AUTRES AVIS SPIRITUELS
ADRESSÉS A LA PREMIÈRE SUPÉRIEURE TE LA VISITATION d'oRLÉANS.
Ce qui suit fut écrit de la propre main du Saint, dans le livre de la mère Claude-Agnès Joly de La Roche , lorsqu'elle vint en France pour la fondation du monastère d'Orléans.
Allez, ma tres-cliere Fille, Dieu vous sera propice • trois vertus vous sont chèrement recommandées, la debonnoireté tres-humble, Thumilité très- courageuse, la parfaite confiance à la providence de Dieu ; car quant à l'esgalité de l'esprit, et mesme du maintien extérieur, ce n'est pas une vertu particulière, mais l'ornement intérieur et extérieur de l'espouse du Sauveur. Vivez donc ainsi toute en Dieu et pour Dieu, et que sa bonté soit à jamais vostre repos. Amen.
Faites cela, ma tres-chere fille; à Dieu soit la louange de l'exercice que la Providence vous donne par cette affliction de maladie, que vous rendrez sainte, mo3^ennant sa sainte grâce. Car comme vous ne seiez jamais espouse de Jesus- Christ glorifié, que vous ne l'ayez esté premièrement de Jesus-Christ crucifié; vous ne jouirez jamais du lit nuptial de son amour triomphant , que vous n'ayez senti l'amour afBigeant du lit de la sainte Croix.
Cependant nous prierons Dieu qu'il soit tousjours vostre force et vostre courage en la souffrance , comme vostre modestie, douceur et humilité en ses consolations.
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LETTRE
AVIS DU SAINT SUR LA VOCATION A l'ÉTAT RELIGIEUX.
La bonne vocation n'est autre chose qu'une ferme et constante volonté que la personne appelée a db vouloir servir Dieu en la manière et aux lieux ausquels sa divine Majesté Ta. appelée : cela est la meilleure marque que Ton puisse avoir pour connoistre quand une vocation est bonne. Non qu'il soit nécessaire que telle ame fasse dés 1^ commencement tout ce qu'il faut faire en sa vocation , avec une ferpieté et constance si grande, qu'elle soit exempte de toute répugnance , difficulté ou degoust en ce qui est de sa vocation , ni moins encor que cette fermeté et constance soit tellt^ qu'elle la rende exempte de faire des fautes , ni que pour cela elle soit si ferme qu'elle ne vienne jamais à chanceler, n: varier à l'entreprise qu'elle a faite de pratiquer les moyens qui la peuvent conduire à la perfection ; attendu que tous les hommes sont sujets à telle passion, à chantreme-^r , à vicissitudes, et que ce n'est que par ces divers mouveii^ens et accidens qu'il faut juger, la volonté demeurant ferme au point de ne quitter le bien qu'elle a embrassé, encor qu'ell* sente quelque degoust et refroidissement
Tellement que pour avoir une marque d'une bonne vocation, il ne faut point une constance sensible, mais qui soit effective. Pour sçavoir '^i Dieu veut qu'on soit Religieux ou Religieuse, il ne faut pas attendre qu'il nous parle sensible-
» Tirée de la Vie du Saint par le père Jean (ie Saint François. C'est la 690» des lettres de la coUoction Biaise.
ment, ou qu'il nous envoyé un Ange du ciel pour nous signilier sa volonté ; ni moins est-il besoin d'avoir des révéla lions sur ce subject. Il ne faut non plus l'examen de dix ou douze docteurs de la Sorbonne pour examiner si l'inspiration est bonne ou mauvaise , et s'il faut la suivre ou non ; mais il faut bien cultiver et correspondre aw premier mouvement, et puis ne se mettre point en peine s'il vient des degousts et des refroidissemens sur cela.
Car si on tasclie tous] ours à tenir sa volonté bien ferme à rechercher le bien que Dieu nous monstre , il ne manquera pas de faire réussir le tout à sa gloire. De quelque part que vienne le motif de la vocation, il suffit pourveu qu'on ait senty l'inspiration, ou le mouvement dans le cœur pour la recherche du bien auquel on se sent appelé , et que l'on demeure ferme et constant dans cette recherche, quoy que ce soit avec degoust et refroidissement.
Et en cela on doit avoir un grand soin d'aymer les âmes, et leur apprendre à ne se point estonner de ces changemens et de ces vicissitudes , et les encourager à demeurer fermes parmi eux , en leur disant qu'elles ne se doivent pas mettre en peine de ces sentimens sensibles, ni les examiner tant; et elles se doivent contenter de cette constante volonté, qui parmi tout cela ne perd point l'affection de son premier dessein; qu'elles soient seulement soigneuses de le bien cultiver, et de correspondre à ce premier mouvement, sans se goucier de que] costé il vient , veu que nostre Dieu a plusieurs moyens d'appeler ses serviteurs et ses servantes à soa service; qu'il se sert »)res des prédications, ores de la lecture des bons livres, ores des ennuis, des desastres, des aiïlictions et des traverses qui nous surviennent, ores du monde qui nous donne sujet de nous despiter contre luy et de l'abandonner; que de toutes ces sortes il en est reûscy de grands serviteur» et servantes de Dieu.
D'autres encor viennent en Religion à cause de quelcjua
défaut naturel qui est en leur corps, comme pour estre boîsteux, borgnes et laids; d'autres y sdnt portés par leurs pères et mères, pour ovancer leurs autres enfans par cette descbarge : mais Dieu bien souvent fait voir la grandeur de sa clémence et miséricorde, en se servant de telles intentions, qui d'elles-mesmes ne sont nullement bonnes, pour faire de telles personnes de grands serviteurs de sa divine Majesté.
En somme , il fait entrer en son festin les boisteux et les aveugles, pour nous faire voir qu'il ne sert de rien d'avoir deux yeux et deux jambes pour aller en Paradis. Plusieurs de ceux qui sont venus en Religion de cette sorte , ont fait de grands fruicts , et persévéré fîdellement en leur vocation. D'autres qui ont esté bien appelés, n'y ont pas néanmoins persévéré; mais après avoir demeuré quelque temps, ils ont tout quitté. Dont nous avons l'exemple de Judas, de la bonne vocation duquel nous ne pouvons pas doubler, puisque nostre Seigneur mesme i'avoit choisy et appelle comme les autres , et qu'il ne se pouvoit tromper en le choisissant , car il avoit le discernement des esprits.
C'est une chose certaine que quand Dieu appelle quelqu'un par prudence et providence divine, il s'oblige de fournir tous les aydes requis pour le rendre parfait en sa voca* tion. Quand il appelle quelqu'un au christianisme, il s'oblige à luy fournir tout ce qui est requis pour estre bon chrestien. Tout de mesme, quand il appelle quelqu'un pour estre Prestre ou Evesque , Pieli-ieux ou Religieuse , il s'oblige en mesme temps à luy fournir tous les moyens requis pour estre parfait en sa vocation.
En quoy toutefois il ne faut pas penser que ce soit nous qui l'obligions à ce faire , en nous faisant Prestres ou Religieux, veu qu'on ne sçauroit obliger nostre Seigneur que comme on s'oblige soy-mesme pour soy- mesme, provoqué p^' .son infinie J^onté et miséricorde i tellement qu'en me
DE S. FRANÇOIS DE SALES. o23
faisant Religieux , nostre Seigneur est obligé de me fournir tout ce qu'il faut que j'aye pour estre bon Religieux , non point par devoir, mais par sa miséricorde et providence infinie : or la divine Majesté ne manque jamais de soin et de providence touchant tout cecy.
Et pour nous le mieux faire croire, elle s'y est obligée, €n sorte qu'il ne faut jamais entrei^ en opinion qu'il y ait de sa faute quand nous ne reuscissons pas bien ; non qu'il ne donne aussi quelquefois les mesmes aydes et secours à ceuxlà mesme qu'il n'a point appelles , tant est grande sa miséricorde et sa libéralité.
Et si bien il donne toutes les conditions requises pour €stre parfaits en la vocation oii il nous appelle , ce n'est pas à dire qu'il nous les donne tout à coup , en telle sorte que ceux qu'il a appelles soient parfaits tout à l'instant de leur entrée dans leur vocation : car les Religions ne seroient point nommées des hospitaux , comme dans l'antiquité, elles estoient ainsi nommées, et les Religieux, du mot grec ©apaTreurai, Thérapeutes, qui veut dire guérisseurs dans les hospitaux, pour se guérir les uns les autres. Il ne faut donc pas penser qu'en entrant en Religion, on soit parfait tout promptement , mais ouy bien qu'on y vient pour tendre à la perfection.
Ce ne sont donc point les mines tristes, ni les faces pleureuses , ni les personnes souspireuses qui sont tousjours les mieux appellées ; ni ceux qui mangent plus de crucifix , qui ne veulent pas bouger des Eglises, et qui sont tousjours dans les hospitaux ; ni encore ceux qui commencent avec grande ferveur. Il ne faut point regarder ni les larmes des pleureux, ni les soupirs des souspireux , ni les mines des cérémonies extérieures , pour connoistre ceux qui sont bien appelés ; mais ceux qui ont une volonté ferme et constante de vouloir guérir, et qui pour cela travaillent avec fidélité pour recouvrer la santé spirituelle. Il ne faut pas aussi tenir pour
marque d'une bonne vocation les ferveurs qui font qu'on ne se contente point dans sa vocation , mais qu'on s'amuse à quelques désirs qui sont pour l'ordinaire vains , mais apparens, d'une plus grande sainteté de vie ; car pendant qu'on s'amuse à rechercher ce qui bien souvent n'est pas nostre vocation , on ne fait pas ce qui nous peut rendre parfaits ea celie que nous avons embrassée.