‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 114 sur 183 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Les Religieuses qui vont faire des fondations doivent y aller sans aucune inquiétude sur leur retour. Avis sur l'usage qu'elles peuvent faire des touriQres, faute de Sœurs converses. Le sentiment des tentations doit être méjtriLé s'il n'y a point de consentement. Importance de la clôture; à quelles îonditions on doit recevoir des filles; il ne faut pas communiquer indiscrètement les Constitutions aux séculiers. Respect dû aux évêques. Avis sur la réception des personnes difformes, riches et pauvres; sur les associées; sur les choses de bienséance. On ne doit pas se hâter de recevoir des sujets, ni trop entreprendre, mais agir en tout avec prudence.

9 * novembre 1620.

Pour la fondation[deRoan, il en faut escrire à nostre mère, puisque Roan est au delà de Paris et que denvoyer des Filles dicy-la il (y) auroit bien de la peine.

Il seroit a propos de dire ou faire dire doucement a Monseig' l'Evesque que vous prendrés le Père Lallemant pour faire vos confessions extraordinaires, à ce commencement , bien qu'il suffise pour cela d'en conférer avec vostre P. spirituel.

Je ne pense pas qu'on puisse rien demander pour les Seurs

* C'est la 553» de la coUection-Blaise, et la 19e ^aliàs 14e) du livre VI des anciennes éditions. Cette lettre est celle-là même que le Saint avoit promise lans la précédente. Tout le commencement, compris dans les trois première alinéas, en étoit resté inédit jusqu'ici, et les noms propres rapportés dans le reste même d». la lettre avoient été pour la plupart supprimés. L'autographe s'en conserve au couvent de la Visitation Sainte-Marie de Nevers, qui en est aujourd'hui rentré en possession, grâce à la munificence de Mgr. Dominique Dufêtre, évêque actuel de ce siège.

* C'est par erreur que toutes les éditions précédentes, y compris celle de 1626 , ont donné pour date à cette lettre le 15 novembre au lieu de ix ao- Tembre '•620.

qui vous ont accompaigne de Moulins pour la rayson que je vous ay escritte lautre jour que ie respondis a cet article.

Il n'y a nul mal de demander aux novices comm' elles se portent : mais quand elles marquent des maux de nulle conséquence, il ne fant pas les attendrir, ains simplement leur dire : « Vous seiés bientost guérie , Dieu aydant; » puisque à la vérité le sexe est merveilleusement enclin à se plaindre ou à désirer d'estre plaint : et c'est la vérité que ces tendretés prennent leur source de paresse et amour propre. 0 mon Dieu ! que S. Bernard dit une chose estrange et remarquable des Religieux malades î Mais je vous la diray un jour. Vous avés donq fait grandement bien pour la fille de Moulins, trop amie de soy-mesme, de l'exercer et occuper extérieurement.

Ma chère Fille, il ne faut pas que vous autres , qui fondés des Maysons, fassiés ces pensées, si vous reviendrés ou non, avant qu'il en soit tems. Or , il n'en est pas tems au commencement de vosire besoigne. Escoute, ma fille, et considère, et abbaisse ton aureille, et oublie ta mayson; et le Roy te désirera , car il est ton Dieu * ; c'est à dire , ^ te fera Reyne, car il est bon. Faites bien ainsy : bandés tout à fait vostre esprit avec fidélité et douceur à une magnanimité et force particulière.

Servés-vous à ce commencement des Seurs domestiques de dehors, et cependant elles demeureront en leur habit modestement séculier. Nous n'avons pas encor pensé s'il faudra les garder un' année ^ ainsy; mais nous y penserons bientost.

Vous avés bien fait touchant ce sentiment, puisque il n'y avoit nul consentement ni arrest volontaire : cela doit estre négligé et mesprisé, sinon qu'il y eust quelque violence tout à fait extraordinaire.

* Audi, filia, et vide, et inclina aurem tuam; et obliviscere populum tuum, et domum patris tui : et concupiscet rex decorem tuum ; quoniam ipse est Deus tuus. Ps. XLIV, 11.

' Au lieu A' ainsy , tous les éditeurs avant nous avoient cru lire ici; cetta legon est contredite par la lettre autographe.

DE S. niANÇOIS DE SALKS. 429

Je treiive hon Tadvis donné à nostre Senr de Lyon , s'ir la réception d'une lîllc; tout à fait bonne , et nullement fantasque, ni bigearre, mais d'un esprit tout à fait grossier. II n'en faut pas remplir la Mayson de telles filles ; mais prenés celle-là, car il se treuve si peu de personnes en ce sexe sans fantasie et malice et bigearrerie, que quand on en treuve on les doit recueillir.

Je dis cecy pour ma certes très chère fille de Chatelut, que j'ayme cordialement. Si quelquefois elle est difficile à trailter en ses incommodités corporelles, petit à petit cela passera. L'esprit humain fait tant de destours sans que nous y pensions, qu'il ne se peut qu'il ne face des mines. Celuy pourtant qui en fait le moins est le meilleur.

Il n'y a nul danger , ains il est expédient de faire dextrement bien concevoir au père spirituel l'importance de la constitution de la clausure , toute tirée du sacré Concile de Trente j et de mesme à Monseigneur l'Evesque.

Il ne faut pas donner promesse à point de fille de la recevoir, sinon en cette façon : ce Nous is recevons en ce qui nous regarde, mais il faut que Monseigneur l'Evesque le treuve bon ; » et faut tous-jours conférer avec le père spirituel, car il sçaura tous-jours bien les défauts, s'il y en a.

Il faut éviter de prester vos Constitutions, en disant qu'à la première impresse beaucoup de fautes se sont glissées, pour la haste de ceux qui les ont transcrittes , que l'on corrige, et que bientosi on les fera reimprimer, et que alors vous les communiquerés volontiers. Mais les personnes es^ tant discrètes et de condition , en les advertissant de ce défaut , qui à la vérité y est grand , vous pourrés , selon vostre prudence , les prester.

Il ne * se faut pas laisser peindre, si Monseigneur l'Evesque

* Au lieu de se, qui est la véritable leçon, toutes les éditions excepté la nôtre porten^ nous , et de même, quelques lignes plus bas, notre institut au lieu de l'institut.

ne le demande, ou vostre père spirituel , auquel vous pourrés obeyr en cela, commues autres choses indifférentes, c'est à dire, qui ne sont pas contre Tlnstitut. J'en dis de mesma des autres Seurs, ausquelles il faut pourtant bien donner des remèdes contre la vanité, de laquelle toutesfois il n'y a pas grand sujet d'estre peint sur de la toile , puisque il n'y eu doit point avoir d'estre peint en nostre propre personne à l'image de Dieu. «

Il faut à la vérité bien révérer FEvesque establi Supérieur en l'Eglise par le sacrement de son Ordre , c'est à dire par le saint Esprit, comme dit S. Paul, et par la régie propre, et par la Constitution : et Dieu bénira vostre obéissance, qui ^st l'ancienne obéissance des Religieux anciens.

Il ne faut pas dire au Confiteor : et beatum Augustinum; par ce que vostre Congrégation est sous le tiltre de sainte Marie de la Visitation , quoyque sous la règle de S. Augustin.

Il n'est pas nécessaire de donner les Constitutions aux prétendantes, qu'en les leur expliquant.

La filosophie des bains de cette bonne fille est gracieuse. En somme, il n'y a rien qu'un esprit foible ne gloze : on ne peut remédier à telles nyayseries qu'avec la patience d'inculquer la vérité.

Pour ces filles indisposées à eslre de la Congrégation , il faudra suivre le conseil des sages et spirituelz , après un peu d'essay de correction. En somme, ce sont des choses que le saint Esprit, le conseil et l'œil vous feront discerner.

La fille au bras court * doit estre receue , si elle n'a pas la cervelle courte ; car ces deformités extérieures ne sont rien devant Dieu.

Vostre sentiment est le mien : il ne faut pas recevoir les riches au Chœur par ce qu'elles sont riches, mais par ce qu'elles ont le talent d'y servir : et si elles ne Pont pas,

* " s'agissoit apparemmeût d'une persoime manchotte.

qu'elles soyent des associées, si elles sont foibles, ou vielles, ou maladives ; si elles sont fortes, qu'on les puisse employer au service de la mayson , €u du moins à coopérer aux domestiques * , si quelque considération ( ne ) les fait mettre * ^armi les associées , comme seroit leur délicatesse , ou ^--v bonté de leur esprit , qui les rendra habiles à servir de supérieure , ou aux autres offices , hors celuy d'assistante.

Et les pauvres ne doivent estre rejettées, puisque nostre Seigneur a tant aymé la pauvreté , que de tous ses Apostres la pluspart estoyent pauvres de condition : mays pourtant il faut avoir quelque égard aux charges de la mayson, autant que la sainte prudence et la grandissime confiance en Dieu le dicteront.

En vostre Chapelle , vos fenestres doivent estre voylées, affin qu'on ne vous puisse pas voir distinctement ; mais avec cela il faut ouir le sermon le voyle de vos faces levé.

On peut recevoir associées les femmes et filles qui ne sçavent pas lire ; car tout ce qui est dit de la lecture s'entend pour celles qui sçavent lire.

Vous aurés les indulgences de tout l'ordre de S. Augustin ; car le bref de vostre institution les vous donne. Nous promettons de les avoir imprimées.

Ne recevés pas légèrement les filles, mays, selon que la prudence vous enseignera , ou de différer , ou de se haster , faites-le ; et si elles s'en vont ailleurs, Dieu les veuille conduire , et en soit loué.

N'entreprenés que doucement, selon la petitesse deL:^

* Aux Sœurs converses ou tourières.

* La particule ne , que nous ajoutons ici entre parenthèses, paroît nécessaire pour le sens de la phrase, qui sans cette addition ne seroit guère intelligible; cette particule doit donc avoir été oubliée dans la lettre autographe. Nous avons corrigé aussi la ponctuation , qui nous a semblé vicieuse dans toutes les éditions précédentes, où Ton a mis un point après ce mot dôme»' tiques. Enfin, à ces mots, qui les rendra, on avoit substitué ces autres ; cela les tiendroit , que dément la lettre autographe, et qui d'ailleurs ne présentent aucun sens raisonnable.

moyens que vous verres vous pouvoir arriver, et pour les choses nécessaires. Dieu ne vous abandonnera point.

Nostre Seur Marie Aymée de Merville nrescrit une lettre toute sainte , et dit qu'elle donnera tout à fait les dix mille francz à Nevers sans contredit.

Or sus, ma très chère Seur, tenés vos yeux sur Dieu et sur son esternité de recompenses , et sur le cœur de la trey sainte Vierge, et marchés tous-jours humblement, et coura« geusement. Et à jamais sans reserve je suis tout vostre , et vostre père, et vostre serviteur, comme à ma fille P. Hier, et à ma seur Marie Aymée ^ Vive Jésus. Amen. Salués Monseigneur l'Evesque, vostre père spirituel, et le père Lallemant.

LETTRE

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