LES PDITS FORÉS CHEZ LES ANCIENS
En forant verticalement le sol , dans certaines localités, jusqu'à des profondeurs suffisantes , on atteint des nappes d'eau souterraines qui remontent à la surface le long du canal que la sonde leur a ouvert; ces eaux forment ; ouvent des jets abondants et élevés. Des fontaines jaillissantes, creusées de main d'homme, ou même de simples puits d'un faible diamètre, alimentés par des eaux venant d'une grande profondeur, portent le nom de fontaines artésiennes , de puits artésiens , de puits fm-és.
Les puits artésiens sont ainsi appelés, du nom d'une provhice de France (l'Artois), où l'on paraît s'être le plus spécialement occupé de la recherche des eaux souterraines. Il ne faut pas se dissimuler, toutefois, que des puits de cette espèce étaient parfaitement connus des anciens , et qu'ils savaient les construire.
Olympiodore rapporte que lorsqu'on a creusé des puits dans l'Oasis, à 200, à 300, et quelquefois jusqu'à 500 aunes de profondeur , ces puits lancent par leurs orifices des rivières d'eau dont les agriculteurs profitent pour arroser les campagnes *.
1. remprunte cette citation à Nîebuhr. Olympiodore florissait à Alexandrie vers le milieu du vi« siècle.
Dans certaines parties de Fltalie , on faisait aussi , probablement, usage de puits artésiens à des époques trèsreculées. Bernardini-Bamazzini nous apprend, en effet, qu'en creusant à travers les décombres de la très-antique ville de Modène, on découvrait quelquefois des tuyaux de plomb qui paraissaient communiquer avec d'anciens puits. Or , quel aurait pu être l'usage de ces tuyaux , si ce n'eût été d'aller chercher à 20 ou 25 mètres de profondeur , c'est-à-dire fort au-dessous des eaux de mauvaise qualité et insalubres, résultant des infiltrations locales, la nappe limpide et pure qui alimente toutes les fontaines de la ville moderne?
En France , nous n'avons aucun moyen de remonter aussi haut Le plus ancien puits artésien connu est , diton, de 1126. Il existe à Lillers, en Artois , dans l'ancien couvent des Chartreux.
Stuttgard, si je suis bien informé, renferme aussi' des, puits artésiens d'une date fort ancienne, mais qui ne .^ pourrait être fixée avec précision.
Les habitants du désert de Sahara connaissent depuis longtemps les puits artésiens, comme on pourra en juger par le passage suivant des voyages de Shaw :
cLe Wad-reag est un amas de villages situés fort avant dans le Sahara... Ces villages n'ont ni sources ni fontaines. Les habitants se procurent de l'eau d'une façon fort singulière. Ils creusent des puits à cent, quelquefois à deux cents brasses de profondeur, et ne manquent jamais d'y trouver de l'eau en grande abondance. Ils enlèvent , pour cet effet , diverses couches de sable et de gravier, jusqu'à ce qu'ils trouvent une espèce
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de pierre qui ressemble à de l'ardoise, et que l'on sait être précisément au-dessus de ce qu'ils appellent Bahar tâht el Erd ou la Mer au-dessous de la terre , nom qu'ils donnent à l'abîme eh général. Cette pierre se perce aisément, après quoi l'eau sort si soudainement et en si grande abondance, que ceux qu*on fait descendre pour cette opération en sont quelquefois surpris et suffoqués (noyés?) quoiqu'on les retire aussi promptement qu'il est possible ^. »
Avant son arrivée en France, c'est-à-dire, vers le milieu du xvii' siècle , Dominique Cassinî avait fait construire , au fort Urbain, un puits foré , dont l'eôu jaillissait à nu , jusqu'à cinq mètres au-dessus du sol. Quand celte même eau se trouvait maintenue dans un tube, elle montait au sommet des maisons.
Ces détails historiques doivent suffire, je crois, pour nous faire espérer que ceux-là même dont la règle constante est de n'accorder leur suffrage qu'à ce qui a vieilli, deviendront aujourd'hui les partisans des puits artésiens.
1. Voyages de Shaw dan* plusieurs provinces de la Barbarie et i'm Levant^ tome 1" de rédition française de 1743, p. 125 et 169. Shaw était en Barbarie en Tannée 1727. H avertit, dans sa préface, qu'il n'a pas visité lui-même le Wad-reag. Il tenait les détails rapportés dans le texte, des habitants de ce pays qu'il avait re^ncontrés dajis presque toutes les viUes de la côte septentrionale d'Afrique.
LHS PUITS FOKÉS. $67