‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 82 sur 145 · A MADAME DE CHANT AL · texte numérisé non relu

A MADAME DE CHANT AL

gaiat François lui parle de son voyage à Lyon , pour y établir les Sœurs

de la Visitation.

Madame ,

La pensée m'est venue en escrivant à M. Berger que peutestre Monseigneur le Cardinal * le rendra vostre père spirituel à Paris , puisque il se va vendre ecclésiastique aux quatre temps des Cendres, et je crois que la mayson en seroit bien et cordialement assistée. Je vous prie qu'en entrant ou sortant d'Orléans vous preniez occasion de voir la mère prieure des Carmelines, fille aynée de la seur Marie de Tlncarnation, laquelle tandis que je fus à Paris, il y a ving* ans, estoit non-seulement ma fille spirituelle , mais ma partiale, aagée d'environ treize ans, et qui avoit un naturel bon, franc et naïf, comm' aussi la mère supérieure qui Ê*: €n ce tems-là son premier vœu de virginité et sa confessicgenerale devant moy. Je me trompe si vous ne trouvés à Moulins quelque sorte de tentation à cause de la singularité de ma seur Marie-Aymée, mais je pense pourtant que te ne sera qu'une tentation liumaiue et digne de charité. M. Boucher, chancelier et théologal d'Orléans, est mon ancien compagnon d'estude qui m'a toujours grandement aymé.

' L'original en appartenoit à S. G. Monseigneur André Jourdain, évéque tfAoste. C'est la 171 • inédite de la collection Biaise. * Le cardiEal de Marquemont, archevêaue de Lyon*

Puis que la conduite de vostre chemin de Paris à Dijon, pour passer par les monastères, requiert que vous veniés à Moulins, et que les seurs que Ton prendra icy et à Grenoble vous aillen! pre idre là, il faudra donc sçavoir à point nommé le temps auquel il les faudroit envoyer, et comme quoy les chop-c passeront, c'est à dire d'où \âen(ira Tadvis que nous devons recevoir , mais il me semble pourtant que n'y ayant que quarante lijuës d'icy à Dijon, ce sera grandement allonger le chemin de passer à Moulins. Je ne sçay pas bonnemc^nt combien il y a de Moulins à Montferrant, mais si cela est assez commode, je pense que ce seroit de la consolation à ces filles que vous les allassiés prendi'e.... leur supérieure pour Dijon, laquelle, comme je prevoy, il y aura peine de tirer, selon que vous verres par la Lettre qu'elle m'escritcy-jointe. J'ay desjàadverti ma seur Marie Marguerite Milletot, outre laquelle il seroit peut-estre bon d'envoyer encor là la seur Bernarde Marguerite, laquelle s'est tellement amendée qu'enfîn elle est receuë à la profession.

Je suis de l'advis de M. de Marillac que iros seurs allant par les champs portent leur crucifix avec elles.

J'ay veu l'histoire de la consultation faite pour nostre très chère fille madame de Port-Royal, sur laquelle il n'y a rien à dire, sinon que je voys un examen merveilleusement ponctuel en ce^que on y a pensé que la longueur dn tems, et la Diultitude des actions de supériorité, nonobstant la protestation et le continuel desadveu intérieur, cette fille soit tellement obligée de demeurer qu'elle ne puisse pas faire autrement, car bien que cela soit probable en teime de conscience, si est-ce que cela n'est pas advoué de tous, et de plus le Pape en peut dispenser. Je tiens aussi la comparayson de la perfection de la règle de saint Benoist avec l'institut de la Visitation un peu rigoureuse et desavantageuse; car il faudroit faire la comparayson de la règle de saint Benoist avec la règle de saint Augustin, et bien que peut-estre la

règle de saint Benoist demeurast encore supérieure en perfection, si est-ce que la comparayson empescheroit tout mespris pour la Visitation, c'est à dire toute tentation de mespris. Mais tout cecy que je vous dis sur cette consultation, ne doit.estre nullement allégué, ains simplement considéré avec humilité, et laisser en sincérité la décision à Rome. Et partant il faut bienadvertir cette cliere fille qu'elle n'est pas de la vivacité de son esprit pour répliquer et respondre , et qu'au moins à cela elle suive l'institut de la Visitation, et comme que ce soit, elle pourra de tems en tems soulager son esprit puis qu elle a la permission d'entrer à la Visitation, et si j'espère que s' accommodant doucement au bon playsir de Dieu , il la consolera finalement.

Si vous sçaviés , ma chère mère , combien il m'arrive de destour en cette ville du départ de M. Rolland, vous ne sériés pas estonnée si je n'escris pas aux chères âmes que la mienne et la vostre ayment tant. Madame la présidente Amelot sçait bien, je m'assure, que mon cœur est tout sien devant Dieu et ses Anges, je me resjouis avec elle de l'honneur (et) du bonheur que sa chère fille Marie aura à ceste feste de Pasques en sa première communion, et si j'estois là, je prendrois bien à faveur d'estre son instituteur à cette action qui, à la vérité, est bien importante; le petit livret du pereFulve Androce de la Confession et Communion contient plusieurs petits points propres à cela, mais puis que, comme je croy, le révérend père Sufîren est à Paris, rien ne luy peut manquer.

Nous envoyerons donc, quand vous le marquerés et ainsy vous l'ordonnerés, des filles pour vous accompagner à Dijon selon le nombre que vous nous diriés estre nécessaire, nous avons pensé pour cela à ma seur Marie- Adrlenne Fichet, laquelle est de bon esprit et de bon cœur comme vous sçavés, à ma seur Françoise Augustine de Moyran près Saint-Claud, que je confesse estre une fille grandement à mon gré, et si

je ne me trompe, tout à fait irrépréhensible en l'intérieur et en l'extérieur, à ma seur Marguerite Scholastique de Bourgoigne qui est douce, maniable et de bon esprit, cousine germaine de vostre assistante, à ma seur Marguerite Agnes qui Ast d'auprès de Vienne, qui est de bonne maison, de bonne observance et d'une aggreable simplicité, à ma seur Perenne Marie Benod seur domestique grandement douce et pliable, outre ma seur Marie Marguerite Milleto' qui viendra de Grenoble, que vous connoissés, et ma senr Bernarde Marguerite qui est celle de Dijon, que vous nous envoyastes, de la capacité de laquelle bien qu'on ayt douté quelques moys durant, on a depuis eu bonne satisfaction. Il est à considérer si vous trouvères plus à propos qu'on la fasse Professe icy, ou qu'on l'envoyé pour faire profession à Dijon sur l'attestatioi qu'on luy feroit icy de sa capacité, car nous avons pense que peut-estre seroit-on bien ayse que cette action se fîst là en présence de ses parens, et amys et la rendre ainsy la première fille de ce monastère. Or ce sera donc à vous, rua très chère mère, de nous adverlrr si vous voudrés ou moins ou plus de filles , et quand elles devront partir.

Lxxxvir.

LETTRE

A S. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Saint François recommande à S. A. les habitans de la ville d'Annecy.

Annecy, 15 mars 1615.

Monseigneur.

La ville d'Annessi recourt à la bonté de S. A. pour une gratification, laquelle cy-devant luy a voit desja esté accordée et de laquelle la continuation luy est d'autant plus nécessaire que ses incommodités ont pris beaucoup d'accroissement. Or elle espère principalement à l'entremise de S. A. Ser., Mon-^ seigneur, pour obtenir ce soulagement, et je joins ma très humble supplication à celle que son premier sindique présentera, afïin qu'il plaise à la douceur de V. A. de favoriser ce pauvre bon peuple , qui avec moy ne cespo point d'invoquer la divine majesté sur la personne et les intentions de

S. A. et de la vostre ,

Monseigneur, De laquelle je suis ,

Très humble et très obeyssant serviteur et orateur.

François , Evesque de Genève,

* L'autographe en est conservé aux Archives de la Cour de Turiu. ««st i 172« des lettres inédites de la collection Biaise.

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