CHAPITRE XIX
ANOMALIES OBSERVÉES DANS UB GREOSEUENT OU DANS LE JEU DE CERTAINES FONTAINES ARTÉSIENNES
A Blingel, dans la vallée de Ternoise, de trois sondages entrepris en 4820, le premier est devenu une belle fontaine jaillissante; les deux autres, au contraire, n*ont pas donné une goutte d*eau, et, cependant, les trois trous sont très-voisins.
Les territoires de Lillers, de Saint-Pol, de Saint- Venant, ont offert des irrégularités du même genre.
A Béthune, un trou de sonde percé dans 23 mètres de terrains de nouvelle formation et dans 10 mètres de calcaire, a ramené au jour un beau jet d'eau limpide. Dans le jardin de la propriété contiguë, un trou de sonde pareil tfa pas rencontré un seul filet de liquide, même après qu'on Ta prolongé de 34 mètres dans le calcaire.
Ces faits, qui pourraient être multipliés à l'infini, sontils donc aussi étonnants qu'on Ta prétendu?
Rappelons-nous que les eaux souterraines ne forment des nappes d'une grande étendue, des nappes proprement dites, qu'à la surface de séparation de deux couches minéralogiques distinctes; qu'au contraire, dans l'épaisseur de celles de ces couches les moins compactes, dans le calcaire crayeux, par exemple, l'eau, en définitive, n'y existe, n'y circule que dans des espèces de rigoles entre lesquelles il se trouve des masses de craie
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parfaitement saines, des masses sans fissures et imperméables. Si le trou de sonde rencontre une de ces rigoles, Feau remonte plus ou moins, suivant la pression que le liquide y supporte. Si une mauvaise chance vous fait tomber sur une portion de la roche calcaire bien codok pacte, vous avez exécuté un travail inutile; mais ce résultat, comme on le voit, n'a rien qui doive surprendre. Si au lieu de chercher les eaux dans l'intérieur, ou même seulement dans la partie supérieure de la masse de craie, on pouvait pousser les sondages jusqu'à la •ouché imperméable dur laquelle cette masse repose, on ti'ouverait là, non plus des filets, non plus des rigoles liquides, mais une véritable nappe, et le succès des opérations du fontainier ne serait plus douteux.
Il existe des localités, et la ville de Tours est dans ce éas, où les puits artésiens peuvent être multipliés et rapprochés à volonté, sans qu'ils se nuisent réciproquement. Dans d'autres lieux, au contraire, chaque percement nouveau amène aussitôt ou une diminution dans les produits des puits existants, ou un abaissement dans leur niveau.
Ces différences ne surprendront pas ceux de nos lecteurs qui auront pris la peine d'étudier avec attention le chapitre relatif à l'effet des marées sur les fontaines artésiennes (chap. vu, p. 311). Ils verront, en effet, que dans le premier cas , la somme des ouvertures des tuyaux d'ascension est très- petite, comparée à l'étendue de la nappe sur laquelle ils débouchent; que, dans le
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second , la petitesse comparative de dimensions, nécessaire à la constance de la pression hydrostatique , n'existe pas. Ces phénomènes ne seront donc, en quelque sorte, qu'une vérification expérimentale du principe d'hydrodynamique dont nous avons fait usage dans le paragraphe précédent
Les jets des deux fontaines artésiennes de la papeterie de M. de la Garde, près de Coulommiers, éprouvèrent un exhaussement de plus de 0".6 pendant la grande sécheresse de 1827, c'est-à-dire pendant que la plupart des sources ordinaires étaient taries. Cet effet, quoiqu'il n'ait duré que peu de jours , n'en est pas moins remarquable. L'explication reste encore à trouver.
Je ne dois point oublier de dire qu'après l'anomalie en question, les eaux des deux fontaines s'abaissèrent peu à peu, mais sans dépasser dans cette marche descendante le niveau habituel.
Au moment d'un dégel qui avait été précédé de la chute d'une grande quantité de neige, M. Desguirandes, maire de Choques, fut réveillé par un bruit extraordinaire. Il descendit aussitôt dans son jardin, et vit avec étonnement le jet artésien qui s'y trouve s'élever à trois fois ^a hauteur habituelle. Cet etki ne dura que cinq à six heures.
Ce fait, dont je dois la connaissance à un officier distingué du génie, M. Berbère, me semble pouvoir être c(mi-
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sidéré comme une preuve que Tascension de l'eau dans les puits forés est bien véritablement la conséquence d*une pression hydrostatique. Au moment du phénomène, le dégel dut remplir dans toute leur longueur des fissures du terrain situé au-dessus de Choques, lesquelles habituellement, môme dans des temps de pluie, ou ne renferment pas d'eau, ou n'en contiennent que des flaques interrompues. Or, personne n'ignore qu'il suffit d'un filet, même capillaire, pour engendrer de fortes pressiiHis dans une masse liquide indéfinie.
Il existe à La Rochelle, à 70 mètres du bord de la mer, un puits foré dans lequel la nappe liquide ascendante que la sonde a rencontrée , n'a malheureusement pas jailli au-dessus du sol. Elle s'y maintient à 7 mètres plus bas. La profondeur totale de ce puits est de près de 190 mètres. Pendant quatre ans, le niveau de cette colonne liquide de 183 mètres de long, ne varia pas sensiblement; mais en 1833, quelques tentatives ayant été faites pour approfondir encore le puits, ses eaux éprouvèrent d'énormes mouvements oscillatoires.
Le i*' septembre on reconnut un abaissement de &8 mètres ; Le 2, cet abaissement était de 51 mètres; Le 3, l'eau commença à remonter; Le 2 octobre, l'eau était à son ancien niveau; Le 3, nouvel abaissement;
Le 4, rabaissement était déjà de 10 mètres;
Du 5 au 1&, ascension de 3 mètres;
Du 14 au 18 (en 5 jours), abaissement de 47 mètres;
Le 19, commencement d*ascension;
Du 19 octobre au 13 novembre, l'ascension fut de 38 mètres ;
Du 14 novembre au 16, abaissement de 5 mètres;
Le 16, commencement d'ascension;
Du 16 novembre au 15 décembre, ascension de 11 mètres.
Ces oscillations, assurément fort étranges, tant par leur irrégularité que par leur étendue, semblent devoir être suivies pendant une plus longue période, avant qu'on puisse se livrer à leur explication avec quelques chances de succès.
Les eaux du puits de Grenelle qui sont conduites dans le bassin de la place de T Estrapade pour Talimentatibn du quartier Saint- Jacques, ont présenté en 1843-1844, dans leur écoulement, des anomalies qui ont été étudiées par M. Lefort, ingénieur des ponts et chaussées, attaché au service des eaux de Paris. Le 16 novembre 1843 les eaux ont commencé à se troubler; dans la nuit du 23 au 24 décembre , elles ont charrié des matières argileuses en grande abondance et le lendemain elles étaient claires; mais peu de temps après on a commencé à observer une diminution dans leur volume. A la fin de janvier 1844» la réduction dans le débit des eaux était de plus de moitié et elles coulaient parfois très-noires. On est parvenu à
obtenir le dégorgement en ouvrant un robinet placé à la partie inférieure de la colonne montante élevée à la hauteur de 32 mètres pour pouvoir faire un service convenable des eaux. A la fin de février les eaux se remirent à couler très- claires. M. Lefort a remarqué une coïncidence remarquable entre cette intermittence dans le débit du puits de Grenelle et une secousse de tremblement de terre qui fut ressentie à Cherbourg et à Sainl-Malo.