VI
sèment supplier nostre Dame qu'il luy plaise vous offrir à son Fils, comme une créature tout absolument abandonnée à sa divine bonté , vous resolvant que moyennant sa grâce vous vivrez désormais d'une vie toute nouvelle , favsanl maintenant un renouvellement parfait de toute vostre ame, détestant pour jamais vost?"^ vie passée , avec toutes vos vieilles habitudes. Allez donc, ma chère Fille, pleine de confiance qu'après avoir fait cet acte parfait du saint abandonnement de vous-mesme entre les bras de la tres-sainte Yierge, pour vous consacrer et sacrifier de rechef au service de l'amour de son Fils, elle vous gardera tout le temps de vostre vie en sa protection, et vous présentera derechef à sa bonté à l'heure de vostre mort.
Maintenant je vous dis : Ne parlez que le moins qu'il se pourra de vous-mesme ; mays cecy, je le dis tout de bon , retenez-le bien, et faites-y attention. Si vous estes imparfaite , humiliez- vous au fond de vostre cœur, et n'en parlez point ; car cela n'est que l'orgueil , qui fait que vous pensez en dire beaucoup, afin que l'on n'en trouve pas tant que vous dites. Parlez peu de vous , mais je dis peu.
Ayez un grand soin de maintenir vostre extérieur parmi vos filles en telle médiocrité entre la gravité, et la douceur et l'humilité, que l'on reconnoisse que si bien vous les aimez tendrement , que vous estes aussi la Supérieure ; car il ne faut pas que l'affabilité empesche l'exercice de l'authorité. J'approuve fort que les Supérieures soient Supérieures , se faisant obeyr, pourveu que la modestie et le support soient observés.
Ayez envers les séculiers une sainte gravité ; car tandis que vous estes jeune, il faut observer soigneusement cela. Que vostre rire soit modéré , et mesme envers les femmes , avec lesquelles on peut avoir un peu plus d'affabilité et de cordialité.
Il ne faut pas entendre par cette gravité, qu'il faille estm
severe ou renfrognée ; car il faut conserver tousjours une gracieuse sérénité devant les jeunes gens, quoyque de profession ecclésiastique. Ayez pour l'ordinaire vo» yeux rabaissés, et soyez courte en paroles avec telles gens, observant tousjours de profiter à leurs âmes, en faysant voir la perfection de vostre Institut. Je ne dis pas la vnstre, ains celle de vostre Institut^, non en paroles, que fort simplement, ne la louant que comme on parle un chacun de soy-mesme, ou de ses parens, c'est à dire courtement et simplement.
Louez grandement les autres Ordres et Religions , et le vostre au dessous des autres choses , bien que vous ne deviez pas cacher que vous vivez paisiblement, et disant, quand l'occasion s'en présente , le bien qui se fait simplement.
Faites tousjours grand cas des Sœurs Carmélites , et vous entretenez en leur amitié par tout oii vous serez, tesmoignant tousjoursque vous en faite,< grande estime, et que vous les aymez chèrement.
Entretenez-vous fort avrC les Pères Jésuites, et communiquez volontiers avec eus , comme aussi les Pères de l'Oratoire et les Pères MiniQ^es ; prenez conseil d'eux tous où vous en aurez besoin, et particulièrement des Pères Jésuites.
Ne soyez pas du tout tant retenue à relever le voile, comme les Sœurs Carmélites, mais pourtant usez de discrétion pour cela, faisant voir, quand vous le lèverez, que c'est pour gratifier ceux qui vou?. parlent , observant de ne gueres vous avancer des treillis, ny moins d'y passer les mains, que pour certaines personnes de qualité qui le desirenî ,
Pour ce qui est de l'oraison, il faut que vous observiez de faire que les sujets sur quoy on la fera soient sur la mort , vie et passion de nostre Seigneur; car c'est une chose fort rare , que l'on ne puisse profiter sur la considération de ce que nostre Seigneur a fait. En fin, c'est le maistre souverain que le Père éternel a envoyé au monde pour nous enseigner ce que nous devons faire : et partant, outre l'obligation que
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nous avons de nous former sur ce divin modèle pour ce sujet, nous devons grandement estre excités à considérer ses œuvrea pour les imiter, parce que c'est une des plus excellentes intentions que nous puissions avoir pour tout ce que nouÀ avons à faire, et ([ue nous faisons, que de les faire parce que nostre Seigneur les a faites , c'est à dire pratiquer les vertus parce que nostre Seigneur les a pratiquées , et comme il les a pratiquées.
Ce que pour bien comprendre , il faut fidèlement peser, voir, et considérer dans ce, parce que nostre père l'a fait en telle façon, je le veux faire, en enclosant l'amour envers nostre divin Sauveur et père tres-aymable ; car l'enfant qui aime bien son bon père , a une grande affection de se rendre fort conforme à ses humeurs , et de l'imiter en tout ce qu'il fait.
Il se peut faire pourtant qu'il y ait certaines âmes exceptées lesquelles ne peuvent s'arrester , ny occuper leur esprit sur aucun mystère ; elles sont attirées à une certaine simplicité devant Dieu, toute douce, qui les tient en cette simplicité, sans autre considération que de sçavoir qu'elles sont devant Dieu, et qu'il est tout leur bien , demeurant ainsi utilement. Cela est bon ; mais il me semble qu'il est assez clairement dit dans le livre de V Amour de Dieu , oii vous pourrez avoir recours , si vous en avez besoin , et aux autres qui traitent de l'oraison.
- Mais généralement parlant , il faut faire que toutes les filles , tant qu'il se peut , se tiennent en Testât et méthode d'oraison qui est la plus seure , qui est celle qui tend à la reformation de vie et changemens de mœurs , qui est celle que nous disions premièrement qui se fait autour des mystères de la vie et de la mort de nostre Seigneur.
Et il ne faut pas tousjours croire les jeunes filles qui r^^ font que d'entrer en Religion , quand elles disent qu'eues ont de si grandes choses; car bien souvent ce n'est que trou-
perie et amusement. C'est pourquoy il faut les mettre au me'sme train et aux mesmes exercices que les autres : car si elles ont une bonne oraison , elles seront bien aises d'estre humiliées, et de se sousmettre à la conduite de ceux qui ont du pouvoir sur elles. Il y a tout à craindre en ces manières d'oraisons relevées; mais l'on peut marcher en asseurance Jans la plus commune , qui est de s'appliquer tout à la bonne foy autour de nostre Maislre , pour apprendre ce qu'il veut que nous fassions.
La Supérieure peut en quelque grande et signalée occasion faire faire deux ou trois jours de jeusne à la Communauté, ou bien seulement aux filles qui sont plus robustes ; faire quelque discipline , plus librement que de jeusner ; car c'est une mortification qui ne nuit point à la santé , et partant , toutes la peuvent faire en la sorte qu'on la fait céans. Mais il faut tousjours observer de n'introduire point les austérités en vos Maisons; car ce seroit changer vostre Institut, qui est principalement pour les infirmes.
La Supérieure doit sans doute de temps en temps visiter les cellules des Sœurs, pour empescher qu'elles n'ayent rien en propre; mais pourtant il faut faire cela si discrètement, que les Sœurs ne puissent point avoir de juste raison de penser que la Supérieure ait quelque defîiance de leur fidélité , soit en cela, soit en autre chose ; car il le faut tousjours observer discrètement , ne les tenant ni trop resserrées ni trop en liberté ; car vous ne sçauriez croire combien c'est une chose nécessaire de se tenir en cet entre-deux.
Pour moy, j'approuverois fort que vous ne fissiez rien que de suivre simplement la Communauté en toutes choses , soit aux mortifications, ou en quoy que ce soit. Il me semble qufe ce devroit estre la pratique principale d'une Supérieure que l'aller devant ses filles en cette simplicité , que de ne riec faire ny de plus ny de moins qu'elles font. Car cela fait qu'elle est grandement aimée, et qu'elle tient merveilleuse-
ment Tosprit de ses filles en paix. J'ay grandement envii que riîistoire de Jacob soit tousjours devant vos yeux, afin de faire comme luy, qui ne vouloit pas seulement s'accommoder au pas de ses enfans, mais encore à ceux-là mesme de ses ai^nelels.
Et quant à ce qui est de la communion, je voudrois que Ton suivist Tadvis des Confesseurs ; quand vous avez envie de communier quelquefois extraordinairement, que vous prissiez leurs advis. Pour communier une fois toutes les semaines de plus que la Communauté, vous le pouvez bien faire , et à vostre tour comme les autres ; et mesme pour communier plus souvent extraordinairement, vous ferez ce que ceux qui auront soin de vous , trouveront bon , car il leur faut laisser conduire cela. Il sera bon , ma cliere Tille, que vous vous assujettissiez à rendre compte tous les mois, ou les deux ou trois mois, si vous voulez, au Confesseur extraordinaire, ou mesme au Confesseur ordinaire, s'il est capable , ou tel autre que vous jugerez; car c'est un grand bien que de ne rien faire que par l'advis d'autruy.
Il ne me semble pas que vous deviez maintenant faire plus
d'attention sur aucune autre pratique , que sur celle de la
tres-sainte charité à l'endroit du prochain; en le supportant
doucement, et le servant amoureusement; mais en sorte que
vous observiez tousjours de conserver l'authorité et gravité
de Supérieure, accompagnée d'une sainte humilité. Quand
vous aurez jugé que quelque cho.se se doit faire, marchez
:rseurement et sans rien craindre, regardant Dieu le plus sou-
■• vent que vous pourrez : je ne dis pas que vous soyez tousjours
attentive à la présence de Dieu , mais que vous multipliiez
le pluij qu'il se pourra les retours de vostie tsprit en />ieu :
c'est et dernier point que de tout mon cœur j'ay promis à
mon Dieu de pratiquer fidèlement, moyennant sa grâce,
ayant pris nostre Dame protectrice de cette mienne rcsolu tien.