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POUR LE JOUR DE LA PRESENTATION DE NOSTRE DAME

Inspice, et fac secundùm exemplar quod tibi in monte monstratum evt,

ExoD., XXV.

Regarde, et fais selon l'exemplaire que 3e t*ay monstre sur la montagne.

La divine Majesté ayant commandé à Moyse, en l'ancienne loy , qu'il fist l'arche selon le modelle qu'il luy monstroit, il ordonna après qu'on dressast le tabernacle pour la mettre et que cela fust fait selon les particularités qu'il marquoit, desquelles il informa Moyse, lorsqu'il luy parla sur ce sujet; ce qui fut accomply d'une façon si admirable, qu'il n'y avoit rien eh ce tabernacle qui ne fust plein de très-grands mystères, jusques aux moindres parties d'iceluy : Faciès et labrum œneum cum basi sua ad lavandum, jponesqiie illud inter tabernacidum testimonii et altare : Or entre toutes ces choses, tu feras ^yy. bassin ou cuve d'airain avec son pied pour se laver, et le mettras, luy dit Dieu, entre le tabernacle et l'autel.

Les anciens Pères , après avoir considéré toutes les particularités de ce tabernacle , s'arrestent par admiration sur la plus vile et abjecte partie de toutes , qui estoit cette cuve , que Dieu avoit ordonné qu'on mist entre les deux tabernacles, c'est à dire , entre le tabernacle extérieur, auquel demeuroit le peuple qui venoit pour offrir des sacrifices , et le tabernacle intérieur où demeuroient les prestres de la loy ; ou entre les deux autelz , c'est à dire , entre l'autel sur lequel on saet ceux-cy en approchent encores de plus prés, ce me semble :

* Fidellement recueilly par les Religieuses de la Visitation Sainte Marie d'Anuessy (Edit. de 1641 et de 1643).

crifioît les victimes et holocaustes , et l'autel sur lequel on brusloit les parfums et senteurs.

Cette divine Majesté avoit, dis-je, ordonné à Moyse qu'on (îst une cuve d'airain , laquelle on remplit d'eau , et que les prestres s'y lavassent les pieds et les mains avant que d'aller offrir les sacrifices , et que pour l'embellissement de cette cuve on l'environnast tout à l'entour de miroirs , telz qu'estoient ceux des dames Juifves *.

Or nos anciens Pères ont fait un si grand nombre d'interprétations sur cette cuve et sur ces miroirs, que si je voulois dire un mot de chacune , il m'y faudroit employer l'heure entière. Mais pour traitter ce sujet plus utilement , je m'arresteray seulement à trois de leurs conceptions , à sçavoir , que signifie cette cuve pleine d'eau , et ce que nous devons entendre par icelle; la seconde, pourquoy elle estoit posée entre les deux tabernacles ; et la troisième , que veulent signifier ces miroirs desquelz elle estoit environnée.

Premièrement une partie des anciens Pères disent que cette cuve representoit le baptesme , et certes ilz ont bien raison ; car pour cela elle estoit posée entre le tabernacle intérieur, et extérieur, pour nous monstrer que personne ne sçauroit passer au tabern<»<?]e intérieur qui n'est autre que le ciel , qu'il n'aye premièrement passé par l'extérieur qui est l'Eglise , dans laquelle est cette cuve des eaux baptismales où il faut estre trempé et lavé , dautant que ces eaux baptismales purifient et justifient, en effaçant tous les péchés desquelz ceux qu'on baptise sont souillés : et il est tellement nécessaire d'estrelavé de cette eau, ou par effet, ou du moins par un tres-ardent désir d'icelle , pour offrir et sacrifier à nostre Seigneur des victimes et holocaustes qui luy soient aggreables, que sans cela toutes les offrandes et oblations ne sont pas offrandes , mais des exécrations.

Les autres disent que cette cuve représente la pénitence,

» Exod., XXXVIII.

300 AUTRE SERIklON

car qu'est-ce autre chose la pénitence , sinon des eaux dans lesquelles il est expédient et nécessaire que nous lavions nos pieds et nos mains, je veux dire nos œuvres et affections, souillées et tachées de tant d'imperfections et de péchés?

Or bien qu'il soit vray que la seule porte pour entrer au ciel est la rédemption, sans laquelle nous n'y eussions jamais eu d'entrée; néanmoins, afin que cette rédemption nous soit appliquée , il est nécessaire que nous nous lavions dans les eaux de la pénitence , et ne s'y faut point tromper ; car tous les Pères anciens, jeunes et vieux, petitz et grands, ont passé par Ik : Nisi pœnitentiam habiœritis, omnes simiil peribitis^ ; Si vous ne faites pénitence, dit nostre Seigneur, vousperirés tous. En somme, tous ont lavé leurs pieds et leurs mains dans les eaux de la pénitence ; et c'est une règle si générale que celle-cy, que pas un n'en peut estre exempt, sinon la tressainte Vierge, laquelle n'ayant point péché, n'a aussi point eu besoin de pénitence, bien qu'elle ne soit pas entrée au ciel par une autre porte que par celle de la rédemption, comme toutes les autres créatures. Mais afin que le fruit de cette rédemption nous soit appliqué, il est nécessaire que nous fassions pénitence, soit en ce monde , soit en l'autre; et quoy <rue je sçache qu'autre est la pénitence qu'il faut faire pour les péchés mortelz, que pour les venielz , toutesfois elle est absolument r.ecessaire, tant pour les uns que pour les autres, et qui ne la fera en ce monde, il la fera infailliblement en l'autre. Voyla pourquoy, disent nos Pères, cette cuve estoit posée entre les deux tabernacles , l'extérieur et l'intérieur , pour signifier que les eaux de la pénitence sont entre les deux tabernacles, l'extérieur de l'Eglise Militante , et l'intérieur de la Triomphante , et que pour passer de la Militante, en laquelle nous sommes maintenant, à la Triomphante , il faut se laver dans les eaux de la pénitence.

D'autres ont dit que cette cuve pleine d'eau representoit

» Luc. XIII.

la doctrine Evangelique , et certes ilz ont bien raison ; car la doctrine evangelique n'est autre chose que des eaux , desquelles quiconque boira, n'aura plus soif; et comme dit nostre Seigneur à la Samaritaine, il sera fait en luy une fontaine d'eau vive saillant jusques à la vie éternelle, Fiet in eo fons aquœ salientis in vitam œternam. Or c'est dans les eaux sacrées de cette doctrine evangelique qu'il faut tremper tous nos membres , c'est à dire , y laver toutes nos œuvres et affections, pour les purifier, former et dresser selon qu'elle nous ordonne ; car sans cela nous ne pouvons jamais faire aucun sacriJBce ny oblation qui puisse estre aggreable à Dieu, et moins encore pouvons-nous estre sauvés , qu'en croyant et nous formant sur cette doctrine chrestienne, dans laquelle nous devons vivre , espérer et opérer nostre salut. Et que personne ne se trompe en cecy croyant que sans se laver dans les eaux de cette doctrine evangelique il puisse estre sauvé , se faysant des loix selon son caprice et fantaisie , ou se contentant de la loy naturelle, et prétendant avec icelle d'arriver au tabernacle intérieur de la gloire, pour y sacrifier à Dieu des sacrifices de louange; non certes, cela ne se peut. Vous voyés donc comme cette cuve d'eau , qui estoit mise au milieu entre les deux tabernacles , nous représente trèsbien que le baptesme, la pénitence et la doctrine evangelique sont au milieu de l'Eglise Militante et de la Triomphante. Et pour appliquer cela à nous, je dy que nous avons aussi deux tabernacles, l'un extérieur qui est ce corps que nous portons, et l'autre intérieur , qui est Famé par laquelle nous vivons et c'est ce qu'a voulu dire le grand Apostre S. Paul, que ces corps que nous portons sont des tabernacles qui sont faitz et formés d'argile , dans lesquelz Dieu a enfermé de grands thresors ; mais quelz sont ces thresors , sinon nos âmes , qui comme des tabernacles intérieurs sont mises et cachées dans nos corps? Et tout ainsi que Tame anime et donne la vie au corps, aussi la doctrine evangelique nourrit et vivifie l'ame,

et luy donne lumière et force pour la conduire et faire arriver à cet autre tabernacle plus intérieur de l'Eglise triomphante, où habite le Très-Haut. Certes , un jour viendra que nous ressusciterons, et que ces corps mortelz que nous portons maintenant, sujetz à corruption, seront immortelz et tous spirituelz, ainsi que nous asseure le grand Apostre, et seront reformés sur celuy de nostre cher Sauveur et Maistre : Qui reformabit corpus humilitatis nostrœ, configuratum, corpori claritatis suœ : et lors nous verrons avec un contentement indicible ces corps tous glorieux , par la réunion qu'ilz auront avec Tame, avec laquelle ilz n'auront plus aucun divorce ny aucune rébellion, ains luy seront absolument sousmis, etl'ame les possédera en telle sorte, qu'elle les gouvernera et régnera souverainement en eux , leur communiquant sa gloire, par le moyen de laquelle ceux qui estoient mortelz seront immortelz, et semblables à Famé, qui de soy est immortelle. Passons maintenant au second point , et disons que les miroirs desquelz cette cuve estoit environnée nous représentent les exemples des Saintz , lesquelz ont prattiqué cette doctrine chreslienne si parfaittement , que nous pouvons dire que les histoires de leur vie et leurs exemples sont autant de beaux miroirs qui ornent et enrichissent cette cuve de la doctrine evangelique. Et tout ainsi que cette sainte doctrine les a ornés et enrichis , et que s'estant plongés dans ses eaux, elle les a purifiés et rendus capables d'offrir à la divine bonté des sacrifices d'un prix et valeur inestimables, ilz ont aussi de leur costé fait à cette doctrine ce que faysoient les miroirs des dames Juifves à cette cuve , l'ornant et embellissant par la pratique des préceptes et conseilz qu'ilz ont puisés en icelle , nous laissant des exemples admirables de leurs vertus à imiter , qui sont comme des miroirs dans lesquelz nous nous devons continuellement mirer : car bien que nous n'ayons pas besoin, comme ces dames hebrieuses , de miroir pour mirer ces corps qui pourriront avec les chiens

et autres telz animaux , néanmoins nous devons tousjours avoir devant les yeux ces miroirs des vertus et exemples des Saints , pour nous y regarder , afin de former et dresser sur iceux toutes nos œuvres , actions et affections.

Mais entre tous ces miroirs des exemples des Saints , nous devons particulièrement considérer la tres-sainte Vierge, nostre tres-glorieuse et chère Maistresse , la feste de laquelle nous célébrons aujourd'huy ; car quel miroir plus beau et plus précieux vous sçaurois-je présenter que celuy-cy ? N'estce pas elle qui est le plus excellent miroir qui soit en toute la doctrine evangelique? N'est-ce pas elle qui est la plus ornée et enrichie de toutes sortes de grâces et de vertus? Multœ filiœ congregaverunt divitias; tu super gressa es universas \ 0\ certes , il est vray qu'il n'y a point de Saints ny de Saintes qui luy puissent estre parangonnés ; car cette glorieuse Yierge surpasse en dignité et excellence non seulement les plus grands Saints , mais aussi les plus hauts Chérubins et Séraphins ; ayant eu cet advantage par dessus tous les Saints, qu'elle s'est donnée et totalement dédiée au service de Dieu , dés l'instant mesme de sa conception : et il n'y a nul doute que cette sainte Vierge n'aye esté toute pure et n'aye eu l'usage de raison dés le premier instant que son ame fut mise dans son petit corps , qui estoit formé dans les entrailles de sainte Anne. Et comme cette glorieuse Vierge devoit naistre de père et de mère ainsi que les autres enfans, aussi semble-t'il que , comme eux, elle devoit estre entachée du péché originel ; mais la divine providence en ordonna tout autrement, luy tendant sa main tres-sainte qui la retint, afin qu'elle ne tombast dans ce précipice , et luy donna l'usage de la raison et de la foy , par laquelle elle connut Dieu et crut en luy , et par cette foy et connoissance elle se dédia et consacra tres-entierement à sa divine Majesté , mais d'une manière tres-parfaitte et souveraine.

» Prov., XXXI.

A ce propos , quelques théologiens disent que nostre Seî* gneur jettant un rayon de sa lumière et de sa grâce dans Tame de S. Jean Baptiste, lorsqu'il estoit encor dans les entrailles de sainte Elizabeth , il le sanctifia et luy donna l'usage de raison , avec la grâce de la foy par laquelle il connut son Dieu , qui estoit dans le ventre de cette sainte Vierge , l'adora et se consacra à son service. Or si nostre Seigneur fit une telle grâce à celuy qui devoit estre son précurseur, qui pourra douter qu'il n'aye fait non seulement la mesme grâce , ains qu'il n'aye usé d'un privilège beaucoup plus grand et particulier envers celle qu'il avoit choisie pour estre sa Mère, ne la sanctifiant pas seulement dés le ventre de sainte Anne , comme S. Jean dans celuy de sainte Elizabeth , mais la rendant toute sainte et toute pure, (]és l'instant mesme de sa conception , avec l'usage de la foy et de la raison ; et ce d'une façon si admirable , qu'elle ne peut estre assés admirée, et laquelle il avoit de toute éternité projettée.

0 combien grandes furent les faveurs , les grâces et bénédictions que sa divine bonté respandit dans le cœur de cette glorieuse Vierge ! Mais elles estoient si secrètes et intérieures, que personne n'en pouvoit rien connoistre , qu'elle qui les ressentoit. Il est croyable néanmoins, qu'à l'instant que nostre Seigneur versa tant de grâces et de bénédictions dans son ame, sainte Anne ressentit quelques grandes consolations et douceurs spirituelles à cause de sa fille , qui estoit enfermée dans ses entrailles.

Or cette sainte Vierge ne fust pas plustost née , qu'elle commença d'employer tout son estre au service de l'amour sacré : et si tost qu'elle commença à déployer sa petite langue et ses autres petitz membres , ce ne fut que pour s'en servir à chanter les louanges de Dieu, lequel luy inspira, dés l'aage de trois ans , de se retirer de la maison de ses père et mère , pour s'en aller au temple le servir plus parfaittement.

i D lîl A n

Donc cette glorieuse Vierge se comporta en c&bas aage avec tant de sagesse et de discrétion, qu'elle donnoit de Festonnement à ses père et mère , lesquelz jugèrent bientost , tant par ses discours que par ses actions , que cette fille n'estoit pas comme les autres enfans , mais qu'elle avoit l'usage de raison ; et partant , qu'il falloit anticiper le tems pour la conduire au temple , afin qu'elle y servist Dieu avec les autres filles qui y estoient retirées pour ce sujet. Hz prindrent donc cette petite Vierge , aagée seulement de trois ans , puis la menèrent et en partie la portèrent au temple de Ilierusalem.

0 Dieu! combien estoient grands les souspirs et eslans d'amour et de dilection qu'alloient jettant et eslançant en Dieu les père et mère de cette petite pucelle, mais spécialement la Vierge mesme, comme celle qui alloit pour se sacrifier derechef à son divin Espoux, qui l'appelloit, et luy avoit inspiré cette retraitte , pour la recevoir non seulement pour son Espouse , mais encore la préparer à estre sa mère ! 0 qu'elle alloit doucement chantant ce cantique sacré : Beati immaculati in via , qui ambulant in lege Domini, qui est si admirable et si doux à cause des louanges et bénédictions que l'on donne en iceluy à la divine Majesté , et duquel le Prophète Royal disoit : Je me sers de ce cantique comme d'une douce récréation, pour le chanter et entonner aux trois divers tems que je vais au temple, afin d'y adorer mon Dieu, selon qu'il est ordonné par la loy ! comme aussi faysoient les dames hebrieuses , lesquelles le chantoient avec grande dévotion, quand elles y alloient. Mais, ô Dieu ! qui pourroit dire ou expliquer avec quel ressentiment d'amour et de dilection cette sacrée Vierge le disoit , veu que ce cantique ne traitte d'autre chose que d'accomplir la loy et volonté de Dieu , pour à laquelle obeyr elle s'acheminoit au temple ?

Or bien que plusieurs dames hebrieuses se fussent desja dédiées au service de Dieu dans ce temple , pas une n' avoit V. 26

402 ATITRE SERMON

jamais approché de la perfection de cette sainte Vierge ; car elle s'offrit et dédia avec tant de ferveur, d'amour et d'humi* lité , que les Anges et les plus hauts Séraphins qui se pro* menoient sur les hallustres et galleries du ciel pour la regarder, en demeuroient tous ravis, s'estonnant qu'en la terre il se pust trouver une créature si pure, et qu'une ame revestiîë d'un corps humain pust faire une offrande et ohlation si parfaittp ^j. aggreable à Dieu.

0 cerU js ! il est vray qu'on pouvoit bien dire de la Vierge ce que l'Escriture rapporte * de la royne de Saba, que quand elle fut voir Salomon , elle y vint chargée de tant de nard , de parfums et bois de senteur, que jamais il ne s'en estoit tant veu en Hierusalem , que cette royne en apporta quant et soy : de mesme pouvons -nous dire , que nostre glorieuse Royne vint avec tant de parfums , c'est à dire , de vertus et de sainteté , qu'il ne s'en estoit jamais tant veu entre toutes celles qui s'estoient dédiées au temple , qu'il s'en trouva en la Vierge seule. La voilà donc en ce bas aage toute dédiée et sacrifiée au souverain Seigneur de nos âmes.

Je ne veux pas m'estendre à parler à cette heure des bénédictions qu'elle receut en sa conception ny en sa naissance ; car je ne veux parler que de cette feste , en laquelle elle se vint offrir et dédier au service du temple dés l'aage de trois ans, quittant sa patrie et la maison de son père en cette tendre Jeunesse et en cette enfance, pour se dédier et consacrer plus entièrement au service de Dieu. Mais notés , je vous prie , que je ne parle que de ce qui concerne cette feste ; car je sçay bien qu'elle luy estoit toute dédiée dés l'instant de sa conception , et qu'elle fut comme une belle fleur qui jetta et exhala son odeur de grand matin.

Il y a deux sortes de fleurs , les roses et les œillets , (\û jettent la suavité de leurs odeurs bien différemment ; car leroses sont plus odoriférantes le matin , et avant que le solei '

i m Rois, X.

soit au midy , leur odeur est plus suave et meilleure ; et les œillets tout au contraire sont plus odoriferans sur le soir, et leur senteur est plus forte et plus aggreable. Certes , cette glorieuse Yierge a esté comme une belle rose parmi les espines, laquelle, bien qu'elle aye tousjours jette une odeur de très-grande suavité tout le tems de sa vie , si est-ce qu'au malin de cette douce enfance, elle en a jette une merveilleusement suave devant la divine Majesté.

0 qu'heureuses sont les âmes qui , à l'imitation de cette sacrée Yierge , se dédient au service de nostre Seigneur dés leur enfance ! et qu'elles sont heureuses de s'estre retirées du monde , avant que le monde les aye connues ! car elles sont comme de belles fleurs nouvellement espanoùies, qui n'ayant point encore esté maniées ny flestries par l'ardeur de la concupiscence , donnent une odeur de grande suavité par leurs vertus et bonnes œuvres.

0 qu'il seroit à souhaitter que toutes les personnes qui servent Dieu eussent eu le bonheur de le faire , à l'imitation de cette sainte Vierge, dés leur enfance !

Mais pour encourager les âmes qui n'ont pas eu cette grâce, j'ay coustume de dire qu'il y a deux sortes d'enfance ; la première est celle de laquelle nous parlons maintenant , et la deuxième est celle par laquelle l'on correspond promptement et fervemment aux secrettes inspirations de Dieu , lorsqu'au premier mouvement et attrait de la grâce l'on quitte généreusement toutes choses pour suivre le bien qu'on connoist; et si ces âmes sont fîdelles à marcher dans la voye que nostre Seigneur leur monstre, elles ne laisseront pas d'avoir part à la feste que nous célébrons aujourd'huy, en laquelle cette petite pucelle en sa tendre jeunesse, et à la première semonce de l'inspiration, s'est présentée au temple.

Cette feste n'est point nouvelle : car les Grecs en font mention , et nous lisons qu'elle a esté célébrée depuis plusieurs giecles. Or je sçay bien ^ue sa solemnité a esté pour quelque

tems un peu refroidie ; mais le pape Sixte Ta restablie , et l'Eglise en fait l'office ; et c'est pour vous autres, mes chères Seurs , une grande solemnité , puisqu'en icelle vous venés offrir à Dieu, à l'imitation de cette glorieuse Vierge, ou plustost vous venés renouveller l'offrande que vous luy avés desja faite de vous-mesmes. Mais, me dires- vous, declarésnous un peu avec quelle perfection cette glorieuse Yierge fît son oblation , afin que nous taschions de l'imiter ; car estant ses filles, nous serons bien aises de la suivre.

Je vous diray , qu'en cette solemnité nous n'avons point d'autre évangile que celuy qui se lit toutes les autres festes de nostre Dame , oii il est dit que nostre Seigneur preschant au peuple qui le suivoit , et le voulant illuminer et esclairer pour le convier à se convertir et suivre sa doctrine, il faysoit plusieurs grands miracles; de quoy les Pharisiens pleins d'envie commencèrent à murmurer et à le calomnier, disant que ce n'estoit pas en son nom, ny par sa puissance qu'il operoit ces choses, ains en la puissance du prince des ténèbres Belzebub; et au plus fort de ces injures et blasphèmes , il s'esleva une femme, que les Pères anciens disent estre sainte Marcelle (mais puisque les Evangelistes n'en disent rien , il vaut mieux dire simplement que c'estoit une femme ) , laquelle toute estonnée des merveilles qu'il operoit , s'escria : Beatus venter qui te 2^ortavit , et uhera quœ suxisti (Bienheureux le ventre qui t'a porté , et les mammelles qui t'ont allaicté ) . A quoy nostre Seigneur repartit : Quin imo heati *lid audiunt verbum Dei et custodiunt illud ( mais plustost bienlieureux sont ceux qui escoutent la parolle de Dieu et la gardent).

0; bien qu'il me ressouvienne de vous avoir desja entretenues trois ou quatre fois sur cet Evangile , si est-ce que c'est un sujet où il y a tant à prendre , et qui est si fécond, qne je ne me puis lasser d'en parler, ny de puiser dans la profondilé de ce texte ce qui est propre à notre instruction.

Bienheureux, dit cette femme, est le ventre qui t'a porté, et les mammelles qui t'ont allaicté : Beatus ventée' qui teportavit, et ubera quœ suxisti. Et nostre Seigneur, luy respondant, vouloit dire : Il est vray que le ventre qui m'a porté est bienheureux, et les mammelles que j'ay succées sont aussi bienheureuses : car quel plus grand bonheur, je vous prie, mes chères Ames, pouvoit avoir une femme, que d'avoir porté lans son ventre celuy qui est esgal au Père éternel , et que es cieux des cieux ne peuvent comprendre ? 0 que véritablement ce ventre est heureux, dans lequel le Filz de Dieu a pris chair humaine, et que celte Vierge a receu d'honneur, d'avoir donné son plus pur sang pour former cette sacrée humanité de nostre cher Sauveur et Maistre î Et partant il est bien vray, ô femme, ce que tu dis, que le ventre qui l'a porté est bienheureux , et non seulement le ventre qui l'a porté , ains encore les mammelles qu'il a succées , dautant qu'elles ont nourry celuy qui nourrit et sustente toutes les créatures. Et si ce grand aumosnier Abraham fut estimé bienheureux , parce que logeant les pèlerins, il eut un jour la grâce d'avoir ce Roy et Seigneur des pèlerins en sa maison , de manger avec luy et luy laver les pieds; comment n'estimerions-nous bien plus heureux le ventre de la Vierge, qui a logé chez soy non un jour , comme Abraham , mais neuf mois entiers , ce divin Roy, pèlerin sur la terre? Et comment ne nommerionsnous bienheureuses ses mammelles qui l'ont nourry, non de pain , ains du laict de la propre substance de cette Vierge ?

0 que les parolles de cette femme sont véritables , et que ce ventre est heureux ! car il ressemble à l'arche , dans laquelle estoit gardée la manne, la verge d'Aaron et les tables de la loy. Et qu'est-ce que nous représente la manne , sinon la divinité du Filz de Dieu , descendu du ciel pour s'unir à nostre humanité ? N'est-il pas aussi cette verge de merveille, et cette pierre vive sur laquelle ont esté escrits les commandemens de la loy de grâce , et n'ont -ilz pas esté gravés sur

son sacré corps avec le burin des fouets , des doux , de& esines et de la lance?

0 que ce ventre donc est heureux ! ô qu'il est bien plus précieux que cette arche , qui n'en portoit que la figure î 0 que cette femme est heureuse d'avoir esté choisie pour estre mero de Dieu, dautant qu'aucune autre créature, quelle qu'elle soit, ne sera jamais honnoréedece tiltre, lequel n'est deu <ju'à cette Yierge ! et tout ainsi que nostre Seigneur en tant que Dieu n'a qu'un Père sans mère , aussi en tant qu'homme il n'a qu'une mère sans père ; et comme il n'a qu'un Père au ciel, aussi ne devoit-il avoir qu'une mère en terre. Et cela a esté ainsi ordonné de toute éternité par le Père céleste.

Passons maintenant à l'explication de la response que nostre Seigneur fit à cette femme. Tu dis (luy respondit ce cher Sauveur) que ma mère est bienheureuse à cause qu'elle m'a porté dans son ventre, et que j'ay succé ses mammelles; mais moy, je tedy qu'elle est beaucoup plus heureuse, parce qu'elle a escouté la parolle de Dieu, et l'a gardée. Mais puisque tous peuvent participer à cette béatitude, voyons comment cette sainte Vierge a entendu la parolle de Dieu , et comme elle l'a gardée. Et pour laisser toute autre parolle, et ne parler maintenant que de celle de la vocation, ô Dieu ! combien a-t'elle esté fidelle en cecy ! Nostre Seigneur luy dit à l'oreille, ou plustost à l'intérieur du cœur, ces parolles du Psalme XLIV : Audi, filia, inclina aurem tuam, et obliviS" cere iiopuliim tuum, et domum patris tid, et concupiscet Rex decorem tuum (Escoute, ma fille, preste-moy l'oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roy convoitera ta beauté). Mais remarqués ces parolles : Escoute, ma fille : Audi, filia, comme s'il vouloit dire : Pour bien ouyr, il faut bien escouter. Inclina aurem tuam; il faut aussi s'abaisser et s'humilier pour bien entendre ce qui est de la volonté de Dieu. Oublie ta patrie, et retire-toy de la maison de

!>Or!t T.A PnESENTATîON; 407

ton père, et le Roy convoitera ta beauté ; comme s'il disoit : Ne te contente pas d'escouter la parolle de l'inspiration , et de t'abaisser pour la mieux ouyr; mais retire ton cœur et tes affections de ta patrie et de tes parens, et je convoiteray ta beauté.

0 sainte et divine semonce , que Dieu donne souvent au cœur de tant de créatures ! Et cependant il est vray que plusieurs entendent la parolle sacrée de la vocation, sans sortir de leur patrie , ny aller où Dieu les appelle. L'on fait tant d'examens, il faut tant considérer, il faut parler aux uns et aux autres pour sçavoir si l'inspiration est vraye , et si elle vient de Dieu; il faut tant esplucher pour voir si on l'exécutera, et cependant on retarde tousjours. Ce que je ne dy pas pour empescher les considérations qui se doivent faire pour mieux discerner quelle est l'inspiration. Mais après cela, sortes et allés en la terre que Dieu vous monstre ; n'escoutés point tant de discours ; ne prestes point l'oreille à tant de raisons que le monde dira ; n'usés point de tant de délais et remises : car vous vous mettes en de grands perilz ; ne vous endormes point , ains soyés promptes à obeyr et à suivre l'attrait.

0 Dieu î combien fut diligente la glorieuse Vierge , et qu'elle se leva promptement pour obeyr à la divine parolle de sa vocation ! elle n'eut pas besoin de faire beaucoup d'examen ; car elle avoit la grâce du discernement. Elle s'en alla donc sans aucun retardement, pour petit qu'il fust, où Dieu la conduisoit, et le Roy du ciel convoita sa beauté, et la choisit non seulement pour son Espouse, mais aussi pour sa Mère.

Or donc bienheureux sont ceux qui escoutent la parolle â( Dieu et la gardent. Tous sont appelles, et bien que plusieun entendent l'inspiration, néanmoins c'est en manières diffe rentes. Mais pour mieux entendre cela , considérés l'Eglis^ comme la cour de quelque prince, lequel seroit en son palais environné de plusieurs seigneurs et cavaliers; ilz sont bien

tous appelles en la cour, et ont Lien tous la grâce du prince, mais différemment ; car il regarde les uns, jette des œillades plus particulières sur les autres, rit contre Tun , parle avec l'autre ; donne des dignités aux uns, favorise les autres ; et que sçay-je, moy, telles et semblables choses qui se font tous les jours dans les cours des roys? Tous estiment et font un grand estât de ces faveurs ; mais il y en a quelques-uns que le prince favorise beaucoup plus que les autres , et ausquelz il tesmoigne un amour bien plus particulier ; et ce sont ceux qu'il fait entrer dans son cabinet, pour s'entretenir avec eux, pour leur descouvrir ses secrets et leur communiquer ses conceptions.

Nous pouvons bien dire que tous les Chrestiens sont des cavaliers et seigneurs qui sont en la cour de ce souverain Prince nostre Seigneur; cour qui n'est autre que l'Eglise, et nostre cher Sauveur, comme leur Roy, les regarde tous ; il favorise les uns, il esleve les autres, et en somme il départ ses grâces à qui il luy plaist , et comme il luy plaist : mais outre les grâces et faveurs qu'il départ aux enfans de son Eglise en gênerai , il y en a de particuliers , qui sont les Religieux , qu'il retire en son cabinet , qui n'est autre que la Religion , et là il leur parle plus particulièrement au cœur, il leur révèle ses secrets, il leur descouvre ses intentions. Mais entre tous ceux qui ont eu celte grâce , la tres-sainte Vierge a esté singulièrement privilégiée au dessus de tous les autres ; c'est elle qui a esté menée au cabinet de Dieu, et à laquelle ont esté descouverts de plus hauts secrets et mystères qu'à nulle autre créature. Voyés donc combien elle a esté heureuse d'avoir escouté et gardé cette divine parolle , et qu'heureuses serés-vous, mes chères Ames, si vous l'imités ! Cela s'entend encore, comme nous avons dit, de se rendre promptes à suivre les inspirations par lesquelles Dieu nous manifeste ses saintes volontés. Je sçay bien qu'il y a diverses interprétations là dessus, desquelles je ne parleray pas maiu-

lenaiîf , maïs seulement de ce qui fait à mon sujet. L'Escriture dit que toutes choses sont et subsistent par la parolld de Dieu : et c'est cette divine paroUe qu'il veut que nour gravions dans nos âmes , promettant pour cela aux en fans de son Eglise, je veux dire aux vrays chrestiens, de leur oster leur cœur de pierre , et de leur en donner un de chair, capable de recevoir en soy l'impression de cette divine paroUe qu'il y gravera luy-mesme , non avec autre burin que celuy de la charité : Auferam cor lapideum de carne vestra, et daba vobîs cor carneum.

Or puisque tous les Chrestiens doivent escouter et garder la parolle de Dieu, correspondre à ses inspirations et faire sa volonté, d'où vient qu'il y en a si peu qui l'entendent comme il faut , et encore moins qui suivent les inspirations que sa bonté leur donne pour parvenir à la perfection, comme nous ne voyons que trop tous les jours ?

Je sçay bi'^n ip'il est nécessaire que plusieurs vivent dans le monde, koquelz doivent user des richesses , honneurs et dignités que la loy de Dieu leur permet de posséder, mais non d'en abuser ; et s'ilz le font , ilz seront bienheureux , pourveu qu'ilz ajustent tousjours leurs affections, en toutes ces choses , et en la jouyssance des biens et dignités qu'ilz possèdent, aux commandemens de Dieu, bien qu'il ne leur faille pas parler des conseils , dautant qu'ilz se contentent d'éviter ce qui les peut porter à la damnation.

Il y en a d'autres qui se veulent bien donner à Dieu, mais ilz se veulent reserver quelque chose. Je me donneray tout à Dieu, disent-ilz, mais non pas si absolument que le monde n'y aye encore quelque part. Je me contenteray de rendre à Dieu ce qui est deu à Dieu , et reserveray ce qui est deu au monde, c'est à dire, ces petites vanités, ces complaysances , cette liberté de vivre selon ses désirs , sans toutesfois rien faire en cela qui soit contraire à sa sainte loy. Bien (jue ceux-cy entendent l'inspiration , ilz n'y correspondent pas

de toute Testenduê de leur cœur, et quoy qu'iîz se sauvent, ilz ne parviendront jamais à un haut degré de perfection.

n y en a d'autres qui veulent bien suivre l'inspiration et volonté de Dieu , et veulent estre tout à luy, mais non pas totalement. Remarqués ce mot : car il y a bien de la différence d'estre tout à Dieu , et totalement à Dieu. Au moins veulent-ilz se reserver le choix des exercices spirituelz : car cela, disent-ilz, est pour Dieu , et c'est afin de le mieux servir ; je voy bien que tel exercice m'est meilleur qu'un autre. 0 Dieu ! qu'est-ce là? ceux-cy se mettent en grand danger d'estre seduitz et trompés , se gouvernant ainsi à leur fantaisie , et ne voulant pas se sousmettre , se reservant le choix des exercices ^ et se formant une manière de vivre selon leur caprice. Et ne voyés-vous point que vousn'estes pas totalement àDieu en faysant cela? — Mais c'est pour Dieu, dira-t'on, que je le fais. — Certes, la glorieuse Yierge, nostre chère Mère et Maistresse, ne fit pas ainsi; ains elle se donna totalement à Dieu au jour de sa Présentation , et ne fît aucune reserve , pour petite qu'elle pust estre , et n'usa jamais de sa volonté , ny de son choix , pour chose que ce fust, ains persévéra tousjours en cette prattique tres-parfaittement.

0 Dieu ! quand l'on considère le cours de la vie de cette sainte Dame , il est certain que l'on a le cœur tout remply de douceur et de suavité ; et quand l'on regarde les grands ■ et rares exemples de vertu qu'elle nous a laissés , l'on est tout ravy d'admiration ; et si l'on veut avoir de la douceur, et mesme la porter au cœur du prochain , il la faut prendre en la considération de la vie de cette sainte Vierge, laquelle, mes tres-cheres Ames , doit tousjours estre devant vos yeux pour vous former sur elle, adjustant tousjours toutes vos actions et affections au niveau des siennes ; car vous estes se?) filles , et pour cela vous la devés suivre et imiter, et voui; servir d'elle comme d'un miroir dans lequel vous devét» tousjours vous mirer et regarder. Et bien que la douceur

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que vous recevrés par le regard et considération de ses vertus , tombe dans un vaisseau d'argile , elle ne laissera l'estre d'une suavité admirable; car le baume mis dans un vaisseau de terre est aussi suave que dans une fiole de cristal.

0 Dieu ! que cette glorieuse Vierge nous a laissé de merveilleux exemples de son obeyssance à la volonté de Dieu en tout le cours de sa vie , en son mariage à S. Joseph , en sa fuite en Egypte ! Oii allés-vous , ô glorieuse Vierge , avec ce petit poupon? je m'en vais en Egypte, dira-t'elle. Et qui vous y fait aller? La volonté de Dieu. Mais sera-ce pour long-tems? Tant que Dieu voudra. Et quand reviendrésvous? Quand Dieu le commandera. Mais quand vous reviendrés, ne serés-vous pas plus joyeuse qu'en y allant? 0! non certes. Et pourquoy? Parce que je feray aussi bien la volonté de mon Dieu en y allant , et y demeurant , qu'en revenant. Mais vous en retournant, vous irés en vostre patrie. 0 Dieu ! je n'ay point de patrie , que d'accomplir la volonté de mon Dieu. 0 admirable exemple d'obeyssance que cette sainte Vierge nous donne 1

Puisque je suis sur le sujet de l'obeyssance, je vous diray deux conditions de cette vertu, qui sont fondamentales, lesquelles je deduiray briefvement. La première est, que pour obeyr parfaittement , il faut aymer Dieu qui commande; et la seconde, qu'il fc"t aymer la chose commandée; et tous les manquemens que nous faisons à l'obeyssance procèdent pour l'ordinaire du défaut de ces deux conditions.

Plusieurs ayment Dieu qui commande; mais ilz n'ayment pas la chose commandée ; d'autres ayment la chose commandée, et n'ayment pas Dieu qui commande. Voyla un prédicateur qui annonce la parolle de Dieu , tout le monde y court; et pourquoy cela? C'est qu'il dit bien, et fait des merveilles. En voyla un autre qui presche la mesme parolle , personne n'y va. Hé 1 dit-on , ce prédicateur ne me plaist

point ; il n'a point bonne grâce , son discours ne m'est point aggreable. Hé! d'où vient cela? Est-ce qu'il n'a pas assés d'éloquence pour chatouiller vos oreilles par son bien dire? Hé! Dieu! quel aveuglement est celuy-cy? N'est-ce pas tousjours la mesme parolle et. volonté de Dieu qu'il vous annonce? Si vous aymés cette divine parolle, et Dieu qui vous l'envoyé , et qui commande que l'on fasse sa volonté , pourquoy ne la recevés-vous pas de celuy-cy d'aussi bon cœur comme d'un autre? Si un roy ou quelque grand prince vous envoyoit une lettre par un de ses pages , regarderiés-vous , pour avoir ces lettres aggreables, de quelle couleur il est habillé ? ô non certes ! ains vous prendriés ces lettres , et les mettriés sur vostre teste en signe de révérence , sans avoir esgard à la livrée de celuy qui les a apportées. Et pourquoy n'escoutés-vous donc et ne recevés-vous pas cette sacrée parolle des uns comme des autres, puisque c'est toujours de la part de Dieu qu'elle vous est annoncée ?

Plusieurs ayment la chose commandée , et n'ayment pas Dieu qui commande. L'on commandera à une fille d'aller faire l'orayson, ou tel autre exercice qu'elle goustera; ô Dieu! elle ira volontiers. Et pourquoy? parce qu'elle l'ayme, à cause de quelque goust et consolation qu'elle y reçoit. Qui fait cela, sinon l'amour propre ? vous en aurés l'expérience ; car tirés-la de là, et l'employés en quelque autre chose qu'elle n'aymera pas , vous verres si elle le fait sans tesmoigner son mescontentement. Qui ne voit donc qu'elle n'ayme pas Dieu qui commande , ains seulement la chose commandée ? car si elle aymoit Dieu qui commande , elle aymeroit autant de faire une chose qu'une autre , puis qu'en tout elle rencontreroit esgalement sa divine volonté.

De mesme, un autre aymera Dieu qui commande, et n'aymera pas la chose commandée. Je sçay bien, dira-t'il, que ce qui m'est commandé est la volonté de Dieu ; mais c'est une chose à laquelle j'ay tant de i-epugnauce et de difficulté, que

je Wà la sçaurois aggreer : de plus , quand je tasclierois de l'aymer, celuy qui l'ordonne de la part de Dieu est de si mauvaise grâce , et a une si pauvre mine, qu'il rend tout à fait la chose commandée desplaysante et de mauvais goust ; il a une façon si froide et si seiche , qu'on ne trouve nulle suavité en ce qu'il ordonne.

Certes voicy la cause de tous nos maux ; quand nos supérieurs et ceux qui nous commandent sont à nostre fantaisie, et selon nos humeurs et inclinations , nous ne treuvons rien de difficile ; mais s'ilz ne sont pas selon nostre affection , les moindres choses ordonnées par eux nous sont rudes et répugnantes à nostre inclination. Et d'où vient cela , sinon que nous ne regardons pas que c'est Dieu qui nous envoyé le commandement , mais pour l'aggreer nous prenons garde si celuy qui nous l'apporte est vestu deverd ou degris,ou quelle est sa mine ou sa contenance? 0 Dieu ! il ne faut pas faire cela ; mais il faut recevoir l'obeyssance , par qui que ce soit qu'elle nous soit commandée comme la volonté de Dieu , ayniant Dieu qui nous ordonne de faire telle chose, prenant ce commandement et le mettant sur nostre teste, c'est à dire, dans le fond de nostre volonté , pour l'aggreer et exécuter avec fidélité. Et si nostre cœur répugne à la chose commandée , il le faut flatter, et tout doucement la luy faire aggreer et exécuter fidellement.

Ce faysant , nous imiterons la glorieuse Vierge , et nous nous donnerons à son exemple totalement à Dieu; et faysant vos renouvellemens , mes chères filles , vous reprendrés nouvelles forces et vigueur pour le service de la dilection de nostre Seigneur. Certes, tant que nous vivrons, nous aurons besoin de nous renouveller et relever.

Tous les Saintz ont fait ainsi, etmesme ce renouvellement se prattiquoit en l'ancienne loy : car nostre nature est de soy si infirme , que facilement elle se refroidit , et vient à deschoir de ses bonnes resolutions. La terre mesme se lasse,

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et ne veut pas tousjours faire ses productions, et semble que rhyver elle se repose ; mais quand le printems est venu, elle se renouvelle , et nous nous resjouyssons de voir qu'ayant reprisse vigueur elle nous fait amplement part de ses fruitz. Ainsi , mes chères Filles , pour reparer vos manquemens et reprendre nouvelles forces , vous venés faire vos renouvellemens, comme nostre Dame et chère Maistresse vous enseigne en sa sainte Présentation; car bien qu'elle n'eust point besoin de se renouveller, dautant que n'ayant point péché elle ne pouvoit deschoir, néanmoins la divine providence permit pour nostre instruction , qu'elle reconlirmast en ce jour le sacrifice et l'offrande qu'elle luy avoit desja faite en sa tres-sainte Conception. Faites-les donc avec une grande ferveur d'esprit, une profonde humilité et une ardente charité. Jettes des souspirs et eslans amoureux à nostre cher Sauveur; accompagnés cette glorieuse Yierge; et mettes vos cœurs et tout vostre estre entre ses mains , et elle vous présentera à la tres-sainte Trinité , et vous obtiendra mille bénédictions en cette vie, qui vous feront parvenir à la gloire éternelle, où nous conduise le Père, leFiizet le saint EspriL Amen^

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