‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 32 sur 99 · CHAPITRE :XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE :XXI

. SUR Le godaAge du peuple PJS P^RIS

Certains critiques ne nient pas la puissance militaire de l'çnceinte continue et bastionnée dont Paris est entourée; mais, à leur avis, les causes d'une prompte capitulation de la ville existeraient plutôt à l'intérieur des remparts qu'à l'extérieur. Déjà, disent-ils, après une ou dçux semaines le peuple murmurerait tout tiaut, à raison des fa^tigues, des privations qui lui seraient imposées. De là, enfin, à la sédition déclarée, à l'ouverture des portes, il ^'y aurait qu'un pas.

. Je ne répondrai à de si injustes insinuations contre le peuple de Paris , que parce que j'ai pris le parli de répondre à tout.

Rien n'autorise, rien ne justifie les sinistres hypothèses dont je viens de parler. Paris fut le théâtre en 1814, en 1815, en 1816, d'actes de bassesse inqualifiables. J'avouerai qu'il se trouvait alors, dans notre grande ville, des hommes qui n'avaient pas honte de crier danis la rue, de crier au spectacle. Vive Sacken! vive Welîington! que ces mêmes hommes essayèrent de jeter à terre, en présence des ennemis, la statue de Napoléon placée sur la colonne de la place Vendôme; que certains journaux citaient' Ces actes avec éloge. Tout cela était assurément bien triste; mais la masse de la bourgeoisie en gémissait, mais le peuple fuyait ces dégradantes saturnales.

Le peuple parisien est brave, plein d'élan, d'enthousiasme. Un gouvernement national, jaloux jusqu'au scru-

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pule de rbonneur du pays, pourra toujours comptier sur son appui. Louis XlV lui rendait déjà une entière justice;, lorsque, très-peu de temps avant la grande journée de Denaîn, il écrivait au maréchal de Villars : t Si vous perdez la bataille, écrivez -lé à moi seul; je passerai par Paris, je le connafe, et je vous aniènerai cent mille hommes. » »

Quelle fut, sous le point de vue militaire, Ja conduite du peuple, du véritable peuple de Paris péiidant la révolution?

A la nouvelle du manifeste de Brunswick, la ville de Paris organisa, dans les derniers jours de juillet 1792 et les premiers jours dii mois d'août suivant, quarantehuit bataillons et plusieurs compagnies de canonniers. Ces troupe? firent partie de Tai^mée qui vainquit à Valmy.

En exécution du décret du 24 février 1793 sur la mise en réquisition permanente de troiâ cent mille honmies de gardes nationales,, la ville de Paris fournit trente mille hommes.

Le 8 mars 1793, on apprit la levée du aége de Maéstricht et la retraite de notre armée sur Valenciênnes. La population de Paris fut instruite de ces événements par une proclamation de la municipalité et par uh drapeau noir flottant sur le sommet des tours de Notre-Dame. Peut-être dirait-on que le drapeau était un moyen révolutionnaire. Je sais, moi, que le lendemain il partit pour Tannée quinze mille Parisiens.

En avril 1793, Tinsurrection de la Vendée éclata. Aucun corps de troupes n'exiflait dans ce pays. La Con-

vention fit un appet aux Parisiens. Le 18 avril, il sortait de la capitale, s'^cheminant vers la Vendée, quatorze ipille hommes et quatre-^^ingts pièces de canon.

Le 12 juin 1793, Paris voyait mille canonniers, ses enfants, quitter leurs foyers pour aller faire le siège de Saumur, conduisant avec eux quarante-huit bouches à feu.

Nous ne sommes pas les fils dégénérés de ces patriotes ardents et dévoués. J'en prends à témoin la révolution de 1830. Avec ou sans fortifications, si Paris venait à être attaqué, Paris se défendrait à outrance. Seulement il faut choisir dès ce moment entre une guerre de barricades, une guerre qui se ferait de maison en maison depuis les faubourgs jusqu'au centre de la ville , et la défense méthodique, régulière, moins coûteuse, moins sanglante, qui s'organiserait à l'aide de fortifications préparées de longue main. Poser ainsi la question , c'était la résoudre.

C'est aujourd'hni la mode de parler avec dédamdes résultats que produisit l'élan populaire pendant les premières années de la révolution. Quoique de pareilles attaques soient sans portée, il n'est peut-être pas inutile de les rapprocher de ces mémorables paroles du maréchal Saint-Cyr : t La guerre de 1792 à 1796 est celle à laquelle je m'honore le plus d'avoir pris part, parce qu'en même temps qu'elle est une des plus justes que la France ait soutenues, elle est aussi celle où le peuple français a déployé le plus d'énergie, de courage et de persévérance... Selon moi, ce fut dans cette guerre qu'il acquit le plus de gloire, si la gloire s'acquiert en raison des difficultés vaincues et de la justice de la cause. »

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