LXXXVIII
LETTRE
A MONSEIGNEU» LE PRINCE DE PIÉMONT (VICTOR- AMÉDÉe).
Le Saint l'instruit du bien que doit procurer aux peuples de Thonon et des environs l'établissement des pères Barnabites dans cette ville ; il lui expose en même temps les vœux qu'ils font pour la canonisation du bienheureux Âmédée.
3 septembre 1615.
Suivant le commandement de vostre Altesse, je suis venu içy pour procurer l'introduction des Pères Barnabites en la sainte Maison de nostre Dame de Compassion , et en finie traité de cette affaire est parvenu jusques à l'arresté cyjoint *.
Or, il ne se peut dire combien l'advancement des Peres- Barnabites en ces contrées de deçà sei^a utile pour celuy de
1 C'est là '3B0* de la collection Biaise , et la 57e du livre I*' des anciennes
«iiëâitions.
"* L'arrêté dont il est parlé ici étoit que le prieuré conventuel de Contamina
"ienieureroit aux clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites, avec tous ses 'droits, fruits, revenus et appartenances quelconques; que les Pères Barnabites- «uroient soin du collège, et tiendroient pour les lettre'' Uumaines quatre professeurs, qui enseigneroient jusqu'à la rhétorique inclusivement, iustruiroient ks enfants du séminaire, célébreroient les offices divins, selon leurs constitu- "ions, dans l'église de Saint-Augustin, entendroient les confessions, feroient
raes catéchismes, et prècheroient selon leur coutume, etc. C'est pourquoi saint ïrançois leur remit l'église de Sain t- Augustin , avec sa maison, sa place, ses jardins et son cimetière. Quant au reste , ils furent obligés à toutes les charges
:du prieuré, et à donner, quand il seroit à propos, des Pères de leur ordre, pour enseigner la philosophie et la théologie, etc. {Vie de saint Franf^ois ds Sales, par Aug, de Sales, liv. VIII, tom. 11^ p. 112 et suiv.
la gloire de Dieu , non seulement pour la confirmation de la foy parmi ces bons peuples, qui, à la faveur de riiicomparable courage et rare pieté de Monseigneur, père de vo.stre Altesse, ont esté remis dans le giron de la sainte Eglise Catholique; mais aussi pour la confusion des ennemis de la foi, qui environnent de t^j^jtes parts cette province, de laquelle il ne se peut faire qi^e le bien spirituel ne s'escoule petit à petit sur le voisinage, qui par ce moyen pourra recevoir insensiblement de graades dispositions pour se convertir et réduire au devoir.
Mais encore, Monseigneur, je ne puis me retenir que je ne tesmoigne lajoye que je sens dequoy, par la venue de ces bous Pères en cette ville, nous verrons refleurir le saint service divin dans l'Eglise de saint Augustin, fondée par le fameux Amedée, grand aïeul de vostre Altesse, et en une ville honnorée de la naissance de cet excellent serviteur de Dieu, le bienheureux Amedée, duquel nous respirons la canonisation avec des désirs nompareils ; espérant que par la publique invocation de son secours nous obtiendrons la fin de tant d'afflictions, de pestes et tempestes, desquelles, depuis quelques années, il a pieu à Dieu de visiter ce peuple.
Yostre Altesse, Monseigneur, a pour le partage de la splendeur héréditaire et tousjours croissante de sa serenissime origine, la gloire des œuvres de sa douce et immortelle pieté : et pour cela, comme elle est l'un des fleurons de la couronne de Monseigneur son père , elle est aussi l'une des plus précieuses colonnes du temple de Dieu le Père éternel.
Doneques pour Tune et l'autre qualités , je prends la confiance d'implorer la bonté de vostre Altesse en toutes les occurrences qui regardent les affaires de la sainte religion catholique , entre lesquelles celle de l'amplification de ces bons Pères Barnabites, et le restablissement du service divin
dp: s. FRANÇOIS DE SALES. 345
en tons les monastères de deçà, estant, l'un des pins importans, je le recommande ties-bnmblement au zel*^ de vostre Altesse, à laquelle je fais tres-linmblement révérence, ne cessant point de Iny souhaiter le comble des faveurs célestes et demeure, Monseigneur, vostre^ etc.