A MONSIEUR JACOB
Sur la Sainte-Maison de Thonon.
A Sales, le H août 1604.
Monsieur, Le seigneur chevalier Lobet m'a treuvé chez ma mère , ou je n'ay sceu luy donner autre satisfaction, que de vous supplier bien humblement comme je fay qu'il vous playse. Monsieur, de faire examiner ses prétentions , autant comme il se peut sommairement, en la présence des seigneurs officiers de S. A. qui ont charge de la conservation des biens <ie la Sainte-Mayson , et je donne dés à présent mon consentement , à tout ce qui sera ad visé et treuvé raysonnable pour terminer cette affaire. Je diray bien néanmoins, que je pense plus à propos que la Mayson retienne le tiltre, en donnant une pension sortable à la valeur du prieuré, comme seroit de la moytié, ou autrement, ainsy qu'il sera jugé. Et cela fait, à cette prochaine feste de Nostre-Dame de septembre, tout le conseil de la Mayson se trouvant à Thonon, il pourra ratifier le traitté. Je ne voy point d'autre moyen de servir en cette affaire le seigneur Lobet, eu égard à la haste qu'il a de s'en retourner en Piedmont, et puis que les affaires de cette Sainte-Maison ne sont pas au pouvoir de moy seul, qui en cette occasion et en toutt' autre , feray tousjours joindre ma volonté à vos désirs, comme doit celuy qui priant Dieu pour vostre prospérité , sera toute sa vie , etc.
* L'original en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la 88* des lettres inédites de la collection-Biaise.
i08 OVVSCVLEi
LETTRE
A MADAME l'abBESSE DU PUITS-d'oRBE *.
11 proteste à M^e rabtesse du Puits-d'Orbe qu'il est tout dévoué au service de son âme et à la réforme de son monastère. Il l'avertit des contradiction» qu'elle aura, et l'encourage à tenir ferme; il veut qu'elle commence par travailler à la réforme de son intérieur. Il consent qu'elle renouvelle ses vœux entre ses mains par écrit. Il d t qu'il a écrit à M. son père pour le faire entrer dans ses vues. Il l'engage à prendre patience sul ce que leurs opinions ne cadroient pas tout-à-fait ensemble. Il lui envoie un écrit sur la méditation : c'est sans doute un de ceux que nous avons rapportés au tome ïll de cet ouvrage. Il ne peut lui assurer qu'il ira la voir dans sa maison. IL recommande de pratiquer la lecture de table, et de préparer les cœurs à la réforme par les entretiens spirituels et en insinuant l'amour de la perfection. 11 lui conseille de suivre les avis du Père de Villars, Jésuite, et de ne point s'écarter de ceux qu'il lui a donnés. Il lui apprend la mort de M. révèque de Saluce. Il lui désigne les livres propres à son état et à son dessein. Enfin, par une apostille, il donne avis àTabbesse que sa mère et lui veulent lui donner mademoiselle de Sales pour pensionnaire.
13 octobre 1604.
MadaiTie , ma tres-chere seur et fille en nostre Seigneur^ je vous veux mettre icy quelques points à part que je désire vous estre particuliers.
Je vous supplie par les entrailles de nostre Seigneur de croire , sans aucunement douter, que je suis entièrement et irrévocablement au service de vostre ame, et que je m'y employeray de toute Testendue de mes forces , avec toute le fidélité que vous sçauriez jamais souhaitter. Dieu le veut, et je le connois fort bien : je ne puis rien dire d'avantage. Sur ce bon fondement j'appliqueray mon esprit et mes
* Tirée de la Bibliothèque du collège des Jésuites, à Paris. C'est la 67* de la collection-Biaise.
• Voyez une des lettres précédentes, n« XXXVI, page 101*
DE S. FRANÇOrS DE SALES. 109
prières à penser en tout ce qui sera utile et requis pour faire une parfaite reformation de tout vostre monastère ; ayez seulement un grand courage et plein d'espérance. C'est tout ce qu'il nous faut pour le présent ; car vous serés assaillie sans doute : mais avec l'esprit d'nne douce vaillance nous chevirons de ce bon dessein , Dieu aydant ; et. pour le présent il faut bien establir l'intérieur de vos cœurs et le vostre sur tout, car c'est la vraye et solide méthode; et dans quelque tems nous establirons l'extérieur à l'édification de plusieurs âmes. Croyés que j'y penseray à bon escient. Quant au désir que vous avés de refaire vos vœux entre mes mains et m'en envoyer un escrit, puis que vous estimés que cela vous donnera tant de repos, j'en suis content , pourveu que vous adjoustiés à l'escrit ceste condition , à l'endroit où vous parlerés de moy, sauf V authorité de tous légitimes Supérieurs ^ et ne faut pas que rien de cela se sache.
J'escris à M. vostre père et le mien une lettre propre , à mon advis, pour gaigner son esprit à nostre dessein, lequel je ne luy despeins pas si grand comme il est, parce que cela le rebuteroit, luy estant proposé tout à c^ap, et petit à petit il le goustera indubitablement. Je me dispense un peu de vous en cette lettre-là; mais vous savés bien que ce n'est tout que pour la gloire de Dieu et vostre bien , à quoy je regarde sans plus en tout cecy. Je sçay que vous me tenés pour trop vostre pour interpréter aucune chose venante de moy qu'à bien et à droite intention. ^
Il faut avoir patience en ce qu'il veut ses opinions estre suivies, car il fait tout par excès d'amitié; et j'espère qu'ainsi comme je luy escris , nous eaignerons beaucoup sur luy. J'escris un mot à Madame vostre seur*, que je ne puis qu'aymer extrêmement, estant ce qu'elle est*. M. vostre père me semble le désirer par la lettre qu'il m'a escritte.
* Madame la présidente Brulart.
« Dans la pratique d'une solide piété. ;.
j^O OPUSCULES
J'ay bien peur que Tescrit de la méditation ne soit si mal fait que vous ne sacliiés pas le lire. Vous pœndrés la peine, s'il vous plaist , de le faire mettre au net pour le pouvoir lire avec plus de fruict. J'estois si indisposé quand je le lis escrire, que je ne peus y mettre la main pour l'escrire , me contentant de le dicter.
Il n'y a nulle apparence humaine que je puisse jamais avoir la consolai: jn de voir le Puy dorbe; mais le grand dcsir duquel je suis porté à vostre service spirituel , me fait espérer que nostre Seigneur m'y conduira par sa providence quand il en sera tems S si machetifve coopération est requise à vostre bon dessein.
Persévères à faire lire à la table , et mesme quelquefois en vostre chambre , en compaignie de vos seurs. Il faut disposer petit à petit la matière de Tentiere reformation ; et la plus grande préparation c'est de rendre les cœurs doux, traietables et désireux de la perfection.
Prevalés-vous de l'assistance du bon Père de Yillars , lequel , en response du billet que je vous donnay à Saint- Claude, m'escrit qu'il aura un particulier soin de vous servir. Vous ferés bien de vous ar rester aux dévotions que je vous ay présentées , et de ne point varier sans m'en advertir. Dieu aura aggreable vostre humilité en mon endroit et vous les rendra fructueuses,
M. l'Evesque de Saluce est decedé depuis peu . C'estoit l'un des plus grands serviteurs de Dieu qui fust de cet aage, et de mes plus intimes amis : il fut fait Evesque en un mesme jour avec moy. Je vous demande un chapelet pour son repos-; car je sçai que si je fusse trespassé devant luy, il m'en eust faict faire la charité comme cela par tout où il eut eu du crédit. Si j'eusse eu le tems à moy , je vous eusse eserit en meilleur
* Cela est arrivé en 1608 (voyez, tom. précédent, page 201).
* Le Père Juvénal Ancina, auparavant prêtre de l'Oratoire de llome, dont M A éié question au tome précédent, page 408 et suiv. .
m^dre; mais tout ce quej'escris, ce n'est que par morceaux, selon le loysir que je puis avoir. Croyés que j'ay bien besoin de vos prières.
Les livres que vous pouvés * avoir pour le présent, sont : Plains, du bien de lestât de religion; le Gersoii des Religieux, de Luce Pinel ; Paul Morigie , de l'institution et commencement des Religions; les Œuvres de Grenade, imprimées nouvellement à Paris; Bellintany , de l'orairson mentale; les Méditations de Capiglia, Chartreux; celles de S. Bonaventure ; le Désirant; les Œuvres de François Arrias , et surtout r Imitation de nostre Dame; les Œuvres de la Mère Thérèse; le Catéchisme spirituel de Cassiaguere, et ses autres œuvres. Cela vous suffira, ou une partie, avec ceux que je sçai que vous avés des-ja. Dieu, nostre chère Seur, soit rostre conducteur, protecteur et conseiTateur, vostre prétention et vostre confiance. Amen. Vostre , etc.
Madame, j'oubliois presque de vous dire que ma mère et moy avons faict un projet de vous envoyer après l'hiver prochain , ma jeune seur que vous vistes à Saint-Claude , en intention que si Dieu la favorise de l'inspiration d'estre Religieuse , elle le soit , le tems estant venu , par vostre grâce et assistance ; trop heureuse qu'elle sera d'arriver en ceste Mayson là à mesme tems que la dévotion s'y allumera. Que si elle n'est pas digne de ce lieu , ou moy de ce contentement, au moins aura-elle ce bonheur, où qu'elle aille , d'avoir esté en si bon lieu. Et le tout se fera , Dieu aydant , sans aucune incommodité de personne , sinon celle de son esprit. Yoyés, Madame ma chère Seur, si nous voulons nous obliger bien estroictement à vostre service ; cela dit sans cérémonie.
* Peut-être faudroit-il lire ici pourries.
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LETTRE