‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 49 sur 99 · Volcl cette lettre · texte numérisé non relu

Volcl cette lettre

Au Rédacteur.

Monsieur, M. Arago, dans une lettre publiée avant-hier par le National^ et reproduite hier par d'autres journaux, cherche à prouver que le système des forts détachés n'a pas le principal mérite que lui attribuent ses partisans, et qui consisterait à mettre Paris à Tabri des projectiles de l'armée assiégeante. Sans admettre que ce soit là le principal mérite du système en question, il faut né^imoins reconnaître que c'en serait un très-grand, et il importe d'examiner jusqu'à quel point l'argumentation de M. Arago est fondée.

M. Arago cite quelques bouches à feu dont les portées vont de 2,500 à 3,000 toises. La France et l'Angleterre sont, je crois, les deux seules puissances qui fassent usage de canons d'un calibre

de détourner Tattention publique de la question capitale que j'avais envisagée dans une note adressée au National j le 14 juin, et qui a été reproduite le lendemain par plusieurs autres journaux. J'accomplis donc un devoir en venant replacer le débat sur son véritable terrain. Beaucoup d'habitants de Paris imaginent, à tort ou à

sepéri^ir au 24^ et seulement pour rarmement dés vaisseaux et pour la défense des côtes. Le canon de 2/i, le plus fdrt calibre de DOS équipages de sfége, pieiut porter son boulet à 2,000 toises, si on le pointe à 65*. Mais il n*esiste peut-être pas dans 'tonte ^Europe un seul affat au moyen duquel on pourrait le tirer sous cet angle. Dans la pratique on ne cherche pas à lui donner une portée de plus de 700 à 800 toises, parce qu'au ddà on ne peut pas en attendre d'effet utile.

Restent les projectiles creux. Le mortier de 12 pouces, à grande portée, tiré à chambre pleine, projette la bombe à 1,500 toises ; si on laissait l'ennemi s'établir à 250 tofees des fbrts, et qu'H eût des bouches à feu dd modèle français, il n'y à nul doute que quelquesnùs de ses projecdles^ne parvinssent Jusqu'aux faubourgs de Paris. Biais la construction d'une batterie fixe a besoin, ainsi que tous les travaux d^in siège régulier, d'être protégée par des (brces capables de repousser les tentatives de l'armée défensive, qui, sans cela, détruirait ce» travaux deux ou trois fois par Jour; et il est difficile de concevoir comment le commandant de l'armée ennemie pourrait se résoudre à laisser pendant la durée de ces travaux un corps aussi nombreux exposé à l'artillerie des forts tirant à une petite distance. Si Puis est un Jour fortifié s^on le projet du gouvernement, la présence aux environs de cette capitale de l'armée active, ou seulement d'une partie de cette armée, suffira pour rendre impossible rétablissement des batt^ies de Mége, du moins à la distance qui permettrait d'en tirer parti pour inquiéter ses habitants.

Ce qui a causé Terreur commise par M. Arago, c'est qu'il a r^ardé comme étant d'un usage général dans les siégea certains mortiers employés exclusivement pour la défense des cêtes» et les obusiers-canons fondus à Séville pour le siège de Cadix. Ces bouches à feu pèsent 8, 10 et 12 milliers, et les armées ne peuvent pas traîna à leur suite du matériel aussi lourd. D'ailleurs , les puissances étrangères n'en ont pas Jusqu'à ce moment, et l'on peut dire avec

iU LES FORTIFICATIONS.

raison, que les citadelles dont on veut les entourer^ fmk raient par devenir contre'eux un moyen d'oppression. Ils voient, avec un extrême déplaisir, que notre immense ville se trouverait à la merci de quelques milliers de soldats ; qu'elle serait livrée à tous leurs caprices ,. à toutes leurs exigences. Us co&naissent à merveille les phrases

assurance que les mortiers qui pourront bombarda Paris ne soat pas encore fondus.

Q\iant à la petite distance qui existe entre la redoute de Passy et le mur d'enceinte, il n'est pas supposable que Tennemi tente une attaque de ce côté, ayant la Seine et par conséquent un défilé derrière lui. Pour se rassurer à cet égard, M. Arago pourrait demander à MM- les officiers-généraux qui siègent à la Chambre près de lui, si une pareille attaque ne serait pas la circonstance la plus heuneuse qui pût se présenter pour Tarmée chargée de- la défense.

Dans un pays où Ton compte pour la défense du territoire, nonseulement sur Tarmée permanente, mais encore sur le concours puissant de la population , Tintérèt national doit faire désirer que tous les citoyens aient des notions exactes sur remploi et les effets de Tartilierie. On ne verrait pas se renouveler ce qui frappa d'étonnement le commandant de Tartillerie au siège de Toulon. A son arrivée devant ^ette place. Napoléon trouva une batterie de six j^ièces de 2/i destinée à incendier la flotte anglaise, placée à trois portées de canon de cette flotte et à deujc du rivage. IJ serait digne de M^ Arago, qui possède à un si haut degré le talent d'exposer, avec une grande netteté d'expression, les théoi^ies les plus difficiles, d'approfondir la question sous le point de vue de Futilité pratique, et de la mettre à la portée de tout le monde.

Si vous pensez, Monsieur, que ces observations soient de /)ueique intérêt pour le public, je vousserai obligé de les faire insérer dans votre plus prochain numéro.

Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments distingués avec lesquels je suis

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

, officier cTartUlerie.

Paris, le 17 juin 1833.

convenues qu'on ne cesse de débiter sur l'impossibilité de trouver dans l'année française des chefs qui consentissent jamais à faire tirer sur Paris, des soldats qui voulussent obéir à de pareils ordres. D'un autre côté, ils se rappellent que le 13 vendémiaire des bataillons de troupes de ligne mitraillèrent sans scrupule, et presque à bout portant , la garde nationale parisienne ; ils n'ont pas oublié qu'en juillet 1830, la garde royale se battit à outrance contre les patriotiques défenseurs des barricades; qu'à Quiberon , que dans toute la Vendée, des Français s'entr' égorgèrent avec fureur ; que des officiers supérieurs de nos armées, que des généraux ont fait €ent fois pis encore; qu'ils se sont rendus coupables du plus exécrable des crimes : qu'ils ont déserté la veille d'une bataille, et livré peut-être à l'ennemi les plans dont ils avaient connaissance. Placés ainsi entre des faits positifs et des phrases jsonores, les bons habitants de Parisont réglé leurs appréhensions sur les faits; ils ont cru, ils croient encore que dans certaines circonstances , les garnisons des forts seraient aisément amenées à faire contre la ville des actes de violence. Pour éloigner ces craintes, M. le ministre du commerce disait à la Chambre : « Les forts sont hors de la portée du canon ; aucun de leurs projectiles ne peut arriver sur la ville. »

Le Journal des Débats avait déjà pris les devants; lui aussi, affirmait • que le feu des forts détachés n'arrive pas jusqu'à Paris, »

M. le colonel Lamy, rapporteur de la commission de la Chambre , annonçait également • que les batteries n'auraient aucune action cpntre la ville. »

C'est principalement pour combattre ces assertions de M. Thiers, du Journal des Débats, et de M. le colonel Lamy, que j'ai publié une note dans les journaux. Cette note établissait, par des chifTres authentiques, que la ville de Paris n'est pas placée, quoi qu'on en dise, hors de portée des projectiles des forts; que dans un des quartiers, les habitants se trouveraient même exposés aux coups de fusil de la redoute bastionnée de Passy ; qu'avec des mortiers à la Willantroys, il n'est aucun des quinze forts dont les bombes ne pussent enfoncer le toit de la cathédrale; qu'avec des portées restreintes de 2,000 toises, il sufiirait encore de deux des citadelles projetées pour balayer la totalité du faubourg Saint- Germain; que trois de ces mômes forts incendieraient simultanément la Bourse, la Banque, tout le quartier du Palais- RoyaL

Qu'a répondu l'ofiScier anonyme d'artillerie à toutes ces assertions? Rien, absolument rien! Il est évident par sa lettre que la bonne volonté ne lui a pas manqué. Je puis donc regarder comme bien établi que, contrairement à ce qui a été dit à la Chambre, dans les brochures et dans les journaux mmistériels, les garnisons des forts dont on nous entoure pourront, si l'envie leur en prend , couvrir la ville de Paris de projectiles de toute nature.

J'arrive à une seconde question entièrement distincte de la précédente.

Plusieurs de nos généraux les plus illustres, tout en repoussant les forts détachés, soit par les raisons politiques que je viens de présenter, soit par de puissantes

considérations militaires, voudraient entourer notre vaste capitale d*une enceinte continue bastionnée, dont les citoyens n'auraient jamais rien à craindre et qui serait seulement redoutable à Fennemi. On a dit à la Chambre, on a dît dans divers écrits ministériels, on a fait dire aux journaux dont le pouvoir dispose , que ce système avait rimmense défaut de ne pas porter la défense suffisamment loin des habitations. Les forts, au contraire, ajoutait-on, jouissent de cet avantage au plus haut degré 1 J'ai fait observer que deux des forts seront en dedans de l'enceinte continue du général Haxo ; que deux autres occuperont des points de cette même enceinte. Qu'a répondu l'officier anonyme? Pas un seul motl Ainsi ma remarque subsiste.

M. le général Bernard, commissaire du roi à la Chambre des députés, et M. le général Mathieu Dumas, pair de France , ont insisté plus que personne sur le prétendu avantage des forts détachés dont il vient d'être question. Le dispositif de ces forts leur paraît éminemment supérieur à celui de l'enceinte continue, surtout parce qu'il • mettrait les habitations hors de portée des projectiles incendiaires (de l'ennemi) ; parce que ce système des forts empêcherait l'ennemi d'établir des batteries assez près pour incendier les quartiers de la Chaussée-d'Antin et du faubourg Saint -Honoré. »

Quant à moi, j'ai nié positivement que les citadelles fussent situées de manière à empêcher l'ennemi d'incendier la capitale. Je me suis appuyé sur des données numériques incontestables et incontestées; aussi l'artilleur anonyme , au lieu de me répondre , se jette-t-il

dans toutes sortes de divagations. Il insinue d'abord que la France et l'Angleterre sont les seules puissances qui fassent usage de calibres supérieurs à 24; or, cela est inexact. Ailleurs il affirme que les étrangers n'ont pas de gros obusiers à grande portée , tandis qu'on trouverait au besoin dans les ouvrages d'un officier qu'il doit connaître, que ces bouches à feu ont donné lieu à de belles expériences, en Angleterre, en Suède, en Russie. Il ajoute, ce qui est vrai, mais sans tirer à conséquence, que cette artillerie est très-lourde. Enfin, pour tranquilliser les plus timorés, il donne l'assurance, non que l'ennemi n'a pas et ne peut pas avoir de fonderies de canons, ce qui en effet serait très-décisif; mais que les mortiers qui pourront bombarder Paris ne sont pas encore fondus! Sans doute on n'exige pas de moi que je réponde sérieusement à des arguments de cette force! Je réfuterai seulement quelques passages du Moniteur sur la valeur desquels on pourrait se méprendre, à raison de leur apparence scientifique.

L'officier anonyme avoue que • le canon de 24 peut porter son boulet à 2,000 toises; si on le pointe à 45*. » Au risque de blesser son amour-propre, je lui apprendrai que la portée de 2,000 toises a été dépassée ; qu'en 1740, on arriva à 2,250 toises; qu'en 1771, Bezout obtint, avec le môme calibre, 2,221 toises; qu'à Anvers enfin, en 1811, on arriva jusqu'à 2,475 toises.

« Mais, dit le Moniteur^ il n'existe peut-être pas dans l'Europe un seul affût au moyen duquel on puisse tirer sous cet angle. » J'ignore moi-même si de tels affûts existent encore aujourd'hui; je ne sais si on les a con-

serves; mais il est iriGontestable qu'ils ont existé, car apparemment le canon était supporté par quelque chose, |orsqu*à Anvers il projetait le boulet à plus d'une lieue.

Cette citation ne suffit-elle pas? je dirai qu'on a tiré le canon de 24, en 1755, à Toulon, sous l'angle de 45'; en 1779, à Auxonne, sous les angles de 37, de S9, de 40 et de 41* 1/2; qu'en Angleterre, il y a sept ans, on a minutieusement essayé, sous le môme angle de 45% des canons de fer de â?, de 24 et de 18.

Quand la portée d'un canon de 24 surpasse 800 toises, dit mon antagoniste, on ne peut pas en attendre d'effet utile. Ces expressions sont trop vagues pour ne paô exiger une explication. Entend-on dire qu^au delà de 800 toises le boulet de 24 est presque sans action? Je réponds qu'on se trompe. Voici les résultats des expériences faites en Italie:

Le nombre d'hommes placés en file, qu'un boulet de 24 renverserait en vertu de la vitesse horizontale, fut estimé, d'après les e£Fets produits sur des mannequins, de 25, à 700 toises ; de 21, à 800 ; de 7, à 1,600 ; de 4, à 2,000 toises; Ainsi ne croyons pas aveuglément, nous, gardes nationaux sur trois rangs, aux paroles emmiellées du partisan des forts détachés. Si, cependant, il avait seulement prétendu qu'au delà de 800 toises le tir n'a plus de justesse; qu'au delà de 800 toises on iie doit guère espérer de frapper exactement le? point qu'on a visé, son observation niériterait d'être accueillie ; mais, en conscience, je ne puis, me dispenser de faire renaarquer que le point de mire, dans le cas actuel, serait une grande ville, la ville de Paris tout entière.

Je conviendrai donc volontiers que le boulet tiré contre le Panthéon irait peut-être frapper le Luxembourg ou Saint-Sulpice, ^t réciproquement; qu*on recevrait souvent le coup destiné à son voisin; mais si Tartilleur ministériel persiste à vouloir trouver des boulets perdus, il sera forcé de les chercher presque tous dans le lit de la Seine.

Peut-être aurais-je dû ne pas m'engager dans cette dernière discussion , car le met canon de 2ft ne se trouvait pas une seule fois dans ma lettre aux journaux. Puisque Toccasion s* en présente, je dois dire, soit poiur l'instruction de M, l'officier anonyme, soit pour prévenir le public contre les fausses notions qu'on cherehe à lui donner relativement aux effets de l'artillerie, que les faibles portées qu'on fait sonner aujourd'hui à • ses oreilles, que les portées du tir horizontal n'ont ici aucune application, car les citadelles seraient presque toutes assez élevées au-dessus de Paris. J'ajoute qu'il n'est pas nécessaire de beaucoup augmenter sur une colline la hauteur d'une pièce, pour ajouter considérablement à sa portée horizontale. Or, si je ne me trompe, le fort de l'Épine auquel on travaille actuellement , n'est pas à moins de 70 mètres au-dessus du sol de nos quais.

Je n'ai pas bien compris dans son ensemble l'article de l'écrit ministériel à l'aide duquel on prétend prouver qu'une armée ennemie ne pourrait jamais établir ses batteries devant nos citadelles détachées. Je comprends encore moins, je l'avoue^ que les détails que j'y trouve soient sortis de la plume d'un officier d'artillerie.

Je ne terminerai pas cette longue discussion tech-

nique sans ajouter une remarque. En démontrant par des chiffres, que l'ennemi en batterie devant nos forts, que l'ennemi procédant à leur siège, aurait en même temps la faculté de couvrir la ville de Paris de boulets et de projectiles incendiaires, j'ai pu nie borner à n'admettre que des portées de 2,000 toises. Or, ces portées, on les obtient facilement avec des pièces que les armées traînent à leur suite : avec des obusiers espagnols de 8 pouces» et avec les licornes russes, par exemple. Cette réflexion me dispensera d'examiner comment, sans enlever aux mortiers à la Willantroys et autres bouches à feu les immenses portées de 3,000 à 9,900 toises, on pourrait les rendre comparativement très-légers. Quoique le moyen soit très-simple, quoiqu'il ait dû se présenter à l'esprit d'un grand nombre d'artilleurs, il suffit qu'on ne le trouve pas dans les ouvrages imprimés, il suffit qu'un jour, ce moyen puisse être employé contre Paris, pour que je renonce sans regret au plaisir de donner encore sur ce point une courte leçon à mon adversaire anonyme.

J'éprouve le besoin d'assurer que le passage suivant est tiré textuellement de l'écrit auquel je réponds : c Quant à la petite distance qui existe entre la redoute de Passy et le mur d'enceinte (de Paris), il n'est pas supposable que l'ennemi tente une attaque de ce côté, ayant la Seine, et par conséquent un défilé derrière lui, etc. » Comment, M. l'pfficier ministériel, vous regardez toute attaque conmie impossible du côté de Passy, et vous y construisez un fort? Vous n'avez donc pas songé aux conséquences que tireront de ces paroles

ceux qui, à la tribune et ailleurs, ont prononcé le nom de bastille 1 Ah! que le bonhomme était bien inspiré lorsqu'il s'écriait:

Rien n'est si dangereux qu'un imprudent ami, Mieux vaudrait un sage ennemi.

L'anonyme a bien voulu m'înviter à consulter sur les chances d'une attaque dans la direction de Passy, les officiers-généraux auprès desquels je siège à la Chambre. Il a pris un soin inutile : la consultation a eu lieu depuis longtemps, et je puis certifier que les illustres généraux dont il a voulu parler, désapprouvent unanimement et de toutes leurs forces les travaux projetés; d'une part ils les trouvent inutiles, de l'autre dangereux.

Au reste, si M. l'officier s'était proposé, par une insinuation adroite, de classer aux yeux du public la question débattue parmi celles qui divisent ordinairement la Chambre en deux sections distinctes, je rappellerais qu'il existe des adversaires prononcés des citadelles parisiennes dans toutes les parties de l'assemblée, voire même au fauteuil du président, soit quand M. Dupin l'occupe, soit quand les débats sont dirigés par M. Benjamin Delessert.

Je me suis conformé, autant que mon peu de loisirs me l'a permis, à la recommandation par laquelle l'écrivain ministériel a terminé sa lettre au Moniteur. Je crois, en eflet, que la question des citadelles parisiennes sera maintenant à la portée de tout le monde. Au surplus, M. l'artilleur anonyme n'a pas une juste idée de la

perspicacité du public : je n'en veux pour preuve que la pétition suivante , déjà couverte d'un grand nombre de ^natures de gardes nationaux et d'autres citoyens. Cette pétition , dont la clôture de la session m'a empêché de faire le, dépôt, résume, ce me semble de la manière la plus nette, les graves considérations qui ont dépopularisé à un si haut degré les citadelles projetées.

c Messieurs les Députés, les soussignés, habitants du 12* arrondissement municipal de Paris, croient accomplir un devoir sacré en vous faisant connaître les vives inquiétudes qu'a excitées parmi eux le projet publiquement avoué par le gouvernement d'entourer la capitale d'un grand nombre de citadelles. Si le préjudice résultant de l'exécution de ce projet devait être seulement la moins-value d'une multitude de propriétés particulières, ils auraient gardé le silence, car les intérêts privés doivent toujours fléchir devant le salut du pays. Mais, dans cette circonstance , il faudrait fermer les yeux à la lumière pour ne pas être frappé des considérations tout autrement importantes que nous allons signaler.

c Les quinze citadelles projetées seront un moyen certain de priver les habitants de Paris de toute communication avec l'extérieur de la ville : de les affamer sans qu'il soit besoin, pour cela, de plus de deux ou trois régiments. Sept à huit mille hommes de la garde royale, répartis en juillet 1830 dans les quinze citadelles dont on nous menace, se seraient joués des efforts des patriotes, et les auraient amenés, moins encore en incen-

Î34 LES FORTtFICATIONS.

diant la ville qu*en arrêtant tous les arrivages, k se soumettre aux ordonnances insensées de Charles X et de Polignac. Les citadelles compromettraient cionc la liberté; elles livreraient tôt ou tard les Parisiens, pieds et poings liés, à tous les caprices du pouvoir.

t Le gouvernement lui-même pourrait-il assurer quMl n'aurait jamais rien à craindre des garnisons des forts? L'esprit de faction ne s'est-il donc jamais montré dans une armée? Le souvenir des gardes prétoriennes s'est-il totalement effacé de l'esprit de nos ministres? ont-41s oublié qu'en 1812 les faibles détachements que le général Mallet entraîna, auraient peut-être opéré dans la capitale une véritable révolutioi), s'ils avaient été en possession de quinze citadelles menaçantes?

t Personne assurément n*a plus de confiance que les soussignés, dans le courage de l'armée, dans le dévouement des gardes nationales, dans l'énergie et le patriotisme des classes les plus nombreuses de la population. Ainsi, ils n'ont aucune inquiétude sur le résultat final des luttes dans lesquelles la France pourra se trouver engagée. Toutefois, ils songent avec horreur au parti que les ennemis tireraient des citadelles projetées, si des chances malheureuses les amenaient une autre fois dans la capitale. Qui ne les voit déjà maîtriser la population parisienne avec quelques milliers de soldats, et, tranquilles de ce côté, diriger toutes leurs forces sur les points où le sentiment impérissable de la nationalité française aurait créé des moyens de résistance et d'attaque?

« Les soussignés vous demandent, messieurs les dépu-

tés, de rejeter un projet dont les conséquences déplorables ne sauraient être niées, dont la population de Paris s'inquiète, et à la défense duquel des citoyens honorables n'ont pu prêter l'appui de leur nom, que par le plus déplorable aveuglement.

• Recevez, etc. »

(Suivent les signatures. )

IV. — LETTRB insâiÉK DAK8 i;e8 J09RHAUX le Nadonol ^ le Constitutionnel^ le Courrier franpais, et le Temps, lb 21 JUILLET 1833.

Monsieur le Rédacteur, deux ou trois jours après la publication de ma seconde lettre sur les forts détachés, plusieurs journaux annoncèrent que les constructions étaient ajournées^ que la question serait soumise aux Chambres. Je crus, dès lors, devoir laisser une libre carrière à Tacrimonie des journalistes ministériels. Il eût été futile de relever les erreurs qu'on accumulait de nouveau pour montrer l'excellence d'une cause momentanément abandonnée. Cette explication de mon silence, toute naturelle qu'elle paraissait, n'a pas été admise: si je me suis tu, c'est parce qu'on m'avait mis dans l'im* possibilité de'répliquer; en ne répondant pas, je m'avoue vaincu; le public va revenir des préventions que j'avais contribué à lui inspirer ; aussi le gouvernement continue- -il les approvisionnements; aussi les brouettes, les celles, les pioches des terrassiers sont-elles laissées sur les lieux; aussi continue-t-on le levé des plans; aussi les travaux recommenceront -ils immédiatement après les fêtes de juillet, et alors sans exciter aucun murmure 1

Cette jactance de la presse et des séides du ministère, me fait reprendre la plume. Je n'ai pas assurément la vanité de croire qu'une lettre de moi puisse rien changer aux projets arrêtés par le gouvernement; mais j'ai l'intime confiance que le public parisien protestera vivement contre la construction des quinze citadelles, dès qu'il apercevra dans toute sa nudité , le rôle que ces forteresses joueraient tôt ou tard, au grand détriment de la ville, des faubourgs et de la banlieue. Signaler de nouveau et nettement les conséquences qu'auront ces menaçantes constructions; dissiper les épais nuages dont ce/'tains sophistes cherchent sans cesse à envelopper la question, tel est le but que je me propose aujourd'hui.

Je ne m'aveugle point sur l'irritation que cette lettre va soulever contre moi; je n'hésite pas cependant à la publier. Lorsque j'aurai accompli mon devoir, ce sera au public parisien à faire le sien. SMl fallait s'expliquer ici sur le devoir des citoyens tel que je le conçois, je conseillerais de signer, en masse, des pétitions énergiques contre le systènie des citadelles; j'inviterais encore à exiger des candidats à la députation, l'engagement formel de s'opposer par leurs discours et par leurs votes, à ces ruineuses constructions,

J'aurais peut-être quelque droit de m'étonner que l'ofTicier français qui, sans procuration, dit-il, s'est institué l'avocat des forts détachés, persiste à combattre, sous le voile de l'anonyme, un adversaire qui signe son nom en toutes lettres; mais le débat intéresse trop l'avenir du pays pour que je doive m'arrêter à des critiques de forme.

Suivant le Journal de Paris , au lieii de donner des leçons de balistique^ j'aurais dû en prendre ; avant de parler «d'un ton si absolu de choses qu'après tout il m'^st permis d'ignorer, je ferais sagement de demander des avis à M. le correspondant du Moniteur. »

Dès que l'anonyme sera levé, je m'empresserai de suivre le conseil qu'on me donne, dussé-je, comme j'en courrais la chance, trouver dans mon futur professeur l'officier qui naguère me priait de discuter des observations de portée d'obus, dont il n'avait pas su trouver la loi.

L'étonnement que certaines personnes éprouvent, quand on leur dit que les Parisiens se verraient avec un vif déplaisir entourés d'une multitude de citadelles, est vraiment risible. Les réflexions naïves de ces optimistes, semblent calquées sur ce passage si burlesque et si connu de la complainte de la ménagerie :

Cet animal est fort méchant i Quand on l'attaque il se défend !

Au reste, pour peu qu'on le désire, je me prêterai à examiner sérieusement si en effet le sentiment d'inquiétude et de défiance ^es habitants de la capitale, est une chose tellement inouïe, tellement éloignée de toute espèce de précédent , qu'on ne puisse en trouver l'origine que dans la pernicieuse influence de la mauvaise presse. Je demanderai, par exemple, si ces paroles tant de fois citées d'Henri IV : t On prétend que je veux faire des citadelles; c'est une calomnie : je ne veux de citadelles que dans le cœur de mes sujets » ; si ces

«IS XES FOBTIFICATIONS.

paroles^ disons-nous^ ne prouvent pas que les Parisiens, il y a plus de deu^ siècles^ témoignaient déjà hautement toute leur aversion pour des forteresses qui les auraient livrés sans défense aux caprices des courtisans et des soldats.

A-t-on déjà oublié qu'en juillet 1789, des remblais exécutés à Montmartre pour rendre le village et les moulins plus accessibles aux i^oitures, ayant para destinées à recevoir de rartillerie, excitèrent dans Paris une fermentation menaçante , que les proclamations de la municipalité apaisèrent difficilement; que, dans le même mois, le 1 & juillet, la mise en batterie de plusieurs canons sur la plate-forme de la Bastille, fut la cause première du rassemblement formidable qui , après avoir envahi toutes les rues du quartier Saint-Antoine , s'empara de la forteresse? que la population de Metz, si patriote et si habituée, Dieu merci, à la vue de fortifications de toute espèce, exigea cependant, au commencement de la révolution, la démolition de celles des faces de la citadelle dont les feux se trouvaient dirigés vers la ville? Faut-il rappeler, enfin, qu'en 1854, les murmures unanimes de la capitale firent renoncer aux deux forteresses qui devaient couronner Montmartre, et dont tes contours étaient déjà indiqués par des piquets? Vousmêmes, d'ailleurs, messi^rs les avocats du ministère, n'avez-vous pas tacitement reconnu que les appréhensions des citoyens sont légitimes? Sans cela aurions-nous vu dès l'origine, vos rapports, vos discours, vos publi-* cations quotidiennes, proclamer que la ville serait hors de portée de l'artillerie des citadelles? Aujourd'hui même

rie restez-vous pas cramponnés à cette thèse, malgré l'évidence incontestable des faits? Voyons, au surplus, si les efforts de l'officier anonyme et de ses associés ont été plus heureux.

1 Aucun des projectiles des forts, disait un ministre à la Chambre , ne peut arriver sur la ville. »

J'ai signalé sur le plan officiel, un fort, celui de Passy, qui n'est pas à 80 toises du mur d'^ceinte. Comn>e il eût été trop ridicule de déclarer en termes précis qu'un canon n'a pas 80 toises de portée, tes commentateurs de l'assertion ministérielle se sont jetés dans le vague des considérations générales. « Les assurances du ministre du commerce, dit le Journal de PariSy sont justifiées par l'opinion d'hommes expérimentés. M. le colonel Lamy, qui probablement sait à quoi s'en tenir «ur la portée ordinaire du canon, a dit à la tribune (comme M. le ministre) que le feu des forts détachés ne pourrait

arriver jusqu'à nous On aura peine, ajoute-t-il, à

nous persuader que les officiers du génie ne sont pas aussi compétents, pour trancher des questions de balistique et de fortification, que M. Arago pour rédiger Y /annuaire du Bureau des Longitudes. •

Toutes ces phrases sont peut-être très-spirituelles dans la forme; mais, ramenées à leur vraie signification, elles peuvent se traduire ainsi : t Les officiers du génie qui partagent les opinions politiques du ministère, ont décidé que les canons, les obusiers et les mortiers, ne lancent pas leurs projectiles au delà de 80 toises, distance du fort de Passy à l'enceinte de la ville! » Je n'aurai pas la témérité de défendre, sans mission, les officiers

dont il s'agit. Ils n'ont qu'à voir eux-mêmes, d'après l'échantillon qui précède, 5'il leur convient de parler sciences, balistique, fortification, par la bouche du rédacteur du Journal de Paris.

L'officier anonyme d'artillerie, je dois en conyenir, n'a pas été aussi malavisé. Il sait très-bien, lui, que tous les résultats consignés dans mes lettres sont exacts; que tous les forts projetés, quant à la distance, auraient action sur les quartiers les plus populeux de la capitale. Seulement, à cause du grand éloignement, les boulets, d'après ses idées, ne feraient aucun mal.

Admirez, je vous prie, la gradation ! D'abord les projectiles pleins n'arrivaient point; maintenant ils arrivent, mais ils ne sont pas. dangereux. De peur qu'en suivant cette marche on n'aille jusqu'à soutenir, que la chute d'une grêle de boulets de 24, de 36, de 48, sur les places publiques, dans les rues, dans les maisons, serait pour les Parisiens un spectacle divertissant, j'abandonnerai aujourd'hui la cause des boulets; je parlerai seulement des projectiles creux. Dans ce dernier cas, au mal qui peut résulter de la chute des obus ou des bombes^ il faut ajouter le mal plus grand qu'amène la dispersion des éclats et l'incendie.

« M. Arago, s'écrie-t-on, était on ne peut plus mal renseigné. Les portées qu'il a citées étaient non des portées de guerre, mais des résultats d'expériences.»

Le voilà enfin connu ce formidable argmnent, qui devait réduire au silence tous les adversaires des forts détachés I Je sais qu'il a fait les délices de plusieurs salons ministériels avant de se produire au grand jour

par la presse; je sais roéme qu'on se flatte d'avoir ébranlé ainsi quelques convictions loyales. Comment continuer, en effet, à se préoccuper de portées expérimentales!

Passons des mots aux choses, et le public verra à quel point on espère se jouer de sa crédulité.

De quelle façon a-t-bn obtenu les portées de 2 et de 3 mille toises que j'ai citées?

A l'aide de grandes bouches à feu, fondues à la manière ordinaire, forées suivant les procédés ordinaires ; avec de la poudre ordinaire, avec des projectiles moulés par les méthodes ordinaires , avec les moyens de pointage les plus ordinaires. Comment donc un coup expérimental pourrait-il différer d'un autre coup ? pourquoi le centième ne ressemblerait-il pas au premier, au second, au troisième coup? A la vérité, on tirait en rase campagne ; il n'y avait là ni une ville ni une colonne de soldats; mais à moins qu'on ne prétehde que la nature du but peut altérer le calibre de la pièce, diminuer la puissance d'inflammation de la poudre, changer les dimensions de la bombe et rendre la graduation de l'instrument de pointage défectueuse, il faudra bien admettre qu'en dedans comme en dehors des forts détachés, les mortiers à la Willantroys porteraient leurs projectiles à 2 et à 3 mille toises. Tout ce qu'il serait possible d'accorder, si dans un esprit de conciliation on voulait se rapprocher du système ministériel, se réduirait donc à changer le nom de canonniers en celui d'expérimentateurs; les villes seraient alors saccagées, pulvérisées, incendiées; leurs habitants seraient tués VL— m. 16

2iî LES FORTIFICATIONS.

par voie expérimentale, j'ai presque dit par raison démonstrative, comme le maître d'armes de M. Jourdain; car Molière a su prévoir tous les genres de ridicules.

Écoutons encore, sur cet objet, Tofficier anonyme d'artillerie :

« Les projectiles creux lancés^ à 5,000 et même à 2,000 toises n'ont aucun résultat militaire, ainsi que le prouve le long et inutile bombardement de Cadix, seul exemple applicable à la question.... La moitié des bombes tombaient dans la mer; sur l'autre moitié, le plus grand nombre éclatait en l'air ou n'éclatait pas du tout. Trouver une fusée ou une composition d'artifice qui assure, pour le moment convenable, l'explosion des bombes que l'on lance à 2,000 toises, est un problème qui n'a pas été résolu d'une manière satisfaisante. »

Tout à l'heure on a vu combien les boulets seraient inoffensifs ; maintenant c'est le tour des bombes. Dans leur zèle du moment, mes adversaires, en vérité, réduiraient volontiers notre artillerie au pistolet de poche. Continuons donc à discuter leurs arguments.

La bombe qui franchit un intervalle horizontal de 3,000 toises, emploie 50 à 53 secondes à décrire sa trajectoire. Le problème que les chimistes, que les artificiers n'auraient pas résolu, serait donc le problème de construire une mèche qui durât terme moyen une quarantaine de secondes. Cette assertion paraîtra sans doute fort étrange aux habiles officiers qui dirigent notre école de pyrotechnie, et même à tous ceux qui auront pu voir dans V Aide-Mémoire du général Gassendi que,

d'après les règlements, les fusées à bombes sent ordinairement fabriquées de manière à durer de 50 à 60 secondes. Les anomalies accidentelles qui se manifestent, 'particulièrement dans le tir des bombes anciennement chargées, n'empêchent pas lea Résultats moyens d'être à peu près conformes aux prévisions des artilleurs. Voici, au surplus, eh quels termes, j'oserai presque dire burlesques, l'auxiliaire du Journal de Paris renchérit sur l'avocat ministériel : t Les bombes hollandaises, bien que tirées à des distances très-rapprochées,

éclataient souvent en l'air 11 est donc évident qu'il

n'est pas facile de composer des fusées à l'épreuve d'une longue portée! »

Pendant le siège de 1810 et de 1811, beaucoup de bombes, dit-on, ne tombaient pas dans Cadix. Loin que ce fait doive surprendre, on avait dû le prévoir. Citons, en effet, les résultats de quelques expériences authentiques faites à Séville, en 1811, par le général Ruty :

Portée de la bouche à feu.

Déviations extrêmes, à droite oa à ganche, relativement à la diiection de la Ugne da tit.

3450 toises.

200 toises.

Ainsi, à la distance d'une lieue, le projectile tombe quelquefois 200 et 300 toises à droite ou à gauche de la ligne dirigée vers le but qu'on a visé. Or, la ville de Cadix occupe une langue de terre presque triangulaire, dont la pointe fait face à la côte de Matagorda où se trouvaient nos batteries, à près de 8,000 toises de l'extrémité N.-O. de la ville. Celte extrémité forme la base

du triangle. La partie couverte de maisons a de 500 à 550 toises d'amplitude : c'est la plus éloignée du continent. Depuis la pointe opposée, qu'occupe la porte fortifiée de Pile de Léon, jusqu'à 300 toises vers l'intérieur, c'est-à-dire dans toute la portion que les bombes françaises devaient principalement atteindre, la largeur totale de la ville est comprise entre 100 et 150 toises. En parcourant, toujours dans la direction de la ligne de tir venant de Matagorda , un nouvel intervalle de 300 toises, on ne rencontre nulle part une dimension transversale de 500 toises. Sur aucun de ses points, la ville de Cadix n'a une largeur égale à l'espace qui sépare le Luxembourg de l'Observatoire. Voilà, cependant, l'étroit boyau qu'on assimile à la ville de Paris; voilà, cependant, s'il fallait en croire Tartilleur ministériel^ le seul exemple applicable à la question. Quelques mots feront justice de cette étrange idée.

En Andalousie on tirait sur Cadix d'une batterie dont la distance à la ville surpassait 2,000 toises; or, des quinze forts projetés, le plus éloigné du mur d'enceinte, celui de Cliarenton, n'en est cependant qu'à 1,200 toises; or, les forts de Clichy, de Chaumont, d'Italie, de Passy, sont respectivement à 700 , à 600 et à 800 toises de Paris. Espérez-vous donc , Monsieur l'officier, qu'on ne sentira pas au premier coup d'xsil que la justesse du tir doit diminuer rapidement à mesure que la distance s'accroît?

La demi-largéur de Cadix (et c'est la demi-largeur qui nous donnera les chances de rencontre, si, comme de raison, nos canonniers pointaient dans la direction du

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centre de la ville); la dçmi-largeur, disons-nous, n'est nulle part supérieure aux déviations qui semblent inévitables d'après les expériences faites à Séville par le général Ruty, Cette demi-largeur, dans une grande étendue de la ville, ne s'élève pas même à 100 toises, Paris a bien près de 3,000 toises dans le sens de son moindre diamètre. Il y a 4,000 toises de la barrière des Bons- Hommes à celle du Trône. En tenant compte des mai-' sons agglomérées contiguês aux barrières, et dont, à vrai dire, les habitants pourront trouver assez bizarre qu'on s'obstine à faire abstraction dans cet examen, nous verrons qu'un intervalle de 5,000 toises sépare les deux extrémités de la Villette et de Vaugirard!

J'en suis vraiment peiné pour vous. Monsieur l'officier anonyme, mais en citant l'exemple de Cadix comme seul applicable à la question parisienne, vous avez fait, sans vous en apercevoir sans doute , l'équivalent de ce raisonnement singulier :

En tirant de fort loin, nos canonniers manquaient souvent Cadix, qui est une très-petite ville ; donc, en tirant de près,, ils manqueraient également Paris, dont les dimensions en tous sens sont énormes I

Lorsque pour la première fois je crus devoir justifier publiquement par des chiffres la dénégation que de mon banc de député j'avais adressée à un de MM. les ministres, au sujet de l'amplitude d'action dont jouirait l'artillerie des citadelles projetées , j'étais loin de m'attendre qu'une question si simple donnerait naissance à une laborieuse polémique. Cette question s'est aujourd'hui agrandie de tous les efforts qu'on a faits pour l'obscurcir. Il

ne sera donc pas superflu de rappeler ici, comme conséquences mathématiques des discussions précédentes et de la discussion qu'on vient de lire :

Qu'à Taide de mortiers parfaitement connus et déjà éprouvés en grand au siège de Cadix, il n'est aucutie des quinze citadelles dont les bombes ne pussent atteindre la cathédrale; qu*avec de l'artillerie beaucoup moins puissante, qu'avec des portées de 2,000 toises seulement, deux des forts , ceux d'Italie et de Passy, suflBraient pour incendier toute la partie de Paris située sur la rive gauche de la Seine; que deux autres forts, les forts Philippe et Saint-Chaumont, couvriraient de leur cercle de feu le restant de la ville, c'est-à-dire l'ensemble de la rive droite, en sorte que dans le nombre total des quinze forts projetés, onze, quant à l'action de leur artillerie sur la capitale, formeraient double emploi.

J'arriverais à des résultats analogues , si je supposais les citadelles pourvues de fusées à la Congrève. Cette arme, quand les Anglais s'en servirent pour incendier Copenhague, quand ils l'employèrent à Leipzig, était encore très*impàrfaite. Depuis qu'on place la baguette de direction sur le prolongement mathématique de l'axe de la cartouche de tôle laminée, le tir de la fusée, dans les circonstances ordinaires, le cède à peine en justesse à celui du canon. Or, les fusées que nos voisins d'outre-mer appellent carcas rockets; ces fusées , qui répandent chacune, dans le bâtiment où elles pénètrent, 18 livres de matière incendiaire, portent à plus de 3,500 yards, c'està-dire à environ 1,700 toises. Ainsi, les fusées du fort dritalie pourraient incendier la totalité des faubourgs

LES FORTIFICATIONS. Îi7

Saint-MareeaUy Saint-Jacques et Saint-Antoine ; celles de la redoute Saint-Chaumont se répartiraient sur un espace circulaire dont le contour passerait dans Paris , par la barrière du Trône, la place de la Bastille, la rue Saint- Antoine, l'entrée de la rue de la Verrerie, la rue Saint- Martin , la rue Saint-Denis, la rue de Cléry, le boulevard Montmartre, et tout le faubourg de ce mênoe nono jusqu'à Tabattoin

Pour rester renfernié dans les strictes limites du vrai , je dois reconnaître qu'avec le seul secours des fusées à la Congrève , telles du moins que les artilleurs savent les fabriquer aujourd'hui , on n'atteindrait pas la totalité de Paris; qu'un certain espace situé du côté de la Banque, du Palais-Royal et de la place des Victoires, se trouverait en dehors de l'action immédiate de ces projectiles : là, il faut l'avouer, on n'aurait à craindre que les bombes et les obus. C'est une circonstance dont divers propriétaires pourront tirer parti, si jamais les forts s'exécutent. Ne ditr-oa pas, en effet, qu'il y avdéjà eu quelque part un écriteau conçu dans ces termes : t Maison à louer avec caves à l'épreuve de la bombe ». Le trait me semble d'autant plus piquant, qu'il avait été décoché sans malice, et, si je suis bien informé, par une main ministérielle.

J'entends mes adversaires s'écrier : A quoi bon tous ces calculs? jamais des soldats français ne consentiraient à mitrailler la capitale !

Je réponds, pour la dixième fois, que ces calculs^vous les avez rendus indispensables ; qu'ils sont la réfutation mathématique d'une de vos assertions les plus tranchantes : qu'ils feront découvrir aux moins clairvoyants

à quel point vous vous écartiez de la vérité lorsque vous souteniez « qu'aucun des projectiles des forts ne pourrait arriver sur la ville. » Quant à la posribilité de trouver des soldats qui voulussent tirer sur leurs concitoyens, chacun en jugera d'après ses lumières. Je pourrais cependant faire remarquer, messieurs les incrédules, que de tout temps cette possibilité a été admise par les généraux les plus célèbres,

«Parce qu'une ville de la grandeur de Paris, écrivait Vauban en 1690 , pourrait devenir formidable même à son maître, s'il n'y était pourvu, je propose de faire deux citadelles à cinq bastions chacmie, etc., etc. » Ainsi le célèbre maréchal se croyait sûr de pourvoir, avec les garnisons de deux citadelles, à toutes les velléités d'indépendance que la bourgeoisie parisienne aurait pu manifester. Lorsque Cormontaigne définissait les citadelles, des fortifications destinées h contenir la bourgeoisie des villes et à faire req)ecter les ordres du prince, lui aussi admettait que les soldats n'hésiteraient pas à tirer sur leurs compatriotes. Qu'est-il besoin d'ailleurs d'invoquer d*ancienne& autorités? Serait -il donc bien difficile de découvrir sur la façade de Saint-Roch, des traces du canon qui, le 13 vendémiaire, tonna contre la garde nationale parisienne ? Sous le gazon du jardin du Louvre, des fossés du Champ-de-Mars et de plusieurs de nos cimetières, n'y a-t-il pas, depuis trois ans, de nobles cœurs percés par des balles françaises ? Et qu'on ne prétende point faire des officiers et des soldats de l'ancienne garde royale une classe à part. Le désir de voir mettre un terme à Teffusion du sang me conduisit au milieu d'eux, le

28 juillet. Là aussi , comme dans les rangs du peuple , les fameuses ordonnances paraissaient un parjure; là aussi on vouait à la haine du pays ceux qui les avaient conseillées; cependant, le canon retentissait à la Grève; cependant, sur les quais et dans les rues les plus populeuses de la capitale, la fusillade et des charges de cavalerie renversaient les meilleurs citoyens. « Nous ne pouvons pas, répondait-on à mes prières, nous ne pouvons pas nous départir de l'obéissance passive ; c'est l'évangile du militaire. Nous ne sommes pas juges des questions politiques : la responsabilité atteindra ceux qui ont ordonné. • Tel était également le langage de nos soldats, lorsqu'on 1828 ils allèrent fah-e à l'Espagne une guerre impie, une guerre dont personne aujourd'hui n'oserait se déclarer l'apologiste. Dans des circonstances semblables, les répugnances, l'humanité des garnisons des forts détachés, céderaient encore pendant un certain temps au , principe absolu de l'obéissance passive. Ce serait, si Vou veut, les larmes aux yeux, le désespoir dans l'âme ;\ce serait avec la pensée que la responsabilité doit peser .. ^ . ^ exclusivement sur les ordonnateurs, qu'on obéirait, mais, la ville de Paris n'en deviendrait pas moins le théâtre d'épouvantables désordres.

Un écrivain ministériel admet que les soldats pourraient être entraînés * à organiser la guerre civile dans les carrefours, dans les places publiques » ; mais il refuse de croire qu'ils consentisi^nt jamais , t cachés derrière des remparts, à devenir des instruments de dévastation k Ce passage, en langage vulgaire, pourrait s'écrire aîn» : « Des soldats qui , de près, tireraient sans hésiter sur des

hommes, sur des femmes, sur des enfants, ne consentiraient jamais à tirer de loin, contre des maisons I » On est, en vérité, bien à plaindre d'avoir à relever de pareils raisonnements. Faut-il rappeler qu'en 1793 les soldats français de Kellermann et de Dubois-Crancé n'hésitèrent pas, pendant deux mois entiers, à projeter de loin des obus et des bombes sur la ville française de Lyon ?

Ainsi qu'il fallait s'y attendre , dès que ma seconde lettre eut paru, on cria sur les toits : i Vous outragez l'armée I » Ah I plut au ciel que. depuis la révolution de juillet, les partisans du ministère eussent compté, aussi complètement que le faisait l'opposition, sur le dévouement, le patriotisme et le courage de nos soldats 1 La nationalité d'un grand peuple n'aurait pas péri ; la Pologne formerait notre première barricade, ou, si on l'aime mieux, notre premier fort détaché; l'Espagne, l'Italie, libres du joug qui les opprime, marcheraient avec nous en communauté d'intérêts et de sentiments ; les populations allemandes des deux rives du Rhin ne se trouveveraient pas livrées depuis deux ans à toutes les exigences liberlicides de la diète de Francfort ; la diplomatie n'aurait plus à s'occuper d'Alger; enfin une i^ombreuse escadre , dirigée par mon illustre ami l'amiral Roussin , eût jeté l'ancre sous les murs du sérail, et montré au gouvernement russe que la conquête de Constantinople , contre la volonté de la France , ne serait pas aussi facile qu'on peut l'imaginer aujourd'hui.

S'il faut en croire les apologistes ministériels ^ combattre le système des forts détachés , c'est manquer de patriotisme, c'est vouloir abandonner la capitale à la rapa-

cité du premier pulk de cosaques qui se présenterait à la barrière Saint-Denis !

Pour ce qui me concerne, l'accusation est d'autant moins fondée qu'en 1830, peu de temps après la révolution de juillet , lorsque la ville de Paris employait journellement dix à douze mille terrassiers à gâter le Champde^Mars et les contre-allées des boulevards, je demandai avec instance à mes collègues du conseil général , de vouloir bien appliquer cette armée de travailleurs à la construction de là ligne continue de redoutes que M. le général Haxo avait jadis ébauchée dans la plaine Saint- Denis. A cet égard. Messieurs les écrivains du ministère, vous avez un moyen bien simple de mettre à une épreuve décisive le patriotisme de l'opposition : faites proposer la reconstruction d'Huningue, et vous verrez si notre appui, si nos votes, si nos applaudissements vous manqueront !

La campagne de 1814 a éclairé la France entière sur l'importance stratégique d'un grand nombre de points de notre territoire. Tout le monde se rappelle que l'armée alliée aurait été anéantie à Montereau, si une tête de pont eût retardé sa marche seulement pendant quelques heures. Les déplorables résultats de l'occupation de Soissons, de Vitry-le-Français, sont présents à la mémoire de ceux qui suivaient avec une inquiétude mêlée d'admiration, les manœuvres de notre faible mais héroïque armée. Une citadelle qui, à Châlons, eût commandé à la fois le passage de la Marne, la route d'Épernai et celle de Montmirail ; une forteresse à Reims ; de vastes citadelles bien approvisionnées sur les hauteurs de Laon et de Langres, auraient sans aucun doute changé les résultats de

la campagne de 181 &. Travaillez donc à Montereau; complétez les fortifications de Soissons et de Vitry ; couronnez d'un fort le monticule presque isolé qui domine Cbâions sur la rive gauche de la Marne ; fortifiez Reims ; exécutez enfin à Laon et à Langres les grands travaux que la Restauration elle-même avait ordonnés, et tous nos vœux vous accompagneront Si après avoir montré ainsi que votre intention , d'accord avec votre devoir, est de tenir Tennemi autant que possible éloigné de la capitale, de lui disputer à outrance chaque pouce du territoire; si vous nous prouvez que cette seconde ligne de forteresses ne couvrirait pas suffisamment Paris, alors, mais seulement alors, la population verra sans répugnance qu'on l'entoure d'une fortification continue, exclusivement dirigée contre l'extérieur et dont les propriétés militaires ont été proclamées par les deux plus grandes autorités des temps modernes, par Vauban et Napoléon ; alors, mais seulement alors, les Parisiens travailleront gatmejit aux fronts bastionnés que leur courage rendra ensuite inexpugnables. Quant à des fortifications en partie tournées vers la ville et dont un pouvoir tyrannique pourrait quelque jour faire usage pour opprimer les citoyens, ne les commencez pas, car une rumeur générale vous empêcherait de les terminer.

Tout le monde comprend aujourd'hui que t le gouvernement doit avoir assez de force pour réprimer les particuliers et pas assez pour opprimer la nation ». Cette maxime renferme la condamnation radicale des forts détachés. Afin d'épargner aux écrivains ministériels la peine de chercher le nom de l'audacieux pamphlétaire

qui m'a fourni de telles paroles, je me hâte de leur annoncer qu'il s'appelait Aristote.

J'ai maintenant réfuté tout ce qu'il y avait de spécieux dans les écrits ministériels auxquels mes deux premières lettres ont donné naissance. Ma tâchç, cependant, n'est pas encore finie. En toute autre circonstance j'aurais pu mépriser les insinuations, les attaques directes et personnelles dont on essaie l'effet sur les habitués de certains salons, avant de les colporter dans les ateliers, ans les magasins, dans les corps de garde. Aujourd'hui, je n'ai pas le droit de me montrer aussi mdifférent. Puisqu'on l'a rendu nécessaire, il faut, malgré toute ma répugnance, que je parle de n>a position ; il faut que le public soit à même de juger si les antécédents de l'écrivain peuvent faire tort à ses paroles.

c De quoi se mêle M. Arago? Au lieu de venir jeter rinquiétude dans l'esprit de ses concitoyens, ne feraitil pas mieux de rester exclusivement astronome ou physicien?!

Je pourrais citer des circonstances assez peu éloignées, où les personnes qui m'adressent aujourd'hui ces reproches ne trouvaient pas mauvais que laissant momentanément de côté l'astronomie, je me chargeasse de certaines missions, de certaines démarches. J'irai plus droit au but par cette déclaration : je ne reconnais à qui que ce soit le droit de tracer autour de moi un cercle de Popilius. En signalant à la population de Paris les événements dans lesquels les forts détachés pourraient tôt ou tard jouer un rôle sinistre, j'ai accompli, je le crois, le devoir d'un bon citoyen ; j'ai pensé, de cette manière.

m'acquitter autant qu'il était en mon pouvoir, envers les habitants du douzième arrondissement municipal, dont les suffrages m'appelèrent simultanément à la Chambre et à un grade élevé dans la garde nationale. Au reste, mes adversaires seront sans doute bien peu flattés d'apprendre que le reproche qu'ils m'adressent n'est pas de leur invention; ils le trouveront dans le journal de Marat : lui aussi ne voûtait pas que Bailly prît aucune part aux affaires publiques t par la raison que sa vie avait été consacrée aux sciences exactes. •

c M. Àrago est un homme de parti ! t Je suis du parti , heureusement très-nombreux, qui ne veut pas de forts détachés autour de Paris : ce fait est d'une évidence incontestable.

Un journal, à mon occasion, a écrit le nom de tribun. Si par là il entend désigner toute personne qui contribuera de ses efforts à augmenter le bien-être des classes pauvres ; qui regarde comme un devoir sacré de la législature, d'améliorer la position matérielle, morale et intellectuelle du peuple, j'accepte la qualification,

M. Arago est un ambitieux I »

Lorsque le jésuite Brisacier appela Pascal porte d'en^ fer, l'illustre auteur des Provinciales se contenta de répliquer : Mentiris impudentissimè. Comment prouver, en effet, qu'on n'est pas une porte d'enfer î J'aurais bien pu moi-même me trouver réduit pour toute réponse, au mentiris impudentissimh de Pascal. Les circonstances m'ont heureusement servi de manière à pouvcrir aborder nettement le reproche d'ambition.

Je pense qu'on accordera d'abord sans difficulté que

si je sais ambitieux, j'ai fait preuve d'une grande maladresse. En effet, malgré d'anciennes relations avec la plupart des personnages que les circonstances ont amenés au pouvoir, ni moi, ni aucun des miens n'^àvons obtenu le plus petit emploi depuis la révolution de juillet. J'ajoute maintenant que nous n'avons absolument rien demandé.

M'impute-t-on la soif des richesses, la cupidité? Je réponds que depuis 1830, afin d'avoir plus de temps à donner aux recherches scientifiques, j'ai renoncé à la place de professeur à l'École polytechnique, dont les appointements étaient de 5,000 fr. par an.

Veut-on me supposer avide d'honneurs? J'étais membre du conseil général de la Seine, et j'ai donné ma démission I

t Oui, oui, disent les habiles du parti, tout cela ne tire pas à conséquence : M. Arago n'aime point à liarder, il se réserve pour de plus grandes occasions! »

Voyons donc comment je fis mes réserves, pendant le déplorable combat du 6 juin 1832, lorsque nous allâmes, MM. Laûitte, Odilon Barrot et moi, remplir auprès du roi une mission dont nos enfants n'auront jamais à rougir. Voici quelles furent mes premières paroles : t Notre démarche devant inévitablement amener la demande d'un changement de système, deviendra l'occasion de nouvelles calomnies. J'entends d'ici nos ennemis s'écrier : Vous le voyez ! l'opposition n'a qu'un seul but, qu'une seule pensée; elle veut à tout prix, à toute occasion, s'emparer du pouvoir ; elle est insatiable de places, d'honneurs, de richesses. Je désire, en ce qui

me concerne, échapper une fois pour toutes à ces ignobles soupçons. Je déclare donc qu'il ne sera au pouvoir de Votre Majesté de rien faire pour moi, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais; que jamais, et je donue à ce terme son acception la plus étendue , je n'accepterai aucun des emplois grands ou petits dont le gouvernement dispose; qu'aussitôt que l'état du pays me permettra de quitter honorablement les fonctions de député, je me livrerai sans partage aux travaux scientifiques; or, dans la carrière des sciences, je dois tout attendre de mes propres efforts; le roi des Français lui-même ne pourrait rien faire pour moi ! »

Au reste, j'aurais mal réfuté les reproches qu'on m'adresse; je serais un homme de parti, un tribun, un ambitieux : les Brisacier de notre temps m'appelleraient porte d' enfer, que tout cela ne rendrait pas meilleurs les arguments qu'on a produits en faveur des citadelles; il n'en demeurerait pas moins établi, si ces citadelles se construisaient:

Que la ville de Paris, malgré son immense population, malgré ses quatre-vingt mille gardes nationaux , serait livrée, sans aucun moyen de résistance,, aux caprices de quelques milliers de soldats; qu'il n'y aurait aucun quartier où les bombes, les obus, les boulets ne pussent porter la destruction et l'incendie; que sans en venir à de telles extrémités, les garnisons des citadelles réduiraient Paris, en arrêtant les approvisionnements au passage, en interceptant toute communication avec la, campagne ; que dans des temps de révolution , les citadelles ne seraient pas moins menaçantes pour les^ gou-

vernants que pour les gouvernés; que si, enfin, des chances malheureuses les faisaient tomber dans les mains des ennemis, ils y trouveraient des moyens d'action qui mettraient en péril le plus précieux des biens, noire nationalité!

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