POUR LA SAINTE TRINITÉ
la £»loire au Père, au Fils et au saint Esprit, en deux façons, ou la gloire qui leur est naturelle et essentielle , ou Texterieure et denominative. Premièrement, Dieu le Père, en Tabysme inexcogitable de toute son éternité , plein de son infinie essence, bonté, beauté et perfection, se regardant soy-mesme avec son entendement tres-fecond, entendit et comprit si bien sa nature , qu'en une seule conception et appréhension il exprima toute sa grandeur, et cette conception, <ieste parolle, ce Verbe, cette diction de son cœur fut un autre luy-mesme. Desja de soy il estoit glorieux , c'estoit toute la perfection divine : mais quoy ? voicy sa gloire : c'est qu'il se voit, il prend connoissance de soy-mesme , et s'entendant, il engendre son Filz tout esgal à luy-mesme : Ex utero ante Luciferum genui te (Psalm. CIX); Eehraice : Ex utero ante Auroram tibi vos nativitatis tuœ. Isa. ult. : Numquid ego , qui aliosfacio parère, ipse non pariam? et qui gêner ationem exteris tribuo, sterilis erol Ce Filz est la gloire du Père, dont il est appelle par saint Paul la splendeur de sa gloire , et la figure de sa substance : Splendor gloriœ , et figura substantiœ ejus.
0 quelle gloire au Père d'avoir un tel Filz ! ô quelle gloire au Filz d'avoir un tel Père ! Le Fils a toute la mesme substance du Père; le Père luy communique toutes ses perfections. Pensés quelle gloire a un tres-bon Père d'avoir un Filz qui luy ressemble parfaittement : mais s'il luy ressembloit tant que ce fust un autre luy-mesme , ah ! quelle consolation ! J'ay veu des pères qui avoient quelque vertu ; ô combien ils estoient consolés d'avoir des enfans vertueux ! etc.
C'est celte gloire qui mérite d'ostre célébrée à jamais : Gloria Patri y et Ftlio, et Spiritui s/incto, etc. Mais outre cela, le Père voyant son Filz, et le Filz voyant par soymesme son Père , quelle exubérance de joye ! Le Père et le Filz voyeut qu'ilz sont réciproquement dignes d'un amour
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infiny ; ilz voyent qu'ilz ont la volonté proportionnée à l'objet, ilz s'ayment Tun Pautre autant qu'ilz le méritent; ilz s'ayment souverainement , infiniment et divinement : et cet amour suprême qui les lie ainsi l'un à l'autre , procédant du regard qu'ilz ont l'un à l'autre, est une troisième personne divine esgale à eux , consubstantielle à eux, infinie, éternelle et indépendante comme eux, qui est le saint Esprit, l'amour et rimité du Père et du Filz, et le terme sans terme de leur mutuelle complaysance et des émanations éternelles.
Chantons donc : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui sancto, etc. Je sçay bien que vous n'entendes pas ce mystère, ny moy aussi ; mais il me suffit que nous le croyions tant mieux ; et ce que j'en ay dit n'est pour autre fin que pour vous le représenter davantage ; et vous ayder à le croire plus distinctement. 11 y a certains exemples qui nous pourroient ayder à en concevoir quelque chose ; mais il y a tant à redire , que , sans nous amuser à autre chose , nous nous contenterons de sçavoir que c'est la foy catholique , ut nnum Demn in Trinitate, et Trinitatem in unitate veneremur (que nous vénérions et adorions un Dieu en Trinité , et une Trinité en unité). Nous chanterons tousjours : Gloria Patri, dautant plus encore que Calvin et Beze , et leurs hérésies , veulent que toutes les trois personnes ayent leur divinité de soy , et non par communication : ce qui est un blasphème estrange; car ainsi il n'y auroit ny Filz ny saint Esprit. Superbia eorum qui te odevunt ascendit semper (La superbe de ceux qui vous haïssent monte tousjouis). Au contraire les catholiques persistent à dire : DeumdeDeo, lumen de lumine (Dieu de Dieu, lumière de lumière) , et : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. Gloria , en singulier , en parlant des trois , pource que ces trois personnes ont la mesme gloire ; Patri et Filio , pource que , combien qu'en ces deux personnes soient un seul et mesme Dieu , et que le Père regarde son Filz comme