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physiciens les plus célèbres du dernier siècle, l'un des plus brillants ornements de F Académie de Berlin, serait resté, comme son père, un pauvrç tailleur d'habits; que si Greenock, en Ecosse, n'avait pas renfermé aussi une grammar school gratuite, le génie de Watt ne se fût peutêtre pas développé, et que l'admirajïle machine-vapeur serait restée dans l'état d'imperfection où les travaux de notre compatriote Papin , son principal inventeur, et de l'Ajiglais Newcomen, l'avaient portée.
Au reste, l'opinion irréfléchie que je signale ici n'était pas celle de Watt, car son établissement si célèbre de Soho, près de Birmingham, renfermait des professeurs habiles qui, plusieurs fois la semaine, donnaient aux ouvriers des leçons théoriques. Les plus capables de ces ouvriers sont maintenant des ingénieurs très-distingués, et leurs travaux ont puissamment contribué au développement extraordinaire de l'industrie anglaise. Si d'autres preuves étaient nécessaires, je citerais les élèves euxmêmes de& Écoles de Châlons et d'^Angers, car le petit nombre de ceux qui, après en être sortis , ont consenti à recommencer leur apprentissage, tels que MM. Saunier, Mottel, Berthoud, Jacob, Fesch, sont devenus, à raison de leur instruction théorique antérieure, des artistes du premier mérite.
Déjà il existe dans une ville de France, dans la ville de Metz, une école analogue aux écoles que nous vous proposons de créer. Les personnes qui ont pu apprécier les admirables résultats qu'elle a déjà donnés, ceux qui ont parcouru les excellents ouvrages qu'on y enseigne, ceux qui savent à quel point ils onl amélioré la situation mo-
raie et intelIectueDe des nombreux ouvriers qui en suivent les leçons, applaudiront, j'en ai la certitude, aux vues que le tx>nseil de perfectionnement du Conservatoire a adq[)tées. ^
Cette expérience décisive a montré tout ce quMl y a en France (te persévérance, d'intelligence, de perspicacité dans la classe ouvrière; tout ce que le pays doit en espérer si, mettant de côté les plus absurdes préoccupations, on renverse les entraves qui jusqu'ici l'ont arrêtée dans sa marché.
D'honorables députés, dont je respecte les intentions, alors même que je me sépare le plus complètement possible des vues qui les guident, ont dit que l'État devait seulement au peuple l'instruction primaire ; que les écoles dont je propose la création sont contraires aux vrais principes de l'économie politique ; que ces écoles auront le très-grand inconvénient d'exciter certaines classes de la société à sortir de la position d'infériorité dans laquelle la nature les a destinés à vivre, etc. J'espère que de tels motifs trouveront peu de faveur dans cette Assemblée. J'ignore, pour ma part, de quels prétendus principes de ^économie politique on a entendu parler; en tout cas, je les tiens pour insensés s'ils interdisent au législateur de procurer aux classes laborieuses tous les moyens possibles d'augmenter leur bien-être et de cultiver leur intelligence.
Quoi ! depuis un temps immémorial l'État entretiendra à grands frais des écoles de droit et de médecine, des écoles vétérinaires, des écoles de peinture ^ de sculpture, de gravure, d'architecture; dans tel établissement ricbe-
ment doté, on enseignera tout ce que les sciences ont de plus élevé, de plus subtil ; les langues qu'aucune nation ne parle aujourd'hui , Tidiome de telle ou telle autre peuplade asiatique que pas un dé nos compatriotes n*a jamais visitée ; et quand nous démandons qu'à côté de ces brillants établissements qui, du reste, ont tant contribué à la gloire nationale, on crée de modestes écoles où la population industrieuse viendra puiser les moyens de travailler avec moins de fatigue, de multiplier ses produits, d'en améliorer la qualité , de rivaliser avec Tindustrie étrangère et dé la vaincre, on oserait, au nom de je ne sais quelle abstraction métaphysique, essayer de paralyser les bonnes dispositions des représentants du pays !
OBSERTATOIRE DE PARIS
M. le ministre des travaux publics, ayant pris en sérieuse considération les rapports et les sollicitations du Bureau des longitudes, demande à la Chambre qu'il lui soit alloué un crédit^ de 94,000 francs en faveur de l'Observatoire de Paris. Cette somme servirait à ériger, au sommet de la tour orientale de l'édifice légèrement exhaussée, une calotte hémisphérique tournante, sous la-' quelle on pourrait installer commodément les plus puissantes lunettes, et les appliquer avec exactitude à l'étude des grands phénomènes astronomiques découverts depuis peu d'années, La Commission a petisé qu'il serait convenable de saisir cette occasion de jeter un coup d'oeil ra-
pide sur les améliorations successives dont notre Observatoire national a été l'objet.
Lorsque, très-peu de temps après la fondation de l'Académie des sciences, Louis XIV se décida, sur h prière de Colbert, à créer l'Observatoire de Paris, il n'existait en Europe aucun établissement national de cette nature. Les astronomes des divers pays, réduits à leurs propres ressources, obligés de se servir ^instruments médiocres et de les placer dans des lieux incommodes, ordinairement sans solidité, ne pouvaient entreprendre aucun travail systématique et régulier.
Le projet de créer notre Observatoire national était déjà arrêté en 1667. Cette année, dans le mois de juin, nous voyons en effet les astronomes de TAcadémie occupés à régler les orientations exactes que les diverses faces de l'édifice devaient avoir.
Les travaux de maçonnerie ne commencèrent cependant qu'en 1668. Le bâtiment fut achevé le 14 septembre 1671. 11 avait coûté plus de deux millions de livres.
Qui ne croirait qu'après une si énorme dépense , la France dut se trouver dotée d'un Observatoire digne d'elle et de la science? Qu'on se détrompe : l'architecte avait dressé le plan de l'édifice sans consulter sufiisaniment les observateurs ; leurs réclamations arrivèrent tardivement ou ne furent point écoutées; Claude Pefrault, quoiqu'il n'eût pas encore construit la colonnade du Louvre, se trouva plus puissant, à lui seul, que tous les astronomes français réunis ; il repoussa avec persistance et hauteur des dispositions dont Colbert lui-même avait
reconnu Tutilité ; il résista, enfin, au grand ministre, pour ne pas rompre, disait-il, les lignes architectoniques, afin de ne porter aucune atteinte à l'harmonie, à la régularité des masses. Ces vains motifs l'emportèrent, malheureusement, sur les prévisions, sur les remarques solides des hommes du métier. On assure que cela s'est vu aussi de notre temps.
La Commission se montrerait trop sévère envers l'homme de génie à qui la ville de Paris est redevable de la colonnade du Louvre, si elle ne disait pas sans phis tarder, qu'au moment où Perrault préludait au travail qui doit l'immortaliser, par les constructions plus modestes du faubourg Saint-Jacques, l'art d'observer éprouvait une véritable révolution; que les astronomes n'étaient pas encore tous du môme sentiment sur l'incertitude des mesures de hauteurs angulaires obtenues avec les gnomons ; que des avis, puisés en Italie à une source déjà célèbre, renfermaient sur l'utilité de ces appareils, et môme sur celle d'un colossal cadran solaire intérieur, des déclarations favorables et très-formelles; en telle sorte que les grandes salles actuellement sans emploi à l'Observatoire de Paris, et la lourdeur tant critiquée de la façade du nord , ne doivent pas être reprochées à l'architecte seuK
La tour orientale, laissée sans couverture, la vaste salle, dite de la Méridienne^ servirent à installer ou à abriter les lunettes, non achromatiques, de 16 à 20 mètres de long, que les observateurs employaient, à la fin du xvif si^ïcle, quand ils voulaient étudier la constitution physique des planètes et des satellites.
Excités par: la singularité des découvertes dont ces grands instruments avaient enrichi la science, les astronomes et les opticiens s'attachèrent à en fabriquer de plus grands encore. Bientôt, en effet, on en vit paraître à larges ouvertures. L'une de ces lunettes avait 98 mètres (300 pieds) de foyer. Le nouvel édifice ne pouvant plus alors, ni les contenir, ni leur servir de support, il fallut installer en plein air des mèXs d'une hauteur prodigieuse, et même transporter dans le jardin une tour dQ bois colossale au sommet de laquelle la machine de Marly déversait, peu de temps auparavant, les eaux destinées à alhnenter les réservoirs de Versailles. Les objectifs étaient fixés aux extrémités supérieures de ces mâts ou de l'immense charpente ; l'observateur tenait la lentille oculaire à la main ; la lunette, réduite à ces deux pièces extrêmes, n'avait plus de tuyau. Des difficultés qu'on aurait dû prévoir, firent avorter ces essais, les plus considérables que l'histoire deç sciences ait eu à consigner dans ses fastes. 11 était évident, à priori, que l'observateur ne pourrait centrer, avec la précision requise, deux lentilles cristallines isolées dans l'espace, deux lentilles n'ayant point entre elles de liaison par Tintermédiaire d'un corps rigide. La nécessité d'observer, quand on recourait à de tels appareils, peu de minutes seulement avant le passage des astres au méridien, et peuide minutes après, aurait d'ailleurs empêché toute recherche suivie et de longue haleine.
Les défauts inhérents à l'édifice de Perrault devinrent surtout manifestes, le jour où l'on sentit le besoin d'aj»pliquer à l'observation des astres des instruments méri-
diens. Ainsi, en 1732 , il ne se trouva dans te grand bâtiment, aucun endroit où l*on pût établir un quart de cercle mural de 2 mètres de rayon : une enceinte , couverte de voûtes entièrement fermées reposant sur des murs d'une extrême épaisseur et d'une hauteur considérable, n*aurait admis nulle part une ouverture méridienne continue, par laquelle il eût été possible de <lécouvrir tous les astres, depuis Thorizôn jusqu'au zénith, au moment de leur culmination.
Renonçant alors forcément au grand édifice, F Académie des sciences fit bftUr un cabinet extérieur, attenant à la tour orientale. Le même embarras s'étant représenté, en 1742, à l'occasion d'un quart de cefcle mobile, on construisit un second cabinet à côté du premier. Quelques années après, vers 1760, une petite tourelle à toit tournant fut érigée au sud des deux premières bâtisses, pour les observations de hauteurs correspondantes destinées à ladéterinination de l'heure exacte des phénomènes.
Ces trois petites pièces construites avec une extrême parcimonie et sans aucune solidité^ formèrent pendant de longues années le véritable, le seul Observatoire royal de Paris. Le fastueux monument de Perrault dominait majestueusement ces masures, mais il n'était, pour nous jservir d'une expression de l'époque, qu'un Observatoire de parade.
Au reste, ce grand Observatoire, comme les autres monuments de la capitale, s'était ressenti de l'insouciance, de l'incurie qui caractérisèrent les dernières années du règne de Louis XV. En 1770, il tombait en
raines. On ne se hasardait plus à pénétrer dans les salles qu*avec des précautions extrêmes, surtout en temps de dégel : les murailles, les voûtes minées par les eaux phi* vîales, tombaient pièce à pièce. I
Les prières incessantes de Cassini IV, fortifiées par les rapports de T Académie des sciences, furent enfin écoutées en 1775 par M, d'Angivillers, Cet administrateur éclairé décida qu'on s'occuperait prochainement de la restauration de l'édifice.
Pendant près d'un siècle, les astronomes, dans leurs travaux variés, avaient eu beaucoup à souffrir des distributions vicieuses de l'ancien Observatoire. Aussi, Cassini /"^ " '^ alla-t-il jusqu'à proposer de raser toute la portion du bâti- \ ; ^ ment située au-dessus de l'étage de la grande salle de la ^^^ j
Méridienne. M. d'Angivillers repoussa bien loin cette idée. L'œuvre de Perrault, disait le ministre, devait, à cause de sa masse imposante et de son styTe sévère, être rangé parmi les principaux ornements de la capitale. Il n'était pas possible de proposer sérieusement à Louis XVI, de faire détruire un monument érigé par son aïeul, et qui n'avait pas encore cent ans d'ancienneté; un monument où, d'ailleurs, le grand roi était allé observer en personne. I
Au besoin, l'intendant général des bâtiments de la Couronne aurait pu combattre toute pensée de démolition, par des considérations empruntées à un autre ordre d'idées, pur de brillants souvenirs scientifiques.
C'était dans l'édifice où l'on projetait de porter le marteau, que Picard, par exemple, rejetant les anciennes pinnules, appliqua les lunettes armées de réticules aux instruments gradués, et posa ainsi la base sur laquelle se
fonde Texactitude des observations modernes; c'était là encore qu'on doubla, s'il nous est permis d'employer cette expression, la durée de la vie des astronomes, en montrant que les étoiles peuvent être observées en plein soleil ; c'était dans le monument menacé de destruction, que Picard et Auzout, mettant en usage le micromètre fïlaire de leur invention, évaluèrent pour la première fois avec précision, les diamètres angulaires des astres, et surmontèrent ainsi des difficultés contre lesquelles le génie d'Archîmède s'était brisé. Les salles, dont on proposait la démolition, avaient été témoins des essais, des préparatifs minutieux qu'il fallut faire avant d'entreprendre avec quelque chance de succès, les mesures célèbres exécutées en France, au Pérou et en Laponie, dans le but de déterminer la grandeur et la figure de la terre. Richer y suivait la marche de sa pendule au moment de partir pour Cayenne; il l'y vérifiait après le retour, et constatait, à Taide de ces comparaisons, un phénomène capital, la diminution que la pesanteur des corps terrestres éprouve à mesure qu'on se rapproche de Téqualeur. J.-D. Cassini, abrité par les mêmes voûtes, établissait les lois si remarquables de la libration de la Lune, découvrait quatre des satellites de Saturne, les mouvements de rotation de ces nouveaux astres, ceux des satellites de Jupiter, l'aplatissement de cette immense planète, et la lumière zodiacale; ce fut, enfin, tîans ces vastes salles que éT éleva le premier soupçon sérieux de la science, touchant la propagation successive de la lumière; ce fut à l'aide des observations d' éclipses des satellites de Jupiter, faites à travers les larges fenêtres de l'Observatoire parisien,
SDR DÏVEÇS ÉTABLISSEMENTS PUBLICS. 57«
qu'un astronome de TAcadémie, Roemer, donna la preniière valeur approximative de la vitesse d'un rayon lumineux, résultat qui, de perfectionnement en perfectionnement, après un siècle et demi de recherches assidues» a été définitivement fixé à 310,000 kilomètres (77,000 lieues) par seconde.
Dans un pays pénétré de Taihour éclairé des sciences de pareils souvenirs eussent amplement sufB pour sauvei de la destruction l'Observatoire le plus défectueux.
La promesse de restauration obtenue de MM. de Breteuil et d'Angivillers, commença à avoir son effet en 1777, sur les petits cabinets attenant à la tour orientale. Ces premiers travaux, déjà très-rétrécis dans le projet, furent exécutés ayec une déplorable mesquinerie. Au contraire, la restauration de l'édifice de Perrault, conçue avec grandeur par les deux architectes Brebion et Renard, s'opéra de 1786 à 1793, de manière à défier les siècles.
De 1793 à 1830, l'édifice de TObservatoire ne reçut aucune amélioi^ation digne de remarque. En revanche, les misérables bâtiments qui le masquaient de toutes parts furent démolis. Dans le même intervalle de temps on exécuta : la magnifique avenue qui conduit de la façade septentrionale au palais du Luxembourg; le remblai formant, au midi du monument, la belle terrasse plantée, si propre aux observations magnétiques et météorologiques; enfin, les grilles, les murs de soutènement qui ont enfermé dans une vaste enceinte entièrement isolée, l'Observatoire proprement dit et toutes ses dépendances.
A ces grands travaux, d'embellissement, succédèrent, en 1832, des constructions plus directement utiles à l'as-
tronoraie. Dans le courant de 1831, la Chambre des députés, instruite du véritable état des choses, voulant que notre Observatoire national pût marcher de pair avec les observatoires les plus célèbres de l'Europe, vota spontanément et sur un seul exercice, une allocation double de celle que le ministère sollicitait. Cette somme permit de procéder, non pas seulement aux simples réparations qu'on avait modestement demandées, mais à une reconstruction complète des cabinets d'observation.
Peu de temps après, la Chambre, dans sa libéralité, dota rétablissement de l'amphithéâtre vaste, commode et richement orné, qu'un habile architecte, malgré de sérieux obstacles , a heureusement marié aux autres parties de rédifice, et dans lequel le goût de l'astronomie attire un public nombreux. De la même époque date aussi la rotonde à toit mobile, construite sur la terrasse supérieure, où figure maintenant une belle machine parallatique.
Nous serons les interprètes fidèles de l'opinion des plus célèbres astronomes de FEurope, en affirmant que les nouveaux cabinets destinés aux observations méridiennes, réunissent la commodité et la solidité à l'élégance, qu'ils ne laissent aujourd'hui absolument rien à désirer.
Ce n'était pas seulement l'état de dégradation où Ton avait laissé les constructions de Perrault, l'exiguïté et le peu de solidité des salles ajoutées à l'ancien édifice, qui attristaient, à l'Observatoire de Paris, tout visiteur français animé de quelques sentiments patriotiques. Partout, jusqu'à une époque récente, les yeux rencontraient presqixe exclusivement des instruments d'origine étrangère.
S'agîssait-H de lunettes, de télescopes? Les tuyaux por-
talent les noms de Gampani, de Borelli, d'Hartzœcker, d'Huygens, de Pierre Dollond, de Short. Les muraux, les lunettes méridiennes, les grands cercles répétiteurs étaient Fœuvrede Sisson, de Bird, de Ramsden, de Reichenbach. Les seules pendules astronomiques sortaient des ateliers de nos ccMnpatrioles*
Aujourd'hui , tous les grands instruments de l'Observatoire de Paris sont français; aujourd'hui, sans avoir sacrifié l'exactitude à l'amour -propre national , ce qui aurait été une grande duperie, on ne voit plus figurer le long des faces des murs orientés, ou sur les piliers des salles basses et hautes, que de magnifiques cercles divisés, que des lunettes méridiennes et des équatoriaux de Fortin, de Gambey; aujourd'hui, chacun peut reconnaître que les grandes lunettes achromatiques abritées sous les voûtes de Tancien édifice, ont été travaillées par les mains habiles de Lerebours et de Cauchoix.
Quelle a donc été l'origine réelle d'une transfonnation si radicale, là où notre ancienne infériorité paraissait tellement reconnue, tellement consacrée, qu'elle semblait devoir durer éternellement? .
La réponse est très-simple. On a dit aux artistes français : t Ne tenez aucun compte sérieux de l'opinion universelle, touchant une prétendue supériorité innée qu'auraient sur vous les artistes de l'Angleterre et de l'Allemagne; entrez résolument dans la carrière I» Ges paroles ont été entendues, et le succès a dépassé toutes les espérances. Dans notre pays, oser est presque toujours synonyme de réussin
Depuis quelques années, tous les gouvernements de
TEurope semblent s'être concertés pour améliorer les anciens observatoires bu pour en créer de nouveaux. En Angleterre, Greenwîch, déjà si justement célèbre, a reçu d'immenses développements en matériel et en personnel. Actuellement, les observatoires d'Édinburgh, de Cambridge, d'Oxford, de Dublin, d'Armagh, peuvent presque rivaliser avec celui que Flamsteed, Halley, Bradley, Maskelyne, Pond, avaient illustré , et qui est heureusement encore en de très-bonnes mains. Des établissements analogues ont été érigés'sur une vaste échelle, au cap de Bonne-Espérance, à Sydney (dans la Nouvelle-Hollande), à Madras. Peut-être nous serait-il pennis, sans enfreindre la vérité, de classer aussi parmi les grands observatoires d'origine britannique, celui que le rajah de Trevandrum a fondé, non loin du cap Comorin.
Le Gouvernement sicilien ne s'est pas cru quitte envers la science, après lui avoir consacré le grand établissement de Palerme , auquel Piazzi attacha si glorieusement son nom au commencement de ce siècle. Un bel observatoire astronomique a été construit depuis peu d'années près de Naples, à Capo di Monte. Un observatoire météorologique et physique s'élève en ce moment sur la croupe du Vésuve.
lies observatoires de Florence, de Milan, de Padoue, de Turin , de Vienne, prêteraient peut-être à la critique si on considérait uniquement les édifices; le savoir des directeurs, le nombre et la beauté des instruments suggéreraient au contraire dfes éloges sans restriction.
Tout le monde connaît les heureux efforts que le gouvernement belge a faits pour doter la ville de BruxeHee d'un observatoire digne de notre temps.
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Tout le monde sait aussi que le nouvel obsçrvatoîre de Genève concourt aujourd'hui avec succès au progrès des sciencçs»
Le Danemark possède à Altona un observatoire astronomique modèle.
La Bavière peut également se glorifler de rétablissement fondé près de Munich; le Hanovre, de celui de Gœttingue; Tobservatoire de Hambourg mérite aussi d'être cité.
En Prusse, le cours des astres est étudié sous les auspices du gouvernement, à Berlin, à Bonn, à Breslaw, et surtout à Kœnigsberg. Les instruments sont excellents ; 1^ édifices ont été construits tout exprès, suivant les exigences minutieuses de la science moderne.
Dans ce mouvement général d'émulation qui s'opère partout au profit de la plus magnifique des sciences, la Russie s'est placée sur, les iwremiers rangs. Non contente d'avoir fondé de très-utiles observatoires à Dorpat, à Abo, à Kiev, à Razan, à Nicolaïeff sur la mer Noire, elle vient d'ériger près de Pétersbourg, au sommet de la colline de Poulkova, un véritable monument.
Le splendide observatoire central de la Russie a coûté plus de 2 millions de roubles (8 millions de francs). Parmi ses beaux instruments, on remarque surtout une lunette achetée à Munich, au prix de 80,000 roubles (320,000 francs).
Si des esprits chagrins croyaient à l'inutilité d'un si grand nombre d'observatoires, nous les détromperions en faisant remarquer combien le champ de la science s'est encore plus rapidement étendu que les moyens d'in-
vestigation ; nous dirions, par exenople, eh ne songeant d'abord qu'aux astres perpétuellement visibles, que plus de 150,000 étoiles, qualifiées jadis, à tort, d'étoiles fixes, se déplacent chaque année de quantités dont il est nécessaire de déterminer sans cesse la valeur exacte ; que des milliards d'étoiles, dédaignées jusquMci à cause de leur excessive petitesse, attirent aujourd'hui l'attention des astronomes, et semblent destinées à nous dévoiler les plus mystérieuses merveilles du firmament; que, relativement aux astres chevelus à si courtes apparitions , qu'on doit saisir à la dérobée, il a fallu se prémunir contre les atmosphères nuageuses persistantes qui , dans notre Europe, rendent quelquefois en un lieu donné , l'observation impossible pendant des semaines entières. N'était-il pas, du reste, naturel qu'au xix* siècle chaque nation eût le noble orgueil de prendre une part directe aux conquêtes astronomiques, celles dont les hommes doivent être le plus justement fiers, à raison de leur certitude, de leur magnificence, de leur utilité? En France, d'ailjeurs, sous ce rapport, nous sommes loin de la prodigalité : ôtez l'observatoire de Marseille, souvent paralysé par le peu de solidité de la bâtisse ; l'observatoire à peu près achevé, que Fadministration municipale de Toulouse vient dé faire ériger avec une rare intelligence et une grande libéralité, que restert-il ? L'établissement de la capitale, en faveur duquel M. le ministre des travaux publics demande aujourd'hui une allocation spéciale.
Au demeurant, l'ardeur dont se montrent animés ceux qui de nos jours, s'occupent du perfectionnement des télescopes des lunettes achromatiques et des grands instru-
ments de précision divisés, a plus contribué encore aux progrès de Tastronomie, que T empressement de tous les gouvernements européens à faire construire de nouveaux observatoires et à modifier la forme et la disposition des anciens.
Les premières longues- vues du pauvre opticien de Middelbourg qui inventa ces instruments merveilleux, n'avaient qu'un demi-mètre (un pied et demi) de distance focale* Les lunettes à Taide desquelles Galilée découvrit les satellites de Jupiter, les phases de Vénus, grossissaient à peine sept fois. Dans aucun des instruments de l'immortel philosophe de Florence, l'amplification linéaire ne surpassa 32 fois.
Huygens et Cassini étaient en possession de lunettes dont le grossissement allait à 100 fois. Us n'avaient atteint ce nombre qu'en portant déjà la longueur focale à 8 mètres.
Plus lard, on vit sortir des mains d'Auzout un objectif qui supportait un grossissement de 600 ; mais il avait 98 mètres (300 pieds) de distance focale; or, nous l'avons déjà dit , malgré mille artifices ingénieux, la manœuvre d'une lunette d'une longueur égale à la hauteur de la flèche des Invalides, présenta des difficultés insurmontables.
Découragés, les opticiens, à l'exemple de Newton, donnèrent tous leurs soins aux télescopes à réflexion. De très-bons instruments de ce genre furent exécutés , mais dans des limites de grandeur restreintes.
Lorsqu'en 1758, le fils d'un manufacturier français réfugié en Angleterre, Jean DoUond, eut exécuté ce que
Newton avait déclaré impossible, des lunettes dépouillant entièrement les images des astres , des bordures irisées qu'engendraient tous les objectifs simples; des unettes achromatiques , qui, avec de petites dimensions, supportaient des grossissements aussi forts que les objectifs de 75 à 100 mètres de Campani, de Borelli et d'Auzout, Fattention se porta exclusivement de ce côté. Les Anglais, dont les verriers savaient seuls produire le cristal {flinU glass) sans stries, se trouvèrent en possession de la construction des lunettes achromatiques pour le monde entier.
L^habileté de nos voisins dans la fabrication da verre n'était pas telle , néanmoins, qu'ils eussent réussi , par exemple, à produire pour l'usage des opticiens, des plaques pures de flint et de crown-glass, de plus de 16 centimètres (6 pouces) de diamètre.
Les images qu'engendrait un objectif de 16 centimètres, tf ayant pas assez d'intensité pour supporter convenablement, sur les planètes, les grossissements que la science réclamait , on revint une seconde fois aux télescopes à réflexion. C'est alors que parurent les colossales machines^ exécutées aux frais du roi d'Angleterre, qui ont immortalisé Herschel.
Un nouveau retour aux lunettes dut inévitablement avoir lieu, le jour où un ouvrier suisse réussit, dans une verrerie située près de Munich, à fabriquer du flint-glass sans stries. Stimulé par Thabileté avec laquelle Frauenhofer tira parti de ce cristal, le gouvernement anglais essaya, mais en vain, de ressaisir une industrie qu'il s'était laissé enlever. Les plus puissantes lunettes employées
aujourd'hui, même dans les observatoires anglais, proviennent des ateliers de Paris et de Munich.
La plus grande lunette achromatique connue n'a que â8 centimètres (14 pouces) d'ouverture. L'effet d'un pareil instrument semble devoir être égalé et même surpassé, par celui que produiront dans des grandeurs accessibles, des télescopes à miroir. Aussi voyons-nous maintenant en Lrlande un personnage très -riche, lord Rosse, appliquer avec une ardeur infinie et une perspicacité remarquable, des sommes énormes à des essais sur la construction de télescopes de dimensions inusitées.
Les choses en étaient à ce point» lorsque deux verriers, MM. Guinand et Bontemps, présentèrent à l'Académie des sciences des masses de crown et de ilint-glass, de 57 cen* timètres de diamètre, qui paraissent exemptes de bouillons et de stries. Ces artistes s'engagent même à fournir des masses pareilles d'un mètre. D'autre part, des opticiens mettent généreusement à la disposition des sociétés savantes les moyens mécaniques qu'ils possèdent pour façonner, doucir et polir ces gigantesques lentilles. Enfin, Tartiste les plus éminent de notre pays a promis de diriger ce travail.
Dans un temps assez court, si la Chambre adopte la oroposition de M. le ministre des travaux publics, les . 3tronomes français dirigeront peut-être sur le ciel des Imettes supérieures à tout ce qui existe en ce genre , supérieures même à ce que l'imagination la plus ardente aurait osé espérer l'an dernier. En attendant, la monture parallatique et le toit tournant de la tour orientale de rObservatoire , permettraient de tirer un parti très-utile
de diverses lunettes que la difficulté de les manœuvrer rend aujourd'hui sans emploi.
Les découvertes que de grands instruments présagent, seront-elles donc assez éclatantes pour justifier tant d'empressement et de si grandes dépenses?
Citons quelques faits, et la Chambre répondra ellemême.
Jusqu'à ces derniers temps, on n'avait pas réussi à déterminer la distance réelle d'une seule étoile. On connaissait seulement une limite en deçà de laquelle aucun de ces astres ne pouvait être situé. Maintenant, grâce à des observations qui deviendront faciles à l'aide des grandes lunettes dont le Bureau des Longitudes espère pouvoir disposer bientôt, la vraie distance d'une étoile est connue. La petite étoile dite la 61"' du Cygne, est tellement éloignée de la terre, que sa lumière emploie environ 10 ans à nous parvenir. Cette étoile, anéantie tout à coup , se verrait donc encore 10 ans après la catastrophe.
Qu'on se rappelle que la lumière parcourt 77,000 lieues par seconde ; que le nombre de secondes contenues dans up jour, est de 86,400 ; que l'année renferme 365 jours 25/100'; que le produit de ces trois nombres doit être multiplié par 10 pour évaluer en lieues de 4 kilomètres, l'intervalle qui nous sépare en ligne droite de la 61"" du Cygne, et il paraîtra naturel que les astronomes se glorifient d'un pareil résultat, et qu'ils désirent appliquer leurs magnifiques opérations d'arpentage à d'autres étoiles.
Les grandes lunettes à montures parallatiques et à grossissements considérables, serviront à perfectionner
les observations des étoiles doubles. Le fait est maintenant bien établi, les étoiles de presque tous ces groupes binaires , sont dépendantes les unes des autres ; elles forment des systèmes composés de soleils, assez ordinairement colorés , tournant autour de leur centre commun de gravité.
La mesure exacte de ces mouvements de rotation, combinée avec la détennination de la distance réelle des deux astres groupés, conduira mathématiquement à la connaissance de la somme des deux masses.
Lorsque, par une série de déductions invincibles, les géoçmètres et les astronomes arrivèrent à trouver que la masse du Soleil était égale à 35&,936 fois celle de la Terre; en d'autres termes, lorsqu'ils reconnurent que l'astre radieux placé dans le bassin d'une immense balance, exigerait^ pour être équilibré, qu'on accumulât dans le bassin opposé 35&,936 globes semblables à celui que nous habitons, le monde resta interdit d'étonnement.
Nous pouvons affirmer qu'on va faire davantage.
L'homme détermina jadis la masse d'un astre qui s'oflfre à ses regards comme un immense globe ; d'un astre autour duquel la terre circule, d'un astre qui maîtrise par son attraction, c'est-à-dire par une action dépendante de sa masse, tous les mouvements planétaires. Chicun avait pu, à priori j entrevoir vaguement des liaisons, des rapports devant conduire au résultat désiré.
Aujourd'hui, il s'agit d'évaluer aussi les masses de soleils, mais de soleils appartenant à d'autres systèmes; de soleils placés à des distances qui confondent l'imagination ; de soleils qui n'offrent dans les lunettes aucun dia-
mètre appréciable; de soleils que la simple épaisseur d*un fil d'araignée dérobe à la vue de l'observateur; ici les forces de la science se présenteront dans toute leur majesté.
L'astronome muni d'une lunette à très- large ouverture, à grossissement considérable, montée parallatiquement, et conduite délicatement par une horloge, trouvera encore un champ de recherches presque intact, dans les nébulosités si vastes et à formes si variées dont le ciel est parsemé. Il étudiera les progrès de la concentration de la matière phosphorescente; il marquera l'époque de l'arrondissement du contour extérieur ; l'époque de l'apparition du noyau lumineux central ; l'époque où ce noyau, devenu très-éclatant, restera seulement entouré d'une légère nébulosité; l'époque où cette nébulosité, à son tour, se sera condensée; alors Tobservateur aura suivi la naissance d'une étoile dans toutes ses phases.
D'autres régions du ciel montreront suivant quelles lois ces mêmes astres s'affaiblissent et finissent par disparaître entièrement. Sans sortir de notre système solaire, une grande lunette promet des découvertes d'un autre genre et non moins intéressantes.
On sait très-peu de chose sur l'atmosphère de Vénus, sur les trè§-hautes montagnes dont ce globe, à peu près égal à la terre, paraît couvert.
Les taches neigeuses qui naissent, grandissent, diminuent et disparaissent périodiquement, tantôt à l'un, et tantôt à l'autre pôhe de rotation de Mars, suivant que le soleil est dans tel ou tel hémisphère de la planète rougeâtre, n'ont pas été suffisamment étudiées.
Avec de grandes lunettes , ce qui est encore douteux deviendra manifeste, ce qu'on n'a qu'entrevu s'apercevra nettement.
Quoique Jupiter n'ait pas été encore assidûment exploré à l'aide d'instruments à larges ouvertures et à pouvoirs amplificatifs considérables, on sait, avec certitude, qu'il existe dans les régions équinoxiales de cette planète, des vents analogues à- nos alizés; que l'atmosphère y éprouve d'énormes perturbations; que les nuages y sont quelquefois emportés avec une vitesse de 96 lieues à l'heure. Si des observations faites à bâtons rompus, avec des lunettes d'une force médiocre, ont conduit à de si curieux résultats, que n'est-il pas permis d'attendre de l'assiduité unie à la puissance ?
Le mystérieux anneau de Saturne, ce pont continu sans piles, de 48,000 kilomètres (12,000 lieues) de large ; de moins de 400 kilomètres d'épaisseur ; ce pont qui, dans tous ses points, est éloigné de 32,000 kilomètres (8,000 lieues) de la planète qu'il entoure, réserve certainement des découvertes capitales, à qui pourra le suivre dans toutes ses phases avec de très-forts pouvoirs amplificatifs.
L'observation continuelle des brillants satellites de Jupiter a trop enrichi la science, pour qu'on ne doive pas beaucoup attendre aussi de l'observation non interrompue des satellites de Saturne et d'Uranus. L'examen continu des mouvements de ces satellites microscopiques, est aujourd'hui impossible dans tous les observatoires, à cause de la puissance trop bornée des lunettes et des télescopes.
L'étude des changements de forme continuels qu'éprouvent les comètes , semble devoir nous éclairer sur la constitution physique des espaces éthérés. Si cette étude a fait jusqu'ici peu de progrès, on ne doit l'imputer qu'à la faiblesse des instruments à Taide desquels les astronomes ont été réduits à observer ces astres nébuleux.
Jetons encore un coup d'œil rapide sur ce qu'on peut raisonnablement attendre de l'application de très-grandes lunettes à l'observation de la Lune.
1,093 montagnes de notre satellite ont été exactement mesurées. Dans ce nombre, 22 surpassent le Mont-Blanc dont la hauteur, comme on sait, est de 4,813 mètres. Une d'elles, la plus haute cime des monts Dœrfel, s'élève jusqu'à 7,603 mètres ; le sommet de Newton va à 7,264 mètres ; celui de Casatus à 6,956 ; etc. La constitution cratériforme de la plupart des régions de la Lune n'a pas été étudiée avec moins de soin : la profondeur de chaque cratère, la hauteur du piton central , sont aujourd'hui connues avec précision, etc.; les astronomes ont obtenu tous ces résultats, avec des grossissements de deux cents fois au plus. Doit-on alors craindre de se tromper, en fondant de grandes espérances sur une lunette dont la lumière permettra d'employer un grossissement de six mille fois, sur une lunette qui fera voir les montagnes de notre satellite, comme le Mont-Bîanc est vu de Genève?
L'an dernier, le docteur Robinson examinait la Lune avec un télescope de trois pieds anglais de diamètre (0".91), appartenant à lord Rosse; avec un télescope dont la lumière n'était guère que le quart d^ celle que posséderait une lunette d'un mètre d'ouverture. Le gros-
sîssement était modéré ; eh bien , le célèbre astronome d'Ârmagh invitait déjà instamment les naturalistes à aller en Irlande, à Parsonstown, pour étudier la constitution physique de notre satellite; il assurait que de cet examen jrésulteraient des connaissances entièrement nouvelles, relativement au mode d'action des forces qui ont présidé, sur notre globe, à la formation des terrains volcaniques.
Si , après avoir entendu cette longue énumération ; si, après avoir dénombré les recherches variées que de grandes lunettes permettraient d'entreprendre avec toutes chances de succès, la Chambre daigne remarquer qu'en pareille matière, la part de l'imprévu est toujours la plus fructueuse, la plus riche, la plus brillante, elle comprendra que sa Commission lui propose, à l'unanimité, d'ouvrir à M. le ministre des travaux publics, un crédit de 94,000 francs, qui devra être employé à compléter l'Observatoire de Paris.