CHAPITRE XVI
OPINIOIf DE L^éTRANGBR SUR LA CEINTURfi DK FORTS DéTACHÉS
Tout le monde en convient, il est un moyen presque infaillible de juger sainement les projets du gouvernement français ; c'est de rechercher ce qtf en pensent nos éternels ennemis. Ces projets sont-ils de leur part le texte
de déclamations furibondes? hâtons-nous de nous mettre à l'œuvre. Loue-t-on^ au contraire, notre prétendue sagesse? soyons assurés que le pays va' entrer dans une voie d'affaiblissement et de perdition.
Ces principes posés, je ne conçois pas, je l'avoue, comment les convictions les plus loyales sur la prétendue importance militaire de la ceinture de forts détachés, purent rester intactes en présence des manifestations de l'étranger; comment elles ne furent pas ébranlées, par le tonnerre de malédictions que vomit en tout sens la presse subventionnée de la sainte- alliance, le jour où le premier projet des quinze ou vingt bastilles périrent dans leur germe, sous les cris de réprobation de la garde nationale.
De notre point de vue la cause de ces violentes colères frappe tous les yeux. Les souverains absolus veulent partout des eombinaisons morales ou matérielles qui, un jour donné, puissent devenir les auxiliaires de coups d'État contre la liberté des peuples et les institutions constitutionnelles. Les généraux ennemis pensent aussi que les forts détachés se sont élevés à leur profit. Les cruels événements de 1815 les encouragent à rêver des succès. Dans Texécrable pensée qui les domine, ils mar* chenl déjà sur Paris à la tête de 300,000 Prussiens , Russes, Autrichiens; ils s'emparent de la ceinture de citadelles, y laissent une trentaine de mille hommes, force bien sufDsante , en effet , au milieu de tant de bastions menaçants, pour contenir la métropole, pour l'affamer au besoin ou pour la bombarder. Libres désormais de toute inquiétude de ce côté , ils vont avec 270,000 hommes
ravager nos départements et empêcher \î\ levée en masse, tandis qqe si Paris n'avait en qu'une enceinte continue, la seule surveillance de sa belliqueuse population eût exigé la moitié au moins de cette même armée. Yoilà ce qu'on a dû penser, voilà ce qu'on a dû dire dans les conciliabules des coalisés. Je me trompe, voilà ce qu'on y a dit : j'en ai pour preuve la plupart des journaux allemands de l'époque, des correspondances privées, partant de très-haut, qu'il m'a été donné de parcourir; j'en ai, aussi pour garant (pçurquol de m'abandonnerais-je pas à un souvenir personnel) certains articles ^ émanés du congrès de Thérésienstadt et dans lesquels mon inflexible opposition aux forts détachés de 1838 était traitée avec une violence, avec une âpretê de langage, qui m'auraient appris, si j'avais pu en doUter, que je renjplissais un devoir patriotique,