AU ROI HENRI IV
(Tirée de la Vie du Saint ^ par le P. la Rivière )
U le remercie de l'offre d'une pension que sa majesté lui avoit faite en attendant qu'il vaquât un bénéfice digne de lui.
Sire,
Je remercie de tout mon cœur vostre Majesté du souvenir qu^elle a daigné avoir de ma petitesse. J'accepte, ouï, j'accepte avec un très-grand playsir vostre royale libéralité ; mais vous me permettrés, Sire, de vous parler franchement: grâces à nostre Seigneur, je suis maintenant dans une telle situation , que je n'ay point besoin de cette pension : c'est pourquoy je supplie tres-humblement vostre Majesté d'avoir pour aggreable qu'elle me soit conservée entre les mains de vostre Trésorier des espargnes, pour m'en servir quand j'ea auray besoin*.
i C'est la lettre 40^ de la collection Biaise.
• Le roi répondit à cette lettre, qu'il n'a voit jamai? ^-lé refusé de si bonnegrâce, et-ne laissa point cependant de solliciter le Saint d'accepter un bénéfice. Mais il répliqua qu'appelé à l'évèché de Genève, il devoit à sa patrie d« ne Ift point abandonner.
LETTRE
A LA COMMUNArié DES FILLES-DIEU DE PARIS, OUDRE DE FONTEVRAULT «,
(Tirée de la Vie du Saint, par Ch.-Aug. de Sales.)
Il les engage à réformer certaines pratiques qui s'étoicnt introduites dans leur communauté, et dont il voyoit avec regret l'établissement.
De Sales, b 22 novembre 1602.
Mes tres-reverendes Dames et chères Seurs,
J'ay pris une telle confiance en vostre charité , qu'il ne me semble plus avoir besoin de préface ou avant-propos pour vous parler, soit en absence, comme je suis contraint de faire maintenant, soit en présence, si jamais Dieu dispose de moy en sorte que j'aye le bien de vous revoir. J'ayme en tout la simplicité et la candeur : je croy que vous l'aymés aussi; ce que je vous supplie de continuer, parce que cela est fort séant à vostre profession : je pense que les tuniques blanches que vous portés en sont le signe. Je vous diray donc simplement ce qui m'a esmeu à vous escrire à toutes ensemble.
» C'est la 4le des édit. Biaise.
* L'ordre de Fontevrault fut fondé par le bienheureux Robert d*ArbrisseI, Archidiacre de Rennes, vers l'an 1100; il lui doni/ \a règle de S, Benoit, avec quelques constitutions particulières que le pape SiXte IV réforma et rétablit en partie. Cet ordre a compté parmi ses abbesses jusques à quatorze princesses, dont cinq de la branche royale des Bourbons. Le couvent de cet ordre qui existoit à Paris, et auquel s'adresse cette lettre, ayant été fondé en 1485, dans un monastère précédemment occupé par les filles-Dieu, il conserva ce dernier nom*
74 , OPUSnTTLFS
Croyés-moi, jp vous supplie, je suis fort importuné de raffoction extrême que je porte au bien de vostre maison ; car icy, où je ne puis vous rendre que fort peu de services, elle ne laisse pas que de me sug^^erer une infinité de désirs, qui vous sont inutiles et à moy. Je n'ose pas pourtant rejeter ces inclinations, parce qu'elles sont bonnes et sincères, mais sur tout parce que je crois fermement que c'est Dieu qui me les a données. Que si elles me mettent en danger de quelques inquiétudes, ce n'est pas par leurs qualités, mais par la foiblesse de mon esprit qui est encore sujet au mouvement des vents et de la marée. Or c'est un vent qui agile maintenant mon esprit en l'affection qu'il vous porte, et ne sçaurois m'empescher de vous le nommer; car c'est le seul subjetqui m'a fait desrober ce loisir pour vous escrire à la presse d'un monde d'affaires qui m'environnent en ce commencement de ma charge \
Je partis de Paris avec ce contentement de vous avoir en quelque sorte tesm oigne l'estime que je faisois de la vertu de vostre Mayson , de laquelle l'opinion me donnoit beaucoup de consolation et me profitoit intérieurement, m'animant au désir de ma perfection. La sainte parole dit que Jonas se consola à l'ombre du lierre et de l'arbre^ . Mais un vent chaud et cuisant desseijcha fresque tout en un moment cet arbrisseau^. Un vent fit presque le mesme effet en la consulatiou que j'avois en vous; mais pensés, je vous supplie, que ce fut un vent du midi d'une entière charité-
' S. François de Sales étoit alors évèque do, Genève, par la mort de M. d^ Granier son prédécesseur, arrivée le 17 septembre précédent; mais il n'éloi; pas encore sacré , et ne le l'ut que le 8 de décembre suivant.
2 Praeparavit Dominus Deus hederam, et asceadit super caput Jonae, ut esset umbra super caput '"jus, et protegeret eum (laboravere t enim) ; et Isetalus est Jonas super hedera /'detitiâ magnâ. Jonae, IV, V, 6.
3 Et cùm ortus fuisset sol, praecepit Dominus vento valide et urenti. Et percussit sol super caput Jonae, et aestuabal. Et petivit aniraae suae ut morerelur. Ibid. 8.
Ce liît un rapport auquel je fus obligé de donner créance par la considération de toutes les cifconstances. Seigneur Dieu! que je fus marri, et de ce que Ton me disoit , et de l'avoir sceu seulement en un tems auquel je n'avois pas loisir d'en traiter avec vous ! car je ne sçay si mon affection me trompe , mais je me persuade que vous m'eussiés donné une favorable audience, et n'eussiés sceu trouver mauvaise aucune remonstrance que je vous eusse faite, puisque vous n'eussiés jamais découvert en mon ame ny en tous ses mouvemens , sinon une entière et pure affection à vostre avancement spirituel et au bien de vostre May son.
Mais n'ayant pas deu ar rester pour cela , estant appelé icy pour un bien plus grand , je me suis mis à vous escrire sur ce subjet , bien que j'aye quelque tems débattu en moymesme si cela seroit à propos ou non : car il me sembloit presque que cela seroit inutile, d'autant que ma lettre seroil subjette à recevoir des répliques, et m'en feroit donner; , qu'elle arriveroit peut-estre bors de saison ; qu'elle ne vous representeroit pas naïvement ny mon attention ny mon affection ; que vous estes en lieu oii vous serés conseillées de vive voix par un monde de personnes qui vous doivent estre en plus grand respect que moy ; et que si vous ne croyés à Moïse et aux prophètes qui vous parleront , malaysément croirésvous à ce pauvre pécheur qui ne peut que vous escrire; et, outre cela , qu'à ce qu'on m'a dit , quelques autres prédicateurs meilleurs et plus expérimentés à la conduite des âmes que je ne suis, vous en ont parlé sans effet.
Néanmoins il a fallu que toutes ces raysons ayent cédé à mon affection et au devoir que l'extrême désir de vostre bien m'impose. Dieu employé bien souvent les plus foibles pour les plus grands effets Que puis-je sçavoir s'il veut porter son inspiration dans vos cœurs sur les parolles qu'il me donnera pour vous escrire? J'ay prié; je dirois bien plus, et je ne diirois que la vérité; mais cecy suffira; j'ay arrousé ma bouche
du sang de Jesus-Christ à la messe, pour vous pouvoir envoyer des paroles convenables et preignantes. Je les porteray donc icy sur ce papier : Dieu les vueille conduire et addresser en vos esprits pour y servir à sa gloire!
Mes chères Sears, on m'a dit qu'il ^ a en vostre Mayson des pensionnettes particulières et des propriétés dont les malades ne sont pas esgalement secourues ; que les saines ont des particularités aux viandes et habits sans nécessité, et que les entretiens et récréations n'y sont pas fort dévotes. On m'a dit tout cela et beaucoup d'autres choses qui s'ensuivent. J'aurois aussi beaucoup de choses à vous dire sur ce subjet; mais ayés la patience, je vous supplie, faites-moy cet honneur de lire attentivement et doucement ce que je vous en représente. Gratifiés en cela mon zèle à vous servir.
Mes bonnes Dames, vous devés corriger vostre Mayson de tous ces défauts , qui sont sans doute contraires à la perfection de la vie religieuse. L'agneau paschal doit estre sans macule; vous estes des agneaux de la Pasque, c'est à dire du passage ; car vous avés passé de l'Egypte du monde au désert de la Religion, pour vous acheminer en la terre de promission. Certes, il faut que vous soyés sans tache ou macule apparente. Mais ne sont-ce pas des macules bien noires et manifestes , que ces défauts et grands manquemens que j'ay marqués cy-devant, et principalement en une telle Mayson? Il les faut donc corriger. Vous les devés corriger à mon advis, parce qu'ilz sont petits, ce semble, et partant il les faut combattre pendant qu'ilz le sont; car, si vous attendes qu'ils croissent , vous ne les pourrés pas aysement guérir. Il est aysé de destourner les fleuves en leur origine , où ilz sont encore foibles ; mais plus avant ilz se rendent indomptables, Prenés-moi/y dit le cantique, ces petits renardeatix qui ruinent les vignes\ Hz sont petits, n'attendes pas qu'ilz soient grands; car, si vous attendes, non seulement il na * Gapite nobis vulpesparvula^^ quje demoliuntur vineâs. Gant. If, 15*
sera pas aysé de les prendre, mais quand vous les voudrés prendre, ce sera lorsqu'ilz auront desja tout gasté. Les enfans d'Israël disent en un psaume : Filia Babylonis misera;,,, heatus qui tenchif et allidet parvulos tuos ad "petram */ La Fille de Babylone est misérable;, . . 6 que bienheureux estceluy que écrase et brise ses petits contre lajnerrel Le desordre, le dérèglement des Religions est vrayement une liîle de Babylone et de confusion. Ah \ que bienheureux sont les esprits qui n'en souffrent que les commencemens , ou plustost les terrassent ou fracassent à la pierre de la reformation !
L'aspic de dissolution et de dérèglement n'est pas encore enclos en vostre mayson; mais prenés bien garde à vous, ces défauts en sont les œufs ; si vous les couvés en vostre sein , ilz écloront un jour à vostre ruine et perdition, et vous n'y penserés pas. Mais si ces défauts sont petits , comme il peut sembler à quelques-unes, n'estes-vous pas beaucoup moins excusables de ne les pas corriger? Quelle misère, disoit aujourd'hui S. Chrysostome, dans l'homélie de l'Evangile de sainte Cécile, de laquelle nous faysons la f este ; quelle misère de voir une troupe de filles avoir combattu , battu et vaincu le plus fort ennemy de tous, qui est le feu de la chair, et néanmoins se laisser vaincre à ce chetif ennemy, Mammon , dieu des richesses ! Et certes toutes propriétés et particularités de moyens en religion se réduisent à Ma m mon de l'iniquité. C'est pourquoy, disoit-il, ces pauvres vierges sont toutes appellées folles, parce qu'après avoir dompté le plus fort, elles se rendeni au plus foible '.
Vostre Mayson excelle en beaucoup d'autres perfections , et est incomparable en icelles à toutes autres : ne sera-ce pas
»Psal. GXXXVI, 8.
* Non est corporum et pecuniae par cupiditas ; sed acrior multô atque vehementior illa corporum est. Quarito igitur cum imbecilliore luctantur, tantd minus venià dignae sunt. Idcircb etiam fatuas appellavit, quoniam, majori ccrtamine sup'^rato, in faciliore totum perdiderunt. S. Chysost. Homil. LXXIX in I^latt.. mst initium»
un grand reproclie d'en laisser ternir la gloire par ces cîk^tives imperfections? On vous appelle, par une ancienne estime et prérogative de vostre Mayson, Filles de Dieu; voulez-vous perdre cet honneur par le défaut d'une reformation en ces petites défectuosités, pour un potage de lentillt-s perdre la primogeniture que vostre nom semble vous avoir donnée par le consentement de toute la France?
C'est à la vérité une marque de très-grande imperfection au lion et à l'elephant, qu'après avoir vaincu les tigres, les bœufs, les rhinocéros, ilz s'effrayent, s'espouvantent et trémoussent , le premier devant un petit poulet , et l'autre devant un rat, dont la seule vue leur fait perdre courage : cela est un grand déchet de leur générosité ; et est aussi une grande tare* (qui signiiie défaut) à la bonté de vostre Mayson , d'y avoir des pensions particulières et semblables défauts, après que l'on y a veu tant d'autres qualités ïotiables. Soyés donc fidelles en la reformation de ces menues imperfections; alïin que vostre Espoux vous constitue sur beaucoup de perfections, et qu'il vous appelle un jour à sa gloire*.
Mais après tout cela, permettés-moy, je vous supplie, de vous dire mon opinion touchant ces défauts. Hz sont à la vérité petits , si on les met en comparaison des plus grands : car ce ne sont que commencemens , et tout commencement , soit en mal , soit en bien, est toujours petit. Mais si vous les considérés en comparaison de la vraye et entière perfection religieuse, à laquelle vous devés aspirer, ilz sont sans doute très-grands et tres-dangerev^- . Est-ce, je vous supplie, un petit mal que celuy qui attaque et gaste une partie noble de vostre Corps, à savoir le vœu de pauvreté? On peut estre bonne Religieuse sans chanter au Chœur, sans porter tel ou
1 Tare est une défectuosité qui se trouve en quelque chose , soit au poids, au compte ou à la substance. Quand or f^^nd les métaux, il y a toujouir de la tare, de la diminution, par ce qui o <dpore ou se tourne en scorie.
*Euge, serve bone etfidelis: quia i iper pauca fuisti fidelis, super muIU te constituam ; intra îii gaudiura Don ini tui. Matth. XXV, 21.
tel habit, sans telle ou telle abstinente; mais sans la pauvreté et communauté, nulle ne le peut estre.
Le vermisseau qui rongea la' courge de Jonas sembloit estre petit; mais sa malice estoit si grande, que l'arbrisseau en périt K Les défauts de vostre Mayson semblent bien minces; mais leur malice est si grande, qu'elle gaste vostre vœu de pîiuvreté.
Ismaël estoit petit garçon, mais incontinent qu'il commença à picquer et agacer Isaac, la sage Sara le fît eschapper, avec Agar sa mère, hors la mayson d'Abraham 2, c'est à dire, du grand Père céleste. Il y a eu une Sara et une Agar; cette partie supérieure et en certaine façon surhumaine, et l'autre plus basse et humaine ; l'esprit et l'intérieur, et le corps avec son extérieur. L'esprit a engendré le bon Isaac : c'est le vœu que vous a^^és fait comme un sacrifice volontaire sur la montagne de la Religion, ainsi qu'Isaac, sur la montagne de Vision , s'offrit de volonté en sacrifice. La chair et partie corporelle n'engendre qu'Ismaël : c'est le soin et le désir des choses extérieures et temporelles. Pendant que cet Ismaël, ce soin et désir, n'attaque point vostre Isaac, c'est à dire vostre vœu et profession, bien qu'il demeure chez vous et en vostre Mayson , j'en suis content , et , ce qui est le principal. Dieu n'en est point offensé; mais quand il agace vostre vœu, vostre pauvreté, vostre profession, je vous supplie, mais je vous conjure, chassés-le et le bannisses. Qu'il soit tant petit qu'on voudra, qu'il soit tant enfant qu'il vous plaira, qu'il ne soit pas plus grand qu'une fourmi; mais
' Prœparavit Dominus Deus hederam , et aTs-cendit super caput Jonae , ut esset iimbra super caput ejus, et protegeret eu m (laboraverat enim) ; et laetatus est Jonas super hederâ iaetilià magnâ. Et paravit Deus vermera ascensu diiuculi in crastinum, et percussit hederam, et exaruit. Jonae IV, 6 et 7.
2 Cum vidisset Sara filium Agar iEgyptiae ludentem cum Isaac filio suo . dixit ad Abraham : Ejice ancillam haiic et filium ejus; non enim hseres erit frlius ancillae cum filio meo Isaac. Gènes XXI, 9. Quomodè tùnc is qui secuodùm cariiem natus fuerat persequebatur eum qui secundùm spiritum, ità el nùnc, etc. Galat. IV 20.
80 OPUSCITLF.S
il est mauvais, il ne vaut rien, il vous ruinera, il gastera vostre May son.
Encore trouvé-je ce mal en vostre Mayson bien grand , parce qu'il y est maintenu , parce qu'il y est en repos , et qu'il y séjourne comme habitant ordinaire. C'est le grand mal que j'y voy, que ces particularités sont meshuy bourgeoises. Les mouches nourantes , dit le Sage * , 'perdent la suavité du baume et onguent. Si elles ne faysoient que passer sur l'onguent, et le succer en passant, elles ne le gasteroient. pas ; mais y demeurant mortes et comme ensevelies , elles le " corrompent. Je veux que les manquemens et défauts de vostre mayson ne soient autre que mouches ; mais le mal est qu'elles s'arrestent sur vostre onguent; elles s'y arrestent, et y sont ensevelies avec faveur. Pour petit que soit le mal , il croist aysement quand on le flatte et qu'on le maintient. Nul ennemy, disent les soldats, n'est petit quand il est mesprisé. Ce sont les raysons que Dieu m'a données pour vous prier de vouloir reformer vostre Mayson touchant ces petites ou grandes fautes que l'on m'a dit y estre; mais je ne puis assouvir le désir que j'en ay.
J'ay encore voulu considérer quelz empeschemens vous pourroient rendre ce saint œuvre malaysé , et vous en dire mon advis. Je me doute que vous n'estimés pas qu'en ces pensions et autres particuliarités il y ait aucune propriété contraire à vostre vœu , parce qu'à l'adventure tout s'y fait sous la permission et licence de la Supérieure. C'est desjd un mauvais mot que celui de permission et licence parmi Vesprit de perfection. Il seroit mieux de vivre sous les lois et ordonnances , que d'avoir exemptions , licence? et permissions. Vous voy es (le.sja un subjet de reformation.
Moyse avoit donné une permission et licence touchant l'intégrité du mariage. Nostre Seigneur, reformant ce saint sacrement et le remettant en sa pureté , protesta que Moyse
* MusccB morientes perdunt suavitatem ungueuli. Eccles. X, 1,
ne Tavoit permis qu'à foi ce et contrainte, pour la dureté de leurs cœurs ^ Bien souvent les Supérieures plient ce qu'elles ne peuvent rompre, et permettent ce qu'elles ne peuvent empescher ; et la permission par après a esté ruse et malice , qu'ayant duré quelque tems elle s'en fait accroire ; et au contraire des choses qui vieillisent, elle se renforce et semble peidi j petit à petit sa laideur et sa difformité. Les permissions a' tntrent jamais que par grâce dans les monastères; mais y ayant pris pied , elles y vont demeurer par force , et nen sortent jamais que par rigueur.
Mais , outre cela , je dis qu'il n'est rien de si semblable que deux gouttes d'eau : néanmoins l'une peut estre de rose , et l'autre de ciguë ; l'une guérit , et l'autre tuë. Il y a des permissions qui peuvent estre aucunement bonnes; mais celle-cy ne l'est pas : car c'est enfin une propriété , quoy que voilée et cachée ; c'est l'idole que Rachel tenoit cachée sous sa robe. On dit que la Supérieure le permet , et que c'est sous son bon playsir ; voyla Rachel qui parle. Mais ce sont les pensions d'une telle Seur, et non pas d'une autre ; voyla l'idole de la propriété. Si ce n'est pas propriété que l'une a plus de commodité sans nécessité , et l'autre plus de nécessité sans commodité , que veut dire qu'estant toutes Seurs , vos pensions ne sont pas Seurs ? L'une souffre , et l'autre ne souffre point; l'une a faim, diray-je presque comme S. Paul ^, Vautre abonde. Ce n'est pas là une Communauté de nostre Seigneur. Appelez-la comme vous voudrez; mais c'est une pure propriété ; car là où il n'y a point de propriété , il n'y a point de mien et de tien , qui sont les deux motz qui ont produit le malheur du monde. Le Religieux qui a un liard ne vaut pas un liard , disoient les anciens.
1 Moyses ad duritiara cordis vestri permisit vobis dimittere uxores vestras; «b initio autem non fuit sic. Matth., XIX, 8. * Alius quidem esurit, alius autem ebrius est. l. Gor.^ XI, 21. VI, ô
L'amour et tendre affection que vous portés à vostre maison peut aussi estre un grand empeschement à la reformation d'icelle ; parce que cette passion ne peut permettre que vous pensiés mal d'elle , ni que vous oyés de bon cœur les reprehensions qu'on vous en fait. Mais prenés garde , je vous supplie ; car l'amour propre est rusé , il se fourre et glisse par tout, et nous fait accroire que ce n'est pas luy. Le vray amour de nos maisons nous rend jaloux de leurs perfections réelles, et non de leur réputation seulement. La femme du bon Tobie prit à point d'hormeur un advertissement de son mary, parce qu'il sembloit révoquer en doute l'estime de sa famille *. Elle es toit trop pointilleuse : si ce mal n'y estoit pas, elle en devoit loiier Dieu ; s'il y estoit, elle le devoit corriger. 11 nous faut manger le beurre et le miel avec nostre Seigneur, adoucir nos esprits, et nous bumilier, choisissant le bien et rejettant le mal^. Les abeilles ayment leurs ruches, qui sont comme leurs maysons ; je vous dis un jour que c'estoit comme des Religieuses naturelles entre les animaux ; mais elles ne laissent pas d'esplucber par le menu ce qui y est, et de les purger à certains tems.
Rien n'est si constant sous le ciel qu'il ne périsse ; rien» de si pur qu'il ne recueille quelque poussière ^. C'est bieni fait de ne point dire inutilement les défauts que l'on voit dans les maysons , et de ne les point manifest'"T ; mais de na les vouloir pas reconnoistre, ny confesser à ceux qui peuvent estre utiles pour y donner remède , c'est un amour desoiN
' Anna, uxor Tobiae, ibat ad opus textrinum quotidiè , et de labore mat» Buum suamm victum, quem coiisequi poterat, defêrebat. Undè factum est)' ut haaclum. cagrorum accipiens, detulisset domi. Gujus, cùiïi vocem balaiiLis vir ejus audisset, dixit : Videte ne forte furtivus slt.... Ad hœc uxor ejiis irata respondit ; Manifesté vana est spes tua , et eleemosynse tuae modo apparuerunt. Atque his et aliis hujuscemodi verbis exprobrabat ei. Tobiae II, 19. et seq.
2 Butyrum et niel coniedet , ut sciât reprobare malura et eligere bonum, Isaïô,,. VU, 15.
» Necesse est de mundano pulvere etiam religiosa ODcda sordescere. S. Léo, Serm. iV^ de ii^uâdrageâiiiaài.
ilonTié. L'Espouse au Cantique, confesse son imperfection. Je suis noire , dit-elle ' , encore que belle. . . iVe prenés pas garde à ce que je suis brune, cest le soleil qui ma haslée. Je pense que vous en pouvés bien dire autant de vostre Mayson : elle est belle et vertueuse , c'est la vérité ; mais la longueur du tems et des années a un petit altéré son teint. Pourquoy ne luy redonnerés-vous pas ses couleurs par une sainte reformation? Quand il y a quelque défaut passager dans une mayson, on le peut dissimuler; mais quand il est permanent et par manière de coustume, il le faut chasser alors. Tl suffit d'y appeler ceux qui y peuvent servir. Ce fut Tin amour démesuré en David * , de ne vouloir pas qu^on defîst Absaîom , tout mauvais et rebelle qu'il estoit. Quiconque ayme sa mayson, en procure la santé, la pureté et reformation.
Je pense qu'il y a un autre empeschement à la reformation de vostre Mayson ; c^est qu'à l'adventure vous estimés qu'elle ne pourroit se maintenir sans ces pensions , parce qu'elle est pauvre. Au contraire , je pense que ce Monastère est pauvre, parce que ces pensions y sont. Il y a en Italie deux nobles republiques , Venise et Gènes. A Venise , les particuliers ne sont pas si riches qu'à Gènes La richesse d'es particuliers empesche celle du public. Si une fois vous estiés à bon escient pauvres en particulier, vous sériés par après riches en commun.
Dieu veut que l'on se fie en luy, chacun selon sa vocation. Il n'est pas requis en un homme laïque et mondain de s'ap-
* Nigra sum, sed formosa.... Nolite me considerare quod fusca sim, quia 4Îecoloravit me sol. Gantic, I, 4 et 5.
2' Praecepit rex (David) Joab, et Abizaï, et Ethaï, dicens : Servate mitii puerum Absalom.... Dixit rex ad Chusi : Est-ne pax puero Absalom? Gui respondens Ghusî : Piaiït, inquit, sicut puer, inimici domini mei régis.. . Gontristatus itaque rex ascendit cœnaculum portas, et tïevit. Et sic loquebatur, va^Jens : Filî mi Absatonr, Absalora' fîlî rai ! quis mtîii tribaat ut ego moriar fro te-, Absalom M mi, fili mi Absalom î IF. Reg-., XVin, 5, 32 et 33.
puyer en la providence de Dieu en la sorte que nous autres ecclésiastiques devons faire ; car il nous est défendu de '^esauriser et faire marchandises , mais il n'est pas défendu aux mondains : ny les ecclésiastiques séculiers ne sont pas obligés d'espérer en cette mesme providence comme les Religieux ; car les Religieux y doivent espérer si fort , qu'il/, n'ayent aucun soin de leur particulier pour avoir des moyens. Or, entre les Religieux , ceux de S. François excellent en cet endroit , qui est la confiance et résignation qu'ilz ont en la Providence divine , n'ont nul moyen ni en particulier ni en gênerai , pratiquant pleinement la parole du Psalmiste : Jacta cogitatum tuum in Domino , et ipse te enutriet *. Jette tout ton soing en nostre Seigneur, et il te nourrira.
Chacun doit jetter tout son soing en Dieu , et aussi il nourrit tout le monde ; mais chacun ne le jette pas en mesme degré de résignation : les uns l'y jettent sous le travail et industrie que Dieu leur a donnée , et par laquelle Dieu les nourrit; les autres, plus purement, sans l'entremise d'aucune industrie , tendent à cela. Hz ne sèment ny ne recueillent, et le Père céleste les nourrit ^. Or vostre condition religieuse vous oblige à vous resigner en la providence de Dieu, sansl'aydeny faveur d'aucunes pensions ny propriétés^ particulières : c'est pourquoy vous devés les rejetter.
David admire comme Dieu nourrit les petits poussins des corbeaux ^ : aussi est-ce chose admirable. Mais ne nourrit-it pas les autres animaux? Si fait; mais non pas de la sorte , ny immédiatement, dautant que les autres sont aydés de leurs pères et mères, et n'ont d'ailleurs moyen de travailler.
* S. François cite le psaume selon les anciens psautiers. Dans la Vulgate on lit : Jacta super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet. Ps. LIV, 23,
* Respicite volatilia cœli, quoniam non serunt, neque metunt, nequecoiK gregant in horrea, et Pater vester cœlestis pascit illa. Matth. VI, 26.
5 Prœcinite Domino in confessione, psallite Dec nostroin citharâ.... quidat jumentis escam ipsorum, et puUis corvorum invocantibus eum. Psalm. GXLVI^.
Nostrp Spi.':î:neur les iKiiuiit presque miraculeusement; aussi nourrit-il tousjours ses dévotes servantes et créatures, lesquelles, par la condition de leur estât et profession, se sont dévouées à la Communauté et pauvreté particulière, sans Pentremise d'aucun moyen contraire à leur condition.
Les Cordeliers ont estimé qu'ilz ne pouvoient vivre en cette estroitè pauvreté que leur règle primitive requeroit : les Capucins leur ont fait voir clairement que si. Pendant que S. Pierre * se fia en celuy qui Tappelloit, il fut asseuré; quand il commença à doubter et perdre la confiance , il enfonça dans les eaux. Faisons ce que nous devons , chacun «elon sa condition et profession , et Dieu ne lous manquera point. Pendant que les enfants d'Isiaël estoient en Egypte, il les nouriissoit de la viande que les Egyptiens donnoient ; lorsqu'ilz furent au désert oii il n'y en avoit aucune , il leur donna la manne ^ , viande commune à tous et particulière à jiul, et la({uelle, si je ne me trompe, représente une certaine Commimauté. Vous estes sorties de l'Egypte mondaine, vous estes au désert de la Religion : ne recherchés plus les moyens mondains; espérés fermement en Dieu; il vous nourrira «ans douhte , quand il devroit faire pleuvoir la manne.
Je me double encore qu'il y ayt un autre empeschement à vosti e j< formation ; c'est qu'à l'adventure ceux qui vous Font pi()[Misée ont manié la playe un peu asprement : mais voudnes-v us pour cela rejetter vostre guerison? Les chirui giens sont (^ ^elquefois contraints d'agrandir la playe pour amoindrir le mal, lorsque, sous une petite playe, il y a beaucoup de meurtrissures et concassures : c'a e»lé peut estre cela
* Pelrus dixit (Jesu) : Domine, si tu es, jubé me ad te venire super aquas. At ipseait : Veni. Et descendens Petrus de naviculâ, ambulabat super aquara ut \eiiirei ad Josum. Videns verô veutum validum, tiuiuit; et cùm cœpisset niergi. clauiavit, dicens : Domine, salvum me fac. Et continua Jésus, extendeus manum, apprehendit eum,et ait illi; Modicae fidei, quare dubitastif Mali h., XIV, 28otseq.
»Exod.,iYL
.^6 OPUSCTTL'FS
qui leur a fait porter le rasoir im petit bien avant dnns le vif. Je loue leur méthode , bien que ce n'est pas la mienne , sur tout à l'endroit des esprits nobles et bien nourris, comme sont les vostres. Je croy qu'il est mieux de leur montrer simplement le mal, et leur mettre le fer en main, afin qu'ilz. fassent eux-mesmes l'incision. Néanmoins, ne laissés pas pour cela de vous reformer. J'ay accoustumé de dire que nous devons recevoir le pain de correction avec hmxicoiip d^ estime , encore que celui qui le porte soit desaggreable et fascheux , puisque Elie mangeoit le pain porté par les cor-^ beaux ^ Ainsy celuy nous doit aggreer qui procure nostre bien , soit qu'il en soit de tout autre point desaggreable et fascheux. Job racloit l'ordure et suppuration de ses idccres avec une pièce de pot cassé ^ ; c'estoit une dure abjection ; mais elle estoit utile. Le bon conseil doit estre receu , soit qu'il soit trempé au fiel, ou qu'il soit confit au miel.
Que tous ces empeschemens ne soient point assés forts , je vous prie , pour vous retarder de faire le voyage de cette vostre et nécessaire reformation. Je prie Dieu c\}iHl envoyé ses Anges pour vous porter entre leurs mains , afin que vous ne heur tiés point aux pierres d! achoppement ^. Il me reste à. vous dire mon advis touchant l'ordre que vous devés tenir.
Priés Dieu , par des oraysons communes et distinctes , à cet effet qu'il vous fasse voir les défauts de vostre Mayson , et les moyens pour y remédier et pour recevoir la grâce. Puisqu'il est le Dieu de paix , appaisés vos esprits , mettez-^ les en repos ; ne permettes pas que la contention que vos esprits auront peut-estre faite contre ceux qui vous auront
* Abiit (Elias) et fecit juxtà verbum Domini , cùmque abiisset , sedit in torreiite Carith.... Corvi quoque deferebant ei panem et carnes manè, àimiliter panem et carnes vesperè, et bibebat de torrente. III. Reg., XVII, 5.
2 Sathan.... percussit Job ulcère pessimo , à planta pedis usque ad verticem ejus; qui testa saniem radebat, sedens in sterquilinio. Job, II , 7 et 8.
* Angelis suis mandavit de te, ut custodiant te in omnibus "viis tuis. In manibus portabunt ;e, ne forte offendas ad lapidem pedenn tuuna. Ps. XG, 11, 1*.
cy-devant voulu corriger , iassc au'',{in préjugé contre hi lumière céleste; ne tenés pins vostre party, ny celuy de vostre Mayson; faites tout ainsyque si vous vouliés instituer une nouvelle Congrégation. Selon vostre ordre et vostre règle, traités-en les unes avec les autres en esprit de douceur et de charité. Lhors vostre Espoux vous r(igai'dera avec ses Ansres , comme nous favsorjs les abeilles cuand elles sont doucement empressées à la confection de loar n^:el , et je ne doubte point que ce saint Espoux ne parle à vostre cœnr. pour vous dire ce qu'il dit à son serviteur Abraham : Clœminés devant 7noy, et soy es parfait *. Entrés plus avant au désert de la perfection : vous avés desja fait la première journée par l'exacte chasteté , et la seconde par l'obeyssance, et une partie de la troisième par quelque sorte de pauvreté et communauté; mais pourquoy vous arrestés-vous en si beau chemin, et pour si peu de chose , comme sont les pensions particulières? Marchés plus avant, achevés la journée , mettes tout en commun , renonces à la particularité, aiïin que , selon la sainte parolle , vous fassiés une sainte immolation et entier sacrifice en esprit et en bien.
Apres que vous aurés traité de vostre affaire avec vostre Espoux et par ensemble , appelles à vostre secours et pour vostre conduite quelques-uns des plus spirituels qui sont à l'entour de vous; ilz ne vous manqueront pas. J'en nommerois quelques-uns; mais vous les nommerés mieux que moy, et ceux-là mesmes à Fadventure que je voudrois nommer; ce sont gens extresmement bons à cela , des esprits doux et gracieux , condes(^,endans quand ce vient à l'effet , bien que leurs reprehensions semblent un petit a.spres et mordicantes. A ceux-là vous devés confier vostre affaire , afïin qu'ils jugent de ce qui sera plus convenable ; car vostre sexe est subjet dés la création à la condition de l'obeyssance *, et ne
* Ambula coramme, et eslo perfectus. Gènes., XVll, 1.
' Sub viri potesiate eris, etipss domiiiciDitur lui. Geues., III, 16*
réussit jamais devant Dieu qu'en se sousmettant à la conduitte et instruction. Voyés toutes les excellentes dames * de la Mère de miséricorde jusques à présent, et vous trouvères que je dis vray. Mais en tout je présuppose que l'autorité de madame de Fontevrault tienne son rang.
C'est peut-estre trop parler et trop escrire d'un subjet duquel vous avés à l'adventure des oreilles desja trop battues ; mais Dieu, devant lequel je vous excite, sçayt que j'ay beaucoup plus d'affection que de parolles en cet endroit. Je suis indigne d'estie escouté; mais j'estime vostre charité si grande , que vous ne mespriserés point mon advis , et croy que le bon Jésus ne m'a pas donné tant d'amour et de confiance en vostre endroit, qu'il ne vous ayt donné une affection réciproque de prendre en bonne part ce que je vous propose pour le service de vostre mayson , laquelle je prise et honore à l'égal de toute autre , et l'estime une des bonnes que j'ay veues. C'est cela qui m'a fait désirer qu'elle soit meilleure et parfaite. Il me fasche de voir de si grandes qualités , comme sont celles de vostre Maj^son , esclaves sous les menues imperfections , et , comme parle l'Escriture , de voir vostre vertu réduite en captivité, et vostre beauté spirituelle entre les mains des ennemis *. C'est pitié de voir une précieuse liqueur perdre son prix par le meslange d'une petite souillure , et un vin exquis par le meslange de l'eau. Ton vin % dit un prophète, est meslé d'eau.
Je vous diray comme vostre saint patron, S. Jean, qui receut commandement d'escrire aux Prélats d'Orient : Je sçay vos œuvres, qui sont presque toutes boMies : vous estes presque telles , bonnes Religieuses; mais j'ay quelque petite
*0n doit entendre par ces dames les religieuses de Fontevrault, qui regardaient la Mère de niisericorde comme leur mère et première ahbesse.
> Tradidit in captivitatem virtutem eorum , et pulchritudiiiem eorum m manus inimici. Ps. LXXVII, 61.
•Vinum tuum mixtum est aqua. Is... fl, 23.
DE S. FRANÇOIS DE SALES. 8î)
cîwse à dire contre vous ^ il vous manque quelque chose. Je vous loue en toutes choses, dit S. Paul à ses Corintliiens '; mais en cela je ne vous loue pas. Je vous supplie et conjure par la charité qui est entre nous , ostés de vestre Mayson ce qui est de trop , et ajoutés ce qui y defaui Donnés-moy , je vous prie tres-humblement , cette consolation de lire cette lettre en repos et tranquillité d'esprit , et de la priser, non au poids du vulgaire , mais au poids du sanctuaire et de la charité ; et je prie Dieu qu'il vous donne les resolutions neces^^^ires à vostre bien , pour la plus grande sanctification de son saint nom en vous, ann que vous soyés de nom et d'effet ses vrayes filles. Je me promets l'assistance de vos oraysons pour toute ma vie, et plus particulièrement pour cette entrée que je fais en la laborieuse et dangereuse charge d'Evesque, affin que , preschant le salut aux autres , je ne sois reprouvé à damnation ^
Dieu soit nostre paix et consolation.
Je suis et seray toute ma vie , mes révérendes Dames et tres-cheres Seurs en Jesus-Christ , vostre , etc.
iNovi opéra tua, el fidem, et charitatera tuam, et ministerium , et patientiam tuam, et opéra tua novissima, plura prioribus; sei Aabeo adversùs tê pauca. Apec, II, 19 et 20.
* Quid dicam vobis ? Laudo vos : in hoc non laudo. I. Cor., XI, 22.
• Ne forte, cum aliis preedicaverim, ipse reprobus efficiar. I Cor.» IX, S7«
LETTRE