‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 41 sur 145 · A SA SAINTETÉ LE PAPE CLÉMENT TIII · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ LE PAPE CLÉMENT TIII

il rend compte au saint Père de l'état de la religion dans son diocèse ; et, reprenant de plus loin le fil de sa nari-ation , il décrit les irruptions des Luthériens de Berne et de Savoie , l'henreux succès des négociations dans les affaires de la foi; il loue le zèle du duc de Savoie.

Annecy, 15 novembre 1603.

Tres-saint Père,

Puisque raffermissement de la république chrétienne dépend, après Dieu, du soin toujours vigilant du Saint-Siégfe apostolique , il importe aussi beaucoup qu'on lui fasse un Odèle rapport de tout ce qui se fait dans tous les lieux de sa juridiction, pour le bien et Fhonneur de la sainte Eglise ; de peur qu'abusant de la charité inséparable de la dignité du souverain Pontife, et de la multitude innombrable de ses occupations , on ne surprenne sa religion , faisant passer à

* C'est la 2* du livre I" des anciens recueils, et la 49^ de la collection Biaise.

Repetito altiîis principio, Bernejisium Lutheranorum irruptionem in Sabaudiam; res benè et féliciter in causa fidei gestas; multa capitum millia ai Pétri caulas revocata ; Carolum Emmanueiem non raod6 imperatorem invictissimum, sed etiam coûcionatorem potentissimum, describit.

iBeatissime Patfff.

Cùm rerum christianarum firmitas à Sanctae Sedis Apostolicse soHh citadine, secundùm Deum, pendeat, multùm sanè interest, ut qu» in rem Ecclesiaidi&linctisj^ai>siin4ocsigeruiitur, verè et ex lide apii4

^ fiO OPUSCULES

son tribunal pour vrai ce qui est faux , et pour faux ce qui est vrai.

C'est pourquoi, comme dans ce diocèse, dont la charge m'a été confiée par le Saint-Siège, il s'est fait de nos jours un très-grand et très-heureux changement dans les affaires de la religion, je ne crois pas pouvoir me dispenser d'en faire à votre Sainteté un récit naïf, exact et particularisé; et, pour la mettre encore mieux i^-'- fait de cette narration , il est nécessaire que je reprenne les choses de plus haut, afin qu'il n'y manque rien pour la rendre intéressante.

Dans le temps que François I", roi de France , s'empara de la Savoie, les Suisses du canton de Berne, qui depuis peu étoient infectés du poison de l'hérésie luthérienne et zuinglienne , firent une irruption dans les contrées de la Savoie les plus voisines de la Suisse , et engagèrent le peuple de Genève à secouer l'aimable joug de Jésus-Christ, et se révolter contre leur légitime souverain, et à changer la forme de leur gouvernement en une malheureuse démocratie. Or, cette république , qui est la retraite de tous les brigands et de tous les gens bannis de leur pays, est aujourd'hui le sap-

eam proferantur; ne scilicet, objecta summaB illius curae pastorah, vera pro falsis, aut falsa pro veris exponantur.

Quamobrem , cùm in hâc diœcesi, quœ mihi Sedis ApostoHcœ voUintate commissa est, maxima facta sit his nostris temporibus rerum in melius rnutatio; na. debeo committere quin de vero illarum statu, quàm potero, cic^'è et distincte, omninô autem ex veritate, apud Sedem Apostolicam neinùtionem deferam. Ea autem ut plena sit, paulô altiiàs ordiar necesse est.

Quo tempore Gàliorum rex Franciscus ï omnem propemodùm Sabaudiam occupavit, Berncnses Hehetii, Lutheranâ ac Zuinglianâ lue non ità pridem int'ecti, in partem Sabaudiœ sibi viciniorem irruptionem fecerunt , animosque civibus Gebennensibus addiderunt, ut Christi suavissimum jugum ac proprii principis imperium excuterent, ac in istain seditiosam democratiam quâ nunc vexantur, spe-

DE S. FRANÇOIS DE SALES. iCl

pîice de ses propres citoyens, par les séditions qui l'agitent continuellement.

Mais comme les armes des François avoient donné lieu à cette irruption et à cette tyrannie des Bernois, par la même raison la paix , qui se fit entre le roi de France Henri II, fik de François P% et Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, et la condition du traité, que tout ce qui avoit été pris sur l'enne- ^li seroit rendu , furent cause que If^s Suisses songèrent à restituer les provinces qu'ils avoient envahies.

Néanmoins ils ne purent se résoudre à une entière restitution ; et s'ils en rendirent une partie, ce ne fut qu'à des con- •ditions désavantageuses au duc de Savoie, qui , n'étant pas •en état de se faire droit par la force des armes, fut contraint d'accepter les conditions qu'on lui offroit, et de terminer le différend à l'amiable. Il fut donc conclu que le duc reprendroit les quatre bailliages de Thonon , de Ternier , de Gaillard et de Gex , qui environnent la ville de Genève, avec 'Cette clause expresse, qu'il ne s'y feroit aucun exercice de la religion catholique : condition tout-à-fait injuste; mais, eu

luncam scilicet latronum et exulum , infelici mutatione dege^ perarent.

Verùm, ut à Gallorum armis initium duxerat Bernensium irruptife et tyrannis in nostros Sabaudos, ità etiam pax, cum condilione rerum restituendarum in integrum, inter Henricmn II, Francisci Tegis filium, et Emmanuelem Philibertuni Sabaudia?. duceni, ansani dédit Bernensibus de restitutione provinciarum quas occupavevan!^ seriô cogitandi.

Adduci tamen non potuerunt, ut omnia qiun ceperant redderent, nec ut ea quœ restituere parati erant sine injiistà conditione remitterent. Quare cùm res non ferret, iit tune cum eis armis decernev retur, actum factumque est, ut dux reciperet quatuor illa quaB vocant balliagia, Thononense, Terniense , Galliardense et Gaianum, sive Gexense, quse quatuor ex partibus civitatem Gebennensem cingunt, illique circùm circà obvolvuntur; boc tamen addito pacto, nulia ut in eis calholicaî religionis officia celebrarentur : iniqua plané coa- Vi. 11

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égard à l'état présent des affaires, et dans l'espérance d'ane meilleure conjonclure, elle parut encore tolérable, et on ea demeura dans ces termes.

Cependant le duc Philibert, qui étoit un prince catholique^, pensoit incessamment au moyen d'anéantir cet article du traité ; mais en vain , parce que la divine providence n'en vouloit pas faire Tinstrument de ses miséricordes : elle avoit réservé cette gloire à son lils Charles-Emmanuel. Voici comme la chose arriva.

Il y avoit quelques années que les Suisses du canton de Berne et les Genevois avoient fait alliance avec la France. Ayant rompu, en conséquence de leur traité, la foi donnée antécédemment à la dernière paix, ils sont venus fondre de nouveau sur les quatre bailliages dont j'ai déjà parlé, par la plus noire periidie ; mais cette pertîdie-là même a causé un grand bien , puisque le duc de Savoie en a su profiter pour faire revenir ces peuples de leurs égarements. Néanmoins, con)me cette affaire dépendoit , selon l'ordre de la Providence , des efforts et des lumières d'un grand nombre de personnes, elle ne put être terminée qu'après beaucoup de travaux et des guerres longues et sanglantes, où l'on com-

ditio, sed spe melioris eventûs toleranda^ et illorum temporum ac rerum conslitutioni congruens.

inter hœc Emmanuel PliiUbertus dux, ut erat apprimè cathoHcus^ nulliim cogKandi finem facit quânam demùm ratione iUius coiiditionis vexationem redimere queat; sed frustra , cùm divina provi-deiîtia non illi tantum honorera^ sed Carolo Emmanueli fdio destinasset.

(>ùm ergô , ante ahquot annos , Bernenses et Genevenses cum Galiis copias conjunxissent, iide priorum contractuum fractâ, iterùm in eadem balhagia impetum armis faciunt, pertidiâ sanè, quoad dici potest, plané faustâ et opporiunâ, quandô dux, violatae lidei occasione, invioiatai fidei populos illos restituit. Gui tamen operi ne multorum hominum mérita deessent, illud sine multis ac diuturnis beiiorum iaboribus, multoque sparso hinc indè sanguine, perfici?

battît de part et crautie avec des succèi^ bien différents^ selon le caprice des armes. Enfin on convint d'une trêve entre les parties, lorsque le duc étoit déjà en possession des deux bailliages de Thonon et de Ternier.

Aussitôt que son Altesse vit les affaii'es changer de face, et prendre un air de consistance, se sentant délivrée de l'injuste condition ci-dessus mentionnée, elle fît savoir, presque dans le temps même de la conclusion de la trêve, à mon prédécesseur, de sainte mémoire, que son intention étoit qiiïï envoyât des prédicateurs orthodoxes, pour travailler à la conversion des peuples des deux bailliages, parce qu'elle vouloit que la religion catholique y fût rétablie.

Ce digne prélat reçut cette nouvelle avec une joie qui ne peut s'exprimer , et envoya sur-le-champ au bailliage de Ternier deux missionnaires, l'un desquels étoit de l'ordre de S. -Dominique, et l'autre de la société de Jésus; et au bailliage de Thonon deux autres pris de son église cathédrale , savoir Louis de Sales, maintenant prévôt de ladite église, et moi , qui en suis aujourd'hui l'évêque bien indigne , et qui en étois pour lors prévôt.

non potuit, dùm, pro arnrorunT vicissdtndine^ varie ab utrâque parte decertatum est. At tandem aliquando induciee fiunt^ cùm dux balliagia duo, Thononense et Temiense, jam teneret.

Nulla mora : rébus vix stantibus, Carolus Emmanuel, iniquâ conditione liberatum se sentiens, in ipso propemodùm induciarum articulo, episcopum pra^decessorem meum( cujus memoria in benedictione est) statim monet ut caiholicos concionatores illis populis convertendis immittatj velle se omninô catholicam religionem illis restitui.

Episcopus, minim in modum gavisus, Terniensi balliagio duos concionatores, unum ex Dominicanâ familià, alterum è societate Jesu addicit; Thononiensi autem duos è sua cathedrali, Ludovicum. de Sales, qui nunc pra;positus et ipsius ccclesiœ, etme, nunc quiclem;.^ episcopum indignum,lunc autem prœpositum.

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