FUSILS A VAPEUR
Papin a conçu l'idée qu'on pourrait lancer des boulets par la force expansive de la vapeur. Notre autre compatriote Girard, l'iHustre inventeur de la filature du lin, a construit le premier fusil à vapeur. Ce nouveau système
d'arme est d*une grande puissance. Un ingénieur américain, Perkins, a imaginé de donner au tube du fusil un mouvement de rotation horizontal et de le faire élever d*un cran à chaque rotation. Le fusil de Perkios a été essayé devant le duc de Wellington. Voici le résultat d'une expérience. Le fusil lançait dix balles par seconde; c'était un roulement continu. Après qu'on eut tiré quelques minutes sur un mur, il n'y avait pas un décimètre carré de ce mur qui n'eût été touché d'une balle.
Cette arme, dit Wellington, suivant ce que m'a rapporté Perkins, ne pourrait pas être employée en campagne; mais il prononça cette sentence dont malheureusement on devra peut-être se souvenir un jour : « Désormais un assaut sera impossible ! »
Comment des troupes pourraient - elles affronter la brèche, lorsqu'un boiimie seul manœuvrant le fusil à vapeur derrière un blindage , avec une simple fente , une simple meurtrière devant lui, serait en mesure de mettre un régiment en coupe réglée, de couper tous les hompfies par les jambes, par les cuisses, par le buste et pak U tête.
Un de mes amis, M. Perrot, de Rouen:, a construit une arme de même espèce, perfectionnée et plus meurtrière encore. Nous tirâmes un jour, WL Perrot et moi , avec son arme et nous parvenions à loger tout le flux de balles dans un trou de la grandeur d'une pièce de cent ^us, ou sur une ligne horizontale qui n'avait pas plus d'un centknètre d'épaisseur.
Par quelle circonstance la vapeur, d'une tension modérée, produit-elle le même effet que les gaz qui se déta-
chent de la combustion de la poudre? C'est à cause de la longueur de Tanne ; si on n'introduisait dans le canon qu'une bouffée de vapeur, la balle atteindrait à peine l'extrémité du tube et tomberait à terre. Il faut, pour . que l'effet soit considérable, que la vapeur agisse un certain temps, c'est-à-dire que le canon ait de la longueur. Plus le calibre est fort et plus il faut que Tanne soit longue. Cette condition n'étant pas satisfaite dans un canton qui fut essayé sans succès à Vincennes, je protestai avant Texpérience, au nom de Perkins, qui m'avaif donné mission pour cela. Il est probable, du reste, que pour les canons comme pour les fusils, avec une suffisante longueur de la bouche à feu, on obtiendrait des résultats identiques à ceux que j'ai obtenus avec le fusil Perrot. Ce sont des recherches à faire.
J'ai dit précédemment (chap« vi, p. 81) de quelle utilité de pareils fusils pourraient être pour la défense des places et particulièrement pour celle de Paris. C'est encore là un progrès que je demande qu'on ne repousse pas. Tant mieux, je le répète, si de pareils moyens de destruction devaient un jour empêcher le retour des guerres,