AVIS* DU SAINT
SUR tA RÉCEPTION ET LA PROBATION DES FILLES,
lo. Pour l'état de postulante.
Quant à la première réception dans le monastère en habit sc-culier, comme on ne pourroit pas beaucoup lesconnoistreà cause de leur bonne mine que toutes y apportent, et qu'elles se montrent en paroles aussi promptes que S. Jacques et S. Jean à boire le calice de nostre Seigneur, ainsy on ne les peut bonnement esconduire. Et en effet, on n'y doit pas faire trop grand esgard pour les recevoir. Et tout ce qu'on peut faire , c'est qu'on peut observer leur façon, et par la conversation qu'on a avec elles, reconnoistre quelque chose de leur intérieur.
Pour ce qui est de la santé corporelle et autres infirmilés de corps, on n'y doit point faire ou fort peu de considération ; d'autant que dans la Visitation on peut y recevoir les infirmes et les imbéciles, comme les fortes et les robustes; et elle a esté en partie faite pour elles, pourveu que ce ne soient des infirmités si pressantes, qu'elles les rendent tout à fait incapables d'observer la règle, et inhabiles à fair? ce qm est de leur vocation.
2». Pour la prise d'habit ou veslure.
Quant à recevoir ^'^s tilles à l'habit et au noviciat, on doit y apporter d'autant [^ius de diihculté et de considération, qu'on a eu plus de moyens de remarquer leurs humeurs,
1 Tiré de la Vie du Saint, par D. Jean de S. François. C'est la GDI ^ lettre
ij ;i coUeclion-Blaise.
actions et habitudes. Pour estre encor tendres, ou choîeres, ou subjectes à telle autre passion, cela ne doit point empescher qu'elles soient admises au noviciat, pourveu qu'elles ayent une bonne volonté de s'amender, de se sousmettre . de se servir des médecines et meJicamens propres à leur guerison; et, bien qu'elles y ayen* ^^e la répugnance, ou qu'elles les prennent avec difficulté grande, cela ne veut rien dire, pourveu qu'elles ne laissent point d'en user ; ny encore qu'elles ayent la nature rude et grossière , pour avoir esté mal nourries et mal civilisées , car cela ne doit point empescher leur réception : car bien qu'elles ayent plus de peine et difïiculté que les autres qui ont le naturel plus doux et plus traictable, si toutesfois elles veulent bien estre guéries , et tesmoignent une volonté ferme à vouloir recevoir la guerison, quoy qu'il leur couste, à celles-là il ne faut pas refuser la voix, nonobstant leurs cheutes : car ces personnes-là, après un long travail, font de grands fruicts en la Religion , et deviennent grandes servantes de Dieu , et acquièrent une vertu forte et solide ; car la grâce de Dieu supplée au défaut , et d'ordinaire où il y a moins de la nature , il y a plus de la grâce.