‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 73 sur 99 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ON FORE QUELQUEFOIS LE ^L POUR JETER DANS LES ENTRAILLES DE LA TERRE DES EAUX QUI , RETENUES A LA SURFACE SUR DES BANCS IMPERMÉABLES d'ARGILE OU DE PIERRE, RENDRAIENT DE GRANDES ÉTENDUES DE PATS MARÉCAGEUSES ET IMPROPRES A LA CULTURE.

Les trous par lesquels se jettent dans les entrailles de la terre, des nappes d'eau qui, faute de ce moyen d'écoulement, séjourneraient à la surface, pourraient en quelque sorte être appelés des fontaines artésiennes négatives. La nécessité, mère de tant d'importantes inventions, suggéra de bonne heure aux hommes, l'idée d'imiter en ce point la nature.

La plaine des Paluns, près de Marseille, était un grand bassin marécageux. Il paraissait impossible de la dessé-

LBS PUITS FORÉS. 463

cher à l'aide de canaux superficiels. Le roi René y fit alors creuser un grand nombre de trous ou puisards, nommés en provençal embugs ^ (entonnoirs). Ces trous jetèrent et ils jettent encore aujourd'hui dans des couches perméables situées à une certaine profondeur, des eaux qui rendaient toute la contrée improductive. On assure que ce sont les eaux absorbées aux embugs des Paluns, qui, après un cours souterrain, forment les sources jaillissantes du port de Mion, près de Cassis.

La rivière d'Orbe, dans le Jura, qui descend du lac des Rousses, porte dans le lac de Joux beaucoup plus d'eau que l'évaporation ne peut en enlever. Ce dernier lac, d'où il ne sort aucune rivière, conserve cependant un niveau à peu près constant, t C'est, dit Saussure, que la nature a ménagé à ses eaux des issues souterraines par lesquelles elles s'engouffrent et se perdent.... Comme il est de la plus haute importance pour les habitants de cette vallée de maintenir ces écoulements naturels , sans lesquels leurs terres labourables et leurs habitations seraient bientôt submergées, ils les entretiennent avec le plus grand soin; et même lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils n'absorbent plus les eaux avec assez de force, ils en ouvrent de nouveaux.

«Il suffit pour cela de creuser des puits de 15 à 20 pieds (5 à 7 mètres) de profondeur, sur 8 à 10 de large (3 mètres environ), dans les couches minces et verticales dont les sommités paraissent à fleur de terre.

1. Cest à la propriété d'absorber, de boire les eaux de la surface que certains trous naturels ou lutificiels doivent les noms de MPioutf bétoirs on boUards^ qu*on leur donne dans certains pays.

Ces puits portent le nom d'entonnoirs Ce sont ,

ajoute Saussure , les eaux absorbées par tous ces entonnoirs que Ton voit sortir de terre et former une belle source (on rappelle aussi l'Orbe), à trois quarts de lieue au-dessous de Textrémité septentrionale du lac. • Dans ce trajet de trois quarts de lieue, les eaux absorbées descendent de 221 mètres.

Un fabricant de fécule de pomme de terre de Villetanneuse, petit village à une lieue de Saint-Denis, s'est débarrassé dans l'hiver de 1832 à 1833, à l'aide d'un puits foré creusé jusqu'à la profondeur de certaines couches terreuses absorbantes, de 80,000 litres par jour d'une eau sale, dont la puanteur donnait lieu à des plaintes qui l'auraient probablement forcé à déplacer son établissement. Après cinq mois d'absorption journalière, la sonde ne trouva que du sable au fond de ce puits. Aussi a-t-il fonctionné depuis comme à l'origine.

Les entrepreneurs de la voirie de Bondy, se débarrassent par le même procédé, toutes les vingt-quatre heures, de 100 mètres cubes d'eau qui gênaient leurs travaux.

Je terminerai ce chapitre en faisant connaître l'ingénieux parti que M. Mulot a tiré des propriétés absorbantes de certaines couches pierreuses, pour résoudre un problème dont la solution importait beaucoup à la ville de Saint-Denis.

L'eau d'une fontaine creusée sur la place de la poste aux chevaux de cette ville, devint dans l'été un excellent moyen de propreté ; mais les gelées étant survenues, les glaces s'accumulèrent sur la voie publique et nuisi-

rent beaucoup à la circulation. Cet inconvénient avait fait presque renoncer à creuser une nouvelle fontaine sur la place aux Gueldres, lorsque M. Mulot imagina le procédé que je vais faire connaître en deux mots.

De Teau d'excellente qualité provenant d'une couche située à 65 mètres de profondeur, monte dans un tube métallique d'un certain diamètre. Un tube notablement plus grand, enveloppe le premier et va se saisir, à 55 mètres de profondeur, d'une nappe d'eau encore très-potable, mais moins bonne cependant que la première. C'est, exclusivement, dans l'espace annulaire compris entre ces deux tubes, que l'eau de la nappe située à 55 mètres peut remonter. Un troisième tube, enfln, notablement plus grand que le second, descend, en r enveloppant, jusqu'à la profondeur d'une couche absorbante. L'espace annulaire compris entre le tube moyen et le tube extérieur ne donne donc rien : il sert, au contraire, en hiver, à ramener au sein de la terre la partie non employée des eaux des deux couches ascendantes, qui, en se répandant dans la rue, seraient devenues une épaisse couche de glace.

Dans ce cas-ci, les eaux absorbées étant propres, il n'y aurait pas lieu aux objections qu'avait fait naître, pour les travaux de Villetanneuse et de Bondy, la crainte de voir les eaux des puits voisins altérées par des infiltrations impures.

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