‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 28 sur 99 · LES FORTIFICATIONS NE SONT PAS SEULEMENT NÉCESSAIRES A PARIS · texte numérisé non relu

LES FORTIFICATIONS NE SONT PAS SEULEMENT NÉCESSAIRES A PARIS

Je me suis expliqué avec une entière franchise relativement aux forts détachés, mais j'ai dit aussi pour quelles raisons puissantes je suis partisan d'une enceinte continue autour de la capitale. Dans mon esprit des fortifications sont nécessaires, mais je ne les veux pas seulement ou surtout autour de Paris. J'ai toujours blâmé la création d'un grand nombre d'usines, d'ateliers, d'établissements militaires près de Paris, précisément en dehors de l'enceinte continue.

La guerre venant à éclater, n'est-il pas déplorable que notre pays, sans frontières militaires vers l'est, ait jeté et jette encore millions sur millions autour de Yincennes et ne s'occupe d'aucune des villes dont la campagne de i8i& révéla si nettement, et quelquefois si cruellement, l'importance stratégique. J'ai vu abattre les arbres magnifiques du bois séculaire pour qu'on pût élever des remparts qui ne joueront absolument aucun rôle en cas d'attaque de la capitale. Pendant ce temps, on néglige de relever Huningue, ou du moins de remplacer ses bastions démantelées par des bastions qui, sur un autre point de la frontière, auraient la même importance, car il paraît que le gouvernement de la France se croit encore lié par un article secret et honteux des derniers traités de paix. Le plus humble promeneur reste confondu en présence des immenses et inutiles travaux

exécutés autour du vieux château de Charles V, surtout quand il réfléchit sur les événements décisifs qui se seraient passés, en i81&, à Reims, à Gbàlons, à Montereau, si dans ces divers points, où l'on n'a pas remué une pelletée de terre, quelques fortifications étaient venues au secours de nos vaillants soldats; Je m'arrête; en creusant ce sujet davantage, il m' arriverait, peutêtre, de ne point réussir à exprimer mes patriotiques douleurs en des termes exempts d'amertume et de vivacité.

J'ai établi que la ceinture des forts détachés serai); peu menaçante contre Tennemi , et que tôt ou tard elle mettrait, au contraire, nos libertés, nos institutions, nos vies à la merci de quelques prétoriens. Dans Tenceinte continue, nous trouvons encore des fossés, des parapets, des bastions ; mais le pays n'a rien à en redouter, mais ils se présenteront aux armées de l'Europe coalisée comme une barrière infranchissable* Sur ce terrain, j'ai eu, à quelques égards, le regret de me trouver en désaccord avec des citoyens dont j'honore le patriotisme, dont j'estime au plus haut degré le caractère et le talent Mon système a été combattu par des militaires, des publidstes, des philosophes, particulièrement par ceux qui se déclarent cosmopolites. Je suis toujours prêt à reconnaître mon erreur, si Ton me prouve que j'ai fait fausse route.

Hais, je dois le dire, les objections qu'on a faites n'ont pas été de nature à me faire revenir sur mon opinion. Au surplus, les attaques les plus vives s'adressaient plutôt au développement exagéré donné par le gouver-

nement aax fortifications que tous les bons esprits voulaient dans une certaine mesure. J'examinerai cependant les objections des anlifortificateurs absolus,

Page 1