,

* Fidellement recueilly par tes Religieuses de la Visitation Sainte Marie d'Annessy (Edit. ùe 1643).

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comme en se plaignant , qu'il commandast à sa seur de luy ayder : Domine ^ non est tibî curœ, quodsorormea reliquit me solani ministrarel die ergo illi ut me adjuvet; pensant qu'il n'estoit pas nécessaire que personne demeurast auprès de luy pour luy tenir compagnie , dautant qu'il se sçavoit bien entretenir tout seul; mais nostre Seigneur la reprit, luy disant qu'elle s'empressoit et troubloit de plusieurs choses , et qu'une seule estoit nécessaire ; que Marie avoit choisi la meilleure part, qui ne luy seroit point oslée : Martha, Martha, sollicita es, et turbaris erga plurima; porro iinwn est ncccssariimi ; Maria optimam part em elegit^ quœ non aiiferetur ah ea.

0 que ces deux seurs nous représentent bien nostre Dame; à sçavoir Marthe en la réception qu'elle fit de son Filz nostre Soigneur en sa maison et dans ses chastes entrailles , lorsqu'il vint au monde , et par le soin incomparable qu'elle eut tousjours de le bien servir tandis qu'il fut en cette vie mortelle , en recompense de quoy il la reçoit aujourd'huy dans le ciel avec une gloire non pareille : et Marie en se tenant dans un continuel silence pour escouter les parolles de nostre Seigneur, et s'occuper seulement à l'aymer. Certes, cette glorieuse Vierge fit admirablement bien l'exercice de l'une et l'autre de ces deux seurs , pendant tout le cours de sa sainte vie. Mais quant à l'exercice de Marthe, quel soin n'eut-elle pas de bien servir nostre Seigneur , et luy fournir de tout ce qui luy estoit nécessaire pendant qu'il fut petit enfant? Quelle diligence ne fit-elle pas pour éviter le courroux d'Herode , et pour le sauver de tant de perilz dont il fut menacé? Voyons un peu, je vous prie, comment elle prattiqua aussi merveilleusement bien l'exercice de Marie.

Le saint Evangile fait une particulière mention du silence de Marie : Maria sedens seciis pedes Domini andiebat verhum illius; Marie , dit-il, se tenoit sans dire mot aux pieds de nostre Seigneur; elle n'avoit qu'un seul soin, qui estoit

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de se tenir en sa présence et escoiiter ses divines parolles. II sembloit de mesme que nostre digne Maistresse n'eust qu'un seul soin : voyés-la dans la ville de Bethléem , où Ton fît tout ce que Ton put pour luy treuver un logis , et ne s'en treuvant point, elle n'en dit mot, ny n'en fait aucune plainte, ains entre dans Testable où elle produit et enfante son Filz hien-aymé , puis le couche dans la cresche : quelques jours après les roys le vindrent adorer , où Ton peut penser quelles loùangps ilz donnèrent et au Filz et à la Mère ; néanmoins elle ne dit pas un seul mot : elle le porte en Egypte , et le rapporte sans qu'elle parle , ny pour exprimer la douleur qu'elle a de l'y porter, ny pour tesmoigner la joye qu'elle pouvoit avoir de l'en rapporter. Mais ce qui est plus admirable , voyés-la sur le mont de Calvaire : elle ne jette point d'eslans , ny ne dit pas un seul mot ; ains elle est aux pieds de son divin Filz , escoutant ses parolles , c'est cela seul qu'elle désire, se tenant en uneparfaitte indifférence de tout le reste : arrive tout ce qu'il voudra , qu'il me console ou qu'il m'afflige (dit cette sainte Vierge) ; pourveu que je sois tousjours auprès de luy, et que je le possède , je suis contente , puisque je ne veux ny ne cherche que luy seul.

Remarqués, je vous prie, que nostre Seigneur reprit Marthe de ce qu'elle se troubloit et s'empressoit , et non pas de ce qu'elle avoit du soin. Certes, nostre Dame avoit un grand soin pour le service de nostre divin Maistre ; mais un soin sans trouble et sans empressement. Les Saints qui sont au ciel ont du soin pour glorifier et loiier Dieu , mais sans trouble ; car il n'y en peut avoir en ce lieu : les anges ont soin de nostre salut , et Dieu mesme a soin de ses créatures , mais avec paix et tranquillité. Mais quant à nous autres, nous sommes si misérables, que rarement avons-nous du soin sans empressement et sans trouble. Vous verres un homme qui a une grande affection de prescher : deffendés-luy la prédication, le voila troublé; un autre qui voudra prendre

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soin de consoler et visiter les malades : il ne le fera pas sans s'empresser , ny mesme sans se troubler , s'il est empesché de le faire ; un autre qui aura grande affection à Forayson mentale , bien qu'il semble que cela ne regarde que Dieu , il ne laissera pas néanmoins de s'empresser, et d'estre troublé, si on l'en retire pour l'occuper à quelqu'autre chose.

Or dites-moy maintenant , si Marthe n'eust eu autre soin que de plaire à nostre Seigneur, se fust-elle tant empressée? 0 non certes , car un seul metz bien appresté suffisoit pour sa nourriture, veu mesme qu'il prenoit plus de plaisir qu'on Fescoutast , comme faysoit Marie : mais Marthe avec le dessein et le soin de pourvoir à ce qu'il falloit à nostre divin Maistre , avoit encore un peu de propre estime qui la poussoit à désirer qu'on vist la courtoisie et l'affabilité avec laquelle elle recevoit ceux qui luy faysoient l'honneur de la visiter, s'espanchant toute au service du traittement extérieur de nostre Seigneur , et la bonne fille pensoit par ce moyen estre une grande servante de Dieu , et s'estimoit estre quelque chose de plus que les autres; et parcequ'elle aymoit grandement sa seur , elle desiroit qu'elle s'empressast comme elle pour servir son très-cher Maistre ; estimant que par ce moyen elle meriteroit davantage : lequel néanmoins prenoit bien plus de plaisir en l'exercice de Marie , dans le cœur de laquelle il distiloit des grâces incomparablement plus grandes que nous ne sçaurions dire, ny penser, par le moyen de ses divines parolles ; et cecy correspond à la response qu'il fit à cette femme , laquelle voyant les merveilles qu'il operoit , toute transportée d'admiration, se prit à dire : Beatus venter qui te portavit, et ubera quœ sîixisti *, Bienheureux est le ventre qui t'a porté , et les mammelles que tu as succées ! Il est vray , luy dit ce divin Sauveur , ô femme , ce que tu dis, que bienheureux est le ventre qui m'a porté, et les mammelles que j'ay succées; mais moy je te dy , que bienheureux sont

t s. Luc, XI.

ceux qui escoutent la parolle de Dieu , et qui la gardent : Quin immo beati qui audiunt verbum Dei et ciisiodiuni illud.

Or ces personnes qui s'affectionnent et s'empressent ainsi que faysoit sainte Marthe à faire quelque chose pour nostre Seigneur , pensent estre bien dévotes , et croyent que cet empressement soit un acte de vertu ; ce qui n'est pourtant pas, comme nostre Seigneur le fait entendre, disant : Porro unum est necessarium, Une seule chose est nécessaire , qui est d'avoir Dieu, et le posséder. Si donc je ne cherche que luy , que me doit-il importer que Ton me fasse faire cecy ou cela? si je ne veux que sa volonté , que m'imp'^rtera-t'il que l'on m'envoye en Espagne, ou en Irlande? Et si je ne cherche que sa croix , pourquoy me faschera-t'il que l'on m'envoye aux Indes parmy les infidelies , puisque je suis asseuré que je treuveray Dieu partout?

Enfin nostre glorieuse Maistresse fit excellem mentbien , non seulement l'office de Marie , mais encore l'office de Marthe, recevant avec une extresme affection et dévotion dans ses entrailles mesmes nostre Seigneur , et le servant avec tant de soin tout le tems de sa vie , qu'il n'y en a jamais eu de pareil.

Reste maintenant à voir, pour la seconde partie de ce discours , comme son Filz nostre Seigneur en contre-eschange la receut au ciel avec une affection nompareille, luy donnant un degré de gloire incomparable : en sorte que cette réception se fit avec une magnificence dautant plus grande au dessus de tous les Saints , que ses mérites surpassoient les leurs. Mais avant de dire comme elle fut receue au ciel, il nous faut dire comment elle mourut et de quelle mort.

L'histoire de son glorieux trespas dit que nostre Dame et tres-digne Maistresse , estant parvenue à l'aage de soixantetrois ans j selon la plus commune opinion des docteurs, elle mourut, ou plustost s'endormitdusoinmeil de la mort. Il s'en

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treuvera peut-estre plusieurs qui s'estonneront et diront : Comtaent est-ce que nostre Seigneur , qui aymoit si tendrement et si fortement sa sainte Mère , ne luy donna le privilège de ne point mourir , puisque la mort est la peine du péché, et qu*elle n'en avcit jamais commis aucun? Pourquoy est-ce donc qu'il la laissa mourir? 0 mortels, que vos pensées sont contraires à celles de Dieu , et que vos jugemens ^^^^^ -i* sont esloignés des siens ! Ha ! ne sçavés-vous pas que la t ^ >m«»^^^ mort n'est plus ignominieuse , ains qu'elle a esté précieuse , dés que nostre Seigneur se laissa attaquer par elle sur l'arbre de la croix? Certes , ce n*eust point esté un avantage ny un privilège pour la tres-sainte Vierge de ne point mourir : aussi avoit-elle tousjours désiré la mort , dés qu'elle la vid entre les bras , et dans le cœur mesme de son sacré Filz sur la croix , lequel a rendu la mort si suave et si désirable, que les anges s'estimeroient heureux de pouvoir mourir ; et les Saints ont estimé à grand bonheur de la pouvoir souffrir, et y ont ressenty beaucoup de consolation ; parce que depuis que nostre divin Sauveur , qui est nostre vie , s'est laissé en proye à la mort , il a vivifié la mort ; en sorte que pour ceux qui meurent en la grâce , elle est le commencement d'une vie qui n'aura point de fin.

Et si l'on a accoustumé de dire que telle qu'a esté la vie , , tj

telle est la mort , de quelle mort donc pensés-vous que mou-r / i Hf K i «^ rut la tres-sainte Vierge, sinon de la mort d'amour? c'e& ^^ V^/^fejc ~ une chose asseurée qu'elle mourut d'amour; car de quelle ^^

mort eust peu mourir celle qui est appellée en l'Escriture sainte Mater pulchrœ dilectionis (La Mère de belle dilection), sinon de la mort d'amour? Et la cause pour laquelle l'on ne remarque point de ravissemens ny d'extases en sa vie, c'est parce que ses ravissemens ont tousjours continué ; elle a aymé Dieu d'un amour tousjours fort, tousjours ardent, mais tranquille , et accompagné d'une si grande paix , que combien qu'il allas! tousjours croissant , cet accroissement

V^Wf '

néanmoins ne se faysoit pas par secousses ny eslans ; ains comme un fleuve qui retourne doucement au lieu de son origine, elle alloit tousjours s'escoulant presque imperceptiblement du costé de cette union tant désirée de son ame aveo Dieu.

L'heure donc estant venue que la tres-sainte Vierge devoit f^' quitter cette vie, l'amour fit la séparation de son ame d'avec son corps , et cette tres-sainte ame estant séparée de son corps , s'envola droit au ciel à cause de son incomparable pureté ; car qu'est-ce , je vous prie , qui l'en eust peu empescher, veu qu'elle n'avoit jamais contracté aucune souillure dépêché? Totapulchra es, arnica mea, et macula non est in te. Ma bien-aymée , vous estes toute pure et sans macule, dit l'Espoux sacré du Cantique * , parlant à la tres-sainte Vierge. Certes , ce qui nous empesche, nous autres , d'aller droit au ciel , quand nous mourons comme fit nostre Dame, c'est que nous ne sommes pas encore tout à fait purifiés de nos imperfections , et de la souillure des péchés que nous avons commis : et de là vient qu'il est nécessaire que nous nous allions purger et satisfaire à la divine justice dans le purgatoire , avant que de pouvoir entrer au ciel.

Les grands du siècle font quelquesfois des assemblées qui sont non seulement inutiles , mais encore pour l'ordinaire dommageables et nuisibles : et pour les rendre magnifiques et aggreables à voir, il leur viendra en fantaisie , qu'il ne faut pas que le lieu oii ilz les veulent faire soit clair , ains sombre et obscur ; et cela , parce qu'ilz désirent représenter quelque ballet qui paroistra davantage en l'obscurité : et à 'tause que les chandelles et les flambeaux apportent trop de îîarté, ilz font mettre des lampes nourries d'huile parfumée, lesquelles jettant de continuelles exhalaisons donnent beauioup de suavité et de satisfaction à la compagnie ; mais ces lampes nourries d'huile parfumée venant à s'esteindre^

1 Gant., IV.

jettent alors une bien plus excellente odeur, et remplissent la chambre d'une bien plus grande suavité qu'elles ne faysoient auparavant.

Nous treuvons en beaî3«arj^ ^^ lieux de la sainte Escriture que les lampes représentent les Saints qui ont esté des lampes vrayement parfumées , et tousjours ardentes du feu de l'amour de Dieu , et lesquelz , par leurs bons exemples , ont jette de continuelles exhalaisons d'une très-grande suavité devant les hommes , et spécialement devant la divine Majesté : mais cette odeur a esté incomparablement plus suave à l'heure de leur mort, ce qui a fait dire au Prophète : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus, que la mort des Justes est précieuse devant Dieu , comme au contraire celle des meschans est très-mauvaise et luy est en horreur , Mors peccatorum pessima , dautant qu'elle les porte à la damnation éternelle.

Or si les Saints pendant leurs vies ont esté des lampes ardentes et odoriférantes , combien plus la tres-sainte Vierge? la perfection de laquelle a surpassé infiniment toutes celles des Saints ; voire mesme quand elles seroient toutes assemblées en une , elles ne seroient nullement comparables à la sienne. Si donc cette sainte Vierge fut toute sa vie une lampe nourrie d'huile parfumée de toutes sortes de vertus , quelz parfums pensés-vous qu'elle jetta à l'heure de son glorieux trespas ? parfums si excellens que les jeunes filles l'ont aymée , et sont allées après elle à l'odeur de ses suavités, ainsi qu'il est dit au Cantique des Cantiques : In odorem unguentorum tuorum currimus, adolescentulœ dilexerunt te ni' mis^,

L'ame sacrée de nostre glorieuse Maistresse estant donc séparée de son corps , elle s'envola droit au ciel , et alla respandre ses parfums tres-odoriferans devant la divine Majesté, laquelle la receut , et la coUoqua sur un trosne à la dextra

« Cant., L

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de son Filz; mais a\^ec quel triomphe et maî^nificence pensés- vous qu'elle fut receuë de son Filz bien-aymé, en contre-eschange de l'amour avec lequel elle l'avoit receu lorsqu'il vint en la terre? 0 certes! nous devons bien croire, que luy qui a tant recommandé l'amour et le respect envers les parens , ne fut pas meconnoissant envers sa sainte Mère ; ains qu'il la recompensa d'un degré de gloire d'autant plus grand par dessus tous les esprilz bienheureux , que ses mérites surpassoient incomparablement les mérites de tous les Saints ensemble.

Le glorieux Apostre S. Paul fait un argument en son premier chapitre de l'epistre aux Hébreux, parlant de la gloire de nostre Seigneur, qui est fort à propos pour nous faire entendre le haut degré de gloire de satres-sainte Mère : Tantomelior angelis effectiis, quanto differeiitius }wœ illis nomen hœrcditavit ;^0'àivQ Seigneur, dit-il, a esté dautant plus eslevé par dessus tous les chérubins et autres espritz angeliques, que son nom est relevé par dessus tous les autres noms ; car il est dit des anges , qu'ilz sont ses serviteurs et messagers , Qui facit angelos suos Spirttus , et ministros suos ; mais à qui d'entr'eux a-t'il jamais esté dit : Vous estes mon Filz , je vous ay engendré aujourd'huy, Cui enim dixit angelorum : Filius meus es tu, ego hodie genui te? De mesme nous pouvons dire de la tres-sainte Vierge, qui est le parangon de tout ce qu'il y a de grand, de beau et d'excellent au ciel et en la terre : Car à laquelle des créatures peut-on dire : Vous estes la Mère du Tout-Puissant , sinon à elle seule? Il n'y a donc nul doute qu'elle fut eslevée au dessus de tout ce qui n'est point Dieu.

Or après que cette tres-sainte ame eut quitté son tres-pur et chaste corps , il fut porté au sepulchre et rendu à la terre, ainsi que celuy de son divin Filz ; car il estoit bien raisonnable que la Mère n'eust pas plus de privilège que son Filz : mais tout ainsi qu'il ressuscita le troisième jour, elle ressus-

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cita de mesme trois jours après sa mrrt, différemment néanmoins : dautant, <fne nostre Seigneur t^ssuscita par sa propre puissance et authorité, et nostre Dame ressuscita par la toute-puissance de son sacré Filz, «jii commanda à Pâme beniste de sa sainte Mère de s'aller r» -inir à son corps; n'estant pas raisonnable que ce corps tres-saint fust auc^^nement entaché de corruption , puisque celuy de nostre Seigneur en avoit esté tiré et y avoit reposé FesTi-jce de neuf mois. Et si l'arche d'alliance dans laquelle estoipnt les tables de la loy ne pouvoit estre atteinte d'aucune corruption , parce qu'elle estoit faite d'un bois incorruptible ; ( ombien estoit-il plus raisonnable que cette arche vivante , dans laquelle avoit reposé le maistre et l'autheur de la loy , dont l'autre n'estoit que la figure , fust exempte de toute sorte de corruption?

Le prophète royal David en ses psalmes nous déclare merveilleusement bien la resurrectic:) de la tres-sainte Vierge par ces paroi les : Surge, Domine, in requiem tuam, tu et arca sanctificationis tuœ *; Levés- vous, Seigneur, dit-il, triomphant et glorieux pour entrer en vostre repos , vous et l'arche de vostre sanctification. Or ci*s premières parolles : Surge, Domine, font mention de la résurrection de nostre Seigneur, qui entant que Dieu ressuscita de luy-mesme par sa propre vertu ; mais celles qui suyv 'ut : Tu et arca sanctificationis tuœ. Vous et l'arche de vostre sanctification, se doivent entendre de la résurrection <le sa tres-sainte Mère, qui est cette divine arche dans laquelle il a reposé neuf mois, n est vray que c'est une loy gênerai - ^ que nos corps, après nostre mort , doivent estre reduitz tn poussière ; c'est un tribut que nous devons tous , et qu'il faut que nous payons à cause du péché que nous avons C( omis en Adam, pour lequel il luy fut dit , et à toute sa poî ierite : Pulvis es, et in piclverem rêver teris *;Tu es terre, et hi retourneras enterre pour estre la viande des vers qui mai. ,eront nos corps aprc^ I Psal. CXXXÏ. — * Gen., IIL

nostre mort ; à raison de quoy nous pouvons bien dire, avec Job , à la pourriture : Vous estes mon père ; et aux vers : Vous estes ma mère et ma seur , Putredini dixi : Pater meus es, mater mea, et soror mea vermibus. Mais la tressainte Vierge n'ayant jamais contracté aucun péché , ny originel ny actuel , il estoit très à propos qu'elle fust exempte de cette loy , et de payer ce tribut commun à tous les enfans d'Adam.

Il est dit au premier livre des Roys , que lorsque le petit David voulut combattre contre Goliath , ce grand géant et cruel ennemy du peuple de Dieu, il s'informa soigneusement parmi les soldatz, avant qu'entreprendre la bataille, qu'estce que l'on donneroit à celuy qui le vaincroit? Quid dabitur viro qui perçussent Philisthœum hunc^? et on luy respondit que le roy avoit promis de grandes richesses à celuy qui seroit si heureux que de surmonter ce géant , Ditabit rex divitiis magnis virum qui perçussent eum; mais celai n' estoit pas suffisant pour contenter le cœur de David , qui estant généreux , ne pensoit à rien moins qu'aux richesses; c'est pourquoy aux richesses l'on adj ouste l'honneur ; Et filiam suam dabit ei, et domum patris ejus faciet absque tributo in Israël; Et le roy , luy dit-on , non seulement l'enrichira, mais il luy donnera encore sa fille en mariage , et le rendra son gendre ; et outre cela , il a promis d'exempter sa maison de tribut.

Nostre Seigneur voulant venir en ce monde, il s'informa, comme fit son grand-pere David , qu'est-ce que l'on donneroit à celuy qni vaincroit ce puissant Goliath , c'est à dire le diable, que luy-mesme appelle Principem hujus mundi, le prince du monde , à cause du grand pouvoir qu'il avoit acquis sur les hommes par le péché avant son incarnation ; et on luy fit la mesme response qui fut faite à David : Le roy a dit qu'il enrichiroit celuy qui surmontera ce cruel Goliath.

« Roys, XVU.

Et qu'ainsi ne soit, escoutés les promesses que le Père éternel luy fait par son prophète : Dabo tibi génies hœreditatem tuam, et possessionem tuam terminas terrœ^, Jeleconstitueray roy, dit-il, et luy donneray plein pouvoir surtout ce qui est au ciel et en la terre. Mais nostre Seigneur n'eust pas esté content de cela, si Ton n'eust encore adj ou sté que le roy avoit promis qu'il luy donneroit sa fille en mariage : or la fille du roy , c'est à dire la fille de Dieu , n'est autre que la gloire. Certes, il est vray que nostre Seigneur fut tousjours parfait tement glorieux , et posséda tousjours la gloire quant à la partie suprême de son ame , dautant qu'elle fut tousjours conjointe et unie inséparablement à sa divinité dés l'instant de son incarnation : mais la gloire qu'on luy promettoit estoit la glorification et résurrection de son corps. Néanmoins il semble que ce divin Sauveur n'eust pas encore esté content de cela , si l'on n'eust adjousté que sa maison , c'est à dire le corps de sa tres-sainte Mère , dans lequel il devoit demeurer neuf mois , seroit exempte de tribut ; par où nous voyons qu'il mérita très-bien la résurrection de la tres-sainte et virginale chair de nostre Dame , avant qu'elle eust receu aucune corruption dedans le sepulchre. Elle fut donc exempte de payer ce tribut commun à tous les hommes, par les mérites de son Filz , et ressuscita glorieuse et triomphante , montant au ciel en corps et en ame , oii elle fut colloquée à la dextre de son Filz bien-aymé , le troisième jour après son trespas.

Que nous reste-il maintenant à dire , sinon de considérer si nous ne pourrons point en quelque façon imiter Fassomption glorieuse de nostre Dame et tres-chere Maistresse ? Or quant au corps , il est certain que nous ne le pouvons pas faire jusques au jour du jugement dernier, que les corps des bienheureux ressusciteront pour jouyr de la gloire, et ceux des reprouvés pour estre éternellement damnés; mais

» Psal. II.

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quant à Famé de la sainte Vierge, qui à Tinstant de son trèspas s'alla unir et conj oindre inséparablement à la divine Majesté, considérons comment nous pourrons faire pour rimiter en cela. Il est dit dans l'Evangile que Marthe , en la maison de laquelle entra nostre Seigneur , s'empressoit et se troubloit de plusieurs choses , allant deçà et delà par la maison pour le bien traitter , tandis que sa seur Marie estoit assise à ses pieds où elle escoutoit sa paroUe , Maria sedens secuspedes Domini, audiebat verbwn illius: et pendant que Marthe s'employoit pour nourrir le corps de nostre Seigneur^' Marie quittoit tout autre soin pour nourrir et substanter son ame , ce qu'elle faysoit en escoutant les paroUes sacrées de son divin Maistre ; de quoy Marthe touchée d'un petit trait d'envie , comme il y en a extrêmement peu qui ne soient atteintz de ce vice , pour spirituelz qu'ilz soient , se plaignit à nostre Seigneur; et dautant plus que l'on est spirituel, Tenvie est plus fine , et comme imperceptible , faysant ses actes si dextrement que l'on a assés de peine de les remarquer : or ces traitz d'envie sont des productions de nostre amour propre, lesquelz comme des petitz renardeaux, vont gastant et ruynant la vigne de nostre ame. Par exemple , quand on loue quelqu'un , et que nous reservons un peu de la louange que nous sçavons luy estre due , qui est-ce qui fait cela , sinon l'envie que nous avons de ses vertus? Mais sainte Marthe jette son petit trait d'envie par forme de joyeuseté , qui est la plus fine : Maistre , dit-oUe , permettés-vous que ma seur ne m'ayde point , et qu'elle me laisse tout le soin de la maison ? commandés-luy qu'elle vienne m'ayder , Lie ergo illi ut me adjuvet. Or nostre Seigneur , qui est incomparablement bon, encore qu'il connust son imperfection, si ne la reprit-il pas pourtant sévèrement , ains tout doucement en l'appellant par son nom, comme la caressant amoureusement; car cet Evangile est tout d'amour; et l'Evangeliste remarque qu'illuy dit : Marthe, Marthe, tu t'empresses

roim l'assomptîon. 235

de beaucoup de choses , et néanmoins une seule est nécessaire ; Marie a choisi la meilleure part qui ne luy sera point ostée : Martha, Martha, sollicita es , et turbaris erga plurima; porro unum est necessarium ; Mariam optimam partent ele» git, quœ non aiiferetur ah ea.

Certes , nous sommes si misérables , que rarement pouvons-nous faire quelque chose sans empressement , ny avoir aucun soin qui ne soit accompagné de trouble quantànostra homme extérieur ; car il y a deux parties en nous qui ne font qu'une seule personne , à sçavoir le corps et l'esprit , que l'on peut appeller l'homme extérieur, et l'homme intérieur. L'homme intérieur, qui est l'esprit, est celuy qui tend tousjours à l'union avec Dieu , et qui fait les discours nécessaires pour parvenir à <. ^f te union. L'homme extérieur, qui est le corps, est eeluy qui regarde, qui parle, qui touche, qui gouste et qui escoute * or c'est celuy-là qui s'empresse, lorsque par l'instinct de l'homme intérieur, il s'exerce à la pratique des vertus , spécialement à celle de la charité , afin d'observer le commandement de l'amour du prochain en s'occupant à le servir , comme l'homme intérieur observe le commandement de l'amour de Dieu en s'employant à l'orayson , et autres exercices de dévotion : et par ainsi le corps et l'esprit s'exercent en l'observance des deux principaux commandemens , sur lesquelz , comme sur deux colomnes , est fondée toute la loy et les prophètes.

Les anciens philosophes ont dit qu'il fauttousjours regarder à la fin de l'œuvre plustost qu'à son exercice : mais nous faysons tout au contraire ; car nous nous empressons à l'exercice de l'œuvre que nous avons entreprise , plustost que de considérer quelle en doit estre la fin. Mais pour dire cecy plus clairement , la fin de nostre vie c'est la mort : noua devrions donc penser soigneusement quelle doit estre nostre mort , et ce qui en doit réussir , et nous doit arriver après icelle I afin de faire correspondre nostre vie à la mort que

nous desirons faire, estant chose tres-asseurée que telle qu'est nostre vie , telle est d'ordinaire nostre mort ; et telle qu'est nostre mort , telle a esté nostre vie.

Or voyons maintenant comment cet homme extérieur ne sçauroit rien faire sans un extrême soin et sans s'empresser, non pas mesme de s'exercer en la prattique des vertus. Les anciens qui en ont voulu faire la recherche, en ont remarqué un grand nombre , et à la fin ilz s'y sont encore treuvés courtz ; mais entrons un peu dans cette œconomie des vertus, pour voir si nous en pourrons treuver quelqu'une qu'on puisse prattiquer sans un grand soin. Quel soin ne faut-il pas avoir pour se tenir en une continuelle modestie , afin de ne point eschapper en quelque action qui ressente la légèreté? Quel soin ne faut-il pas aussi avoir pour prattiquer la patience , et pour ne se point laisser surprendre à la colère et n'en point produire d'actes ensuite? Mais pour prattiquer la vaillance spirituelle , et ne se laisser jamais décourager à la poursuitte du bien, quelque difficulté qu'on y rencontre f cela ne se peut faire qu'avec un très-grand soin et attention sur soy-mesme : et enfin la constance, la persévérance, l'affabilité, la prudence et la tempérance ne se peuvent aussi prattiquer qu'avec un grand soin , principalement pour la tempérance en ses paroUes : quelle bride ne faut-il pas mettre à sa langue, afin de l'empescher de courir comme un cheval eschappé par les rues, et d'entrer dans la maison du pro^ chain , voire mesme dans sa vie, ou pour la censurer et controller, ou bien pour luy oster tousjours un peu delà louange que nous sçavons luy estre due ?

Mais quel remède, me dirés-vous, pour ne point avoir tant de soins, puisqu'il faut que je m'exerce en la prattique des vertus? 0 certes! ce soin, pourveu qu'il soit sans anxiété et empressement , est tres-loùable. Un remède néanmoins pour nous délivrer de tant de soins et de sollicitudes, est de prattiquer l'exercice de Marie, puisque nostre Seigneur

POUR l'assomption. 237

dit qu'elle a choisi la meilleure part, et qu'une seule chose est nécessaire : Porro unum est necessarium, Maria optimam partem elegit. Or cette seule chose nécessaire que Marie a choisie , n'est autre que Texercice du saint amour , lequel contenant en soy la perfection de toutes les autres vertus , il en produit les actes en tems et lieu , selon les occurrences qui se présentent. Cest pourquoy je conclus , et dy en un mot : Ayés la sainte charité, et vous aurés toutes les vertus ; car elle les comprend toutes. Et qu'ainsi ne soit , escoutés le grand Aposlre ^ : La charité , dit-il , est douce , patiente , bénigne , condescendante , humble , affable , et supporte tout ; bref , elle contient en soy la perfection de toutes les autres vertus, beaucoup plus excellemment qu'elles ne sont pas elles-mesmes , et nous unit non-seulement avec Dieu , mais encore avec le prochain.

Ay mer Dieu sur toutes choses , c'est le premier commandement ; aymer le prochain comme soy-mesme, c'est Tirnage de ce premier commandement. 0 que la tres-sainte Vierge , nostre glorieuse Maistresse, prattiqua merveilleusement bien l'un et l'autre de ces amours, en la réception qu'elle fit de son divin Filz quand il vint au monde ! car elle Fayma et le récent premièrement en qualité de son Dieu, et secondement elle l'ayma et le receut encore en qualité de son prochain , estant une chose impossible d'avoir l'un de ces amours sans avoir l'autre. Donc si vous aymés parfaittement Dieu , vous aymeiés aussi parfaittement le prochain , parce qu'à mesure que l'un de ces amours croist , l'autre croist de mesme, et si l'un diminue , l'autre ne peut pas croistre : si vous avés l'amour de Dieu , ne vous mettes pas en peine de prattiquer les autres vertus , dautant qu'il ne se présentera point d'occasion de vous y exercer , que sans soin vous ne le fassiés ; je dy quelque vertu que ce soit, de patience, de douceur, de modestie , et ainsi de« autres. .L'on trouve des conilz en

* I Cor., XIII.

238 ATITRE SERMON

quantité, et des mousches à milliers; mais des aigles, on en treuve fort peu ; Telephante, à ce que Ton dit, ne fait jamais qu'un elephanton , et la lyonne qu'un lyon : ainsi l'exercice de Marthe a quantité d'actes ; mais celuy de Marie , qui est l'amour , n'en a qu'un seul qui est , comme nous avons dit, d'union avec Dieu, lequel néanmoins comprend tous les autres à cause de son excellence.

Enfin , pour conclure ce discours , je dy que si nostre Dame eut un si grand soin de bien recevoir nostre Seigneur lorsqu'il vint en ce monde , avec quelle magnificence pensés-vous qu'il la reoenst aujourd'huy dans le ciel ! 0 certes, il semble que son assomption fut en quelque façon plus glorieuse que l'ascension de nostre Seigneur , dautant qu'à l'ascension il n'y eut que des anges qui vindrent au devant de ce divin Sauveur : mais à l'assomption de sa tres-sainte Mère il y vint luy-mesme , qui est le roy des anges. C'est pourquoy les troupes angeliques s'escrioient comme toutes estonnées : Qtue est ista quœ ascendit de deserto deliciis affluens, innixa super dilectum suum7Q\xï est celle-cy qui monte du désert si abondante en délices , et qui est appuyée sur son bien-aymé? Parolles par lesquelles nous pouvons entendre, que si bien nostie Dame, à l'heure de son glorieux trespas , monta droit au ciel , comme estant toute pure , elle estoit néanmoins appuyée sur les mérites de son sacré Filz , nostre Seigneur, en vertus desquelz elle entra ainsi en la gloire. Et comme il ne se vid jamais tant de parfums dans la ville de Hierusalem , que la reyne de Saba y en porta avec soy lorsqu'elle alla visiter le grand Salomon, lequel en contre-eschange luy fit de tres-riches presens , conformes à sa grandeur et magnificence royale : de mesme , je dy qu'on ne vid jamais tant de mérites et tant d'amour portés au ciel par aucune créature, comme la tres-sainte Vierge y en porta à sa glorieuse assomption ; en contre-eschange de quoy ce grand Iloy éternel , Dieu tout-puissant , luy donna un degré

de gloire digne de sa grandeur et des incomparables mérites de cette sainte Vierge, comme aussi le pouvoir et le privilège de distribuer à ses devotz des grâces dignes de sa libéralité et magnificence royale , la coUoquant par dessus tous les anges , cbenibins et séraphins , pour régner avec luy dans Teternité bienheureuse, où nous conduise le Père, le Filz et le saint Esprit. Ainsi soit-il.

240 SERfilOM

Dirupisti vincula mea, tihi sacrificabo hostiam taudis. Psalm* GXV.

0 Seigneur, vous avés rompu et brisé mes liens ; je vous offriray un sacrifice

de louange.

Apres que S. Augustin a raconté , au livre huictieme de ses Confessions , ce grand divorce, ce grand combat et cette contention qu'il avoit sur le point de sa conversion es deux parties de son ame , inférieure et supérieure, combat le plus grand et le plus difficile à surmonter qui se puisse dire , appercevant enfin les yeux de la divine miséricorde qui le regardoient, il s'escrie : 0 mon Dieu, je confesse que je suis vostre serviteur , et le filz de vostre servante ; vous avés rompu les liens dont j'estois lié; Domine, ego servus tuus et filius ancillœ tuœ, dirupisti vincula mea; c'est pourquoy je vous offriray un sacrifice de lotiange , Sacrificabo tibi hostiam taudis *. Maintenant donc que mon cœur et ma langue vous louent , et que tous mes os disent : Seigneur , qui est semblable k y oxx^t Domine , quis similis tibi? Qu'il z vous fassent cette demande , et vous respondrés et dires à mon ame : Je suis ton salut, Salus tua ego sum. Quisuis-je, moy, et quel mal n'ay-je point fait et commis? quel péché y a-t'il au monde auquel je n'aye offensé par œuvres? ou bien, si ce n'a esté par mes œuvres , c'a esté par mes parolles ; ou si je me suis gardé de vous offenser de parolles , quel mal y a-il

* Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation Sainte Marie d'Annessy (Edit. de 1641 et de 1643).

* Livre IX de ses Confessions, chap. I.

que je n'aye fait par ma volonté? Tu autem, Domine, bonus et misericors , et dextera tua respiciens profunditatem mortis meœ ; Mais vous, Seigneur, vous estes bon et plein de miséricorde , et de vostre dextre vous avés regardé la profondeur de ma mort, et m'avés délié des liens de mes péchés; c'est pourquoy je vous offriray un sacrifice de louange.

Quel meilleur sujet pourrois-je prendre pour l'entretien que j'ay à vous faire aujourd'huy, mes chères Seurs, que ces parolles du Psalmiste : Diripuisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis ? Mais pour rendre mon discours plus familier, je le diviseray en deux pointz. Au premier, nous verrons quelz sont les liens desquelz S. Augustin estoit lié; et au second , quel sacrifice de louange il a offert à nostre Seigneur.

Quant au premier point , c'est ane chose admirable à voir comme ce grand Saint , au livre de ses Confessions, parle de luy-mesme , et comme il raconte d'un style tout divin les liens desquelz il estoit misérablement enchaisné, surlesquelz toutesfois je ne m'arresteray pas beaucoup ; ains ne feray que toucher en passant , dautant que vous les pourrés lire avec beaucoup plus de playsir que de les entendre dire , parce que vous y verres les choses tout au long : c'est pourquoy je me contenteray de vous dire seulement ce qui sert à mon propos.

J'estois donc, dit le grand S. Augustin, lié et enchaisné des chaisnes et des liens d'une maudite volupté , avec une volonté enferrée qui faysoit que , de mon plein gré , je me veautrois dans mes vicieuses habitudes.

Les théologiens parlant des liens dont les hommes sont liés , disent qu'il y en a de trois sortes : Premièrement , le diable a des liens, des chaisnes et cadenes, par lesquelz il tient les hommes liés et enchaisnés , et les rend ses esclaves et sujetz. Or ces liens ne sont autres que le péché , qui nous rend non-seulement esclaves de nos passions, ains encore du V. 16

diable ; et nul ne nous peut délier de ses liens , que la main toute puissante de Dieu ; et ces liens , comme dit le mesme S. Augustin, nous sont merveilleusement bien représentés parles liens de S, Pierre, lorsqu'il fut lié dans la prison avec des chaisnes et menottes de fer ; car bien qu'il f ust emprisonné pour la justice , ses liens néanmoins ne laissent pas de nous représenter le péché, qui comme menottes et chaisnes de fer tient le pécheur si estroitement lié , qu'autre que Dieu ne le peut délier.

Les seconds liens sont ceux de la chair, qui ne sont autres que la sensualité et volupté ; liens grandement dangereux et difficiles à rompre.

Les troisièmes liens sont ceux du monde , qui lie les âmes des liens de la convoitise , d'où vient un désir déréglé d'acquérir des richesses , des honneurs et dignités , d'où procède encore l'orgueil , l'ambition et la vanité.

Mais Dieu a aussi des liens , des ceps , des menottes et cadenes desquelz il lie et enchaisne les âmes, dont les uns sont de fer et les autres d'or ; et comme dit le grand S. Augustin, ces liens de fer ne sont autres que la crainte du jugement, de la mort et des peines éternelles de l'enfer dont il menace les pécheurs en plusieurs lieux de l'Evangile : menaces par lesquelles l'Apostre S. Paul espouvantoit les roys et les princes, les laboureurs et les artisans, les petitz et les grands, en leur annonçant qu'il y a un juge souverain qui est Dieu, qui doit venir juger les vivans et les mortz , et auquel tous les hommes doivent rendre compte de toutes leurs actions , et de tous les péchés qu'ilz auront faitz ; et par telles et semblables parolles , plusieurs redoutant les terribles jugemens de Dieu , et les peines éternelles dont il punit les meschans , faysoient pénitence, et se laissant lier des liens d'une forte crainte, et d'une vive appréhension de ses divins jugemens, ilz se convertissoient.

Outre ces liens de fer , nostre Seigneur a encore des liens

d'or , qui sont des liens d'amour et de dilection , desqnelz il lie plusieurs âmes, et les rend ses sujettes et ses esclaves , mais d'un esclavage grandement doux , suave et amoureux. Et les âmes qui sont liées de ces liens , sont celles qui sans aucune crainte ny considération du jugement, ny des peines d'enfer, viennent à nostre Seigneur attirées par les doux et amiables attraitz de sa dilection , se dédier et consacrer entièrement à son divin service.

Et pour revenir à S. Augustin, il estoit lié de trois divers liens , à sçavoir, de la volupté , de la vanité et de l'avarice , desquelz il parle dans ses Confessions ; mais certes en telle manière , qu'il fait pleurer ceux qui le lisent avec attention, voyant que ce pauvre jeune homme estoit tellement embarrassé et si fort pressé dans ces liens du vice , qu'il ne s'en pouvoit deprendre. Considerés-le embarrassé dans ce maudit lien de la volupté , il luy estoit advis qu'il luy estoit impossible de vivre sans commettre ce détestable péché ; il vouloit s'en retirer, et ne le vouloit pas. C'est pourquoy sa bonne mère, pensant changer ces playsirs illicites à des licites, luy conseilloit de se marier, ce que faysoient aussi plusieurs de ses amis ; mais ce fut en vain : car la providence de Dieu, qui le destiuoit à autre chose, dissipa tous ces conseils.

Vostre conseil , ô Seigneur , dit ce grand Saint , demeure ferme et stable éternellement , Consilium Domini in œternum manet ; par lequel conseil éternel vous vous mocqués des nostres et de tous nos desseins, disposant et ordonnant toutes choses comme bon vous semble. De sorte qu'il falloit, ô mon Dieu , vostre sagesse , vostre bonté et vostre main toute puissante pour me faire changer de vie , et me délier des liens de mes péchés, et m'arracher des griffes de mon ennemy , entre lesquelles je m'estois volontairement jette. Certes , ce péché est tres-detestable , et le plus dangereux de tous ; et ([iioy qu'il ne soit pas si grand que le blasphème et

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la haine de Dieu, il est néanmoins beaucoup plus difficile de s'en depestrer et desbroùilîer.

Le second lien duquel saint Augustin estoit lié , estoit la vanité ; car il estoit maistre de la Rhétorique : et qu'est-ce que la Rhétorique, sinon pour l'ordinaire une escole de vanité ? il estoit donc maistre de la vanité ; et il confesse luymesme qu'il avoit ce défaut. 0 pauvre Augustin, vous estiés maistre de la Rhétorique , et parmi ces belles phrases , ces proses et ces déclamations , vostre esprit estoit vain et enflé de superbe ; car les sciences humaines enflent, dit l'Apostre, Scientia inflat. Il estoit un grand docteur et orateur ; il faysoit des oraysons de rhétorique belles à merveille, et sa grande science estoit cause qu'il se faysoit tellement craindre et redouter , qu'on ne l'osoit aborder , ny entrer en dispute avec luy, crainte d'en sortir avec confusion ; ce qui l'enfloit tousjours d'avantage , voyant l'estime qu'on faysoit de son bel esprit , qui estoit grandement subtil.

J'ai accoustumé de dire qu'il y a la mesme différence entre les beaux et les bons espritz , qu'entre le paon et l'aigle. Le paon , comme chacun sçayt , est un tres-bel oyseau ; il a un plumage extrêmement beau et aggreable à regarder , pour la variété de ses couleurs ; mais cela le rend grandement superbe et orgueilleux; voyés comme il fait larouë, et comme il esparpille ses plumes pour se mirer dedans et les faire voir : mais quelles sont ses œuvres? il ne s'amuse à rien autre qu'à prendre des mouches et des araigncs, pour se nourrir ; c'est pourquoy le laboureur n'en tient point en sa maison; dautant qu'outre que cet animal luy est inutile, il luy apporta du dommage, parce qu'il monte sur les toictz et les descouvre, pour chercher des araignes afin de se nourrir. Mais l'aigle, qui n'a point cette apparence extérieure ny cette beauté en son plumage, fait néanmoins des œuvres bien plus solides et plus nobles; car on ne le void presque jamais sur la terre, ains il se guindé tousjours en haut vers le ciel : c'est pour-

POT'R T.F .TOFTî T>F S. AFGTTSTTN. 245

quoy les naturalistes disent qu'il est le roy des oyseanx, non pour sa beauté , ains pour sa générosité.

n en est tout de mesme des beaux et des bons espritz, que du paon et de l'aigle : les beaux espritz estant remplis de vanité ne s'amusent qu'à des vaines imaginations, et pour peu qu'ilz fassent, ilz deviennent vains et enflés à merveille, et pensent tousjours qu'ilz font beaucoup : au contraire les bons espritz font des œuvres généreuses et solides, et ne s'en enflent point, ains en deviennent tousjours plus humbles et rabaissés. Vous verres un petit escolier de Rhétorique, lequel pour avoir dit quelque mot de phrase , se paonnera , et pensera estre quelque grand docteur , et deviendra vain et enflé de superbe ; et que faire à cela? Les beaux espritz sont sujets à de telles vanités et folies. Mais un bon esprit fait des œuvres bonnes , solides et relevées ; et toutesfois il ne s'en enfle ny ne s'en glorifie point, au contraire il s'en tient tousjours plus bas et humble. Et c'est ainsi que fit S. Augustin après sa conversion, lequel changea la beauté de son esprit en bonté, ou plustost joignit la beauté avec la bonté ; car c'a esté un phénix entre les docteurs, et Ton partage la gloire des beaux et des bons espritz entre S. Thomas d'Aquin et S. Augustin, pour ce qui est de la saine théologie , et profonde science des choses de Dieu.

Le troisième lien duquel S. Augustin estoit lié , estoit l'avarice ; car il enseignoit pour le gain temporel , et il gagnoit beaucoup à cause de sa grande doctrine, dautant qu'il estoit fort fameux et renommé par tout ; et il confesse luy-mesme par ses parolles qu'il estoit avaricieux et attaché au gain. 0 que c'estoitun puissant et dangereux lien queceluylà, parce qu'il avoit beaucoup d'ambition et de grandes prétentions et espei-ances de s'enrichir et avancer dans le monde par ce moyen î

0 certes î il falloit bien une main toute puissante pour délier S. Augustin de tant et de si forts liens. Hé Dieu l qui

pourroit concevoir les combatz et convulsions qu'enduroit sa pauvre ame , lorsqu'il vouloit reprendre sa liberté , et se défaire des fers et menottes desquelz il estoit enferré. Traisnant tousjours mon lien , dit-il *, œgrotabam et excruciabar (J'estois combattu et tourmenté intérieurement jusques à en estre malade) ; parolles qui font bien voir la peine et le combat de son ame. Mais lorsque Dieu, par sa miséricorde infinie, eut touché et rompu ses liens , et qu'il se sentit en liberté , il commença , comme tout ravy , à chanter les cantiques de la divine miséricorde ; et s'escriant , saisy d'un saint etonnement, il dit ces parolles ; Dirvpisti vincula mea , tibi sacrificabo hostia7n laudis; 0 Seigneur, puisque par vostre bonté vous m'avés délié des liens de mes péchés , passions , mauvaises coustu mes et habitudes, je vous sacrifîeray un sacrifice de louange.

0 Dieu ! que grands et admirables sont les effetz de vostre puissance et miséricorde î Plusieurs , comme S. Augustin , estant déliés par le secours de vostre grâce des liens du péché , viennent consacrer le reste de leur vie en la religion , afin de servir vostre divine Majesté en sainteté et justice. Il y en a d'autres qui y viennent chastes et libres de toutes voluptés : ô qu'ilz sont heureux de ne s'estre point engagés dans les liens de ce péché ! Il y en a d'autres qui ne sont point avaricieux , lesquelz quittent volontairement tout ce qu'ilz possèdent, afin de se faire pauvres. L'on quitte bien la terre et autres telles bagatelles ; mais ce n'est pas assés pour estre parfait, il faut passer plus outre. Plusieurs à la vérité quittent bien les choses extérieures , mais il y en a fort peu qui quittent leurs prétentions ; l'on a encore tant de belles espérances de cecy et de cela, l'on ne se vuide point entièrement de son propre interest. Mais quant à ce qui est des liens de la vanité , ô certes il est beaucoup plus difficile de s'en défaire, et je ne sçay s'il y en a pas un qui ne soit lié de ce

iCon/e^*., Iib.VlII,c. XI.

lîen ; car ce mal est si commun et universel entre les hommes, qu'il ne s'en treuve quasi point qui ne soient enlacés dans ses fîletz ; et S. Augustin après sa conversion , parlant de ce défaut, dit ces parolles ; Je ne sçay s'il y a quelqu'un qui soit exempt de vanité , de complaysance de soy-mesme et de sa propre estime : si cela est, je n'en sçay rien ; quant à moy , je ne suis pas du nombre , car je suis homme pécheur.

0 Dieu ! combien ce glorieux saint après sa conversion estoit contrit et humilié, combien rabaissé et plein de reconnoissance des grâces qu'il avoit receuës de cette souveraine bonté ! avec quel ressentiment de dilectiondisoit-il ces parolles du Psalmiste : Quid rétribuant Domino, pro omnibus quœ retribuit mihil Que rendray-je au Seigneur, pour tant de biens qu'il m'a faits? Puis poursuyvant avec un esprit tout plein de gratitude et d'une humble et amoureuse reconnoissance , il disoit : Tibi sacrificabo hostiam laudis ; Je vous offriray , ô mon Dieu , un sacrifice de louange. Que veut dire saint Augustin par ces parolles ? Il y auroit certes mille belles interprétations à faire sur icelles ; mais je me contenteray maintenant de dire que le sacrifice de loiiange que nous offrons à Dieu n'est autre que de le loiier et glorifier pour ses bienfaitz et miséricordes. Et quant à ce qui est de loiier sa divine Majesté , c'est un acte que tout homme est obligé de faire , et duquel personne ne se peut exempter ; non plus <jue l'on ne sçauroit nier qu'il y a un Dieu , créateur et souverain monarque et gouverneur du monde. Les philosophes payens ont esté conlraintz de confesser cette vérité, bien qu'ilz ne fussent pas esclairés de la lumière de la foy et de la vérité. Un Ciceron et plusieurs autres, par la seule lumière f. naturelle , ont librement confessé qu'il y avoit une divinité, I, et qu'autre qu'elle ne pouvoit créer l'homme, régir, ny gouverner ce grand univers. C'est pourquoy la doctrine chrestienne nous enseigne que l'on doit en tout tems louer Dieu , soit en beuvant, mangeant, veillant, ou dormant, de jour

248 sEîi:\ioN

et de nuict , dautant qu'en tout teins nous sentons les effetz de sa miséricorde : et tout bon clirestien le fait non seulement lorsqu'il assiste aux offices , et qu'il va aux églises pour reconnoistre Dieu , le louer et adorer , ains aussi parmi ses autres occupations , lorsqu'il le bénit et l'invoque.

Mais S. Augustin ne dit pas seulement à nostre Seigneur qu'il le louera, ains qu'il luy sacrifiera un sacrifice de louange : Tibi sacrificabo hostiam laudis ; pour monstrer qu'il n'entend pas lolier sa divine Majesté comme le commun du peuple, ains qu'il le veut louer d'une manière beaucoup plus excellente , comme font ceux lesquelz ayant receu des grâces particulières se retirent du monde , afin de se dédier et consacrer entièrement au service de sa divine Majesté , pour luy offrir un sacrifice de louange plus parfait , en s' occupant sans cesse , de jour et de nuict , à le loiier par psalmodie , par des hymnes et cantiques , qu'ilz accompagnent d'une douce et amoureuse attention; sacrifice qui recrée extrêmement le bien-aymé de nos âmes , ainsi qu'il le signifie lorsqu'au Cantique des Cantiques, parlant de son espouse, il dit : Ma bien-aymée , qui est parmi vous , que vous connoissés, et laquelle s'est donnée toute à moy, ne prend playsir qu'à me louer, et me repaistre du fruit de son jardin; et non contente de m'en donner le fruit, elle me donne encore l'arbre * ; et descrivant sa beauté , il dit : Enfin cette Sulamite, ma bien-aymée, est telle qu'elle blesse mon cœur par l'un de ses yeux et par l'un de ses cheveux, Vul^ nerasti cor meum, soror mea, sponsa, vulnerasti cor meum in uno oculorum tuorum , et in uno crine colli tui ^ ; et de plus : Elle ressemble à des chœurs et à des armées bien rangées, Terribilis ut castrorum acies ordinata. Mais qui est cette Sulamite, sinon l'ame dévote? Et qu'est-ce que des chœurs, sinon des lieux designés pour chanter les louanges divines? Les âmes dévotes donc qui s'essayent de louer et

* Gant., IV. — « Gant., YI.

glorifier Dieu ressemblent à des chœurs. Mais le divin Espoux ne se contente pas de cela , ains dit encore qu'elles ressemblent à des armées bien ordonnées , qui ne sont autres que les diveses affections d'amour, d'humilité , de componction et sousmission, avec lesquelles elle accompagne les lotianges qu'elle chante à son bien aymé ?

Cette sainte Sulamite donc ressemble à des chœurs et à des armées bien ordonnées; car elle accompagne ses loiianges d'affections amoureuses, et avec cette belle variété de saintes affections , elle va comme une armée céleste , donnant la fu?te aux ennemis de Dieu, qui ne taschent rien tant sinon d'emposcher ce saint exercice; car si le diable pouvoit lotier Dieu, il ne seroit pas diable : et en ce grand divorce et rébellion qui se fit au ciel , lorsque cet esprit malheureux se départit de la sousmissione de l'obeyssance qu'il devoit à son Créateur, disant (Similis ero Altissimo) , qu'il luy seroit semblable, remarqués qu'il ne devint diable, qu'à cause qu'il ne voulut pas louer Dieu ; ce que voyant ce grand archange S. Michel, il s'escria : Quis lit Deus? Quis ut Leus? Qui est comme Dieu ? Qui est comme Dieu ? Ce qu'il répéta plusieurs fois , estant suivy de tous les autres espritz bienheureux, qui respondirent de chœur en chœur ce saint motet : Quis ut Deus ? et donnèrent par ce moyen la fuitte à ce malheureux Lucifer et à ses complices, lesquelz furent tous précipités en l'abysme , pour n'avoir voulu entonner ce divin motet, par lequel les autres anges furent tellement confirmés en grâce , que jamais ilz ne pourront plus estre séparés de Dieu. Donc il est très-certain qu'il n'y a point de meilleur moyen que celuy des lotianges de Dieu pour donner la fuitte au diable ; parce que ce misérable ne peut supporter de le voir adoré et glorifié.

Certes, nous pouvons dire quel'ame de S. Augustin a esté semblable à cette sainte Sulamite, parce que dés l'instant de sa conversion jusques à la fin de sa vie , il n'a jamais cessé ,

de jour , de nuict , en beuvant, en mangeant , en parlant et en escrivant, de louer Dieu, chantant tousjoursles Cantiques de la miséricorde et grâce divine ; grâce à laquelle il estoit si dévot , qu'il ne se pouvoit rassasier , non seulement de la louer , mais encore de parler et escrire sa louange , réfutant d'une éloquence admirable les hérétiques Pelagiens, qui enseignoient que l'homme se peut sauver sans la grâce; opinion fausse et pernicieuse , laquelle ce grand Saint a dissipée par ses escritsetses disputes, faysant reconnoistre à ces malheureux leur resverie et leur erreur : et au livre et traitté qu'il a fait de la grâce , il en parle avec tant d'efficace , et d'un stil si haut et si éloquent, qu'il surpasse tous les autres docteurs; si que Ton void clairement combien il aymoit, honnoroit , prisoit et estoit dévot à cette divine grâce , de laquelle dépend tout nostre bien et nostre salut.

0 que la Sulamite du sacré Espoux est encore très à propos entendue de l'Eglise ! car qu'est-ce que l'Eglise de Dieu, sinon des chœurs et des armées? et qui sont ces chœurs, sinon, comme j'ay desja dit, les Chrestiens qui chantent continuellement les louanges de Dieu, mais particulièrement les Ecclésiastiques et Religieux, lesquelz non seulement louent Dieu par psalmes, hymnes et cantiques; ainstaschent encore tant qu'il leur est possible, par leurs sermons et autres fonctions propres à leur estât, d'attirer les autres à la connoissance de la vérité , afin de les exciter à louer Dieu ? Et que la prudence humaine ne vienne point apporter ses raisons , disant que cela est bon pour les Ecclésiastiques , Prédicateurs et Docteurs, lesquelz par leurs labeurs continuel! servent au public, mais que ceux qui sont enfermés dans les cloistres ne servent de rien , et qu'ilz sont inutilz à l'Eglise ; car ce sont les discours ordinaires des mondains , dautanf que cette prudence humaine veut tout gouverner , et treuve tousjours à censurer ceux qui ont choisy la vie contemplative : Ceux-là, disent-ilz, sont personnes inutiles qui ne font rien;

0 Dieu ! qii'ilz sont aveuglés en leurs opinions ! Hé ! ne sçavent-ilz pas que c'est dans les cloistres et es lieux retirés, où nostre Seigneur se plaist; et si bien le chant des Religieux n'est pas si haut que celuy des autres, il est néanmoins plus mélodieux , et ressemble à celuy de ces oyseaux qui sont enfermés dans des cages pour recréer leur maistre par leurs petitz gazoùillemens.

Nous voyons d'ordinaire que les roys tiennent tousjours en leurs palais de deux sortes d'oy seaux , les uns qui chantent , et les autres qui ne chantent pas : comme sont les esperviers et faucons, qui sont destinés pour aller à la queste, pour rapporter quelque provision à leur maistre. Ces oyseaux représentent les evesques et pasteurs de l'Eglise, qui veillent sur leur troupeau , et qui sont en continuelle action pour gagner quelque ame à Dieu. Mais les Religieux, en guise de petitz oyseaux enfermés dans des cages , ne font autre chose que chanter, mais d'un air si mélodieux, que nostre Seigneur y prend un très-grand playsir.

L'on rapporte qu'un jour un grand seigneur achepta un petit oyseau une somme d'argent fort notable , ce qui donna sujet à plusieurs de murmurer ; car les uns disoient : A quoy servira cet oyseau? l'on eust eu de cet argent des chevaux qui eussent esté d'un grand service à leur maistre , et cet oyseau ne sert de rien. Hé! pauvres gens, que vous estes grossiers et terrestres ! Il est vray que les chevaux eussent esté utils à leur maistre ; mais ce petit oyseau ne l'est pas moins , parce qu'estant dans cette cage , il n'a autre soin et estude qu'à le recréer et resjoùyr par la mélodie de son chant , et pour cela il est tres-content de perdre sa liberté et demeurer en cette prison toute sa vie , pour donner du contentement à son maistre; et de plus , c'est le bon playsir du seigneur, n'est-il pas maistre de son bien pour en faire ce qu'il luy plaist? Cessés donc vos murmures, et qu'il vous eufîisti , puisque le seigneur le veut ainsi.

252 SEPMON

L'on en peut dire autant des Religieux et Religieuses, qui se sont volontairement enfermés dans leurs monastères, pour estre comme ces petitz oyseaux , qui par la mélodie de leur chant resjouyssent leur maistre , quittant leur liberté , qui est la vie de Tame , pour vivre dans leurs cloistres comme dans une prison perpétuelle , se privant de toutes sortes de contentemens , afin que par leur chant , prières , souspirs et continuelles méditations, ilz puissent resjouyr non seulement ceux avec lesquelz ilz sont , mais encore ceux qui travaillent pour l'Eglise, lesquelz sont merveilleusement fortifiés pour faire leurs fonctions, et persévérer aux travaux qui accompagnent leurs charges, par la mélodie de leur chant , qui n'est autre que les prières et bonnes œuvres qu'ilz leur appliquent pour ce sujet.

Or le grand S. Augustin a esté de ces deux sortes d'oyseaux; car il ne s'est pas contenté de louer Dieu en la manière que font les Religieux, ains il a encore tasché de luy gagner plusieurs âmes , preschant aux uns , enseignant aux autres une manière de vie tres-parfaitte ; ce qu'il fit estant evesque, dressant une assemblée de prestres ausquelz il donna une belle règle , et leur prescrivit une manière de vie tresparfaitte , entant sur une mesme tige la religion et Testât ecclésiastique ; en telle sorte que ses prestres estoient Religieux, et ses Religieux estoient prestres. Et non content de cela , il assembla encore quantité de filles , ausquelles il donna aussi une belle règle.

Vous voyés donc comme ce glorieux saint disoit très-justement , après sa conversion , ces parolles du Psaimiste : Di^ rupisti vincula mea, tibi sacrifîcabo hostiam laudis ; Vous avés rompu mes liens , ô mon Dieu ; je vous ofFriray un sacrifice de louange , et appelleray toutes les créatures à vous louer en reconnoissance des miséricordes que vous m'avés faites. Mais remarqués, je vous prie, combien le cœur de ce grand saint estoit plein de gratitude envers Dieu. Un des

plus grands péchés que les hommes commettent , est la mesconnoissance des grâces qu'ilz ont receùes de nostre Seigneur. Ce défaut procède assés souvent d'ignorance, laquelle fait que Thomme ne void pas le devoir qu'il a à cette souveraine honte , de laquelle il reçoit tant de grâces et de hiens. Mais quand cette ingratitude est dans l'entendement, ô certes, elle est très-mauvaise et dangereuse ; car pour Tordinaire e]le passe en la volonté, et la vitie en telle sorte qu'elle s'oublie tout à fait de la reconnoissance qu'elle doit à Dieu ; ce qui est un très-grand mal, et c'est l'un des plus grands empeschemens à la grâce que l'on puisse avoir.

Il se treuve quelquefois des personnes si superbes et infectées de ce vice, qu'il leur semble que personne ne lessçauroit obliger, mais au contraire ilz croyent qu'ilz peuvent obliger tout le monde ,et quelque bien qu'on leur fasse , ilz se font tonsjours accroire que cela leur est deu, et ne pensent pas qu'on leur puisse rien donner gratuitement; et s'ilz reçoivent quelques grâces ou faveurs , ilz croyent qu'ilz les ont méritées par quelques signalés services.

ODieu! quec^estun vice espouvantable et redoutable que cette ingratitude! S. Augustin n'en estoit nullement atteint; au contraiie , il se sentoit tellement redevable et obligé à ce divin Sauveur de nos âmes, qui l'avoit deslié des liens de ses péchés, qu'il se perdoit et consommoit en l'amour qu'il portoit à son souverain bienfaiteur et libérateur ; et souvent en ses méditations , cette reconnoissance embrasoit si fort son cœur, qu'il fondoit d'amour pour celuy qui luy avoit fait de si grandes miséricordes; et son ame estoit tellement enyvrée des douceurs et suavités de cet amour, que comme il partage la gloire , en ce qui est de la théologie scholastique , avec S. Thomas, aussi partage-il la gloire en ce qui est de la théologie mystique de l'amour divin avec S. Bernard.

J'ay souvent dit qu'il y a deux amours , dont le premier est l'amour affectif, et le second l'amour effectif : et faute

de reconnoistre et discerner la différence de ces deux amours, il en arrive souvent de grands abus et tromperies aux âmes dévotes. Quant au premier, qui est Tamour affectif, il est pour Fordinaire désiré de tous; car c'est cet amour qui fait qu'à l'orayson l'on sent son cœur plein de douceur, de consolation et de suavité , que le saint l^^sprit donne quelquesfois à nos âmes pour les attirer, comme on fait des grains succrés à des petits enfans. Cela est bon , quand il vient de Dieu : S. Augustin a expérimenté cet amour, ainsi qu'il confesse luy-mesme avec une grande sincérité, lorsqu'il dit : 0 mon Dieu, vous m'avés deslié des liens de mes péchés; mais au mesme tems vous m'avés relié avec des liens d'amour et de dihclioii , in vinculis charitatis. Hé 1 où estois-je , et où estoit ma liberté , avant que vous l'eussiés liée de ces doux liens qui me tiennent à présent en cette douce servitude? Helas 1 je pensois estre libre , possédant une fausse liberté , et j'est(jis misérable et captif; et néanmoins j'estois si aveugle, quej'aymois ma servitude.

Or entre toutes les choses que l'homme chérit le plus , c'est sa liberté : car c'est la vie de son cœur, et la plus riche pièce qu'il possède ; et comme c'est le plus riche don que nous pi:is:ions donner, aussi est-ce la dernière chose que nous quittons , et qui nous fait le plus de peine à quitter et renoncer. Et celte liberté que Dieu a donnée à l'homme est une pièce si exceMente, que le diable n'y ose toucher; il peut bien par ses aitifices broiiiller et roder à l'entour ; mais il ne la seau. oit forcer : et cette pièce est tellement libre, que Dieu mesme qui nous l'a donnée ne la veut point avoir par force; et quand il veut que nous la luy donnions, il veut que ce soit par amour, franchement, et de nostre bon gré. Il n'a januûs forcé personne pour le servir, et ne le fera jamais : il va bien à la vérité piquant nos consciences, rodant à l'entour de nos cœurs par ses inspirations , nous sollicitant à nous cunvLitu- et donner tout à luy; mais de nous prendre

par force , ô! jamais il ne le fera quoy qu'il le pust faire, puisqu'il est tout-puissant.

0 Dieu ! qui eust peu voir ce parfait abandonnement , et cet entier délaissement, que ce grand saint fit de soy et de sa propre liberté à la divine bonté, en sa conversion? Certes, je suis ravy quand je lis en ses confessions ce qu'il en dit ; car l'on void qu'il s'estoit tellement oublié de soy-mesme , pour se donner à Dieu , qu'il ne sçavoit plus ce qu'il estoit : et quand on lit ses escritz , l'on ne sçayt lequel on doit le plus admirer , ou la sincérité avec laquelle il parle de ses defautz , ou le stil admirable qu'il a pour faire entendre ce qu'il ressentoit en soy-mesme , après que Dieu eut toucbé son cœur ; car il estoit tellement enflammé de son divin amour , qu'il avoit perdu le goust de toutes choses , et treuvoit en toutes celuy de l'amour de son Sauveur. Je beuvois et mangeois, dit-il, sans sçavoir que je mangeois ; je dormois, sans sçavoir ce que je faysois, parce qu'en toutes choses je treuvois le goust et la saveur de l'amour de mon Sauveur. Or tous ces sentimens procedoient de l'amour aJ0fectif que le saint Esprit communiquoit à ce grand Saint.

Mais outre cet amour , il y en a un autre qu'on appelle Tamour efî'ectif lequel est bon par excellence à cause des bonnes œuvres qu'il produit, ainsi que nous voyons au grand S. Paul, lequel passa de l'amour affectif à l'effectif : ce qui luy fit souffrir tant de travaux et de peines , et endurer tant d'injures et decalomnies. Voyés comme il^travaille nuict et jour pour le salut des âmes ; car cet amour n'est point oysif , il ne se lasse point de patir ; il rend les choses les plus difficiles faciles, et fait qu'on se rend infatigable au travail.

Et pour mieux voir la différence de ces deux amours, regardés sainte Magdelene : elle estoit touchée de l'amour affectif, quand voyant son bon Maistre et luy voulant baiser ^ ies pieds , elle s'escria : Rabboni. Mais nostre Seigneur la

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repoussant, luy dit : Ne me touchés pas, Noli me tangere, ains va-t'en à mes frères leur annoncer ma résurrection. Et voyla l'amour eflectif : car elle sortit et s'en alla promptement faire ce que nostre Seigneur luy commandoit.

S. Augustin ayant gousté les douceurs de Famour affectif, passa aux travaux de l'effectif. Je vous ay desja dit comme il assembla des hommes et des filles pour servir Dieu , ausquelz il prescrivit une manière de vie tres-parfaitte et leur bailla une belle règle. Apres cela, combien pensés-vous qu'il souffrit pour rembarrer les hérésies des Manichéens , Donatistes , Pelagiens , et autres ! 0 Dieu ! ce ne fust pas sans grand travail, et sans souffrir beaucoup de persécutions, d'injures , de calomnies et de peines : en quoy nous voyons que s'il a eu l'amour affectif à l'orayson , il ne s'y est pas arresté, ains a passé à l'amour effectif dans l'action : tout au contraire de ceux qui se contentent de gouster les douceurs de l'orayson, et qui après cela sont fort lasches à s'employer au service de Dieu , ce c[ui fait voir qu'ilz ne cherchent que leur propre satisfaction.

Or ce glorieux Saint parlant de cet amour effectif , disoit une paroUe que nous devrions graver sur le frontispice de nos chambres , ou plustost dans le fond de nos cœurs : 0 Dieu ! disoit-il , si on n'aymoit que vous , et que l'on vous aymast en toutes choses, et que l'on n'aymast aucune chose sans vous , que l'on seroit heureux ! Mais, ô glorieux Saint, vous voulés que l'on n'ayme que Dieu ; ne faut-il pas aussi aymer ses amis? Ouy, mais en Dieu. Ne faut-il pas aussi aymer ses ennemis? Ouy, mais pour Dieu. Celuy-là est bienheureux , disoit-il , qui vous ayme , ô Seigneur , et son amy en vous , et son ennemy pour vous , Beatus qui amat te, et amicum in te, et inimicum propter te. 0 que nous serions heureux, mes chères Seurs, si nous observions bien cela! Il s'en treuve plusieurs qui ayment bien leurs amis, mais ilz ne les ayment pas en Dieu ; car ilz commettent de

grandes injustices pour les favoriser, et les ayment aux despens de l'honneur et gloire de Dieu. Or ce n'est pas grandechose d'aymer ses amis, car cela est naturel , et les payens en font bien autant : mais d'aymer ses ennemis, ô certes! cela est digne d'un vray chrestien . Mais cela doit estre presché en public : continuons donc à parler de l'amour effectif, et voyons comme il nous fait mourir à nous-mesmes par une abnégation entière et absolue.

S. Augustin dit que, pour aller à nostre Seigneur, il faut faire deux pas. Le premier est de mourir et renoncer à toutes les choses qui sont hors de nous ; le second est de renoncer et mourir à soy-mesme, qui est le plus difficile. On en treuve bien qui , venant en religion , renoncent à toutes les commodités , biens et amis : mais l'on en treuve peu qui renoncent absolument à eux-mesmes par une parfaitte et entière abnégation. Plusieurs disent bienqu'ilz ayment les travaux, et mesme qu'ilz les désirent; mais il y en a peu qui les souffrent avec la perfection requise. Or ce grand Saint estant parfaittement mort et anneanty à soy-mesme , tout embrazé d'amour et espris d'un saint désir de voir nostre Seigneur, il se plaint à luy en ces termes : 0 Seigneur , luy dit-il ^ faites que je meure, afin que je ne meure pas; faites-moy vivre , faites-moy mourir , il ne m'importe , pourveu que vous ne me cachiés point vostre face : Noli abscondere a me faciem tuam , ne moriar ; moriar , ut eam videam. Et sçachant qu'un homme mortel , pendant qu'il est en cette vie , ne sçauroit voir Dieu , il luy demande de mourir , afin de ne pas mourir , comme s'il disoit : I;'amour que vous m'avés donné pour vous , ô mon Dieu , est si grand , que vivre sans vous ce m'est une mort: c'est pourquoy. Seigneur, faites que je meure, afin que je ne meure pas ; car vous voir, c'est ma vie.

Or de ce grand amour qu'il portoit à Dieu, procedoit celuy qu'il avoit pour le prochain : ce que nous voyons par la cha- V. 17

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rite qu'il exerçoit envers les pauvres, qui fut si grande, cu'iî^ donna tout ce qu'il avoit, et ne se réserva rien ; de sorte qu'estant proche de sa incrt , comme ceux qui estoient auprès de luy le soliicitoient de faire son testament : Hé ! je vous prie, leur dit- il , ne me pressés pas de cela. Mais comme on l'en importunoit fort, il ne se treuva rien de quoy le faire. 0 Dieu! disoit ce grand Saint, eslr-il possible que l'on sçache que vous estes Dieu, et que l'on ne vous ayme pas? et si l'on vous ayme, que l'on n'ay me pas le prochain ? Certes, c'est une chose pitoyable, que nous sçachions que Dieu soii Dieu, et que nous ne l'aymions pas. Est-il possible que l'homme raisonnable sçache qu'il y a un Dieu, qu'il le croye, et qu'il ne l'ayme pas? C'est ce que nostre Seigneur dit, comme en se plaignant : Si guis diligitme, sermonem meum smvahit ; Si quelqu'un m'ayme , il gardera ma parolie. Si quelqu'un m'ayme, dit-il, pour nous monsirer que le nombre de ceux qui l'ayment comme il faut est bien petit. Aymons donc nostre Seigneur de tout nostre cœur , mais aymons aussi nostre prochain ; car ces deux amours ne vont point l'un sans l'autre. Et pour finir ce discours , je vous exhorte, mes chères Ames, de vous rendre bien fidelles à imiter ce grand Saint, et je prie celuy qui l'a beny qu'il vous bénisse , que celuy qui l'a sanctifié vous sanctifie , e? que celuy qui l'a glorifié vous glorifie là haut au ciel , pai tous ks siècles des siècles. Amen*

UI£U aOÎT TENl.

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