A UNE PERSONNE DE CONFIANCE
(Tirée de la Vie du Saint, par Maupas.)
Il rend compte des résolutions qu'il prend pour la suite de sa vie, et des bon» sentiments qu'il a dans sa retraite. Avantage de cet exercice.
Fin de novembre 1602.
Je fais la revue de mon ame *, et sens au fond de moa cœur une nouvelle confiance de mieux, servir Dieu ^ en sainteté et en justice , tous les jours de ma vie. J*ay eu de grands sentimens des infinies obligations que je luy ay ; j'ay résolu de m'y sacrifier avec toute la fidélité qu'il me sera possible, tenant incessamment mon ame en sa divine présence, avec une allégresse non point impétueuse , mais , ce me semble , efficace pour le bien aymer : car rien du monde ifest digne de nostre amour; ille faut tout à ce Sauveur, qui nous a tout donné le sien. Je voys tous les contentemens terrestres un vray rien auprès de ce régnant amour , pour lequel je voudrois volontiers mourir, ou tout au moins vivre pour luy seul. Qu'il me tarde que ce cœur que Dieu m'a donné luy soit inséparablement et éternellement lié ! C'est pourquoyje finis mon occupation avec un grand désir de
* C'est la 43» de la collection Biaise.
' Notre Saint étoit alors en retraite au château de Sales, pour se préparer à son sacre.
3 Serviamus illi in sanctitate et justitiâ, coram ipso, omnibus diebus nostris. Luc, I, 74 et 75.
m'avancer en cette précieuse dilection. Et pour m'y disposer :
Le matin , après que j'auray invoqué le nom de Dieu, et m'y seray dédié, je feray une heure de méditation selon que je Fauray prémédité. Je produiray force oraysons jaculaloiics pendant la journée, selon que le saint Esprit m'inspirera; comme aussi , pour célébrer plus dévotement la sainte Messe, je m'occuperay, jusques a ce que je sois à l'autel, dans toutes les considérations et affections par lesquelles la pieté peut estre excitée envers ce grand mystère.
Je feray tous les ans huit ou dix jours de retraitte, pour examiner les progrés de mon ame, ses inclinations, ses difficultés, ses défauts. C'est en cette retraitte où on regarde le Ciel de bien prés, et oii on trouve la terre bien esloignée de ses yeux et de son goust; et lorsque les saintes âmes qui sont engagées pour le public ne peuvent jouyr de cette félicité, elles font un cabinet en leur cœur , où elles vont estudier la loy de leur Maistre , et la reçoivent de sa propre main. De plus , en cette montagne , qui est si eslevée qu'on n'y entend point le bruit des créatures , on gouste * , comme dit le Prophète, que Dieu est doux et suave. C'est par la prattique de cet exercice , que nous apprenons si nous avançons à la vertu, où l'on prend les saintes et solides resolutions de vivre selon les lois de la véritable et éternelle sagesse.
» Gustate et videte quouiam suavis est Domiuus. Ps. XXXIIl, ».
DE S. FRAINTOÎS DK SALES, 101
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