A SA SAINTETÉ LE PAPE CLÉMENT VIII
n prie le Pape de ratifier l'établissement des pères Feuillants au monastère de Notre-Dame d'Abondance, à la place des moines qu'on en avoit expulsés,
Annecy, le 27 octobre 1604.
Très-saint Père ,
Les anciens ont dit, et nous en faisons Texpérience, qu'il n'est rien de meilleur que les bons Religieux , et rien de pire que les mauvais; de façon qu'on peut justement leur appliquer ce que Jérémie dit des ligues que Dieu lui avoit montrées dans une vision mystérieuse : ce Si les figues sont bonnes, elles sont très-bonnes; mais si elles sont mauvaises, elles sont très-mauvaises. »
Or il n'y a point de contrée en la Chrétienté plus exposée au fléau de ces mauvaises figues , que le diocèse de
» C'est la 69» de la collection-Biaise, et la 5* du livre l'f des anciennes éditions.
Contendit à summo Pontifice , ut ratam habeat FuUiensium suffectionem in monasterium Sanctae Mariée de Abundanliâ, aliis raonachis indè cxturbatis.
Annessii Allobrogum, xxvii octubris 1604, Beatissime Pater,
Bonis Religiosis melius nihil esse, malis nihil pejus, et veteres dixerunt, et hâc œtate ità compeitum est, ut de illis cum Hieremii dici meritô possit, a si ficus sint bonaî, bonas valdè esse; si malaî, malas valdè. »
Nuila verô orbis catholici diœcesis malarum istarum ficuum nocu-
DE S. FRANÇOIS DE è^LE». 113
Geiî ève , qui cependant auroit, plus que tout autre, tant de besoin de n'en avoir que de bonnes.
Car c'est ici, tres-saint Père, que placés au front de l'armée , nous sommes plus exposés aux assauts des ennemis , dont le génie est de rejeter sur la saine doctrine de l'Eglise les égaremens des Catholiques et la dépravation de leurs mœurs, et d'en profiler pour séduire les esprits foibles.
Assurément il est bien douloureux qu'entre tant de monastères de divers ordres établis dans ce diocèse , à peine il s'en trouve un seul où la discipline religieuse ne soit nonseulement ébranlée et endommagée , mais môme tout-à-fait détruite et foulée aux pieds ; en sorte qu'il ne paroit plus aucun vestige de cette ancienne flamme et de ce feu tout céleste : tant il est vrai que l'or s'est obscurci et que son éclat est changé.
Les personnes les plus sensées ne trouvent point de meilleur remède à ce mal, que de tirer des congrégations nouvellement réformées et animées de l'esprit de Dieu, de saints
mentis adeô patet^ qiiàm ista Gebennensis, qiiâ nulla magis bonarum ficuum proventu recreanda foret.
Hîc enim, Pater beatissime^ in ipsâ certaminis acie constiluli, inhnicorum vires cominùs experimur, quorum ingenium est^, ex moribus nostrorum depravatis, Ecclesia} illibatam doctrinam carpere, ac infirmas populi mentes dejicere.
Quo nomineeô magis dolendum est^ intermultamonasteria variorum Ordinum, qua^, in bac Diœcesi sunt œdificata, vixunum reperiri posse, in que religiosa disciplina labefacta, imô potiùs conculcata penitùs non fuerit, ut nequidem vestigium veteris illius flammae appareatj adeô obscuratum est aurum» et muiatus efQ color ejus optimus *.
Gui quidem malo,nullo prœsenliore remedio, medicinam fîeri posse existimant periti rerum œstimatores , quàm si ex reformatis et recenti Spiritùs sancti igné ac^censis et inflammatis Congregationibus
» Thrcn., IV, i.
Religieux , pour les mettre en la place de ceux qui , pour ne Tien dire de plus, ont occupé la terre en vain.
C'est pour cette raison que l'abbé commendataire du monastère de Notre-Dame d'Abondance, nommé Vespasien Agacia, â résolu de donner celte maison aux Religieux Feuillants , qui suivent la règle de saint Bernard , dont la Lonne odeur s'est répandue dans beaucoup d'endroits , et d'en bannir six vieux moines scandaleux qui vivent dans la plus grossière ignorance de la vie religieuse.
C'est sans doute une très-bonne chose , et qui mérite -d'être prise à cœur, qu'on plante des fleurs dans le jardin de l'Eglise , et qu'on en arrache les épines.
Or, afin de réussir plus sûrement dans son projet, l'abbé en a déjà traité avec le général des Feuillants , et a fait avec lui les arrangements nécessaires ; et il ne reste plus pour y mettre la dernière main , et rendre l'établissement solide à perpétuité , que l'approbation du Saint-Siège.
Comme l'utilité de cette bonne œuvre se fera ressentir à
"viri religiosi adducantur, et in locum eorum ( ut modestissimè di- ■cani ) qui terram liactenùs perperàm occupaverunt , sufficiantur.
Hoc consilio adductus est Vespasianus Agacia, ut monasterium Sanctœ Mariaî de Abundantiâ, cujus ille abbas commendatarius extitit, Religiosis sancti Bernardi Fulliensibus, quorum bonus odor multis jam in locis manavit, si quâfieri posset opéra, attribueret et -commit teret, amotis indè sex monachis, omnibus propemodùm senio yc disciplinai religiosifî crassissimâ ignorantiâ non laborantibus modo, «ed penè confectis.
Res sanè bona, et omni acceptione digna, ut pro spinis flores in hortum Ecclesiae inferantur.
Id autem ut succederet, omnia cum Generali FuUiensis illius Con-« gregationis parata ac deliberata sunt, quœ in eam rem necessaria yU debantur : ità ut id praeter unum, sed illud quidem maximum ac priEcipuum, desiderari posse videatur, Sedis nimirùm Apostolicae beoeplacitum, quo omnia hœc et fiant, et facta constent ac firmentur.
Cùm autem hujus rei utilitas in hanc ovilis Dominici partem, eu-
«ette partie du troupeau de Jésus-Christ que votre sollicitude apostolique m'a confiée, je n'ai pas dû manquer de me jeter aux pieds de votre Sainteté , pour la supplier qu'elle daigne favoriser cette entreprise. Que notre Seigneur Jésus- Christ vous conserve pour nous de longues années en parfaite santé 1 J'ay l'honneur d'être , avec le plus profond respect, très saint Père, de votre Sainteté, etc.
lettre'
A s. A. CHAULES ExMaïAJXUEL l", DUC DE SAVOIE, Sur la réformation des monastères de Savoie.
Auneci, 27 octobre 1604.
Monseigneur,
Je sçay dés longtems combien V. A. désire la reformation ties monastères de deçà les Monts, et qu'ell' a tousjoui^s jugé que le meilleur moyen d'y parvenir, c'estoit d'oster par voye raysonnable les Moynes et Religieux qui jusques à présent s'y sont mal comportés, et y mettre en leur place des autres
* L'original en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la B9* inédile de la collection-Biaise.
jus curam Apostolica vestra providentia niihi demandavit, primiira derivanda sit, non debui committere^ quin ego quoque , humillimis ad pedum ôbcula precibus, à Beatitudine vestra efflagitem, ut suam paternam et Apostolicam gratiam huic negotio liberaliter imperliri dignetur. Christus Dominus Sanctitatem vestram quàm diutissimè nobis conservât incolumem ! Beatitudinis vestra) indignas et humillimus «ervus,
1 î n OPUSCULES
Relii^ieuxcL^sCorii^rouations reformées. C'est pourquoy je ne doute nullement que V. A. n'ayt fort aggreable le dessein que le Sieur Abbé d'Abondance a fait d'introduire en son Monastère les bons Pere3 de Saint-Bernard , lesquelz par leur bonne vie et doctrine repareront les ruiner que les 'autres ont faittes par leur mauvais exemple. Je dois néanmoins en faire ma très humble supplication à V. A., comme celuy qui en recevra autant de consokaon que les peuples de ce Diocèse en recevront d'édification.
Permettés-moy, Monseigneur, que je supplie encor V. A. que le bon Docteur Monsieur Normelet puisse avoir la prébende iJieologale d'Evians comme les autres Théologaux prccedens l'ont eue, puis qu'il ne la méritera pas moins qu'eux, et que ceste pauvre ville n'en a pas moins nécessité maintenant qu'ell' a eu cy-devant. Je confesse que le Sieur Abbé est si extrêmement chargé de despences, qu'il luy sera mal aysé de la payer. Mais, Monseigneur, s'il plaisoit à V. A. d'ordonner que ses pensionnaires y contribuassent chascun quelque partie , il n'y auroit plus nulle difficulté ; je Yen supplie avec tout' humilité, et confiance en son saint lele au bien des âmes de ses sujetz. Je prie Dieu qu'il multiplie ses faveurs en V. A. à laquelle faysant ires humblement wa révérence, je demeure,
Monseigneur,
Son très humble et très obeyssant orateur et serviteur,
Fmnçoïi3, Evesque de Genevti
XLiir.
LETTRE
A S. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.
Sur kl collation de la cure d'Allinges, contestée à TEvèque de Genève
par le Prévôt de Montjou.
Anneci, le 31 octobre 1604.
Monseigneur,
La cure des Alinges, qui ne fut onques à la disposition du Prpvost de Montjou , a esté légitimement conférée à un fort honneste presbitre, lequel dés le commencement du restablissement de la sainte religion en ces quartiers-là y a très utilement travaillé.
Je nt fus pas plus tost en ceste charge, que le sieur Prévost
^e Montjou m'a fait appel) er par devant Monsieur FArche-
vesque de Tharantaise, et avec moy le dit Curé, pour voir
rompre toutes les provisions faites de ].a ditte cure par feu
Monsieur FEvesque mon prédécesseur de dévote mémoire.
J'ay respondu. Monseigneur, et suis tous-jours prest à res-
pondre. Et néanmoins le sieur Prévost de Montjou m'envoya
une lettre de V. A. qui me deffend de l'attaquer en procès;
Monseigueur , il a tort , et c'est à moy de supplier très
humblement V. A. de tuy commander de ne point troubler
l'estaMissement des cures deCbablaix qui a tantcousté et de
peynes et de soins au zèle de V. A. Il ades-jà esté condamné
devant les Officiers de V. A. Il a néanmoins recouru ^
Sa Sainteté, laquelle a député Monsieur de ïharentaise, de»
» L'ongTnal en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la 90» jiédite de la collection-Biaise.
ii8 OPUSCULES
vant lequel il me fait appeller, et où, j'espère, son tort sera reconnu s'il ne cesse de nous travailler.
V. A. a la mayson de Saint-Bernard en sa protection, mais elle n'a pas moins sous sa grâce et singuliert; faveur cette misérable evesché de Genève , pour conserver avec ses com« mandemens les droits de l'un et de l'autre; qui est tout ce que je puis souhaitter en cett' occasion particulière en laquelle j'ay trois grans advantages, c'est qu'il s'agit non de mes actions, mais de celles de feu monsieur mon predeceaseur, que V. A. a tousjours jugé fort homme de bien. Jesuis défendeur et en possession , et mon adversaire en cettecause a ejté tousjours condamné jusques à présent.
Avec ces /aysons je me promelz que Y. A. aura aggreables mes procédures , et qu'en sachant les fondamens elle commandera au sieur Prévost de cesser et faire cesser les siennes.
Je prie nostre Seigneur qu'il comble V. A. et sa Couronne de toute félicité et prospérité , et luy faysant très humble révérence, je demeure comme je doy, et veux toute ma vie,.
Monseigneur,
Très humble et très obéissant serviteur et oraleur de Y. A.,
François, Evesque de Genève.
LETTRE
A MADAÎHE l'aEBESSE DU PUITS-d'oKBE.
De la clôture des Religieuses ; règles sur la conduite d'une Abbesse vis-à-vis
de la mère prieure.
6 novembre 1604.
Pay eu du contentement à sçavoir de vos nouvelles, après tant de tems que j'avois demeuré sans en recevoir, ma très chère Fille, par vous-mesme; car que me peuvent dire de certain de vous ni de vos affaires tous les autres?
Mais, ma très chère Fille, tous les remèdes humains se sont trouvés inutiles pour la guerison de cette pauvre jambe, qui vous donne une peyne qu'il faut sagement convertir en pénitence perpétuelle. A la vérité, j'ay tousjours eu cette cogitation que toutes ces applications reûssiroient tres-mal , et que c'estoit un coup que la Providence céleste vous avoit donné, affin de vous donner sujet de patience et de mortification. 0 quels thresorb pouvés-vous assembler par ce movenî II le faut faire doresnavant, et vivre comme une véritable rose entre les espines *.
Mais on m'a escrit que vous estiés au Puits-d'Orbe avec de vos filles, et que le reste estoit demeuré à Chastillon : cela est vray, car je l'eusse deviné. Mais c'a esté pour peu, ce me dites-vous, et pour un bon et légitime sujet : je le croy; mais croyés-moy aussi , ma chère Fille, que comme les filles qui ont quitté le monde devroient ne le jamais vouloir voir^,
1 Tirée du monastère de la Visitation du Puits -d'Orbe. C'est la 70« de la^ collection-Biaise.
> Le Saint fait ici allusion au nom de l'abbesse, qui étoit Rose Bourgeois,
adssî le monde qui a qtiitté les filles ne les voudroit jamam voir; et pour peu qu'il les voye, il s'en fasclie et murmure; C'est la vérité aussi que l'on perd tous-jours quelque choso aux sorties, qui peuvent, voire mesme avec quelque perte temporelle, estre esvitées. Pour cela, si vous escoutés mes advis, vous sortirés le moins qu'il vous sera possible, et mesme pour ouïr les Sermons, puis que vous avés bien le crédit d'avoir quelquefois le Prédicateur dans vostre Oratoire, qui dira des choses toutes propres pour vostre assemblée. Certes, il faut avoir quelque esgard à la voix commune, et faut beaucoup faire de choses pour esviter les bruits des enfants du monde. Certes , si je sçavois , disoit ce grand spectacle de religion et de dévotion, saint Paul, si je sçavois qiien mangeant de la chair, je donnasse du scandale au prochain, je n'en mangerois jamais K Contentés en cela Messieurs vos parents, et je croy qu'après vous pourrés confidemment leur demander du secours pour vous bien loger; car il nip semble que je les voy qui disent : Pourquoy loger à commodité des filles qui sortent et vont parmi le monde? Et le desplaisir qu'ilz ont de ces sorties, fait qu'ilz en exagèrent aa quantité et qualité.
C'est l'ancienne coustume du monde , de trouver qu'il leur <^st loysil)le de parler des ecclésiastiques à toutes mains ; et il croit pe pourveu qu'il ayt quelque chose à dire sur eux, i ' n'3^ aura plus rien à dire sur ses partisans.
Or sus, n'y auroit-il pas moyen que vous sceussiés trouver le biais par lequel il faut prendre et garder le cœur de Madame la Prieure nostre seur; car, encor que, selon le monde, c'est aux inférieurs à rechercher la bienveuillance des supérieurs, si est-ce que, selon Dieu et les Apostres, c'est dux supérieurs à rechercher les inférieurs et à les gaigner. Car ainsy fait nostre Rédempteur ; ainsy ont fait les Apostres ;
* Si esca scandalizat lYalrem meum, non manducabo caruem in aeternuai ^ fratrem meum scandalizem. I. Cor., VIII, 13.
aînsy ont fait, font et feront à jamais tous les Prelafs z<'lés en Tamopr de leur Maistre.
Je conîësse que yi n'admire nullement que vos proches se scandalisent de voir la froideur de Tamitié qui est entre deux seurs naturelles , deux seurs spirituelles , deux seurs reli- ^^ieuses. Il faut remédier à cela, ma ties chère Fille, et ne ^Dermettés pas que cette tentation dure. Il se peut faire qu'elle a\ t le tort ; mais du moins avés-vo;:s celuy-là, de ne la pas raruener à vostre amour par le tesmoignage continuel et iiis^c^îssible * de celuy que vous lu y devés selon Dieu et le monde.
Vous voyés de quelle liberté j'use à vous dire mes sentimens, ma chère Fille, que je désire estre toute victorieuse de la victoire que l'Apostre annonce : Ne soyés point vaincus par le mal, mais vainques le mal par le bien ^ Si je vous parlois autrement, je vous trahirois; et je ne puis ni ne veux vous aymer que tout à fait paternellement, ma très chère Fille, que je prie nostre Seigneur de vouloir combler de ses grâces et consolations. Je salue très humblement toute vostre chère compaignie. Vostre, etc.
1 Cette expression, inaccessible, n'a pas pu être employée ici par S. Françoii de Sales. 11 y a nécessairement erreur dans le texte. • NolJ vinci à malo, sed vince in bono malum, Rom., XII, 21,
LETTRE
A S. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE. Sur le paiement de la prébende théologal 3 d'Evian à M. Nouvelet.
Anneci, 12 nov. 1604.
Monseigneur,
Le bon homme, monsieur Nouvelet , avoit esté promeu de la charge théologale d'Evian et par conséquent de la pre-^ bende d'icelle. Mais Monsieur FAbhé d'Abondance se treuve fort empesché à la vouloir payer, d'autant qu'il entre en une bonne despense pour introduire les Pères Feuillans en son Abbaye, et que d'ailleurs il est fort chargé de pensions. Il dit néanmoins que si ceux qui ont les pensions vouloyent supporter charitablement la moytié de la ditte prébende, il contribueroit volontiers l'autre moytié.
Mais cela ne se peut ni attendre ni espérer, sinon de la bonté et providence de V. A. qui le commandast et à l'Abbé et aux pensionnaires, en faveur des âmes qui en seroyent assistées, et du bon Monsieur Nouvelet , du quel la pauvreté seroit soulagée et la vieillesse consolée , et qui ne respire ni devant Dieu ni devant les hommes que la grandeur et sainte prospérité de Y. A., de Messeigneurs ses enfants, ef de la postérité pour laquelle je prie aussi tous les jours Sa Divine Majesté, comme estant,
Monseigneur, Très humble et très obéissant serviteur et orateur de V. A.,
François, Evesque de Genève.
» L'original en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la 91» Inédile de la collection-Biaise.
LETTRE
A M. DE CHANTAL, CAPITAINE DE 50 HOMMES d'aRMES , CHEVALtEE DE l'ordre de sa MAJESTÉ.
Sur le mariage de son frère avec mademoiselle de Chantai, fille du capitaine.
Monsieur,
J'ay bien assés de cognoissance de la grandeur de la courtoisie avec laquelle vous avés aggreable le dessein du mariage de madamoiselle vostre fille aynée avec mon frère; mais il ne m'est pas ad vis que jamais j'en puisse faire aucune sorte de digne reconnoissance et remerciment. Seulement voussupprié-je bien humblement de croire que vous ne pouviés pas obliger de cet honneur des gens qui le receussent avec plus de ressentiment que nous faysons, mes proches et moy, qui touts en sommes remplis de consolation ; et bien, Monsieur, que nous soyons fort esloignés des mérites que vous pouviés justement requérir pour nous faire cette faveur et nous recevoir à une sy estroitte alliance avec vous, sy espererons-nous de tellement y correspondre par une entière , sincère et humble affection à vostre servi'ce, que vous en aurés contentement. En mon particulier, Monsieur, permettés-moyquejedie que l'amitié non seulement fracernelle, mais encor paternelle que je portois à ma petite seur, m'est demeurée en l'esprit pour la donner à cette autre ençor plus petite seur que, ce me semble, me prépare; etsy, celaluy
* Tirée d'une copie conservée aux Archives de la Cour de Turin et communiquée par M. le Conseiller de La Mare. C'est la 92^ inédite de la colleolion-Blaise.
donneray avec un surcroistde respect et d'estime tout sm2;ulier, et considération de l'honneur extrême que je vous porte, Monsieur, et à M. de Bourges et à M. le Président, sans y comprendre ce que je pense de la dilection que je dois à Madame sa niere, vostre chère lille. Or, j'espère que Dieu bénira le tout , et se rendra le protecteur de ce projet que je luy recommande de tout mon cœur , et qu'il vous conserve et comble de ses grandes grâces et faveurs, c'est le souhait per-
petuel,
Monsieur,
De vostre plus humble et très affectionné serviteur,
François, Evesque de Genève.