‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 150 sur 183 · DE LEMPLOT DE LA JOURNEE ET DES HEURES · texte numérisé non relu

DE LEMPLOT DE LA JOURNEE ET DES HEURES

» Despuis Pasques jusques a la feste St. Michel, elles se lèveront a cinq heures. De six a sept elles feront lorayson mentale après laquelle elles diront prime et tierce. A huit heures et demj elles diront sexte et nonne, qui seront suivies de la S te. Messe.

» A dix heures. Ton disnera (on lira a table), et aux jours de jeusne, a on?/ heures et demj. De troys a quattre, elles diront vespres et compiles. A six heures elles souperont, et lorayson des cinq heures, qui se commencera par les Litanies en sorte que le tout soit achevé un quart d'heure avant le souper. A sept heureL et demj elles commenceront matines, après lesquelles elle» feront lexamen et la leçon d'un quart d'heure. Apres quoy elles se retireronx en sorte que toutes soyent couchées a neuf heures et demj.

» L'heure qui se treuve de reste entre tierce et sexte, sera employée a quelqu'œuvre corporelle selon que la Supérieure ordonnera, Lheure qui se treuve de reste entre le souper et matines sera... »

16 reste manc^ue.

î<->0 COXSTTTT'TTONS.

[[examen durant un. Misncrc : Yï. Et le reste du temps, les^ Sœu i s se retirent à faire ce qui leur convioiït.

Depuis dix jiisques à midy : I. A dix heures on prendra laréfection : II. Qui est suivie de la récréation jusques à midy : LI. Puis on prend les obeyssances.

Depuis midy jusques à trois heures : I. A midydes Sceura,. se retirent en silence pour faire leurs ouvrages : II. Et après avoir pris le repos de demye Iieure, si bon leur semble :

III. A deux heures feront demye heure de lecture en - particulier, parmy laquelle si quelqu'une se sent attirée à Toraison, qu'elle suive volontiers l'attrait, pourveu qu'elle lise sulFisammcnt pour contribuer à l'entretien d'après Vespres.

Depuis trois jusques à six : L A trois heures se disent' Vespres : II. Apres lesquelles on fait rassemblée, en laquelle les Sœurs faisant leurs ouvrages s'entretiennent de leurs lectures jusques à Compiles : III. Qui se disent à ciuq heures :

IV. Qui sont suivies des Litanies : V. Et les Litanies, de demve heure d'oraison mentale : VL Puis les Sœurs sont en liberté de relascher un peu leur e&prit par quelque exercice extérieur, .observant toulesfois le silence.

Depuis six heures jusques à dix : I. A six heures ou environ on prendra la réfection : II. Suivie de la récréation : lîl. Apres laquelle on prend les obeyssances : IV. A huit heures et demye on sonne Matines , et le grand silence commence. V. Un quart d'heure après on dit Matines et Laudes: VI. Qui sont suivies de l'exam n de conscience : VIL Et l'examen de la lecture des poincts à méditer. VvU. \pres quoy toutes les Sœurs se retirent pour estre toutes c>^acliées à dix heures précisément.

Mais es Festes, outre l'oraison ordinaire, les Sœurs non occupées à quelque oiïice, pourront, si bon leur semble, faire demye heure d'oraison apn^s la Messe ou iXone, et une autre demye heure entre la récréation du disner et Vespres,.

En tout temps on sonnera l^Avc Maria du soir entre jour

COTSSTITUTIONS. 523

ej nuîct, et des lors ne sera plus loisible de demeurer au parloir, ny d'ouvrir la porte, sinon pour quelque chose pr*îScKt/iir, qui ne puisse estre bonnement différée.

coNSTrruTiON vu. De l'employ du jour, de la leste de saint Michel jusques à Pasques.

Premièrement, elles se lèveront seulement à cinq heures et demye : II. Elles entreront à Foraison depuis six jusques à sept heures. III. Prime se dira. A huict heures et demye se diront les Heures, suivies de la Messe et de None. A dix iieures et demye on disne. La récréation suit jusques à midy et demy qu'on entre en silence. Tout le reste se practique comme il est dit au chapitre précèdent.

coNSTrruTiON vni.

En Caresme.

TouH; se fait comme dessus, hormis qu'on dit Vespres à dix heures et demye, qui sont suivies de Texamen, et que la lecture ne se fait qu'à trois heures, et l'assemblée à quatre, et qu'après Compiles, qui se disent à l'heure ordinaire, on chante le Stabat, suivy des Litanies.

CONSTirUTION IX.

Des deux Obeyssances journaliereSi

Apres la récréation du disner, toutes se présenteront devant la Supérieure,. qui leur ordonnera ce qui se devra faire jusques au soir, et de mesme après la récréation du soir, elle leur de^rtira les choses à faire jusques au disner du jour suivant. Que s'il n'y a rien à commander, elle leur commandera la mutuelle dilection des unes envers les autres,, -^yec la sainte paix de nostre Seigneur.

2 i CONSTITUTIONS #

Apres cela, les Sœurs qui ont les charges de la Maison, pourront demeurer avec la Supérieure, pour l'advertir des choses requises, dont on ne doit point parler ievaiîï- les autres, affin de laisser leur esprit en tranquillité.

Du Silence.

Le premier silence se fait dés le premier son des Matines,, jusques après Prime du jour suivant. Le second, dés qu'on a sonné le Benedicite, jusques à la récréation du disner. Le troislesme, dés la récréation jusques à Vespres. Le quatriesme, dés qu'on a sonné Compiles, jusques à la récréation du souper.

Mais es jours de jeusnes, le silence s'observera dés Tierce,, jusques à la récréation du disner, et dés la récréation,, jusques à trois heures.

Et faut noter, qu'en tous temps le silence s'observe au Chœur, au Dortoir, et au Réfectoire , sans que l'on y puisse parler que pour des occasions nécessaires; et de plus, que^ Ton peut tousjours parler à la Supérieure, et les Novices àleur Maistres^e, quand il est requis,

De la variété du chant.

Prime se dit à droite voix : IL Tierce, avec inflexion de chant : IIL Sexte, à droite voix : IV. None, à droite voix, hormis es Dimanches et grandes Festes, et es jours des Apostres, qu'elle se chante avec inflexion : V. Vespres ordi* nairement à droite voix ; hormis le Magnificat, qui se dit en tout temps en chant, excepté en Caresme. Mais es Dimanches et Festes commandées, toutes les Vespres se chantent, VI. Compiles se dit à droite voix en tout temps, hormis

l'Antienne de nostre Dame, qu'on dit à la fin, qui se chante, et le Nunc dimittis, aux grandes Festes. YII. Matines et Laudes à droite voix, hormis es grandes Festes que l'on chante l'Invitatoire, le Te Deum laudamus, ei Benedictus, avec son Antienne : es processions esquelles on chante les Hymnes, on chantera par , inflexion ordinaire. Mais en celles esquelles on chante les Litanies, on pourra par fois varier le chant, comme il est porté par le Directoire. Au reste, on ne tirera jamais les Sœurs de l'Office, ny de l'oraison , sans quelque grande et pressante occasion. Que si on les en tire , elles reprendront tant qu'il se pourra , en quelque autre temps, le loisir de faire l'exercice qu'elles auront laissé.

Des Assemblées.

Les Sœurs s'assembleront, L A l'Office : IL A l'oraison mentale : IIL Au Chapitre : IV. A la réfection : V. Aux récréations. YL Aux entretiens des lectures : VIL Extraordinairement 'quand la Supérieure l'ordonnera.

j3es Récréations et Conversations des Sœurs.

Les Sœurs demeureront ensemble es récréations, et faisant leurs ouvrages s'entretiendront de quelques propos agréables, et saintement joyeux, avec paix, douceur, et simplicité, et pourront mesme parler les unes avec les autres en particulier : en telle sorte neantmoins qu'elles ne soient pas moins de quatre ou cinq qui se puissent entendre les unes les autres : sans toutesfois dire des choses messeantes et inciviles, ny rq^iller, ou dire paroles de mespris sur le sujet des nations, provinces, ou naissances.

Es autres conversations elles tascheront de parler utile- ..jiient, saintement et modestement.

-Elles ne joueront point, ny auront dans la Maison aucun oiseau, ny animal de passe-temps, comme escuirieux, petits chiens, et autres telles bestes d'amusement inutile.

Des Ouvrages.

Les ouvrages que les Sœurs jïrendront à faire des gens de ..dehors, seront receiis par la Supérieure, ou celle cprelle députera, sans qu aucune autre ayt soin de cela. La Maison ne fournira jamais la matie! e d'aucune hesfsngue^ affin qu'il ne semble au monde qu'on vueille faiie trafic de marchandise. Le prix du travail seia purement remis en commun, et ne sera proposé ny demandé ({ue fort charitablement et aimablement, non exactement et chèrement. Elles ne se mesleront point des 'affaires du moirde, ne prenant aucune commission de vendre , ni d'achepter, pour les estrangers et gens de ' dehors. ' ^

Au demeurant , elles ne feront aucune besongne pour la vanité, comme seroit laver des gands, faire des frisons, des fards, et choses semblables. *

On ne dira point quelles sont celles d'entre h^s Sœurs qui font les ouvrages, ny aux Sœurs à qui sont les ouvrages qu'elles font,. ains.seront rendus par quehjue Sœur depiutée -à cela.

Et bien .que toutes les Sœurs soient obligées de faire les auvrages.quLleurisont donnez, avec grande fidélité trt diligence ; si est-ce que pour éviter toutes sortes d'emprossemenSj et laisser aux Sœurs la liberté de s'appliquer à Toraisot intérieure, et ne point suîîoquer l'esprit de dévotion par une .trop grande. contrainte de s'employer aux ouvrages, la Supérieure ne prefigera point .aucun terme .aux Sœurs, dans

lequel leurs ouvrag«^s soient achevez; alns laissera cela à leur diligence et soupplesse spirituelle, cle laquelle pourtant, en cas qu'elle les vid négligentes et paresseuses, elle les advertira, ou fera advertir.

De la façon de parler avec les cstrangers.

Quand 31 est requis que les Sœurs parlent à ceux de dehors la Maison, on observera que celle qui doit parler, soit assistée d'une autre qui puisse oûyr ce qui se dira , sinon que pour quelque respect , la Supérieure trouve bon que la Sœur qui parle soitveûe et non oûye par celle qui l'assistera : laquelle en ce cas se retirera à part, faisant quelque ouvrage, ou si c'est jour de Feste , lisant quelque livre , ou faisant quelque oraison : et cependant prendra garde aux paroles (si elle doit oûyr) et aux contenances de la Sœur, afin d'en rendre compte à la Supérieure.

Au reste, les Sœurs prendront garde de n'oûyr ni dire des paroles inutiles, coupant court en toute sorte de devis, si ce n'est en ceux qui regardent le bien spirituel.

Elles tiendront le voile baissé devant les hommes, sinon que la Supérieure les en dispense.

On donnera plus aisément dispense aux Notices de parler à leurs pères et mères, frères et sœurs, oncles et tantes, et mesme à visage découvert; comme au contraire, on les exemptera, tant qu'il se pourra bonnementiaire, de parler à

tous autres.

Les Sœurs ne toucheront point la grille en parlant ; ains s'en tiendront un peu esloignées, si elles n'ont permission de faire autrement. '

Du manger et boire

On pourra demeurer une heure entière à table, s'il est expédient, afin que celles qui mangent lentement, prennent leur réfection à loisir : et cependant celles qui auront plus tost achevé leur repas , t^.emeureront attentives à la lecture , sans sortir de leurs places avant grâces , sinon que quelque grande et urgente nécessité le requist.

iViicune ne boira ny mangera hors le repas sans congé, lequel elles demanderont avec confiance ; ce qu'elles observeront en toutes autres occurrences, esquelles elles croiront d'avoir quelque nécessité.

Chaque Sœur lira sa semaine à table en son rang , et tour à tour, hormis la Supérieure, sauf si quelqu'une pour avoir la voix foible , ou pour ne sçavoir pas convenablement lire, doive estre pour cela exceptée.

Or la lecture se fera clairement, distinctement, et avec des justes pauses, de période en période. Et pour le mieux faire, celle qui aura cette charge fera fort bien de prévoir ce qu'elle aura à lire.

On commencera la lecture par un chapitre des Constitutions, hormis le Yendredy qu'on lira les Règles tout au long du disner.

La Supérieure dira le Benedicite, et les grâces des Clercs à droite voix , et ce dans le Befectoire , et pour la première table. Mais quant à la seconde, on ne dira que le petit Bénédicité, et les petites grâces : d'autant que la bénédiction de la première table s'estend encore à la seconde en laquelle aussi il suffira de lire un quart d'heure.

Outre les jeusnes commandez par la sainte Eglise , les Sœurs jeusneront les veilles de la Trinité, Pentecoste, Ascension, Feste-Dieu, des Festes de Nostre-Dame, de saint

Augustin , et tous les Vendredis dés la Feste de saint Michel jusques à Pasques, sinon qu'en iceux escheust quelque Feste ie commandement : car en ce cas le jeusne se remettra Samedy, auquel si encore il y avoit Feste, le jeusne se laissé.

Es autres Vendredis de l'année se fera une simple abstinence au souper, laquelle consiste à ne manger qu'une sorte d'apprest avec le pain.

Des habits et licts.

Elles s'habilleront de noir le plus simplement qu'il se pourra, tant en la matière qu'en la forme, ainsi qu'elles sont maintenant. Les robbes seront faictes à sac, assez amples néanmoins, pour %ire des plis estant ceintes , les manches longues jusques a l'extrémité des doigts , et assez larges pour pouvoir tenir dans icelles les mains et les bras cachez, et repliez l'un sur l'autre.

Le voile sera d'estamine noire, sans aucune doublure du moins d'autre couleur, et pendra par derrière jusques à demy-pied, un peu plus bas que la ceinture , le bandeau du front noir ; la barbette, de toile blanche médiocre sans plis, et ne porteront ny attifets, ny empoy, ny chose quelconque, qui ne ressente entièrement la simplicité Religieuse , et le mespris du monde.

Tant que faire se pourra, les Sœurs auront chacune sa petite chambre, et du moins elles coucheront seules une chacune en son lict.

Les licts seront de matelats, le chevet toutefois pourra estre de plume, et entouré de futaine blanche, et l'esté elles pourront, si elles veulent, le retrousser pour prendre l'air.

vu. 34

CONSTITUTION XVIiï, De roflice.

Elles diront l'Office au Chœur, selon qu'il est marqué au Directoire ^ prononçant nettement et distinctement les paroles, observant les pauses, médiations, accens, modérant et adjustant leurs voix les unes aux autres, et composant leur maintien le plus dévotement qu'elles pourront.

Elles seront promptes au premier son de la cloche pour aller au Chœur, où elles s'achemineront avec gravité et révérence; et y estant, après avoir fait la génuflexion et adoration devant le saint Sacrement , elles prendront leurs places paisiblement et sans faire bruit, et n'y parleront jamais les unes avec les autres, sinon pour des choses urgentes , et lors elles parleront fort bas et en peu de mots : et ne sortiront que pour des causes tres-pressantes, et l'Office fait, aucune ne se remuera que le signe ne soi '.donné pour s'en aller.

Si quelqu'une fait quelque faute qui se puisse reparer, celles qui s'en appercevront, la repareront doucement, et s'il se peut, insensiblement : comme par exemple, si celles qui commencent les Psalmes avoient pris l'un pour l'autre, les autres qui s'en apperçoivent, sans faire semblant de rien,, reprendront le P^alme laissé , le poursuivant sans empressement. Mais celle qui aura fait quelque faute notable, demandera par après pardon à la Supérieure , en esprit d'humilité et de submission. Or parce que les esprits humains prennent bien souvent des secrettes complaisances en leurs propres inventions, mesme quand c'est sous prétexte de dévotion ou accroissement de pieté, et que neanlmoins il arrive quelquefois que lasmultitude des Offices empesche l'attention, gayeté et révérence avec laquelle on les doit faire : il ne sera point loisible à la Congrégation, sous quelque prétexte que ce

soit , de se charger d'autres Offices , ou prières ordinaires, qne de celles qui sont marquées en ces Constitutions et Directoire ; car ainsi elle aura plus de moyen et de sujet de dire et chanter l'Office, avec la gravité et le respect qu'elle y observe maintenant,

Du Confesseur ordinaire.

En toutes les occurrences esquelles il sera nécessaire ou •expédient de faire élection d'un Confesseur ordinaire , le Père spirituel, avec la Supérieure, et les Sœurs Conseillères, conféreront soigneusement ensemble des qualitez et coiidi- Ttions des Eccbsiastiques, qu'on pensera pouvoir prendre ^ette charge tant importante : puis toutes choses bien considérées, le Père spirituel et la Supérieure choisiront celuy qu'en bonne conscience ils jugeront plus propre à cela.

Or faut-il qu'il soit homme de doctrine, de prudence, et ide vie irrépréhensible , discret , honneste, stable et dévot , et tel que FEvesque, le Père spirituel et la Supérieure se puissent reposer en son soin et en son zèle, en ce qui est requis pour le bon estât de la conscience des Sœurs : car encore «que l'on employé à cela mesme plusieurs autres bons moyens , comme sont les Confessions extraordinaires , et les ^communications avec des personnes spirituelles , et spécialement avec la Supérieure, ainsi qu'il est dit en divers endroits des Constitutions, et notamment au chapitre suivant, SI est-ce que le Confesseur ordinaire a plus de pouvoir pour maintenir les consciences des Sœurs en pureté et sincérité ^ue mil autre , estant comme l'Ange visible député à la conservation des âmes du Monastère, et pour leur advancement au salut éternel.

Et de Biesme , s'il arrivoit qu'il fallu st en démettre un ,pour quelque occasion, la Supérieure et les Sœurs Coad-»

iutnces en conféreront avec le Père spirituel ; et la Conférence estant faite, le Père spirituel et la Supérieure se résoudront, et tant pour l'eslection comme pour la déposition, on rapportera à l'Evesque, ou à son Vicaire gênerai, ce qui aura esté fait, affin qu'il l'appreuve ; et qu'en cas que le Père spirituel et la Supérieure ne fussent pas de mesme avis, il determinast l'élection ou la déposition par son authorité.

Le Confesseur ordinaire devant estre si bien qualifié, le Père spirituel lu y pourra laisser toute la charge des affaires spirituelles ordinaires du Monastère , otiy mesme d'octroyer les congez par escrit, pour faire entrer selon les Constitutions les Charpentiers, Maçons, Laboureurs, Médecins, Chirurgiens, et autres personnes dont les entrées sont fort souvent requises , afïîn que les Pères spirituels soient tant moins importunez et incommodez , et qu'on n'ait recours à eux que pour les choses de grande considération ; comme aussi pour les choses temporelles, oii la présence du Père spirituel seroit requise , le Confesseur ordinaire pourroit tenir sa place quand il luy semblera à propos , et à la Supérieure. Il prendra encore de l'Evesque l'authorité pour donner les dispenses de travailler, ou faire travailler, es jours de Pestes, quand il jugera qu'il soit requis, et de dispenser pour l'usage des viandes prohibées en Caresme, jours dejeusne. Vendredis et Samedis, quand la Supérieure jugera qu'il en soit besoin par l'advis des Médecins.

Quand les Sœurs et la Supérieure mesme lui parleront, elles l'appelleront, ou Monsieur, ou mon Père, et luy porteront une grande et sainte révérence, comme à celuy duquel Dieu se sert pour leur distribuer ses grâces et miséricordes es tres-saints Sacremens. Il prendra un soin particulier, à ce que ny par l'imposition des pénitences extraordinaires, ny par les conseils et advis qu'il donnera en Confession, rien ne 5e fasse qui puisse troubler l'ordre et le train du Monastère^

aTifant que foire se pourra, et mesme affin qu'oii ne s'apperçoive de Testât des consciences des Sœurs qui se sont confessées. ■ Et finalement comme les Sœurs le doivent grandement respecter, ainsi qu'il a esté dit, de mesme doit-il aussi traiter avec révérence envers elles, les considérant comme Espouses sacrées du Fils de Dieu. ]

Des Confessions extraordinaires.

Quatre fois l'année, environ de trois mois en trois mois, la Supérieure demandera à l'Evesque, ou au Père spirituel, un Confesseur extraordinaire, homme bien conditionné, auquel toutes les Sœurs et elle aussi se confesseront : or ledit Confesseur prendra garde, tout de mesme que l'ordinaire, de ne point imposer de pénitences, ny donner aucun advis qui puisse contrarier à l'ordre , .ou à l'esprit de cet Institut , comme seroit s'il leur imposoit, ou qu'il leur conseillast de demeurer en prière pendant les assemblées, de se lever avant Theure, ou de veiller, et demeurer en quelque exercice après l'heure ordinaire de la retraitte, ou de ne point se recréer au temps des récréations, ou de jeusner plus souvent <jue les autres, ou de caresmer es tems esquels la Congrégation ne caresme pas.

l't outre cela, quand quelqu'une désirera de se confesser, ou conférer de sa conscience avec quelque personne bien recniaH' é, et de bonne condition, la Supérieure le permet! a xolonti'u^s , sans s'enquérir du suji^t pour lequel telle conlert i.ce ou Confessi n est demandée. Mais pourtant si la Si'peiieure voyoit quel(jue Sœur requérir souvent telles conieicnces, ou Confessions, spécialement si c'est avec un mesme Confesseur, elle en advertira le Père spirituel , pour avec son advis pourvoir dextrement à ce que la sainte liberté

534 CGNSTÎTUTTONS.

de la Confession et conférence ordonnée pour le bien et la plus grande pureté, consolation et tranquillité des âmes, n& soit convertie en détraquement de cœur, inquiétude d'esprit , curiosité , bigearrerie , mélancolie , pour nourrir quelque tentation secrette de présomption, ou d'aversion au Confesseur ordinaire , ou enfin la singularité et vaine inclination aux personnes.

En cas que quelque personnage de qualité passast, de la conférence duquel la Supérieure cogneust que les Sœurs pourroient tirer de Tedification , elle pourra , si bon luy semble, le faire inviter à cela, et permettre aux Sœurs de luy parler ou en Confession, ou autrement.

De la Communion.

Le sacré Concile de Trente a déclaré : Qu'il desireroit qu'il y eust tousjours des communians à chaque Messe ; en suitte de quoy, et pour seconder, entant qu'il se peut , cette sainte inclination de l'Eglise, on distribuera en sorte le bénéfice de la Communion entre les Sœurs, que tour à tour il s'en communie trois ^ tous les jours.

Outre cela , toutes communieront les Dimanches et Pestes de commandement, et le jour de Jeudy, sinon quand il y aura quelque Feste le Mercredy ou le Vendredy. Que si quelques-unes désirent de communier hors Cv;s jours-là, elles ne le pourront faire sans l'advis du Confesseur, et l'aulhorité de la Supérieure.

Et quant aux malades qui ne pourront bonnement venir au Chœur, on leur portera la tres-sainte Communion tous les huict jours, si la qualité de leur mal le leur permet.

i Ce mol trois se trouve omis dans la copie manuscrite, n» 2471, de la Bibliothèque impériala, ;

De l'Humilité.

L'humilité est l'abrégé de toute la discipline religieuse, le fondement de l'édifice spirituel , et le vray caractère et marque infaillible des enfans de Jesus-Christ. C'est pourquoy les Sœurs auront une attention particulière à la pratique de cette vertu, faisant toutes choses en esprit de profonde, sincère, et franche humilité.

Elles se porteront donc un grand honneur cordial les unes aux autres, non tant en gestes, contenances et paroles, comme en vérité et effect.

La Supérieure tiendra partout le premier rang, et l'Assistante le second, comme Vicaire de la Supérieure ; mais elles ne laisseront pas pour cela de s'exercer aux offices de l'humilité, comme de ballier, laver les escuelles, nettoyer les malades une chacune à son tour. Et quant au reste des Sœurs, quelques offices qu'elles ayent, elles ne tiendront aucun rang, sinon en ce qui regarde leurs charges; ains elles les changeront au bout de l'année, selon le nombre qui leur escherra es billets des Saints , hormis celle qui sera déposée de la Supériorité, laquelle pour une année ira toute la dernière, quoy que la Supérieure la puisse employer à se conseiller , et qu'en toutes autres occurrences on luy doive ^u respect.

Le tiltre de Dame , et Madame , ny celny de vostre Reve^ Tence , ne sc^ont point donnez à aucune des Sœurs , ny à la Supérieure ; ains seulement celuy de ma Mère pour la ■^Suporieure, pendant sa Supériorité, et de ma Sœur pour les autres : comme aussi elles useront des tiltres de vostre charité, vostre dilection, les unes envers les autres.

Les jeunes honoreront les vieilles d'à âge , encore qu'elles fussent nouvellement venues à la Congrégation j et toutes

avec une noble, généreuse, et cordiale humilité, se préviendront mutuellement en honneur et respect, comme TApostre l'ordonne.

Elles useront encore de respect envers toutes les personnes, mesmes séculières, et les nommeront tousjours honorablement, une chacune selon sa qualité, sans en mespriser aucune , pour pauvre , vile et abjecte qu'elle soit.

CONSTITUTION XXIII, De la Modestie.

Que les Sœurs en toutes leurs actions, observent une grande simplicité , modestie et tranquillité , fuyant le faste et appareil des contenances mondaines et affectées ; Que leui parole soit humble et basse, les yeux doux et serains, et pour l'ordinaire baissez , spécialement au Chœur, au Réfectoire, au Chapitre, et quand elles paroissent devant les séculiers.

Elle éviteront , tant qu'il leur sera possible , toutes sortes de gestes qui sentent la légèreté, sur tout estant au parloir, gardant une humble et douce gravité , sans familiariser avec ceux qui leur parleront.

Qu'elles soient humbles, douces, cordiales et franches entre elles, se respectant amiablement, et s'entre-saluant par l'inclination de la teste lors qu'elles se rencontreront, sans pourtant s'arrester les unes avec les autres en devis, ne parlant que pour choses nécessaires, sinon lors qu'il leur sera permis.

Qu'elles n'usent d'aucunes caresses les unes envers les autres , qui puissent tant soit peu causer aucune imagination badine et folastre , ou produire aucun amusement sensuel, si expressément défendu en la Règle, et mesme quand quelquefois elles s'entredonneront le baiser de paix , comme au jour de la réception de l'habit, à la profession, et au r^nou-

vellement û^eneraî, que ce soit seuleiiK^ntà la jolie , et non à la bouche , et que cela se fasse fort simplement, selon Tordre que l'on se trouvera au Chœur à la fin de tout FOifice, après la Messe.

Qu'elles ne contestent point, non pas mesme en choses le* gères. Qu'elles gardent la netteté en Thonnesteté de la bienséance religieuse en leurs habits , sans aucune affectation ny curiosité.

Estant ad ver ties en Chapitre, ou au Réfectoire, de leurs défauts, elles recevront avec humilité Fadvertissement, sans réplique ny excuse : ny n'en parleront point hors de là, ny d'aucune autre chose qui s'y fasse ou dise; ains garderont la révérence deuë à toutes telles actions , mortifications et humiliations, non seulement faites de leur propre mouvement, mais beaucoup plus lors qu'elles sont enjoinctes, ou qu'elles leur sont faites par la Supérieure, regardant avec estime tous ces moyens comme inspirez de Dieu pour leur advancement.

Quand on fera la correction à quelque Sœur, ou que l'on €n mortifiera en présence des autres, nulle n'entreprendra de la défendre ny excuser. Mais si quelqu'une sçait quelque chose en faveur de son innocence , elle pourra en particulier le dire à la Supérieure, avec humilité et modestie.

Nul ne présumera d'aller au parloir, ou tournoir, ny ailleurs, pour parler aux estiaugers, ny escouter ceux qui parlent , ny demander à la Portière, ou quelqu'autre qui y aura esté, ny que c'est que l'on y a dit.

Elles ne parleront aucunement à ceux de dehors, de ce qui fie fait en la maison , sinon que ce fust quelque chose qui peust servir d'édification.

Elles n'entreront point es chambres les unes des autres sans congé , et sans advertir celle qui est dedans, heurtant premièrement à la porte , et attendant qu'elle die : Au nom de Dieu.

538 €GNSTITUTIONS.

Et tandis qu'elles seront plusieurs en une chambre, faute de logis , elles ne remueront point les besongnes les unes des autres.

Elles n'entreront point dans les chambres des offices les unes des autres sans congé , et n'y prendront rien qu'elles n'en advertissent la Sœur qui en a la charge , et par après auront soin de le rapporter en temps convenable.

Du Compte de tous les mois.

Tous les mois les Sœurs découvriront leur cœur sommairement et briefvement à la Supérieure, et en toute simplicité et fidelle confiance, luy en feront voir tous les replis, avec la mesme sincérité et candeur, qu'un enfant monstreroit à sa mère ses esgratigneures, ses frondes, ou les picqueures que les guespes luy auroient faictes : et par ce moyen rendront compte, tant de leur advancement et progrès, que de leurs pertes et défauts es exercices de l'oraison , des vertus , et de la vie spirituelle : manifestant encore leurs tentations et peines intérieures, et non seulement pour se consoler, mais aussi pour se fortifier et humilier. Bien-heureuses seront celles qui pratiqueront naïfvement et dévotement cet article, qui enseigne une partie de la sacrée enfance spirituelle, que nostre Seigneur a tant recommandée, de laquelle provient, et par laquelle est conservée la vraye tranquilliîé de l'esprit. Le premier jour de Communion de chaque mois, une chacune fera à part soy le renouvellement de sa profession, à la fin d(\ l'oraison du matin : et à cet effet chaque Sœur aura en escrit la forme de sa profession , signée de sa main , qu'elle lira alors.

La veille du renouvellement de chaque mois, l'on advertira les Sœurs, en donnant l'obédience à midy, de se préparer pour faire cette action avec le plus de soin et de devotiou

CONSTITUTÎONS. 53^'

que faire se pourra , comme aussi une cliacune lira les Constitutions et Directoires particuliers qui regardent son office ou condition tous les mois , avec pareille dévotion que si alors ils leur estoient donnez nouvellement. Et Dieu leur donnera tousjours des nouvelles lumières par la lecture d^icelles.

De la Correction.

Quand quelqu'une fera quelque faute légère, les autres ne la reprendront point ; mais en cas qu'elle continuast, elles en advertiront la Supérieure, afin qu'elle y mette ordre. Que si la faute estoit d'importance et secrette, celle qui Faura apperceuë fera doucement et amiablement la correction fraternelle, selon l'Evangile, jusques à trois fois ; après quoy si la défaillante persévère à ses fautes, elle sera déférée à la seule Supérieure , afin que par tous les moyens possibles, elle y remédie ; mais si la faute n'est pas secrette, elle en advertira la Supérieure d'abord.

Et en cas que la faute qui est découverte, pour le scandale, conséquence et nuisance qu'elle tire après soy, semblast devoir estre promptement manifestée à la Supérieure, celle qui l'aura veuë ou sceuë , prendra l'advis de la Supérieure mesme, ou du Père spirituel, sans nommer, ny faire cognoistre celle qui sera coupable , sinon après qu^elle aura esté conseillée de la nommer.

Afin que l'amendement se fasse plus grand en la Congre* gation , la veille de la Circoncision , après que l'on aura tiré les Saincts, l'Assistante priera la Supérieure au nom de toutes les Sœurs, de donner à chacune une ayde, et la Supérieure la baillera, leur enjoignant d'avoir soin particulier de s'exciter réciproquement à l'amour de Dieu, à se corriger de leurs défauts, en esprit de douceur et de charité; faire en sorte que ce soit sans aucune autre particularité ensemble, et lors.

540 CONSTTTtîTiONS

elles se prieront Tune Faiitre de faire soigneusement cet office réciproque, lequel par après elles pratiqueront fidelletnent, sans monstrer aucune sorte de degoust ou de défiance, se gardant neantmoins de mesler en leurs corrections la censure ou murmuration pour les imperfections d'anitruy.

Et parce que la constume est , que non seulement les surveillantes, mais aussi les autres Sœurs , fassent les adverîissemens au Refectoir, après grades, des fautes qu'elles auront remarquées, ce qui est de très-grand profit, elle sera garJée et observée inviolableraent , comme aussi celle de dire les coulpes, et faire les mortifications devant le Benedicite,

Du Chapitre.

Le Samedy, toutes les Sœurs , sans qu'aucune s'en puisse excuser, si ce n'est pour cause extrêmement grande, tant les Professes , que les Novices , et les Sœurs du raesnage , s'assembleront au Chapitre : et après avoir dit le Veiii sancte Spiritus, la Supérieure dira tout ce qu'il luy semblera devoir estre dit pour le bien spirituel de la Congrégation. Que si quelqu'une des Sœurs avoit quelque chose à proposer sur ce sujet mesme, elle le dira auparavant à la Supérieure, laquelle, pour ayder sa mémoire, fera une petite liste de tout ce qu'elle aura à déduire, si bon luy semble.

Apres cela, celles qui voudront, diront leurs coulpes pour plus grande humilité, et on les corrigera doucement et amiablement, sans toutesfois atténuer leur fautes.

Que s'il n'y a autre chose à dire, la Supérieure lira, ou fera lire au Chapitre quelque advis tiré de quelque livre dévot, ou un article de la Règle. Et attendu qu'en toute assemblée faite au nom de Dieu , il se treuve au milieu , les Sceurs doivent assister en celle-cy , qui est vrayement faicte en ce tres-saint Nom, avec grande révérence, dévotion et

Attention , s'imagînant de voir nostre Seigneur au milieu d'elles, par l'ordonnance et inspiration duquel leur sont dites plusieurs choses pour leur perfection.

De la réception et distribution des moyens de la Maison.

Les denrées seront receuës par l'Œconome , qui rendra compte de mois en mois à la Superit me, en présence de la Portière , et d'une des Surveillantes ; mais l'argent sera déposé er un coffre à trois clefs, dont une sera gardée par la Supérieure, l'autre par la Portière, et la troisième par l'Œconome, et sera tenu roolle des sommes qu'on recevra, avec les particularitez du jour, et des personnes qui les délivreront, et les causes pourquoy.

Lors que par le commandement de la Supérieure , on prendra ce qui sera requis pour les nécessitez de la Maison et des Sœurs, l'on fera un autre roolle qui contiendra les sommes tirées, escrit de la main de l'une de celles qui garderont les clefs, et les causes pourquoy elles ont esté tirées : et sera signé de la main de la Supérieure, et de l'autre qui garde les clefs, afin qu'au bout de chaque année, un peu avant Noël, toutes les Officieres ensemble avec la Supérieure, fassent sommairement un estât de tout ce qui s'est passé au maniement extérieur de la Maison : lequel estât sera représenté au Supérieur en la visite.

Et quant à la despence journalière, l'Œconome en aura le soin, faisant faire les emploites requises par l'une des Sœurs tourieres.

Du Père spirituel de la Maison.

La Congrégation demeurera sous l'authorité ordinaire de l'Evesque, ainsi que la Règle le porte, auquel elle deman-

clera va Père spirituel, qui de la part d'iceluy prendra garde à ce que les Piegles soyent bien observées , et qu'aucun abus ny changement ne sïntroduise : visitera la Maison une fois l'année, oosisté d'un compagnon meur d'aage, discret, et vertueux : se treuvera aux élections de la Supérieure et du Confesseur ordinaire : signera les causes de sorties extraordinaires des Sœurs, s'il en arrive quelque légitime sujet, £t celles des entrées des hommes et femmes qui y entrent pour quelque service nécessaire, sinon qu'il juge à propos, quant à cet article de l'entrée, d'en laisser la charge au Confesseur ordinaire, ainsi qu'il a esté dit cy dessus. Et à ce Père spirituel, tant la Supérieure, que les autres Sœurs, pourront avoir recours oii il sera besoin d'une spéciale providence.

Mais quant à la visite , il seroît expédient qu'elle se fîst par l'Evesque mesme, avec l'assistance du Père spirituel et du Confesseur ordinaire.

Ce Père donc doit estre homme de grande vertu, et bien recogneu docte, expert, et de grande charité, afin qu'il sçache conduire la Congrégation, sans se lasser de la peine qu'il aura en cette sainte besongne.

Des Officieras de la Maison, premièrement de la Supérieure.

Comme l'ame et le cœur respandent leur assistance, mouvement et action en toutes les parties du corps; aussi la Supérieure doit animer de sa charité, de son soin et de son exemple toute la Congrégation , vivifiant par son zèle toutes les Sœurs qui sont en sa charge , procurant que les Règles soient observées le plus exactement qu'il se pourra, et que la mutuelle charité et sainte amitié fleurisse en la maison • et pour cela elle ouvrira sa poitrine maternelle et amiable à toutes les filles également : afin qu'en toute confiance elles

ayent recouis à elle en leurs doutes , scrupules , difficnltez , troubles et tentations.

Qu'elle observe de tout son pouvoir les Règles et Constitutions, sans qu'elle practique aucune singularité, ny prenne ou reçoive aucun advantage, en habits, viandes, et autres choses, sinon comme les autres, à mesure que la nécessité le requerra.

Elle commandera à une chacune des Sœurs, et à toutes en gênerai , avec des paroles et contenances graves , mais suaves; avec un visage et maintien asseuré, mais doux et humble; et avec un cœur plein d'amour et de désir du profit de celle à qui elle commande.

Elle tiendra les yeux attentifs sur ce petit corps de Congrégation , afin que toutes les parties d'iceluy respirent la paix , la concorde , l'union et le service tres-aymable de Jesus-Christ : et partant lors qu'une fois le m^is les Sœurs luy rendront compte de leurs âmes, elle les examinera, s'enquerant discrettement de Testât présent de leur esprit, pour par après les ayder, exciter,, corriger, ou soulager.

Elle pourvoira avec un soin particulier à la nécessité des malades, et les servira fort souvent de ses propres mains es maladies de conséquence.

Elle eslevera avec un amour paternel les Sœurs qui, comme petits enfans, seront encore foibles en la dévotion, se resouvenant de ce que dit saint Bernard à ceux qui servent les âmes : La charge des âmes, dit-il, n'est pas des âmes fortes, mais des infirmes : car si quelqu'un te secourt plus qu'il n'est secouru de toy, reconnoy que tu es non son père mais son pair. Les justes et parfaits n'ont point besoin d Supérieur et Conducteur : ils sont eux-mesmes leur loy et leur direction par la grâce de Dieu , et font assez sans qu'on leur commande.

La Supérieure donc doit estre principalement pour les imbecilles et débiles, bien qu'aussi elle ne doive pas aban-

donner les parfaites, afin qu'elles persévèrent sans se relascher.

Et partant qu'elle prenne garde aux nécessitez des Sœurs, selon la sincérité de la dilection Chrestienne, et non selon les inclinations naturelles; et sans avoir esgard à l'extraction ou origine des filles, à la gentilles^ de leurs esprits, bonnes mines, et autres telles conditions attrayantes, et qu'elle ne familiarise pas en telle sorte avec les unes, que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres.

Elle ne reprendra point les fautes qui se commettront sur le champ, devant les autres , ains en particulier avec charité j sinon que la faute fust telle , que pour l'édification de celles qui l'auront veu faire, elle requière un prompt ressentiment, lequel en ce cas-îà elle fera en telle sorte, que blasmant le défaut, elle soulage la défaillante, taschant d'estre vrayement re^loutée , mais pourtant beaucoup plus aymée , comme dit 'a «ainte Règle.

Qu'elle ne concède point aisément à pas une l'usage des Sacremens, plus fréquent que celuy qui est porté par les Constitutions, de peur qu'en lieu d'une amoureuse et respectueuse Communion , il ne s'en fasse plusieurs par imitation, jalousie, propre estime et vanité.

Qu'elle ait un grand soin de faire continuer toute la Congrégation à dire FOiBce tres-devotement, et à faire les offices spirituels de l'oraison, méditation, examen de conscience, préparation du matin , oraisons jaculatoires , lectures , et continuelle présence de Dieu : comme aussi elle tienne la main que toutes lesOfficieres ayent un Directoire particulier de toutes les choses qu'elles doivent observer en leurs charges.

Elle aura un soin très-particulier, que les filles et femmes ne soient jamais reçeuës en la Congrégation , que leur vocation ne soit bien espreuvée : et qu'aucun respect humain n'entre point en la considération de leur réception, ains la seule inspiration. Et partant que l'on les fasse arrester quel-

ques semaines en la Maison avant que de leur donner Thabit du Noviciat, afin qu'elles soient considérées à loisir, en leur humeurs, inclinations et deportemens.

Qu'elle procure que le Père spirituel allant dehors, laisse sa charpie entre les mains d'un autre bien qualifié.

Qu'elle ait un grand soin d'empescher que rien ne soit en la Maison , et ne s'y fasse , qui ne soit conforme à la sainte pudicité et pureté , à la parfaite pauvreté , et à l'exacte Dbeyssance : et partant si quelque Sœur avoit un peu trop d'inclination à converser avec les séculiers, quoy qu'ils fussent de profession Ecclésiastique ou Religieuse, ou proches parens, qu'elle luy en retran(;he toutes les commoditez. Et quant aux conseils spirituels, ou communications de conscience, comme la Supérieure le doit librement permettre, aussi doit-elle faire que ce soit avec des personnes dignes d'estre employées à cet office Angélique, avec le soin cydessus mentionné.

Que jamais on ne fasse aucun procès, sans premièrement faire rechercher la partie d'en venir à la voye amiable, dont on puisse prendre acte ; et que l'on prenne l'advis du P."ro spirituel et de quelques-uns des principaux amis de la Maison, et des mieux entendus, lesquels conseillans d'entrer en procès, la Congrégation se tiendra grandement sur ses gardes, à ce que rien ne se passe de son costé avec injustice, par animosité, contention et passion, riy en paroles, ny en -escritures, ny en œuvres. Et en cas de perte de procès, c[ue la Supérieure et toute la Congrégation s'abstienne de toutes jnurmurations, jugemens téméraires, et paroles picquantes, soit contre le Juge, soit contre les parties.

Qu'elle ne change ny innove rien. Que si elle a besoin elle-mesme d'estre dispensée de la Règle, elle le pourra faire de sa propre authorité, après en avoir conféré avec sa Coadjutrice : sinon en chose de conséquence, qu'elle recourra au Père spirituel, ou àl'Evesque. Qu'au demeurant elle reçoive VII. 35 *

si humblement et doucement les au vis et remontrances qui luy seront données, que les Sœurs puissent avoir une jnste confiance et liberté de l'advertir, ou faire advertir es occurrences, selon qu'il sera dit cy après.

Eu somme la Supérieure se doit tenir si bien auprès de Dieu, qu'elle soit le miroûei- et le patron de toute vertu parmy les Sœurs, €t qu'elle puisse puiser dans le sein du Sauveur la force et la lumière dont elle a besoin.

De la manière que la Supérieure doit tenir pour les affaires.

La Supérieure estant esleuë , avant toutes autres choses doit choisir quatre Sœurs , qu'elle jugera plus propres pour luy donner conseil es occurrences, avec lesquelles elle conférera pour Tordinaire de quinze jours en quinze jours, des affaires tant spirituelles que temporelles de la Maison, sans (outesfois leur communiquer aucunement Testât des âmes, qu elle aura appris par la reddition des comptes qu'en font les Sœurs tous les mois.

Outre cela, comme la Supérieure doit avec une modeste et prudente liberté ordonner, commander et dispenser selon la Règle et les Constitutions, et selon qu'elle jugera €stré expédient es occurrences communes et ordinaires; aussi es diihciles et importantes, elle doit prendre l'advis desdites Sœurs ; et si la chose le mérite , elle en doit encore conférer, avec le Père spirituel, ou mesme avec FEvesque.

Or il ne s'ensuit p.^s pourtant que la Supérieure doive lousjours suivre le conseil desdit^s Sœurs ; ains suffit qu'elle l'entende, pour mieux se résoudre elle-mesme à ce que,] selon Dieu, elle estimera estre plus convenable, après avoir bien considéré et pesé ce que lesdites Sœurs auront allégué etremonstré. Et neantm^oins, bien qu'elle ne soit pas obligée de suivre le conseil , si est-ee qu'elle doit l'escouter avea

tranquillité et suavité, sans tesrnoigner aucun mespris ny dédain , afin de laisser la liberté et contîance aux Sœurs de dire ce qui leur semblera bon.

Mais il y a des occurrences , esquelles selon les Canons et coustnmes générales des Monastères de filles et femmes, il faut otiyr et suivre la pluralité des voix de tout le Chapitre des Sœurs; comme s'il faut pour quelque raison aliéner et changer, ou abbreger les biens du Monastère, recevoir une iilîe au Noviciat, ou à la profession, eslire la Supérieure, rejetter une Sœur, demander un Père spirituel, et s'il se trouve d'autres occasions esquelles le Père spirituel et la Supérieure trouvent estre expédient que les choses passent en Chapitre.

Or en toutes occurrences esquelles le Père spirituel et la Supérieure ne se ti'euveront pas de mesme advis, on recourra à rEvesque,,ou à son Vicaire gênerai , qui marquera ce qui devra estre suivy et déterminé.

Des Sœurs bhoisies ponr conseiller la Snpérieure, et qtii pour cela sont

appèllées ses Goadjutrices.

Les quatre Sœurs choisies pour conseiller la Supérieure, demanderont souvent l'assistance du saint Esprit pour bieir exercer leurs charges, tascheront de ne .jamais se laisser préoccuper de leurs humeurs, inclinations, ou aversions, en ce qui regarde les délibérations qu'on doit prendre : r.ins avec une intention pure et simple, donneront sainctement leur advis, sans estriver, ny disputer ensemble, et sans mespriser et avilir l'advis les unes des autres, quel qu'il soit. Et s'il faut répliquer, que cela se fasse suavement avec toute modestie.

Apres la consultation, qu'elles se soumettent au jugement de la Supérieure, luy laissant prendre telle resolution qu'elle

548 CON'îT^TT-TTONS.

treuvera plus à propos, sans iiuirmurer , ny révéler aux autres Sœurs ce qui aura esté dit.

Que si neantmoins lesdites Sœurs voyoient que la Supérieure se rpsolust à quelque chose notablement dangereuse, ou manifestement pernicieuse, elles en advertiront le Père spirituel, ou mesme l'Evesque, le plus discrettement qu'elles pourront, afin qu'il y remédie. Au demeurant, elles doivent estre les plus humbles, sousmises et obeyssantes de toutes à la Supérieure.

De l'Assistante.

En toutes les occasions esquelles la Supérieure ne pourra pas estre présente , l'Assistante tiendra le pouvoir et le lieu d'icelle, hormis au Chœur, où elle se tiendra en sa place, qui sera tousjours la première et la plus honorable après celle de la Supérieure : et par conséquent elle sera soigneuse de se trouver par tout oii les Sœurs seront assemblées , pour les tenir en respect et faire observer la Règle. Elle aura le soin particulier de la direction des offices du Chœur, duquel elle départira les charges es Samedis et veilles des Pestes esquelles on change l'Office, et ce après la récréation du disner : prenant garde que les pauses, méditations, prononciations, cérémonies, gravité et révérence, soient dévotement observées. Que si quelque Sœur y commet des manquemens, elle en advertira au Chapitre, afin qu'il y soit remédié • mais si ce sont des manquemens réparables, comme de prendre un Psalme pour un autre, ou un ton trop haut, ou trop bas, ou semblables accidens, elle les reparera sur le champ, le plus insensiblement que faire se pourra.

Elle prendra garde qu'on ne reçoive en la Maison aucun livre, que par la permission du Père spirituel, ou du Confesseur ordinaire, si ce sont des livres nouveaux.

Elle donnera ordre aux lectures, et pour cela aura les

CON'STTTT TîONS, 549

livres en charge , qu'elle tiendra en bon ordre , et les distribuera selon que la Supérieure luy dira, quant aux Sœurs Professes : mais quant aux Novices, selon que la Directrice ordonnera. /

Elle députera toutes les semaines les lectures, tant pour la première que pour la seconde table, et corrigera les défauts de celles qui liront, si elles lisent trop précipitamment ou qu'elles ne prononcent pas bien , ou qu'elles fassent quelqu'autre manquement : mais elle fera elle-mesme la lecture qui se fait le soir, pour la méditation du lendemain, ou bien la fera faire par quelque Sœur qui lise et bien clairement.

Elle aura un particulier soin du zèle de la Règle , et advertira la Supérieure du manquement qui y surviendra, et aura mémoire que comme Lieutenante de la Supérieure, elle doit en tout et par tout conspirer avec elle, pour le bon estât de la Maison, et advancement des Sœurs en la perfection ; suivant au plus près qu'il luy sera possible, non seulement les ordonnsBces, mais encore les intentions de la Supérieure.

S'il se présente quelque affaire duquel on ne puisse différer la resolution , lors que la Supérieure , empeschée de maladie, ou autrement, n'y pourra pas pourvoir, elle s'en résoudra elle-mesme, avec l'advis des Sœurs que la Supérieure employé pour se conseiller, en advertissant par après la Supérieure, sitost qu'il se pourra bonnement faire.

Elle prendra garde si toutes les Sœurs vont aux exercices spirituels, et si elles observent le bon ordre requis allant à la Confession et Communion.

Elle visitera au soir les portes qui ont leurs issues hors de la Maison , pour voir si elles sont bien fermées : et visitera aussi les Sœurs un quart d'heure après qu'elles seront retirées, pour voir si elles sont couchées, et si elles ont esteint leurs lampes ; et s'en treuvant qui y ayent manqué , elle eu advertira la Supérieure.

:S50 C0NST1TU110;N3.

CONSTITUTIOxX XXXIII.

De la Directrice.

De la bonne nourriture et direclion des Novices, dépend la conservation et le bonheur de la CongrcL^ation : et partant la Directrice qui en doit avoir soin, ne doit pas seulement estre discreite, douce et dévote : mais elle doit eslre la douceur, sagesse et dévotion inesme , pour, avec un autour plus que maternel, eslever ses Novices de degré en degré à la perfection Religieuse, comme des futures Espouses du Fils de Dieu.

Or ce qu'elle tascliera le plus de leur faire concevoir et bien entendre , c'est principalement l'intention qu'elles doivent avoir eu en l'élection qu'elles ont faite d'abandonner le monde, pour se retirer au Monastère, qui est afin de ..s'unir plus parfaitement à Dieu , mortifiant leurs sens exteiprii'urs, et encore plus leurs passions intérieures^ pour rap- -:pi;ler toutes leurs forces au service de l'Espoux céleste, par une chasteté toute pure, une pauvreté despoûillée de toutes choses, et par une obeyssance establie en une parfaite abnégation de sa propre volonté; et qu'en somme , cette Congre- •gation est fondée spirituellement sur le Mont de Calvaire, pour le service de Jesus-Chuist cruciiîé, à l'imitation duquel toutes les Soeurs doivent crucifier leurs sens, leurs imaginations, passions, inclinations, aversions et humeurs, pour l'amour du Père céleste.

Elle exercera les Novices , en humiliîé , obeyssance , douceur et mGu"stie ; leur agraudissant le couiage, et arrachant tant que faire se pourra, les niaiseries, tendretez, et fades humeurs, qui ont aecoustumé d'allangourir et affoiblir les esprits, principalement du sexe féminin , alBn que, connue des filles fortes, rllus fassent des œuvres d'une periVictioa t/olide et puitjbuuie.

'.ONSTITCTIONSV 5^ft

Et parce que Tentreprise est grande, elle leur apprendra à ne point se confier en elles - mesmes ; mais à jetter toute leur confiance en Dieu, et en Fiiitercession et protection de la glorieuse Vierge Marie. En suitte de quoy elle les instruira à bien faire Torayson, et méditation, et autres exercices spirituels : comme aussi à se bien confesser briefvement,. distinctement , et cordialement , et à bien employer les Confessions et Communions; à bien lire, prononcer, reciter et chanter rOlFice, avec toutes les contenances et bons maintiens qu'on doit oliserver au Chœur et en toutes autres occurrences.

Et ne fera pas moins en tout ce qui a esté dit pour les Sœurs domestiques et Associées , que pour les autres , en ce que leur capacité pourra porter.

Elle fera que les Novices prennent l'esprit d'un amour tres-afl:ectionné au salut de tout le monde, afin qu'elles prient Dieu pour tous; mais spécialement pour la tressainte Eglise Catholique, et pour tous les Prelafs, et Officiers d'icelle, faisant souvent leurs oraysons et Communions pour l'exaltation de la foy Catholique , pour la conversion des infid^'les et pécheurs, comme aussi pour tous les Princes Ghrestiens, et nommément pour celuy du pais où la congrégation se treuve.

Elle leur annoncera souvent la sincère dilection envers tous les Ordres des Religions qui sont en l'Eglise de Dieu, à fin que non seulement elles prient pour iceux; ains aussi qu'elles apprennent à les estimer et respecter cordialement. Sur tout elle la^chera d'imprimer dans le cœur de ses INovices, que toutes les Sœurs de la Congrégation ne doivent avoir qu'un seul cœur, et qu'une seule ame , avec mémoire continueilequenostre Seigneur, par son inspiration et voca^ lion, et nostre Dame, par une secrette Visitation, de laquelle fille a visité leur cœur, les a jointes et unies ensemble , afïia <[.ie jamais elles ne fjjssent séparées d'amour et de dilectioii'.

^52 CONSTîTTmONS.

ains qu'elles demeurassent en unité d'esprit par le lien de charité, qui est le lien de perfection.

La Directrice doncques doit avoir un esprit humblement généreux, noble et universel, pour conduire les filles à une dévotion non féminine, tendre et molle; mais puissante, courageuse , relevée et universelle : maniant neantmoina différemment les cœurs des Novices, selon la diversité de leur portée, et condition de leur esprit, alFm de les former toutes selon le bon plaisir de celuy au service duquel elles sont dédiées. Que s'il s'en treuve, comme il pourroit arriver^ qui ayent le cœur un peu plus rude, grossier et agreste, mais qui ayent pourtant la volonté bien déterminée à vouloir obeyr et bien faire , donnant espérance de pouvoir estre adoucies et civilisées, elle usera d'un amour tout particulier et généreux, pour avec patience et persévérance bien cultiver et dresser ces plantes ainsi tortues; parce que bien souvent , moyennant la main et le soin du Laboureur, elles portent à la fin des fruits fort délicieux.

Les Novices s'addresseront en toutes leurs nécessitez à la Directrice, laquelle, si ce sont des nécessitez d'importance et de conséquence , en advertira la Supérieure : mais pour les menues et ordinaires nécessitez , ausquelles la Directrice peut pourvoir aisément , elle le fera sans en donner la peine à la Supérieure.

Elle prendra garde à ne point s'amuser aux apparences extérieures des Novices , qui souvent dépendent de la bonne mine et de la composition et du maintien du corps, ou de l'habileté de l'esprit et de la propriété du langage • mais pénétrera, tant qu'il luy sera possible, le fond du cœur et de Famé des filles , afin qu'elle sçache discerner leurs défauts, et de quelle main il les faut conduire.

On la déchargera , tant qu'il sera possible , de toutes les autres atïaires de la Maison , alFm qu'elle puisse tant mieux vacquer à celle-cy qui est si importante.

CONSTITtTTIONS. 553

Elle pourra quelquefois, selon qu'elle le jugera convenable, faire essay de la bonté et douceur des Novices, leur commettant d'instruire les autres à lire, coudre, dire TOffice, selon leurs talens.

Les Mercredys après Prime, elle fera l'assemblée au Noviciat, en forme d'un petit Chapitre, oii les Novices diront leurs coulpes, desquelles elle les corrigera, les instruisant et mortifiant selon les sujets : et consécutivement elle leur dira quelque chose en gênerai, pour leur avancement et profit spirituel, selon qu'elle jugera estre à propos, ou bien elle leur fera seulement faire le choix des vertus, et detestation des vices.

Or bien qu'elle puisse diversifier les exercices spirituels selon les occurrences, elle ne pourra néanmoins en admettre de nouveaux et extraordinaires, sans l'advis du Père spirituel, et de la Supérieure, et qu'elle prenne garde à ce que les Novices ne soient pas chargées d'exercices, soit spirituels, soit temporels.

CONSTITUTION XXXIV, Des Surveillantes.

La Supérieure choisira deux de ses Goadjutrices, ou telles autres des Sœurs que bon luy semblera , qui avec elle prendront garde aux fautes et manquemens particuliers qui se commettent , pour les luy faire sçavoir, et conférer avec elle des remèdes convenables; voire mesme quand la Supérieure l'ordonnera ; elles pourront proposer les fautes et manquemens en plein Chapitre, avec modestie et simplicité ; mais la Supérieure ne fera jamais cela qu'avec meure et grave délibération, et se gardera bien de leur faire proposer publiquement chose qui puisse infamer, sinon qu'elle f ust publique.

Ces deux Sœurs doivent estre grandement unies ensemble, et s'entre-porter au zèle de l'observance des Règles, marchant en esprit d'humilité.

^;^4 CONSTITlTTONSk

Ayant conféré avec la Supeiieiiro (les fautes qu'elles ont recogiiHuës, et proposé leur advis, elles s'arresteront simple- Qient à celuy de la Supérieure, sinon qu'elles veissent en y.eWe une manifeste connivence, qui peust beaucoup nuire à laConi^r^^^ation : car alors elles en pourront conférer avec le Père ^t-jiuel, en toute soumission et révérence.

Jamais elles ne diront rien le ce qui a esté traicté et résolu entre elles et la Supérieure, ou bien mesme au Chapitre , laissant à la Supérieure la poursuite de la correctiun, ainsi qu'elle verra à faire.

. En l'absence de TAssistante et de la Supérieure, la plus ancienne d'entre elles tiendra la place de la Supérieure, et en la place de la plus ancienne l'autre succédera, sinon que la Supérieure en ayt nommé une autre, cela demeurant en sa liberté.

. Et sur tout, qu'elles s'abstiennent de parler des défauts des Sœurs, sinon avec la Supérieure, et en esprit' de charité.

Do l'Ayde de la Su; erieure.

: La Supérieure choisira à son gré une des Sœurs, qui aura charge de l'admonester des fautes qu'elle commeltia, et à laquelle toutes les Sœurs s'addresseront , pour faire faire' la correction par icolhî à la Supérieure, alFin que la Su pe^ rieure qui doit ayder et corriger toutes les autres, ne demeure pas elle seule privée du bien d'estie aydée et corrigée; A ceteffect, elle annoncera en pl«in Chapitre celle qu'elle^ aura choisie pour son Ayde et Correctrice, exhortant pour l'amour de nostre Seigneur toutes les Sœurs, et sur tout celle qu'elle aura choisie, de luy faire sinceieuient et fidèlement, avec toute confiance, cet œuvre de charité.

Or cette Sœur doit tellement exercer sa charge ,. que pour

cela elle ne rahate rien de riionneiir, resp^tot et obeyssauco

•coNSTtTtmoNs^ 555'-

qn-elle doit à la Supérieure, ains taschera de servir en cela mesme d'exemple à toutes les Sœurs.

Elle prendra garde de ne point importuner Fesprit de la Supérieure par de trop fréquentes et inutiles reprehensions, 'COmme elle feroit , si pour des fautes légères , passagères , et qui ne tirent point de conséquence, elle venoit à tous propoi faire des advertissemens.

Jamais elle ne donnera cognoissance à la Supérieure, des Sœurs qui auront prié de l'advertir, ny ne dira non plus aux Sœurs, ny à personne , ce qu'elle aura dit à la Supérieure, ny ce que la Supérieure luy aura respondu ; ains si elle voit la Supérieure se rendre incorrigible en chose de conséquence, elle pourra seulement en conférer avec le Confesseur ordinaire, ou niesme, s'il semble mieux, avec le Père spirituel , qui aussi sera obligé de couvrir si diserettement ce secret, en remédiant au mal, que l'Ayde n'en puisse estre contristée.

Elle aura le sceau pour cacheter toutes les lettres des Sœurs, après que la Supérieure les aura veuës, sans qu'il luy soit loisible à elle de les voir, sinon que la Supérieure luy en donne la charge.

De rCEconome.

Une des Sœurs aura le soin de toute la maison, comme <Bconome générale d'icelle , , laquelle avec une fidélité et allégresse toute particulière, entreprendra cette charge, à l'imitation des sainctes Dames qui suyvoient nostre Seigneur et les Apostres, pour leur administrer les choses requises à leur vie' corporelle, embrassant la diligence et' ferveur de saincte Marthe : mais fu^'^nli son trouble et som empressement.

Elle communiquera donc de temps eu temps, et selon qu(*

g5(^ CONSTITUTIONS*

les occurrences le requerront, de toutes les nécessitez de la Maison avec la Supérieure, pour prendre Tordre et Tinstruction d'icelle.

Elle fera toutes les provisions de la Maison en leur temps et saison, les faisant retirer proprement et en lieu conve* nable, et les visitant comme il convient, affin que rien ne

s'y gaste.

Elle pourvoira que les Officieres ayent tout ce qui leur est nécessaire pour leur charge.

Elle prendra deux fois Tannée avec soy les Surveillantes,, pour visiter soigneusement tous les offices, et tout le reste de la Maison, pour par après faire le rapport à la Supérieure, si tout est en bon ordre et estât : et outre cela, elle-mesme fera, cette visite, selon qu'elle jugera estre expédient.

Elle tiendra un rooUe bien daté de Targent qui luy sera donné pour la despense, et de celuy qui proviendra des ventes ou des presens charitables*

Elle ordonnera à la Despensiere de mois en mois ce qu'il faudra pour la table, et regardera souventesfois ce qu'elle luy aura mis en main , afin que tout soit tenu en bon ordre.

Qu'elle prenne garde au mois de Février et au mois d'Aoust, que rien ne manque pour les vestemens de THyver .et de TEsté.

Elle tiendra les inventaires de tous les meubles de chaque office , et procurera que chaque Officiere en ait un particulier de ce qui est de sa charge, qu'elle reverra chaque année en Tune des visites générales , qu'elle fera de toute la maison.

Elle distribuera les besongnes , comme de filer et coudre, aux Sœurs selon les occurrences , et toutes les besongnes faictes luy seront remises, à fin qu'elle les mette sur son compte.

Elle fera un roolJe de tout ce que les Novices apporteront

CONSTITÎTTTONS, 557

^. la Maison, qu'elle leur fera signer, si elles lesçavent faire, sinon la Supérieure le signera.

Elle fera voir son compte à la Supérieure tous les mois, lant de ce qu'elle aura receu, que de ce qu'elle aura despensé.

Elle se rendra prompte et charitable à toutes les nécessitez des Sœurs, selon l'ordonnance de la Supérieure ; et prendra garde que les Sœurs de l'office de la cuisine, et les Sœurs Tourieres mssent bien à propos ce qui est de leur charge , et avec la douceur et support requis.

Elle tirera tous les jours compte de la Sœur Touriere qui fait les provisions.

Elle aura soin particulier que les Sœurs Tourieres ne soient point trop chargées de besongnes, ny aussi qu'elles ne perdent point le temps, et aura le mesme /égard sur les Sœurs domestiques; et fera que les Sœurs Tourieres prennent le temps es jours de Pestes, d'ouyr lire ou s'entretenir des choses spirituelles et sainctes, pour s'exciter à la dévotion selon leur capacité.

CONSTITUTION XXXVII, De la Portière.

La Portière doit estre grandement discrette , pour faire sagement les responses et messages qui viennent en la maison, et i>'U sortent; pour faire doucement attendre les personnes ausquelles on ne pabt pas donner satisfaction sur le champ.

Or elle n'ouvrira jamais à personne sans la licence de la Supérieure, et sans son assistante, et prendra garde qu'en ouvrant, elle ne puisse estre veuè de dehors, ny sa compagne aussi.

Elle verra ce qui sort de la maison, et l'escrira, si c'est chose d'importance : les Sœurs estant aux Offices, en l'orai-

••^SS CO'STITTTTOX?.

son, et à tnKIe, ellf" s'pxcnscra ne les appeller, si ce n'est pour chose qui presse» et de grande importance.

Elle rendra tontes les lettres qui arriveront, à la Supe- .rieure, et, n'en fera point sortir sans son ordre.

Si quelqu'un donne quelque chose à la Congrégation, elle jeji.fera le récit sur le soir après la récréation , ^\n que l'oa ^rie pour, les, l .Iciifaicteurs.

sQu'elle soit Cîurteen paioles avec ceux qui viendront à la ;]|iorte,.rxe,s'eiî,querant d'aucune chose non nécessaire.

Elle ne laii^sera point les clefs à la porte, et les rendra ABUS les .soius à la .Supérieure , comme aussi celles du Parloir et Tournoir.

Elle, rte; fera aucun message de dehors aux Sœurs , ny des Sœurs à ceux de, dehors , sinon par ordre de la Supérieure, îOU bien de la Direcirice, en ce qui regarde les Novices.

iElle n'usera d'iuicune autorité sur sa compagne; ains •s'en servira feiniplement pour estre tesmoin de ses actions, et ipour estre assistée. A. fermer, à bonne heure les portes.

CONSTITUTION XXXVIIl .

'De la Sacristaine.

La Sacristaine aura charge, et tiendra un roolle de tout (jee qui appartient à l'Eglise et Chapelle de la Congrégation, iét tiendra tous les ornemens , paremens et meubles qui ^appartiennent au service de l'Aui'el et de l'Eglise,, prppreiment, nettement, et en bon ordre : parera la Chapelle, et préparera les habits sacerdotaux avec grande diligence, i selon la variété des Festes et des temps : se souvenant que iiiostre Seigneur a tousjours aymé la netteté et mondicité , et «que Joseph et Nicodeme sont louez d'avoir proprement et nettement ensevely son corps, avec parfums et unguens ^précieux.

Elle advertira.la Supérieure s'il arrive quelque Prestre

CONSTITTJTTONS. 659

esfrangpr pour dire la Messe , et sçanra s'ilz ont licence de l'Evesque.

Si quelqu'un venant à la Sacristie veut parler d'afFaire, elle l'envoyera à la porte, sinon que pour la qualité des personnes il fnst mieux d'advertir la Superieui e!

Elle sonnera tous les Oiïices, les Messes, et les Ave Maria à propos.

Elle adverlira de bonne heure , s'il y a des Confessions et Communions à faire.

Elle ne s'arrestera point à parler avec le Père Confesseur et Chapelain ordinaire, non plus qu'avec le Clerc, ny moins avec les estrangers, sinon pour les choses nécessaires.

Elle ira le matin , avant que sonner l'orayson , par toutes les cellules des Sœurs, pour voir si quelqu'une par incommodité ne peut pas venir à l'Office : et si elle en treuve, elle en ad ver tira la Supérieure.

On ne fera point de poupées en toute la maison , et moins en mettra-on sur l'Autel^ ny pour représenter nostre Seigneur, ny nostre Dame, ny les Anges, ny choses quelconques; ains on aura des images bien faictes et approuvées par le Père spirituel , notamment celles qu'on met sur î'Autel.

Et parce que les particularitez du soin que doit avoir la Sacristaine, pour la propreté et bienséance de toutes les choses sacrées qu'elle a en sa charge , sont en trop grand nombre, on luy en doit faire un Directoire à part, et qu'elle l'ait tousjours devant les yeux, en le lisant tous les mois, afih de lie point manquer à tout ce qui sera par escrit : la Congrégation ayant interest nompareil, que cette charge soil passionnément bien exercée.

560 CON«îTTTUTIONS,

De ITrifirmiere.

Cclle-cy ne doit respirer que charité, tant pour bien servir les Sœurs malades, que pour supporter les fantaisies, chagrins, et mauvaises humeurs que le mal cause quelquefois aux pauvres infirmes .' les divertissant neantmoins de leur impression , le plus dextrement et le plus suavement qu'elle pourra, sans jamais tesmoigner d'estre degoustée, ny ennuyée de les servir. Ainsi donc elle les doit regarder comme la vive image de JEsm-CnRisT crucifié ; et si les anciens Chrétiens , comme saint Chrysostome asseure , alloient bien loin en Arabie, voir et révérer le fumier sur lequel saint Job souffrit tant de travaux , avec quelle révérence devonsnous approcher le lict sur lequel nos Frères et nos Sœurs sont couchez pour endurer leurs maladies au nom de Dieu,

Elle se chargera de tout ce qui appartient à l'Infirmerie, et au service .des malades, dont elle tiendra un mémoire : et aura un extrême soin que les chambres soient nettes , propres, et bien ornées d'images, fueillages, et bouquets, selon que la saison le permettra; et que rien ne demeure autour des malades qui puisse rendre des puanteurs ; ains au contraire, si le Médecin le permet, elle y tiendra tousjours des bonnes senteurs et odeurs.

Elle s'essayera de donner aux malades toute confiance, sans acquiescer toutefois à leurs volontez en ce qui leur pourroit nuire.

Des menus offices de la Maison. — De la Robiere.

Ceîle-cy aura la charge de tous les habits et chaussures des Sœurs, comme aussi des licts, et de toutes leurs appartenances : de quoy elle tiendra un roolle, et les conservera

CONSTITUTIONS. S6t

' ^diligemment, prenant garde que tout cela ^oit en bon ordre, iti r'accommodé selon le besoin : si que rien ne s'y gaste par négligence, et que rien n'y soit contraire à la pauvreté et 6implicité.

Elle fera la distribution selon l'ordonnance de la Supérieure, sans permettre que les Sœurs fassent aucun choix ains regardera simplement à la nécessité de chacune.

Elle tiendra un roolle particulier des habits séculiers des Novices, et les conservera soigneusement pour en rendre ^iooipte au jour de leur profession.

De la Lingiere.

Celle-cy doit avoir le mesme soin des linges, que la iVobiere des habits , pour les bien conserver, raccoustrer, et distribuer selon la nécessité des Sœurs; puis les retirer, iaire blanchir, plier et sécher.

Elle en fera un roolle, et en tiendra compte au bout de chaque année, et les serrera en bon ordre, mettant à part ceux qui sont propres pour les Sœurs de grande taille, d'avec ceux qui sont pour les petites, afin de les treuver plus ay sèment, et les distribuer sans choix.

Quand les Sœurs auront des nécessitez extraordinaires, elle leur en donnera charitablement : et au reste luy sera fait un petit Directoire pour toutes les particularitez qui regardent sa charge.

De la Refectoriere.

Celle-cy doit tenir proprement tout ce qui regarde les

, jneubles du Réfectoire , et préparer toutes les choses à

propos.

De la Despensiere»

L'office de la Despensiere despend de celuy de l'Œconome ; c'est à elle de despenser en détail le vin , le pain , l'huile , le VII. 30

sel , le beurre , et autres choses requises pour la nourriture ies Sœurs, pour Faumosne et autres telles occasions.

Elle fera les portions, et prendra garde que tout se fasse fort honnestement en la cuisine.

CONSTITUTION XLI, Des Sœurs domestiques.

Les Sœurs employées à la cuisine, et autre service du niesnage, le feront avec allégresse et consolation, se resouvenant que sainte Marthe le lit, se représentant les petites, mais douces méditations que faisoit sainte Catherine de Sienne , laquelle parmy des semblables exercices ne laissoit pas d'estre ravie en Dieu ; ainsi doivent les Sœ^urs , tant qu'il leur sera possible, tenir leurs cœurs recueillis en la divine bonté, laquelle, si elles sont fîdelles, déclarera un jour devant tout le monde, que ce qu'elles ont fait pour ses servantes, a esté fait pour elle.

Elles feront néanmoins les exercices spirituels, selon qu'il y aura plus ou moins à faire, et que la Supérieure leur ordonnera, laquelle aura un soin particulier de ne laisser les Sœurs sans la nourriture convenable à leur esprit, puis qu'elles servent à la nourriture corporelle de toute la Congrégation.

Toutes seront égales en cet office, et s'enir'ayderont mutuellement en paix et charité. Et lors que le loisir le permettra, elles iront l'une après l'autre alternativement aux assemblées de la Communauté.

Elles tiendront compte de tous les meubles servans à leur office, tant linges, qu'autres : et rendront cr^rrxr^iQ une fois l'année à l'Œconome

Des Sœurs tourieres.

La Congrégation recevra le moins qu'elle pourra des Sœurs Tourieres : et semble bien que deux ou trois seront esgalement et nécessaires et suffisantes , pour tout ce qui est requis au service de la Maison.

Or la Supérieure prendra garde que celles qu'elle prendra, soient de bon corps et de bon cœur, de bonne complexion et de bon naturel; mais surtout grandement résolues de servir nostre Seigneur en travaillant pour la Congrégation, avec obeyssance, douceur et humilité.

On les espreuvera doncques six semaines durant, pendant lequel temps on leur proposera les articles du service et de Tobeyssance qu'elles auront à rendre ; la soumission de leur propre volonté en toutes choses, avec le reste de l'observance de la Règle. Apres quoy, on les recevra avec les mesnies conditions et considérations que les autres Sœurs.

Elles ne changeront point d'habits en leur réception, ny en leur establissement; ains demeureront vestuës comme les honnestes filles de leur qualité originaire, à la façon du lieu où est la Congrégation , sans aucune différence : sinon qu'elles seront vestuës simplement et modestement de noir, sans ouvrage, ny mignardise quelconque, avec une croix d'argent pendue en leur col comme les autres.

Elles demeureront deux années Novices , passées lesquelles elles seront establies en la Congrégation, par le vœu simple de l'obeyssance et de l'oblation, comme il sera dit.

Elles observeront les jeusnes comme les autres, et communieront tous les Dimanches et bonnes Festes : diront tous les jours le Chapelet , feront l'examen qui se fait après Matines. Les Festes et Dimanches, ne se treuvant pas occupées, elles assisteront à Vespres. Bref, autant que les occu-

pations au sqiielles elles sont destinées le permettront, on ies. rendra conformes en mœurs, en exercices, et en afFection;aux Sœurs de la Congrégation.

Personne ne leur commandera, que la Supérieure et rŒconome, lesquelles leur donneront une Sœur pour les instruire et consoler aux choses spirituelles. En tout la Supérieure leur commandera avec amour, et les Sœurs les nommeront Sœurs , sa ressouvenans que quoy qu'elles servent à l'extérieur, elles ne laissent pas, selon l'intérieur; d'estie filles de Dieu , cohéritières de Jesus-Christ, égales en nature, et en la prétention de la grâce et de la gloire aux plus glandes du monde : et qu'enfin, comme dit saint Paul, elles et nous n'avons qu'un seul Maistre , Jesus-Christ, également Seigneur et Sauveur des unes et des autres.

Quand donc elles seront malades, la Supérieure les fei;a retirer dans l'Infirmerie, et l'Infirmière les traittera ne plus ne moins que les autres, en toutes sortes de services, et en toutes occasions, de quelque nécessité corporelle et spirituelle qu'elles puissent avoir. La Supérieure leur ouvrira son sein maternel comme au reste des Sœurs, allégeant leur travail corporel par ce soulagement spirituel.

Quand elles iront faire les provisions , ^Ues se conduiront avec tant de modestie et de retenue qu'elles édifient un chacun : et se comporteront (en) tout ne plus ne moins que si elles estoient dans la Maison ? }a veuë de la Supérieure.

Elles ne doivent entrer en aucune Maison , ni manger dehors, sans l'avoir demand'S à la Supérieure , sinon qu'il y eust quelque nécessité qu'elles n'eussent pas peu prévoir avant que sortir, ny no parleront , ny s'amuseront par les rues, sinon pour le» affaires qu'elles y auront.

Qu'elles n'apportent nulle sorte de nouvelles de la ville, ny messages , lettres ou recommandations , sinon à la seuif Siinerieure.

CONSTITUTION XLIII. De la première réception de celles qui désireront estre de la GongregatioiL

On ne recevra aucune fille pour entrer en la Congre^ gation , qui n'ait quinze ans accomplis, et ne sçache lire, si 3lle est présentée pour estre du Chœur, et qui ne tesmoigne un grand désir de la perfection Chrestienne ; e\, quant aux moyens requis pour l'entretenement, on y advisera de temps en temps, selon les commoditez de la Maison.

Et quand quelque fille ou femme sera proposée pour estre receuë , avant toutes choses on la fera venir en la Maison , où elle arrestera quelques jours comme estrangere, pour estre veué et considérée de la Supérieure et des Sœurs.

Et quand la Su^:erieure jugera qu'il en soit temps, elle fera faire la demande de l'entrée par la prétendante en plein Chapitre : puis elle prendra les voix de toutes les Sœurs , et si la Supérieure avec la pluspart des Sœurs s'accordent à la réception , on l'admettra au premier essay : le tout neantmoins ayant préalablement pris l'advis du Père spirituel, qui de son costé s'enquerra des conditions de la fille, afin de mieux conseiller les Sœurs en cette occurrence.

Les veuves seront de mesme condition quant à ce point : hormis qu'il faudra prendre garde de n'en point recevoir qui ayent des enfans, pour la conduite desquels il soit vrayement nécessaire qu'elles demeurent au monde : ny de celles qu'on recognoist estre fort tendres de leurs enfans , et sujettes â st troubler : car encore que telles vefves semblent à l'abord bien disposées, tandis que la ferveur des premieies impressions de la dévotion les anime ; elles sont toutesfois grandement sujettes peu après aux tentations de l'inquiétude, à la moindre difficulté qui se présente ; s'imaginant que si elles estoient au monde, elles feroient des miracles pour leurs €nfa:is ; et ne cessent jamais de parler d'eux et de les

5(36 CONSTITtTlOiNS.

lamenter : et quoy que leur entrée fust grandement utile à leurs enfans mesmes , pour peu qu'elles fussent fascliées d'ailleurs, elles prendroient occasion de blasmer et censurer leur retraiite, avec scandale de plusieurs.

Et en gênerai , on évitera de prendre des filles ou femmes qui soient mutines, ovx opiniastiv^s, ou trop esgarées et folastres, les unes s'arrestant trop à leur propre cervelle , et les autres ne s'arrestant à rien. Comme encore on se gardera, tant qu'il sera possible , de prendre celles qui sont trop addonnées à la tendreté et compassion sur elles-mesmes.

CONSTrrUTlON XLIV.

De l'Entrée des Novices.

La prétendante ayant asseurance de sa réception, pourra, quand la Supérieure l'ordonnera , faire le premier essay avec ses habits ordinaires , esquels elle demeurera pour quelques semaines, selon que la Supérieure advisera, pour essayer, et considérer si elle pourra bien s'accommoder aux liegles et observances de la Congrégation : lesquelles on commencera à luy faire exactement practiquer ; et luy fera* on entendre que la Congrégation est une escole de l'abnégation de soy-mesme, delà mortilication des sens, et de la résignation de toutes les volontez humaines : et en somme uu Mont de Calvaire, où avec Jksus- Christ , ses chastes Espouses doivent estre cruciliées spirituellement, pour après cette vie estre glorifiées avec luy. Et cependant on la fera ])reparer par méditations et oraysons à faire une bonne Confession générale, sinon qu'elle l'eust des-ja faicte ; en sorte <{ue le Père spirituel et Li Supérieure jugeassent qu'il nr fust pas expédient de la reiaiie encore une fois : auquel cas on luy fera seulement faire une Confession depuis la générale qu'elle aura faicte : et elle par après dira de gros 4in gros ses inclinations, humeurs et passions, qui ont

jnsques à l'heure principalement régné en elle, faisant un abrégé de l'histoire de sa vie, tant du mal que du bien, avec confiance et fidélité ; afin que la Supérieure entende mieux, comme il la faut conduire et faire exercer, gardant comme un secret de conscience, tout ce qui luy aura esté dit pour ^e sujet.

Or le temps prefix estant passé, on tirera les voix, lesquelles luy estant favorables, elle se préparera, et on luy donnera l'habit du Noviciat.

Pendant le Noviciat des Sœurs, on taschera de fortifier leurs cœurs, et les rendre dévotes, non d'une dévotion mignarde , tendre ou pleureuse , mais d'une dévotion égale-^ ment douce et courageuse, humble, et confiante. Et sur toul on procurera que la Novice égale et applanisse ses humeurs et inclinations à la règle de la charité et discrétion ; c'est à dire , qu'elle apprenne à ne point vivre selon ses humeurs, passions , inclinations et aversions , mais selon l'ordre de la vraye pieté, ne pleurant, riant, parlant, se taisant que par raison, et non quand le caprice ou fantaisie luy en vient; en sorte cju'elle reserve les démonstrations de sa joye ordinaire, pour les récréations ; l'inclination de se taire, pour le silence; celle de pleurer, cpand la grâce l'excitera aux larmes de dévotion, sans les employer en des frivoles occasions. Et enfin on luy fera entendre qu'elle ne doit se servir de son cœur, ny de ses yeux, ny de ses paroles, que pour le service de la dilection de son Espoux, et non pour le service des .humeurs et inclinations humaines.

CONSTirUTION XLV,

Des Vœux et Professions.

Il ne sera jamais loisible aux Novices de demander la profession ; ains seulement estant interrogées de leur désir j30ur ce regard, elles l'expliqueront en vérité, et la Supe-

rienre aura soin de leur faire faire les vœux et la professioit quand il en sera temps , selon les cérémonies accoustumées.

CONSTrrUTION XLVI.

Du Renouvellement et Gontlrmation des Vœax.

Le jour de la Feste de saint Michel ^ la Supérieure adver» lira tout<^s les Sœurs Professes de se préparer à faire le renouvellement de leurs vœux, pour le jour de la Présentation de nostre Dame, et pour s'y préparer elles feront chacune la retraitte, selon qu'il sera ordonné par la Supérieure.

Outre laquelle les Sœurs feront trois jours de retraitte avant Noël, avant la Pentecopte et avant la Présentation de nostre Dame, et de plus toute la semaine sainte, jusquesaprès la Messe du Samedy, et ne se fera aucune assemblée pendant lesdits temps de retraitte , que celle de la recreatiou du soir, qui sera employée à parler des choses saintes et de dévotion.

CONSTITUTION XLYII.

De l'EsIection de la Supérieure et autres Officieres.

La Supérieure ne demeurera en charge que trois ans, à la fin desquels le Samedy après l'Ascension de nostre Seigneur, le Chapitre assemblé dans le Chœur, en présence du Père spirituel, qui sera assis à la tieille , se mettant à genoux au milieu des Sœurs, elle renoncera et déposera sa supériorité entre les mains du Père spirituel , qui ayant accepté sa résignation, l'absoudra de sa charge, disant : La Congregatioc vous descharge au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit; et la remettra à l'Assistante : et la Supérieure demeurera ainsi déposée, et dira ses coulpes des fautes commises en sa charge, et le Père spirituel luy donnera la pénitence , et elle se retirera en la dernière place. Apres quoy le

GONSTITUTTONS. S6P

Père spirituel exhortera de penser sérieusement à une nouvelle eslection pour le Jeudy suivant, sans autre considération que de la plus grande gloire de Dieu, et sanctification de son Nom. Puis on dira le Veni Creator Spi7'itus, et on se retirera.

Le Dimanche suivant, on fera la Communion generalr pour l'eslection future, de laquelle eslection , ny de la déposition faite, les Sœurs ne parleront point, ny es assemblées ; ains une chacune pensera à faire l'eslection qu'elle estimera estre meilleure selon Dieu : et dira-on tous les jours apnîs la Messe, et le soir après les Litanies, le Ve7ii Creator SpirituSy puis le Jeudy après la Communion générale, faicte à cette intention, toutes les Sœurs estant sorties du Chœur, après qu'on aura mis une table au milieu d'iceluy, avec du papier, de l'encre et de la poussière, l'Assistante r'entrera la première, et s'estant mise à genoux, après avoir fait le signe de la Croix, elle escrira le nom de celle qu'elle voudra eslire, puis l'ayant plié, elle sortira, et les autres, toutes l'une après l'autre feront de mesme.

A une heure après midy, le Père spirituel estant revenu , s'il y a des Sœurs jnalades, il ira prendre leurs voix, les escrira en des billets, et les mettra dans la boëte où les autres seront mis.

S'il y a des Sœurs qui ne sçachent pas escrire , il les fera venir au parloir, et luy-mesme escrira leurs billets : puis toutes les voix estant escrites, on ira au Chœur comme le Samedy précèdent , et après avoir dit le Veni Creator Spiritus, toutes les Sœurs viendront les unes après les autres apporter leur billet au Père spirituel, qui les ayant tous receus dans fa boëte, les retirera, et les lira Tun après 3'autre ; et deux des Sœurs, qui auront une liste du nom de toutes les Sœurs qui peuvent estre esleuës, avec des ligues tirées à l'endroit de chaque Sœur, marqueront d'une traverse la ligne du nom qui se lira.

570 CONSTITUTIOISS.

Et enfin on verra laquelle des Sœurs aura plus de voix, et celle-là sera la Supérieure, sans qu^il luy soit loisible, ny de refuser, ny de s'excuser, ny de dire des belles paroles; ains sVstant agenouillée elle fera la profession de foy.

Le Père spirituel confirmera l'eslectlon au nom de TEvesque, disant : Et nous, de l'autorité que nous avons, confirmons vostre eslection, à ce que vous soyez Mère et Supérieure de toute cette Congrégation, au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit.

Apres quoy elle va s'asseoir en la place de la Supérieure : et toutes les Sœurs l'une après l'autre luy vont baiser la main à genoux ; en dit VAve maris Stella, et enfin, Laudate Dominion ormies gentes. Et cela faict, l'Assistante va escrire dans le livre le jour de cette eslection.

S'il se frouvoit que deux. Sœurs eussent également des voix, il faudra alors que le Père spirituel escrive leurs noms en une fueille , tirant une ligne à l'endroit de chacun d'iceux ; puis les Sœurs sortiront et viendront Cune après l'autre à luy, et diront laquelle des Sœurs elles désirent, et il la marquera par la traverse; en sorte que nul ne puisse voir le papier où se font les marques, ny oti\r les voix, sinon le Père spirituel et celuy qui l'accompagne : et s'il y a des malades, il ira prendre leurs voix luy-mesme, comuie dessus.

Toutes les voix estant prises, le Père spirituel bnislera tous les billets, afin qu'il n'en soit plus mémoire, et que les voix demeurent secreltes.

Au reste, on ne pourra eslire aucune Sœur pour Supérieure, qui n'excède l'aage de quarante ans, et qui ne soit Professe de buict ans. Et s'il n'y en a pas au Mouastere, on en pourra eslire une des autres ^Monastères, du Ui^^sme Institut de la Visitation : ou du moins faudra-il, (jue oûle qui sera esleuë, ait cinq ans de profession, et trente ans d'aag(,', selon que le sacré Concile l'ordonne.

La Superienre estant esleuë, et ayant choisi celles que, selon Dieu, elle jugera estre plus propres pour exercer les charges d'Assistante et Coadjutrice , elle les proposera au Chapitre , et l'eslection s'en fera par la pluralité des voix : que si elles n'en ont les deux tiers , la Supérieure en proposera des autres , et l'eslection en estant faite, elle choisira avec l'advis desdites Sœurs esluës, celles d'entre les <siutres Sœurs qu'elle jugera estre plus propres pour exercer les autres offices , et toutes demeureront en l'exercice de leurs charges, jusques à ce que la Supérieure jugera à propos de les changer.

Des Pénitences et Chastimens.

Le glorieux Père saint Augustin tesmoigne assez qu'il veut la justice punitive estre employée au service et conservation de la charité en sa Congrégation : mais il laisse au jugement de la Supérieure la qualité et quantité des pénitences et punitions qu'elle doit imposer selon la diversité des coulpes.

Ce sera donc à elle de proportionner les chastimens avec les fautes, enjoignant des pénitences petites ou grandes, à mesure que les fautes le mériteront, ainsi qu'il se fait maintenant, et que le Directoire le porte.

Mais si les fautes sont grief ves, et qu'il y ayt de la malice, opiniastreté, et obstination, alors elle conférera avec ses Coadjutrices , pour prendre leurs ad vis sur la correction convenable : et s'il est besoin , fera paroistre la coupable devant elles pour la convaincre, et mesme , s'il est jugé à propos, devant le Confesseur, afin qu'il l'ayde, ou devant le Père spirituel : et là luy faire sa sentence, pour luy donner la sainte confusion qui réduit à pénitence.

Mais s'il arrivoit, ce que Dieu ne veuille jamais permettre,

que quelqu'une se rendist tout à fait incorrigible et incurable en son obstination, alors il faudra assembler le Chapitre devant le Père spirituel, pour pourvoir de remède. Et s'il estoit expédient, on en conférera non seulement avec le Père spirituel, mais aussi avec l'Evesque, s'il est au lieu, ou s'il n'y est pas, avec son Vicaire gênerai , pour prendre tous les moyens requis convenables, afin de remédier à ce mal.

Briefve déclaration de l'obligation des Sœurs, à l'observation de la Règle

et des Constitutions.

C'est l'opinion des Docteurs , et la vraye vérité , que ny la Règle de saint Augustin, ny certes la pluspart des Règles des autres Religions, n'obligent nullement à péché d'ellesmesmes ; ains seulement à raison des circonstances suivantes.

ï. Quand la chose défendue est en soy péché, ou que ce qui est commandé est nécessaire à salut.

II. Quand on fait, ou qu'on laisse à faire quelque chose, par desdain et mespris de la Règle.

III. Quand on contrevient à l'obeyssance que la Supérieure impose en ces termes, ou semblables : Je commande au nom du saint Esprit, ou sous peine de péché mortel. Mais la Supérieure ne doit faire tels commandemens, que pour des choses de très-grande importance , et ce par escrit, s'il se peut.

IV. Quand le Père spirituel, ou l'Evesque commandent, ou défendent quelque chose , sous peine d'excommunication majeure, (J^i soit encourue par la transgression mesme.

V. Quand on transgresse absolument la Règle es vœux essentiels de chasteté, pauvreté, ou de la vie régulière, comme il arriveroit, donnant ou prenant, ou gardant chose

notable sans congé, rompant laclausure, quittant tout à fait riiabit, et semblables.

YI. Quand on viole la Règle avec scandale, et en sorte que la conséquence apporte manifestement quelque grand préjudice au Monastère.

YII. Quand on fait quelque manquement en la Règle pai quelque desordonnée passion , comme par exemple , de n'aller pas au Chœur aux heures marquées, par une grande négligence et paresse; de manger hors du repas, par une grande avidité et friandise; de rompre le silence par colère, et autres semblables : bien que telz péchez ne soient pas souvent mortels ; mais comme il appert , ce n'est pas la Règle, ny les Constitutions, qui en ces cas causent le péché; ains les circonstances, qui de leur nature le caus'^roient en toute autre occasion ; car ce seroit tousjours péché aux séculiers mesme , de faire ce qui est péché en soy, de laisser ce qui est requis au salut ; d'enfreindre quelque loy par mespris ; de violer les vœux ; de scandaliser le prochain ; de se relas^.her à quelque passion desordonnée.

La Règle donc , et , comme il est dit , beaucoup moins les Constitutions, n'obligent nullement à péché d'elles-mesmes; mais les Sœurs craindront pourtant tousjours de les violer, si elles se resouviennent que leur vocation est une grâce très particulière, de laquelle il faudra rendre compte au jour du trespas , et qu'elles portent gravée en leur mémoire la sentence du Sage : « Qui néglige sa voye sera tué *. » Or la voye des Sœurs de la Visitation, ce sont leurs Règles et Constitutions, esquelles elles doivent marcher de vertu en vertu, jusques à ce qu'elles voyent leur Espoux éternel en Sion : et partant qu'elles y cheminent sagement et soigneusement, sans se fourvoyer ny à droite ny à gauche.

iprov., xix.io.

De l'Enterrement des Sœurs.

Quand les Sœurs décéderont , on fera appeîîer h Curé du lieu, avec deux autres Prestres assistans, pour faire Tenterrement, ainsi qu'il est marqué au Directoire.

On ne recevra aucune sépulture de dehors, que de ceux qui par quelque signalé bienfait auront obligé le Monastère, ou desquels la dévotion singulière méritera exception : avec permission neantmoins et dispense particulière de l'Evesque. Et les Sœurs ne s'employeront nullement pour les choses requises à telles sépultures; en lairront la conduite, avec tous les profits et emolumens, à qui il appartiendra.

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