ADDITIONS
Sur la première Coiistitution.
Les personnes d'esprit et de vertu approuvent et louent vostre tres-honnorable et saincte vocation; quelque cervelle mondaine se fasche de la facile réception des infirmes ou des Vefves aagées : mais n'est-ce pas un secours fort à propos pour elles , de leur présenter une retraicte , en laquelle elles se puissent mieux préparer, pour estre retirées éternellement an ciel? La Congrégation ne prétend que de nourrir des âmes humbles; les vierges seront humbles, parce qu'elles sont vierges, d'autant que la virginité sans humilité n'est rien que vanité ; les vefves seront humbles , parce qu'elles ne sont pas vierges; les vierges honnoreront les vefves, à cause de leur humilité et dévotion; les vefves honnoreront le& vierges , à cause de leur humble virginité : ainsy toutes respireront l'humilité, et la suavité de la charité qui les rend sainctement esgales : doncques les vierges , les vefves , les vieilles et les maladives seront receuës en ces maysons , qui pour cela ne professeront pas une austère austérité , et faut que la ferveur de la charité, et la force d'une très -intime dévotion supplée à tout cela.
De la Constitution de la Clausure.
Quand quelques Dames séculières entreront dans le monastère , la Supérieure et deux sœurs les iront recevoir à la porte avec tant de douce cordialité et religiosité, qu'elles ayent sujet de dire qu'elles entrent en la mayson du Seigneur, pleine de douceur et de paix : il ne faut point qu'aucune des autres Sœurs s'aille présenter d'elle-mesme à telle réception ; au contraire on sonnera une clochette , affin que chacune se retire , et (]ue lesdites Dames qui seront entrées sachent que c'est au rebours des maysons du monde, où chacun s'empresse à voir qui est là. En cela elles s'édifieront de la recollection des servantes de Dieu : si toutefois une Sœur
est nécessitée de passer es lieux où seront les Dames, il luy sera loysible de les saluer, pour observer la cordialité en rhospitalilé chrestienne, et cela tres-briefvement ; que si toutefois il est silence , qu'elle passe sans dire mot , sinon que la Supérieure l'appelle; alors elle saluera librement sans se faire presser ou faire" la honteuse , mais dans la franchise des enfans de Dieu , qui doit exclure de la Congrégation de la Visitation toutes gesnes et petites niaiseries.
Tl est tolerable que quelques Dames entrent quelqnesfois pour certaine grande, rare et extraordinaire occasion dans les monastères, mais que le monde n'y vienne point avec elles ; ce qui arriveroit si les Religieuses par leurs sainctes contenances , modestie et devis , n'attiroient telles Dames à parler chrestiennement et spirituellement, sans meslange de murmuration , curiosité , ou autre entretien superflu.
De la Constitution de l'Obéissance.
L'ame , ayant à combattre tant d'ennemis visibles et invisibles , si elle veut demeurer victorieuse , il faut sur toutes choses avoir l'obéissance. Or cette Congrégation estant une petite armée dressée contre le péché et la vanité du monde , aiïin qu'elle puisse très heureusement vaincre en terre pour triompher glorieusement au ciel, et rendre compte à nostre Seigneur et à nostre Dame de ses victoires, elle doit en toutes choses et sur toutes choses vivre en une très absolue olieissance, demeuriiiu pleinement et perpétuellement sous Tauihorité de rEves([ae , sans qu'elle se puisse mettre sous auci^n Supérieur régulier; aias l'Evesque donnera une jiersonne ecclésiastique depeailaiite de son clergé et authoiité, pour père spirituel, lequel sera respecté de la Supérieure, ek de toutes ses Sœurs qui luy obéiront selon la règle.
De la Constitution de la Pauvreté.
Ayant tiré les billets des Saints, tout se fera avec rêve-
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rence et dévotion, pour Famour du Saint cfu'on aura tiré» et pour imiter en quelque sorte , par cette circoncision des affections que Ton pourroit avoir, celle de nostre Seigneur. Enfin, si ce n'estoit qu'à cause de la diversité des tailles, qu'on ne se peust pas servir des robbes, il seroit expedieiil ({ue Ton leschangeast aussi bien que les chapelets et croix, néanmoins tous les habits estans sans façon et tout d'estoife vile. Il n'y a pas de l'apparence , qu'aucune y doive avoir de la particulière affection, et pour oster le scrupule des reliques, les Sœurs doivent croire, qu'elles serviront de protection pour toutes, estant communes entre toutes; et celles d'un Saint qu'une Sœur portera , n'auront pas moins de vertu pour toutes les Sœurs , que si une chacune les portoit , puis que celle qui les porte les a de la part de toutes , et pour le bonheur de toutes; telle est la force de la communauté et de l'union charitable.
De la Constitution du Silence.
Toutes les heures seront employées proportionnement selon qu'il est marqué , le reste du tems des offices et communautés sera employé à faire des ouvrages chacune en sa cellule ou office, tant qu'il se pourra, gardant le silence es heures marquées; et pour se resjouir sainctement, ou reprendre haleine , elles pourront chanter des cantiques ou psalmes , mais fort bas. «s jours des festes on pourra qaelquesfois employer le temps destiné aux ouvrages et au silence, à escrire, lire, composer des cantiques et choses semblables^ s'entend celles qui en auroyent le talent et le désir, pour mieux employer le tems sans toutesfois nuire au recueillement.
Des Récréations et Conversations.
Elles s'entretiendront ensemble de ce que bon leur semblera, filant néanmoins ou faysant quelque besoigne légère
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qui ne les occupe point trop , et qu'elles facent sans beaucoup d'attention ; elles prendront garde à parler en toutes occasions doucement, paisiblement, simplement, et non point brusquement ni hautement, ni avec motz recherchés, ni cérémonies affectées : elles s'abstiendront tant qu'il leur sera possible déparier de leurs mayson, race, famille, ni des honneurs qu'elles ont eus au monde, de leurs païs et noblesse.
De la Constitution du manger.
Si celle qui a la charge de lire prend le soin de prévoir ce qu'elle devra lire, elle fera chose fort aggreabîe à Dieu; car ainsy elle rendra sa lecture plus utile et fructueuse aux autres ; on taschera de donner la viande et le pain si nettement sur table , que nulle des Sœurs n'ayt besoin de racler, pincer et escrouter, ni tesmoigner aucune délicatesse aux autres.
De la Constitution de l'Humilité.
Que les jeunes honnorent les vieilles, bien qu'elles soyent despuis peu en la Congrégation, et que les vieilles n'usent d'aucun mespris ou authorité sur les jeunes, mais toutes s'aymeront et honnoreront cordialement, et tant en leurs escrits qu'en ieurs langage et maintien; elles seront humbles de cœur et d'effet , honnorant un chacun humblement et simplement, et que l'on prenne garde que l'on n'escrive point de lettres de compliment, surtout les novices, si ce n'est pour des occasions grandement légitimes, comme de condoléance avec les paren& , et que ce soit d'un style pieux et dévot. Celle qui demeurera en la place de la Supérieure comme lieutenante ou assistante ne verra point les lettres s'addressantés à la Supérieure absente , bien que tous-jours on luy doive demander licence pour lui escrire et faire cacheter les lettres par celle qui a le sceau de la mayson ; que si quelques Sœurs vouloient les monstrer, il faut que ce soit en sorte