PUITS ARTÉSIENS DE L*ALGÉRIE
Je vais emprunter à une lettre adressée par M. Berbrugger au ministre de la guerre, quelques détails intéressants sur les puits artésiens de l'Algérie.
M. Berbrugger a visité toutes les oasis qui bornent le désert de Sahara au nord. La fertilité et même Thabitabilité de ces portions de terrains dépendent des puits artésiens qu'on y a^use. Les palmiers ne vivent que lorsqu'ils sont arrosés , et c'est avec l'eau des fontaines jaillissantes que l'arrosage peut seul avoir lieu. M. Berbrugger a vu creuser un de ces puits : la partie supérieure de la cavité a environ â mètres de largeur et 7 mètres de profondeur; plus bas la largeur du puits est réduite à un mètre.
A mesure que l'excavation se prolonge, on la soumet à un cuvelage formé avec des madriers débités dans des troncs de palmiers. Pour empêcher les eaux ascendantes de s'échapper latéralement, on remplit les intervalles compris entre le boisage et le terrain dans lequel la perforation a été pratiquée, de glaise mêlée avec des noyaux de dattes.
Les déblais provenant du travail de l'ouvrier foreur sont ramenés à la surface dans des seaux de cuir attachés à des cordes de palmier passant sur des poulies.
Lorsqu'il est descendu au fond de son excavation, le foreur s'assied sur le sol, les jambes étendues, et creuse avec une espèce de houe à fer triangulaire.
Les ouvriers prétendent qu'ils entendent le bruit de
l'eau souterraine , lors même qu'ils en sont séparés par une couche de terrain ou de pierres de O^'.SO d'épaisseur.
Je transcris maintenant mot à mot le récit de M. Berbrugger.
«Enfin un dernier coup de pioche ouvre la croûte qui sépara le travailleur de l'eau. C'est ici pour lui un moment critique : le sable monte bruyamment selon l'axe du puits, et l'eau l'accompagne en filant le long des parois; en quelques secondes ils sont arrivés à la moitié du puits. Le foreur doit suivre ce mouvement d'ascension, aidé par les hommes qui manœuvrent les cordes qu'il s'est empressé de saisir. Quelques-uns, roulés par l'eau et le sable qui tourbillonnent au fond du puits, sont asphyxiés avant qu^on puisse les ramener à la surface. »
L'eau chargée de sable n'arrive guère qu'à la moitié du puits; il faut donc débarrasser l'excavation de ce sable : des plongeurs se chargent de ce soin.
Ces hommes, revêtus seulement d'un caleçon de toile, avant de plonger dans le liquide se bouchent les oreilles avec de la graisse, mais ils ne mettent rien dans leur nez, quoi qu'on en ait dit; cela fait, ils descendent verticalement en se tenant à la corde qui porte une pierre lourde à sa partie inférieure, et qui est tendue le long des parois. Le travail du plongeur consiste à remplir un coufj^n avec le sable déposé au fond du puits : chacun en remplit trois dans sa journée.
M. Berbrugger a constaté que certains plongeurs restent sous l'eau 6" 5V Les moins habiles, les moins expérimentés, y restaient 5" 3'.
M. Berbrugger s'exprime en ces termes sur la durée
des puits artésiens du Sahara : « Là où tes madriers sont de bonne qualité» où la roche traversée a de la puissance, le puits artésien vit (pour me servir de l'expression locale) de 80 à 100 ans. Quand Texcavation est presque tout entière dans Targile et que les bois ne sont pas bons, ils meurent parfois au bout de cinq ans. »
Dans la région visitée par M. Berbrugger, les puits les plus profonds descendent jusqu*à 75 mètres. Le puits de 56 mètres au creusement duquel M. Berbrugger a assisté, a coûté 1,800 francs.
M. Berbrugger n'a pas traité dans sa lettre au ministre de la guerre une question très-essentielle, celle de savoir quelle est l'origine de ces eaux souterrames. Peut-être, en examinant la nature géologique du sable rejeté par les pluies, eût-il levé tous les doutes, ainsi que l'a fait M. Walferdin pour les eaux du puits de Grenelle dont le sable vert avait été retrouvé aux environs de Troyes. M. Berbrugger dit que l'eau des fontaines artésiennes des oasis qui forment la limite boréale du Sahara, est à 18\ Un nombre fractionnaire au lieu d'un nombre rond eût été accepté avec reconnaissance par les météorologistes.
M. Berbrugger rapporte qu'il a vu des poissons dans les eaux des oasis ; il ajoute qu'ils étaient petits et de couleur brune. L'auteur ne donne aucun renseignement qui puisse conduire à connaître leur origme.