CONCLUSION
Me voici parvenu au terme de la tâche que je m'étais imposée. Si je ne me fais pas illusion , considérées dans leur ensemble, les discussions auxquelles je me suis livré ont établi que les prodigieux travaux exécutés autour de la capitale, appartiennent à deux systèmes de défense entièrement distincts ; que l'enceinte continue rend Paris imprenable, sans que jamais les habitants aient à s'en préoccuper; que, d'autre part, les forts détachés peuvent, au gré du pouvoir, devenir un moyen d'oppression , de tyrannie presque irrésistible , et qu'envisagés militaire ment, ite n'ont qu'une valeur très-contestable.
J'ai prouvé qu'on pourrait Ijeaucoup ajouter à la force des fortiûcations par l'emploi de quelques manœuvres d'e^u, et qu'il y aurait intérêt à modifier la construction
des forts de manière à ce que l'ennemi, s'il s'en emparait, ne pût en tirer un parti déplorable, et aussi de manière à ce que des garnisons, factieuses ou étrangères, quoique peu nombreuses, par cela seul qu'elles occuperaient les forts y ne fussent pas maîtresses des approvisionnements de la capitale.
J'ai démontré que les forts ne pouvant être avanta; geusement défendus par la garde nationale , immobiliseraient une partie notable de l'année. Je voudrais que l'armée française, en cas d'invasion , n'eût pas une seule base d'opération, Paris; qu'elle ne fût pas obligée de s'appuyer sur les forts détachés, qui absorberont en pure perte, dans leur état actuel, ime grande partie des forces actives.
Plusieurs de nos places frontières et particulièrement les ports de mer réclament impérieusement l'attention du gouvernement ; il est urgent de perfectionner , de compléter,^ de créer leurs systèmes de défense, si on veut être certain de garantir l'indépendance nationale, selon moi, le premier des biens.
Je pense aussi avoir prouvé qu'il y à de nombreux perfectionnements à introduire dans l'armement des troupes, et que toutes les parties de l'art militaire auraient à gagner à être éclairées par la science.
Il faut concilier dans une juste mesure les nécessités de la défense de Paris contre l'ennemi et de son inviolabilité contre des attentats venus de l'intérieur.
Tous les gouvernements' ont, de temps à autre, des moments de colère et d'aveuglement. Il est alors trèsheureux, dans leur propre intérêt, pour leur propre
sûreté , quMls soient obligés de calculer leurs chances. Supposez la réussite certaine, et vous verrez les entreprises se succéder sans relâche. On procédera par coups d'État. Je ne veux ni coups d'État ni émeutes. Je crois l'indépendance de Paris nécessaire à celle de la France.
Les plus simples notions de l'économie politique sont en contradiction manifeste avec les plaintes qu'on articule sur le développement excessif de puissance et de splendeur de Paris, avec les prétendus malheurs que l'accroissement de la métropole amènerait dçins un avenir éloigné. Les souffrances de Paris tardent peu à être ressenties jusqu'aux extrémités de la France. Le corps social est comme le corps humain : toutes ses parties ont entre elles une solidarité intime. Ces vérités n'offrent rien d'incertain, rien d'indécis à quiconque a étudié la manière dont les richesses naissent et se distribuent dans un grand pays..
Il faut l'avouer sans détour ; la- ville de Paris est maintenant Tobjet d'une jalousie aveugle, irréfléchie. J'opposerai à ce sentiment hostile et sans prétexte une appréciation des services de la métropole, empruntée à un homme illustre qui honora les premières années de nobre grande révolution par ses lumières , par sa vertu , par sa modération; qui paya de sa vie les fautes d'autrui; qui fit preuve, enfin, dans ses derniers moments, même au pied de l'échafaud, d'un courage héroïque. Voici comment il parlait de Paris :
€ Aucune ville n'a montré plus d'amour de la liberté , plus de courage pour l'obtenir. Il n'est aucune ville à qui cette liberté ait autant coûté. »