‹ Œuvres complétes Volume 5Chapitre 32 sur 54 · SERMON SUR LA PERPÉTUITÉ DE L'EGLISE · texte numérisé non relu

SERMON SUR LA PERPÉTUITÉ DE L'EGLISE

Vidi civitatem sanctam Hierusalem novam descendentem de cœlo, à Deo paratam stcut sponsam ornatam viro suo. Apoc, XXL

Je vy la sainte cité de la Hierusalem nouvelle descendante du ciel , paré© magnifiquement de Dieu, comme une espouse ornée pour son espouz.

Le glorieux secrétaire de Dieu dit en ce lieu , que l'Eglise est une cité nouvelle , parée et ornée de Dieu , comme une espouse pour son espoux. Or pensés, mes frères, quelle seroit une espouse , si elle estoit selon le souhait , et selon le désir de son espoux? Si son espoux la façonnoit à sa volonté, je crois qu'il la feroit la plus belle , la plus vertueuse , la plus saine , et de la plus longue vie qu'on se pourroit imaginer ; car il n'est telle affection que de l'espoux vers l'espouse , quoy que souvent au progrès du mariage on change de volonté par le malheur de nostre mauvaise nature. O quelle seroit cette espouse accompagnée dautant de perfections que luy en desireroit son espoux ! Pensés donc, je vous prie, quelle doit estre cette sainte cité que Dieu s'est préparée luymesme comme une espouse! elle doit estre toute belle, elle doit estre toute sage , mais sur tout elle doit estre de trèslongue durée, comme c'est l'ordinaire de souhaitterés alliances qu'elles soient de longue durée. C'est sans doute que Dieu qui a basty cette Eglise , l'a bastie si bien et si fermement,

> Pris sur l'original escrit de la main de l'Autheur (Edit. de 1641 et de 1648)«

qu'elle doit estre perdurable; ce que je prouveray maintenant avec de tres-preignantes raisons , pour les occasions que je vous diray tost après. Prions Dieu que ce soit à son honneur et gloire , employant à cette intention l'intercession de la sainte Yierge. Ave.

Je crois que vous sçavés , Auditeurs Chrestiens , que lors^ qu'il pleust à Dieu créer le monde, voyant sa divine Majesté la terre et l'eau remplies d'animaux, il les bénit tous, et leur donna force en leur nature , chacun en son espèce , de continuer leur race jusques à la fin du monde ; mesme quand il eust créé l'homme , il le henit , et luy donna la mesme perfection et condition , si que dés lors on ne trouvera pas que jamais aucune sorte d'animaux aye manqué de race. Et quant à nous autres , chacun sçait bien que par la ligne droitte et continuation perpétuelle , nous sommes tous descendus de père en filz sans interruption de ce premier père , auquel Dieu donna la force et le commandement de multiplication. Et de vray, cela appartenoit à la sagesse divine de conserver le monde qu'il avoit une fois si solemnellement fondé.

Or en cas pareil , mes frères , quand il pleust à Dieu recréer le monde et fonder son Eglise , il la bénit tellement que jamais cette génération sienne ne devoit manquer ou faillir en aucune façon ; de manière que la vraye Eglise qui est maintenant, doit estre descendue de père en filz par cette génération spirituelle de ce second Adam nostre Seigneur et Maistre , et qui diroit autrement il feroit tort au sang de Jesus-Christ , lequel n'a pas eu moins d'efficace pour fonder son Eglise à perpétuité , que le sang d'Adam à entretenir les générations des hommes. Car ne sçavés-vous pas que comme Adam a laissé une génération perpétuelle en son sang, aussi Jesus-Christ a laissé une génération perpétuelle au sien? Que si le monde dure encore au sang d'Adam , pourquoy ne durera aussi l'Eglise au sang de Jesus-Christ ? C'est ce que

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vouloit dire le grand David , disant que Dieu a fondé cette Eglise à perpétuité, et que le Seigneur est extrêmement grand et louable en la cité de nostre Dieu : Deus fundavit eam in œternum : magnus Dominus laudabilis nimis in civitate Dei nostri *. Et de vray, ce seroit chose bien indigne d'un tel fondateur, de fonder pour un peu de tems une Eglise , laquelle a esté fondée avec tant de resjouyssance , et un si grand appareil, que pour sa fondation Jesus-Christ aye tant enduré , tant respandu de sang , et puis , qu'elle fust corruptible. Fundatur exultatione universœ terrœ monsSion,

Mais, je vous prie, seroit-il bien séant que nostre Seigneur eust respandu son sang pour reconcilier son Eglise à Dieu son Père , et puis qu'enfin cette Eglise fust tellement abandonnée, qu'elle vinst à estre du tout perdue ? Certes , un tel médiateur mérite une paix perpétuelle , une alliance tresestroitte , dont Isaye dit : Et fœdus perpetuum feriam eis (Et je feray une alliance perpétuelle avec eux) , parlant du Christianisme.

Non, non, il ne faut pas dire que l'Eglise soit jamais morte : son Espoux est mort pour elle , afin qu'elle ne mourust point. C'est ce que veut dire S. Paul ^ : Et ipse dédit quosdam quidem apostolos , alios prophetas, alios evange» listas^ alios pastores et doctores ad consummationem Sanctorum, in opus ministerii, in œdificationem corporis Christi, donec occurramus omnes in unitatem fidei et agnitionis filii Dei (Dieu a estably dans son Eglise des apostres, des prophètes , des evangelistes , des pasteurs et des docteurs pour la consommation des Saints , pour servir à l'édification du corps de Jesus-Christ , jusques à tant que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foy et de la connoissance de Dieu).

A quoy est conforme ce que ce saint Apostre dit ailleurs ' : Primitiœ Christus, deinde ii qui sunt Christi, deinde finis :

i Psal. XLVII. - « Ephes., IV. - » I Cor., XV.

oportet illum regnare, donec ponat inimicos suos sub pedibus ejus, novissima autem inimica destruetur mors (Jesus-Ghrist est les prémices , et après ceux qui sont à Jesus-Christ , et après viendra la fin , mais il faut qu'il règne jusques à ce qu'il aye mis tous ses ennemis sous ses pieds , et le dernier de ces ennemis à destruire sera la mort). Voyés-vous? il n'y a rien entre Christ et les siens , ny entre les siens et la fin : l'Eglise donc durera tousj ours jusques à la fin; car aussi bien n'aura-il jamais vaincu tous ses ennemis jusques à la fin ; et cependant nostre Seigneur régnera et se dilatera en son Eglise , parmi et en dépit de tous ses plus grands ennemis , suyvant ce qu'à ce propos atteste le Psalmiste , disant * : Dixit Dominus Domino meo , sede a dextris meis, etc. Virgam virtutis tuœ emittet Dominus ex Sion, dominare in medio, etc. Cette verge, c'est la loy evangelique, de laquelle il est dit au psalme XLIV : Sedes tua, Deus, in sœculum sœculi, virga directionis , virga regni tui. Elle sort de Sion , suyvant ce qui fut prophétisé en Isaye ,11: Et de Sion exi" bit lex , et verbum Domini de Hierusalem. Elle commence par Jesus-Christ : Oportebat Christum pati , etc. et prœdicari innomine ejus pœnitentiam et remissionem peccatorum in omnes gentes, incipientibus ab Hierosolyma ^. Donc avec cette verge de la sainte loy , domine au milieu de tes ennemis ; qu'est-ce à dire , sinon que tousj ours cette Eglise seroit stable et visible , en laquelle nostre Seigneur regneroit et domineroit, voire parmi les plus grandes bourrasques et tempestes des afflictions? Il n'y aura donc jamais tempeste qui empesche nostre Seigneur de régner en l'Eglise ; car autrement il ne domineroit pas parmi ses ennemis , mais demeureroit sans seigneurie et domination en ce monde : ce qui est davantage confirmé par l'Ange, lorsqu'il annonça l'Incarnaiion à nostre Dame , disant que nostre Seigneur sera grande it sera appelle Filz du Ïres-Haut, et le Seigneur Dieu luy » Psal. aX. - > s. Luc, XXIV.

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donnera le throsne de David son pare , et il régnera sur la maison de Jacob éternellement , et son règne sera sans fin. Qui est le siège de David et la maison de Jacob , sinon cette Eglise militante? Car sans doute ce n'est pas un siège temporel : et comme regneroit nostre Seigneur éternellement en la maison de Jacob , si elle manquoit une fois * ?

D'abondant , nostre Seigneur donne-il pas tesmoignage à cette perpétuité de l'Eglise, en S. Jean , XIV : Ego rogabo Patrem , et alium Paracletum dabit vobis, ut maneat vobiscum in œternum , spiritum veritatis (Je prieray mon Père, et il vous donnera un autre consolateur qui est l'esprit de vérité, afin qu'il demeure avec vous éternellement).

Quelle fermeté d'assistance? Spiritum veritatis (L'Esprit de vérité) ; comme souffriroit-il le mensonge ? Et en saint Matthieu , XXVIII : Ego vobiscum sum usque ad consuma mationem sœculi (Je suis avec vous jusques à la consommation des siècles) ; où ouvertement il promet son aa&istance particulière à l'Eglise : passage lequel a esté entendu anciennement pour la présence de nostre Seigneur au saint sacrement : mais comme que ce soit , nostre Seigneur monstre qu'il y aura tousjours une vraye Eglise, en laquelle il sera; et s'il est avec elle , qui sera contre elle?

Mais Isaye fait une solemnelle attestation à cette vérité * : Cum venerit Redemptor Sion : hoc fœdus meum cum eis^ dicit Dominus, spiritusmeus, qui est in te, et verba mea quœ posui in ore tuo non recèdent de ore tuo , et de ore seminis tui, et de ore seminis seminis tui, dicit Dominus, amodo et usque in sempiternum. Hoc fœdus meum cum eis, id est Christianis; car auparavant il dit : Et ceux qui sont en l'Occident craindront le nom du Seigneur, et ceux qui sont au soleil levant , sa gloire. Que voudroit-on d'avantage pour la vérification de cette perpétuité ? les prophéties et les Evangiles en sont tout pleins.

* s. Luc,I.— sisaye, LIX.

Un seul passage suffira pour tous ; c'est en S. Matthieu , Xyi. Nostre Seigneur dit : Tu es Petrus , et super hancpe* tram œdificabo Ecdesiam meam, et portœ inferi non prœvalebunt adversus eam (Tu es Pierre , et sur cette pierre j'edifîeray mon Eglise , et les portes d'enfer n'auront point de pouvoir sur elle). Il dit jEdificabo (J'edifîeray); quel architecte î II dit : Supra petram (Sur la pierre) ; quel fondement! Et portœ inferi, etc. (Et les portes d'enfer n'auront point de pouvoir contre elle) ; quelle promesse ! l'enfer avec tous ses alliés n'y peuvent rien. Par les portes s'entendent les forces. Mais outre cela , je trouve trois portes d'enfer : la malice, l'ignorance, l'infirmité. Ny les infirmités es afflictions , ny l'ignorance es doutes , ny la malice es délibérations, ne peuvent prévaloir contre cette Eglise. Cette vérité est si claire et si puissante , que Calvin mesme s'en est laissé eschapper la confession, Inst. LIX, sur les parolles desja alléguées , où il confesse l'assistance perpétuelle avoir esté promise à l'Eglise , y adjoustant une bonne raison : car , dit-il, ce seroit peu que l'Evangile et le saint Esprit nous eust esté une fois donné, s'il ne demeuroit tousjours avec nous. Voyés-vous la force de la vérité , comme il la confesse ? Mais voicy que vous me dires : Si Calvin confesse cette vérité, pourquoy la prouvés-vous si exactement? je vous responds que le mensonge est inconstant , et la doctrine de Calvin aussi. Il confesse cette vérité icy sans y penser ; mais il s'en oublie ailleurs grandement , et la raison pourquoy il fait l'Eglise invisible , mortelle et errante , c'est celle-cy.

On demande à nos adversaires si, quant ilz commencèrent cette nouvelle doctrine , il n'y avoit point d'Eglise de nostre Seigneur : les uns respondent qu'ouy , les autres que non. A ceux qui disent qu'ouy , on réplique : s'il y avoit une Eglise, ou vous estiés avec elle, ou non. S'ilz disent que non, on leur dit : Vous estiés donc damnés , car : Nonpotest ha^

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bere JJeum patrem , etc, (Celuy-là ne peut avoir Dieu pour père, qui ne voudra avoir l'Eglise pour mère) ; et partant il ne vous faut pas suivre. Si vous estiés avec elle , dites-nous où elle estoit. Alors ilz disent qu'elle estoit invisible es cœurs de quelques uns çà et là. Les autres donc voyant qu'il n'y avoit point d'honneur de dire, ou qu'il y avoit une Eglise, ou qu'elle estoit invisible , ont dit qu'au tems qu'ilz s'esleverent, il n'y avoit plus aucune Eglise; mais que tout estoit apostasie , idolâtrie et superstition , qu'elle estoit morte et esteinte, pleine d'erreurs, et que par eux elle a esté resuscitée ; et contre ceux-cy , j'ay monstre maintenant que ce feu est inextinguible ; car voyés-vous pas la conséquence? L'Eglise donc est visible et perpétuelle ; mais celle de Calvin n'a point esté veuë ny connue devant Calvin ; donc l'Eglise de Calvin n'est pas la vraye Eglise. Yoicy qui les presse de près , voicy qui ru y ne tout leur bastiment , voicy qui fait sauter , ruyne et sappe la tour de Babel ; c'est pourquoy ilz cherchent de tous costés ouverture pour s'eschapper, disant tantost que leur Eglise a tousj ours esté, et quand on demande où elle estoit il y a cent ans , ilz disent qu'elle estoit invisible ; tantost ilz disent qu'elle n'estoit pas. Et quand on leur dit qu'elle n'estoit pas donc la vraye Eglise, puisque la vraye Eglise doit estre perpétuelle, ilz nient cecy, et disent que quand Calvin commença il n'y avoit point d'Eglise , qu'elle estoit cheute en ruyne, et qu'ilz l'ont rebastie et reformée; et tout cecy se fait et se dit , pource qu'alors il n'y avoit point d'Eglise que Catholique Papiste qu'ilz nomment ; qui a fait dire à Dubartas que l'Eglise estoit cette grande paillarde de l'Ante-Christ. Calvin ne dit rien moins , livre IV, chap. I et III , et Beze en sa confession de foy , chap. V, et Musculus , lib, de locis communibus, Voyla qui me fait arrester à prouver contre eux ces vérités, lesquelles estant bien certaines et asseurées, il est bien certain et asseuré aussi que l'Eglise des adversaires, qui n'a pas esté visible avant cinquante ou

soixante ans , et qui n'a point esté tousjours , n'est pas la vraye Eglise , et par conséquent que tous ceux qui sont en icelle sont hors de leur salut éternel , s'ilz ne s'amendent. Davantage , je n'ay pas seulement prouvé que la leur n'est pas la vraye Eglise , mais aussi que c'est la nostre , car il ne se treuve point d'Eglise de toutes celles qui confessent Jesus- Christ , qui aye continué sans interruption , sinon la nostre Catholique Romaine.

Mais qu'apprendrons-nous icy en ceste vérité ? Nous apprendrons à louer Dieu , qui a laissé au monde une Eglise perpétuelle, à laquelle en tout tems on peut recourir pour y faire son salut; puis montant de cette Eglise que nous voyons çà has , à celle que nous ne voyons pas là haut , nous exciterons en nous le désir de la vie éternelle, comme dit l'Apostre * : Non contemplantibus nobis quœ videntur, sed quœ non videntur (N'appliquant pas seulement nos espritz aux choses qui se voyent , mais à celles qui sont invisibles). Et partant, comme celle-cy est perpétuelle selon la perpétuité de ce monde, l'autre l'est donc selon la perpétuité de l'autre, .?,'est à dire , éternelle. Donc de la considération de la durée de ceste Eglise nous devons nous eslever à la durée de la triomphante , et penser que le royaume du ciel est éternel , puis penser combien jusques à présent nous avons esté mal advisés d'avoir quitté ce royaume là auquel nous avons part, pour un rien , pour un petit péché, et qui sommes si lasches de ne point prendre de peine pour avoir ce paradis qui durera éternellement. 0 pécheur , tu prends tant de peine pour un peu d'or , pour un peu d'argent qui te sera demain pillé , qu'il te faudra laisser demain , et pour ces richesses immortelles tu ne veux pas te faire tant soit peu de violence et vaincre ta lascheté , etc. ?

» II Cor., n.

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