CHAPITRE xni
Mais avant qu'on fasse prendre garde de la faute aux autres^ par lesquelles en cas qu'elle la nie, elle puisse estre convaincue si npres la première admonition elle ne se corrige pas , il faut premièrement advertir la Supérieure , afin que s'il se peut , estant plus secrettement corrigée , il ne soit besoin que les autres le sçachent. Que si elle nie , alors il luy faut opposer des autres Sœurs , afin qu'elle puisse non seulement estre reprise par une seule devant toutes les autres , mais que par le tesmoignage de deux ou trois , elle soit convaincue.
CHAPriRE XIV.
Estant convaincue , elle doit estre corrigée par chastiment. et punition , selon le jugeaient de la Supérieure ou du Prestre. Que si elle refuse de subir la peine qu'on luy impose, et si elle ne s'en va, qu'on l'expulse et mette dehors de vostre Congrégation ou Société. Et cecy ne se fait pas avec cruauté,, mais avec miséricorde, afin que par une peslilente contagion , elle ne perde plusieurs autres Sœurs. Et ce que j'ay dit de cette faute d'arrester la veuë sur les hommes , doit estre diligemment observé en remarquant, deffendant , manifestant , convainquant et punissant les autres péchez, conservant en cela la charité envei's les personnes , et la haine contre leurs vices.
CHAPrTRE XV.
Or, quelle que ce soit, qui soit parvenue à ce signe d'iniquité , que de recevoir ou lettres , ou presens en secret , si
elle le confesse librement, qu'on Iny pardonne, et qu'on prie pour elle. Que si elle est surprise en cette faute , et en est convaincue, qu'elle soit griefvement cliastiée, selon qu'il semblera bon à la Supérieure, ou au Prestre, ou mesme à l'Evesque.
CHAPrrRE XVI.
Ayez toutes vos robbes en un lieu , sous la garde et chargf* d'une Sœur ou deux, ou d'autant de Soeurs qu'il sera requis, pour les secouer et conserver, afin que la tigne ne les gaste^ et comme vous vivez toutes d'une despence, ainsi soyez toutes vestuës d'un vestiaire. Et s'il se peut faire, ne prenez point garde à ce que l'on vous donnera à vestir, selon les saisons, pour voir si l'on vous donnera les liabits que vous aviez posez et remis, ou bien si l'on vous donne ceux qu'une autre avoit portez, pourveu que ce qui est nécessaire à une chacune ne lui soit pas refusé. Que si pour ce sujet naissent entre vous des contestations et murmuratio^^, quelqu'une par aventure se plaignant de voir des vestemens pires qu'elle n'avoit pas remis, et d'estre tenue indigne de porter des habits aussi bons qu'une autre Sœur; apprenez de cela combien vous estes mal en point es saintes habitudes intérieures du cœur, qui estrivez et débattez pour les habits externes du corps. Que si toutefois vostre infirmité est supportée, pour vous faire avoir les hctbits mesmes que vous aviez posez , ayez neantmoins tout ce que vous posez en un mesme lieu, et les remettez à la garde des Sœurs à ce commises, en sorte que nulle d'entre vous ne travaille pour soy-mesme, soit pour se Vbs'tir, soit pour avoir dequoy maintenir son lit, soit pour avoir dequoy se ceindre ou affubler, ou pour couvrir sa teste; mais que tous vos ouvrages se fassent en commun, avec plus de soin et d'allégresse ordinaire , que bI vous les fassiez par vous-mesmes en particulier : car la charité de laquelle il est escrit , « qu'elle ne cherche point
» les clioses qui sont à elle » (c'est à dire, ses comraoditez, ses profits, ses advcuilages), doit estre entendue ainsi, à scavoir, qu'elle ne préfère point ses commoditez piopres aux, conimoditez communes, ains les communes aux propres. C'est pourquoy d'autant plus que vous préférerez la communauté à vostre particularité, d'autant plus devez-vous sçavoir que vous avez profité, à ce que parmy toutes les choses desquelles se sert la transitoire nécessité , on vove surexcel- 1er la permanente charité. Et de là il s'ensuit que ce que quelqu'un donnera à ses filles, ou à ses parentes et alliées qui seront dans le Monastère > soit robhe, soit autre chose nécessaire, ne doit point estre leceu en secret, ains que tout cela soit remis au pouvoir de la Supérieure, afin qu'estant mis en commun, quand besoin sera, il soit distribué. Que si quelqu'une celé f^e qui luy aura esté donné, qu'elle soit condamnée comme larronnesse. Que vos vestemens soient lavez selon (ju'il semblera bon à la Supérieure , ou par vousmesmes ou par les foulons, alfin que le trop grand désir d'avoir des vestements nets, n'attire des souillures en l'ame.