‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 2 sur 183 · AU PÈRE POSSEVIN*, JÉSUITE · texte numérisé non relu

AU PÈRE POSSEVIN*, JÉSUITE

Saint François se rappelle à son souvenir et lui parle de ce qui lui est arrivé

depuis qu'il a quitté Padoue.

Fin de 1593.

Monsieur mon Révérend Père ,

Je fay tant d'estat d-j l'honneur que j'ay eu à Padoue d'estre receu en roole avec vos enfans spirituels, que je penserois avoir fait une perte signalée, si j'estois rayé de ce nombre; et que pour me nourrir en vostre mémoire, et conserver ce bien pour moy, je vous ay voulu addresser cette lettre comme une humble requeste pour vous supplier m'entre tenir tousjours en la faveur laquelle une fois vous m'aviez accordée , n'ayant rien fait dés lors qui m'en puisse priver, sinon que ce fust d'avoir tant attendu de vous escrire et saluer. En quoy le peu d'asseurance que j'avois du lieu oii vous estiés et le respect que je dois à vos occupations me pourroit beaucoup excuser, puisque je n'ay pas laissé de demander à toutes occasions de vostre santé, tant qu'il y a quelques mois que j'en eus des nouvelles par le père Jean Lorini. Mais le seul souvenir de vostre bonté me promet un total pardon ; et au reste pour vous rendre quelque compte du vostre, depuis que je suis de retour d'Italie, je me suis tellement fait ecclésiastique , que j'ay célébré messe le jour de St. Thomas l'apostre dernier en nostre église cathédrale de Saint-Pierre

1 L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 9e inédite de la collection-Biaise.

* Il y a Poitevin dans le texte imprimé de Biaise : c'est évidemment une erreur d'impression. Vo^y. la Vie du Saint par Auguste de Sales, t. I, p. 17.

de Genève*, où je suis indigne prevost, qui est la premiene dignité après l'episcopale : et par le commandement de mon evesque , dés demy- année en ça, j'ay presché icy et ailleurs parmi le diocèse la parole de Dieu. En quoy je m'accuserois bien fort de témérité, si Tobeyssance ne m'en avoit esté le scrupule. C'est ce que j'ay fait et que je fais encore le mieux que je sçay, vous portant bien souvent avec moy en imagination en chaire : pleust à Dieu seulement que j'y portasse quelque médiocrité de vos perfections pour le service de la divine Majesté, laquelle je prie continuer longuement en santé vostre paternité , à laquelle baisant les jnains, je demeureray très humble fils et serviteur.

LETTRE

DU SÉNATEUR FAVRE A S. FRANÇOIS DE SALES

Sur le respect que le Sénateur a conçu pour saint François : il lui demande une correspondance mutuelle d'amitié.

La vertu , très-noble Seigneur, a toujours cela de remarquable et de particulier, non-seulement pour ceux en qui

* Le texte doit avoir souffert ici une interpolation ; c'est dans l'église cathédrale d'Annecy, et non de Genève, que S. François dit sa première Messe.

* L'original en est conservé dans le monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la l'« parmi les lettres inédites de la coUection-Rioise.

Yiro clarissimo Francisco de Sales, prseposito cathedralis ecclesiae Sancti Pétri

Gebennensis, Antonius Faber S. D.

Ex urbe Chamberiaci, 3 kal. augusti 1593.

Est omninô \irtuti hoc insitum et peculiare , vir clarissime , ut possessores suos non illis tantùm quos et ipsa possidet, sed iis quoque

elle réside, mais aussi pour tous ceux en qui elle se montre avec ses attraits, que, par sa présence seule et Fadmiratiou qu'elle inspire , elle rend aimables tous ceux qui la possèdent.

Il m'est agréable de commencer par ce début, au lieu de faire comme la plupart de ceux qui ont à saluer pour la première fois, soit de vive voix, soit par lettres, ceux qu'ils n'ont encore jamais vus, et qui croient alors devoir débuter par <ies excuses, comme s'il étoit possible de teniï- pour peu louable ou pour suspecte cette manière honnête de provoquer l'amitié, ou encore comme s'il falloit avoir besoin d'un autre motif que de celui de s'acquitter d'un devoir, pour faire ce qui est honnête et louable en soi.

A dire vrai, vous, que j'ai entrevu à peine, mais que l'éclatante renommée de votre nom, de votre vertu , de vos qualités, de votre savoir, m'a déjà fait si bien connoître; vous possédez en moi un homme tellement attiré et comme enchaîné par le désir de jouir de votre amitié, que, depuis le moment où pour la première fois j'ai entrepris, quoique avec moins de succès que vous, l'étude des belles-lettres et de la jurisprudence, il me semble avoir non-seulement formé le

omnibus quibus amabilem se exhlbet , solâ suî contemplatione et admiratione reddat amabiles.

Sic enim praefari libet, non quomodô plerique soient, qui cùm primùm eos quos nunquàm viderint, aut coram , aut per litteras salutant, ab excusationibus initium sumunt, ac si vel suspecta minus- ^ue laudabilis ^ideri possit hop'^'sta illa ineundae amicitiae provocatio, ■vel in eo quod per se honestum ^tque laudabile sit exequendo, aliam quàm debiti officii rationem exquiri oporteat.

Tu vixdiàm equidem mihi de facie notus, sed nominis tui famâ pro singulari quâ excellis virtute, probitate, ac eruditione notissimus^ tantà me fruendi tuî cupiditate allectum devinctumque habes, ut jam indè à quo tempore mihi ad eadem ista bonarum litterarum et jurisprudontiaî studia^ licet minus féliciter^ incumbere contigit^ de

dessein , mais même contracté à jamais Pobligalion de vous^ aimer et de vous honorer.

Je ne vous dis point cela pour que croyiez que je pen^e trouver en moi-même, quoique isolés et en un degré moindre, tous les mérites qui sont en vous rassemblés et au degré sup:ême; mais bien pour que vous compreniez que la ressemblance de mœurs et de caractè-res, jugée ordinairement si puissante à créer de vives amitiés même entre des inconnus, peut aussi se rencontrer quelquefois entre des hommes en qui tout est dissemblable, si l'on excepte une même volonté d'atteindre à un semblable but.

En effet, comme il arrive d'ordinaire aux personnes aiïligées de la longue absence ou de la mort d'un ami, de se sentir ranimées , si , non contentes de vénérer et d'honorer, comme elles le doivent, sa mémoire, elles peuvent, à force d'art, se représenter ses traits de manière à imiter la nature; nous aussi, qui que nous soyons, qui nous proposons la vert» pour objet de nos efforts, dans l'impuissance où nous sommes d'atteindre même par la pensée à son admirable beauté, nous

amando te et observando non tantùm consilium cepisse videar, sed etiam obligationis perpétuai vinculum contraxisse.

Neque tamen, id à te sic accipi velim , quasi in me vel singula et mediocria esseputem quaî in te universa sunt ac absolutissima; sed ut intelligas et morum et animorum simililudinem quœ ad conciliandas inler ignotos quosqueamicitias plurimùm posse creditur^ in 60 etiam interdùm elucere, in quo disparia sunt omiiia, prœter unam eamdemque simiiia consectandi voluntatem.

Nam quod iis usu venirc solet, qui lonii:;ioie -ibsentis aut defuneti alicujus desidcrio torquentur, ut eâ demùm ratione recreari se sentiant, si non sobjm amici memoriam diligmter et religiosè, ut par estcolant, sed etiam exactissimâ natura' imitatione.^ quantum arte effingi potest, ejus quasi prœsentis imaginem oculis suis intuendam objiciant; id ipsum nobis, quotquot ad virtutem contendimus, faciendum existimo,ut quoniam admirabilem ejus puichritudincm^ qualis quantaque est , ne animi quidem cogitatione assequi possu-

DE S. FRANÇOl? DE SALES. 9

devons au moins nous proposer pour objet de notre imitation comme de notre amour ceux en qui elle a , pour ainsi dire , dépeint sous les traits les plus vifs et les plus ressemblans sa vivante image.

Car il résulte de là pour nous un puissant encouragement à cultiver et à pratiquer cette même vertu, qui, si nous pouvions la voir de nos yeux, nous inspireroit pour elle Bans aucun doute un sentiment d'amour bien plus vif encore ^t tout-à-fait merveilleux. Et ilme semble que ce ne seroit pas mal fait de prêter à la vertu le même langage que le divin Platon prêtoit autrefois à la sagesse , que jamais après tout aucun homme sage n'a séparée de la vertu.

Pour moi,. quoique j'aie toujours pensé que jedevois m'efforcer, par tous les services et les soins possibles, de mériter l'amitié de tout homme de bien, quel qu'il fût , il n'y a rien cependant que je fasse plus volontiers, que de me vouer tout entier, si peu que je sois, à ceux que je me persuade pouvoir, à raison de leur naissance et de leur éducation, me porter au bien par leurs conseils, par leur science , et ce qui est plus encourageant encore dans une si laborieuse entreprise, par l'attrait de leur exemple.

mus, eos saltem nobis ad amandum et imitandum proponamus, ia quibus vivam illa suî effigiem elegantioribus et aptiorlbus , ut ità dicam , coloribus depinxerit.

Ità namque fit, ut ad ejus cultum studiumque vehementiùs accendamur , quam si oculis cernere possemus, piocul dubio longé vivaciores prorsùsque mirabiles suî amores in animis nostris excitarei, Nec enim malè quis, judicip uieo, prœclarum hoc eloquium virtuti adscribat, jam oUm à divino ../o Platone soli attributum sapientiae î^uam utiqut sapiens nemo unquàm à virtute sejunxit.

Ego sanè, quamquàm id mihisemper excitandum credidi, ut boni cujusque amicitiam, quibus possem, officiiset obsequii^ promererer, nihil tamen facio libentiùs, quàm ut totum me, quantulus sum, viis dedam uUrôque voveam , quos mihi persuadeo sic natos et edu- ^catos esse, ut ab iis consilii, doctrinœ, et quod in re arduà labo^

Si je disois que, parmi ces hommes, vousseul pourrez aujourd'hui me tenir lieu de tous, dans cet âge surtout, à peine sorti de Tadolescence , où vous donnez tant et de si belles preuves de science et de vertu , que vous ne pourrez plus désormais être surpassé en quelques mérites que ce soit par J'autres que par vous-même , je craindrois que vous ne me prissiez pour un flatteur plutôt que pour un honnête /abricant^ d'amitié; non que vous n6 pussiez, sauf la modestie qui vous en empêche, mt rendre à moi comme à vousmême ce témoignage, que toutes les louanges que je puis vous donner ne sont rien encore auprès de celles que vous méritez ; mais parce qu'il vous semhleroit peut-être peu croyable que mon jugement sur votre compte fut tel qu'il devroit être , si votre mérite m'étoit aussi connu et aussi prouvé qu'il m'est vanté par tous ceux à qui j'entends me parler de vous.

Pour en finir, de crainte de vous importuner par de trop longs complimens, je vous prie, si vous le pouvez, et je vous conjure et vous conjure encore , d'agrier ce témoignage

* Allusion au sens du mot latin Faber, t[ui répond au nom français Fabre ou Favre.

ranti praecipuum est , boni exempli adjumenta comparare possim. In quibus si te unum esse dicam , qui hodiè mihi instar omnium esse possis , in istâ prœsertîm vixdùm virili œtate , in qua tôt tantaque virtutum ac scientiarum omnium non argumenta modo, sed clarissima lumina proferas , ut à quo superari in posterum queas , alium quàm te habeas neminem , vereor ne adulatorem me potiùs quàm probum amicitiaî Fabrum susciperes : non quôd non sis ta tibi ipsi mihique lestis optimus, nisi tua te fallit modestia, majo* rem tibi laudem deberi quàm ex commendatione mea possit acce- •(^lare; sed quia vninùs fortassis credibile tibi futurum sit taie jam ineum de te judicium esse, quale esse deberet, si mihi tam pers- T)ecta probdtaque foret virtus tua,^ quàm frequentissimis omnium |uos de te loquentes audio sermonibus est commentata.

Itauue quod superest, ne longior ejus tota liât importuna salutatio , rogo te et , si poteris y etiara atque etiam peto, ut banc perexi*

bien foible, il est vrai, mais tout-à-fait cordial de mon affection pour vous, comme venant d'un homme en qui vous trouverez, toutes les fois que vous voudrez en faire Fépreuve, Tami le plus obligé comme le plus dévoué.

Je sens qu'il seroit plus doux et plus honorable pour moi de posséder déjà votre amitié, puisque cela même seroit pour moi une preuve que je Paurois méritée. Mais il me sera plus agréable , et peui-étre aussi plus glorieux d'avoir été le premier à vous aimer, vous et les belles qualités de votre esprit, si je vois dans la suite que j'aurai gagné par ce moyen d'être à mon tour aimé de vous. Car celui qui aime le premier, a tout d'abord cet avantage ; et dans cette belle et aimable lutte, oii chacun espère remporter une douce victoire, être vaincu le premier, c'est déjà vaincre. Ainsi donc vous allez me devoir plus que je ne vous dois à vous-même ; mais en retour, je devrai à vos vertus plus que vous ne devrez aux miennes, si tant il y a que je puisse me dire doué de quelques vertus.

Recevez mes saints , illustre seigneur, et aimez-moi.

guam quidam, sed promptissimam et liberalem singularis meaeerga te voluntatis signifirationem sic excipias , tanquàm ab eo profectam, in quo omnia devrrdssimi et amicissimi hominis officia non tam expectare debeas, quàm pro jure et arbitrio tuo, quoties videbitur, vmdicare.

Esset quidem honorificentius mihi, et optabilius, jam amari abs (e, si mererer, ut hoc ipso mereri me intelligerem; sed erit jucundius, fortassis etiam gloriosius, si ob ean^ causam amari me posthàc intelligam^ quôd prior ego te tuique animi dotes eximias amaverim. Nam et plus prœstat qui prior amat, et in prœclaro isto, et laudabili conlentionis génère ex quo suavissimara sibi quisque speret victo* riam, priorem "vinci vincere est. Sic liet, ut plus tu mihi debeas quàm ego tibi; sed plus ego vicissim virtutibiis tuis, quàm tu meis, si tamen is ego sum , qui meas possim uUas dicere. Bene vale , vir ^jlarissime , et me ama.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

Correspondance d'amitié mutuelle ; réponse à la précédente.

Votre lettre m'est parvenue, illustre et vertueux Sénateur; ce gage précieux et si peu attendu de votre bienveillance envers moi a tellement ému mon ame , que, pénétrée de reconnoissance et d'admiration , elle est inhabile à s'exprimer. C'est la bonté extrême qui vous porte, vous, homme vénérable de l'ordre illustre des Sénateurs, à provoquer l'amitié d'un pauvre jeune homme sans expérience ; c'est votre désir déjà ancien de m'accorder votre tendresse , qui excite dans mon cœur une surprise égale à ma reconnoissance.

Si depuis longtemps déjà j'ai nourri dans ma pensée un

* L'original s'en conserve au monastère Je la Visitation d'Annecy. C'est la 2« inédite de la collection-Biaise.

Clarissimo vire senatori integerrimo Antonio Fabro Franciscus de Sales S. Dv

Accepi litteras tuas, vir clarissime et senator integerrime, tuae in me benevolentiae pignus suavissimui.i, quae animum meum tamquàm însperatè adeô commoverunt, ut permixta admirationi grat'ulatio^ mihi meummet ingenium eriperet.

Ea videlicet tua humanitas qud juvenem tyrunculum vir gravissimus senatorii ordini» ad amicitiam provocas, vêtus tuae in me pietatis promerendee desiderium, parem cum gratulatione admirationem concitârunt.

Si qualis in me fuit jam pridem observandi te etamandi propensio,.

penchant singulier à m'attacher à vous et à vous aimer, pour le révéler il me falloit , non pas tant , comme vous le dites avec modestie, une provocation de votre part à l'amitié, que le moyen de le faire , et d'avouer hautement à vos yeux ce qui se passoit en moi-même. Et , en effet , puisque dans tout le monde savant vous vous élevez comme un arbre aux fruits abondans et délicieux , et que votre réputation sur ce point est universelle, depuis longtemps je me propose votre exemple, je m'y attache jour et nuit, et m'efforce de façonner mon esprit de manière à ce qu'autant que possible, il devienne semblable au vôtre , non pas seulement parce que je ne trouverois nulle part ailleurs des talens plus élevés , et bien peu assurément qui pussent entrer en comparaison avec les vôtres ; mais surtout parce que les exemples que nous trouvons dans nos provinces, dans nos villes, et, pour ainsi dire, dans nos foyers, ont pour nous une énergie et une efficacité bien plus active.

Cependant , après plusieurs années , ne voyant point apparoître en moi, je ne dis pas l'image, mais seulement l'apparence la plus légère d'un tel mérite, et quoique bien convaincu de toute ma foiblesse, je n'en ai pas moins gardé le

ejuset fuisset aliqua significatio, non tam ad amandum te, ut modeslissimè loqueris, aliquâ provocatione opus mihi fuisse cognovisses , quàm concessione libéré id agendi ac palàm prolitendi, quod intimis haerebat sensibus.

Universo enim orbi litterario cùm ex fructu arbor optima et sis et habearis, mihi unus perpetuô propositus es qiiem noctes diesque respicerem, et ad cujuf Bxemplar quàm maxime possem genuinè animum meum efformarem, .ion tantùm quôd nullibi superiorem, paucos etiam habeas pares, sed quôd provincialia, civilia, aut, ut ità dicam, domestica exempla nescio quid habeant acutioris energiae &c etTicaciae.

Cùm verô non soliîm speciem, sed ne quidem spécimen tam exprcssaî virtutis in me ulium post aliquot annos viderem meai tenuilatis mihimet salis conscius , videndi te coram et audiendi manebat

désir de vous voir et de vous entendre ; et ce désir de mériter votre bienveillance , s'il y avoit moyen d'y parvenir, étoit tellement persistant en moi , qu'en dépit de toute modestie, si une occasion de l'obtenir ne s'étoit bientôt présentée, à tort ou à raison je n'aurois plus hésité à venir vous provoquer à cette si douce lutte d'amitié , moi foible jeune homme, vous illustre Sénateur.

Pendant que j'aspirois ainsi avec ardeur à trouver cette ocCcaîiion, je ne sais par quel malheur cette bonne fortune n'a pu m' arriver ; car après m'être rendu à Chambéry pour m'y faire inscrire au nombre des membres du barreau, comme j'espérois qu'une fois admis, je pourrois saluer tous les sénateurs, les remercier suivant l'usage et à cette occasion obtenir place parmi vos amis en vous laissant mon nom écrit de ma main; voici que la noblesse se trouve appelée aux armes, et que moi-même je me vois forcé de partir sans vous avoir vu, vous que j'eusse regardé comme un plus grand malheur de saluer seulement en passant, que de ne pas vous saluer du tout, vu surtout que je vous étois jusque-là inconnu.

consilium, ac adeô tuae in me benevolentiae, si quo fieri posset modo, promerendge tante tenebar desiderio , ut cùm illud ampliùs animus meus capere non posset^ omnis modestiœ ruptis repagulis^ nisi brevi per aliquam occasionem licentiam impetra^sem, opportune^ importuné, ipse qualis qualis sum tyrunculus, g^^avissimum senatorem in suavissimura amandi cerlamen evocare non 4ubitassem.

Quam occasionem cùm praecipuè spero, tlim verô nescio quo maio meo lactum est, ut non utroque suo pede milii constaret opportunitas. Cùm enim, ut in advocatorum numerum adscriberer, Chamberium peto, credoque admissus purpuratos omnes patres salutare, de more gratias agere, ac per hanc occasionem inter tuos locum impetrare, meâque manu nomen meum scribere; coguntur ad militiam nobiles, hora intempestivâ ipse cogor discedere insalutato te, quem obiler salutare , prœsertim oui anteà eram ignotus, nullà salutatione nainus ducebam.

' Aux dernières fêtes de Pâques, pendant mon séjour à Chamhéry, vous en étiez absent, et c'est en vain que je me 2)résentai à votre demeure, conduit par M. Copier, docteurmédecin.

Mam tenant donc que par votre lettre , comme par une espèce de cartel, vc ^> avez défié i\ ce genre de combat un soldat plein d'ardeur et belliqueux ae sa nature^ prenez garde d'avoir bientôt à considérer non pas tant celui de nous deux qui le premier est descendu dans l'arène , que celui qui y restera le dernier.

Mais ne vous imaginez point , je vous prie , avoir été le premier en amitié, pour en conclure, ou que je vous dois moins , ou qiie vous devez davantage à mon mérite. J'ai admiré et aimé vos qualités précieuses longtemps avant que mon nom eût seulement pu vous parvenir, et je ne vous ai point aimé avant que fussent en vous ces excellentes qualités innées de votre ame , qui font qu'en tout temps il a été impossible de ne vous point aimer. Et si , par une bonté incomparable, le premier vous m'avez écrit, cela prouve que vous avez été le premier à donner, comme c'est là un apanage en quelque sorte divin, et que j'ai été le premier

Hisce verô paschalibus festfs praeteritis, dùm adessem, tu aberas, cùm D. Copier doctore medico ductore tuas eedes frustra peterem.

Quare cùm jam per litteras ac obsignato veluti rescripto ferventem jam et suâpte naturâ pugnacissimum hoc in génère certandi militem provocaveris, videndum est utique '^bi ne tam quis prior in aleam descendent observes, quàm quis posterior supersit.

Neque tamen efficias velim te priorem amasse, quôd existimas aul hinc minus me tibi debere, aut te magis virtutibus meis. Ego enim tuarum illustrium virtutum et amator et admirator fui, priusquàm Tel de nomine tibi notus esse possem 5 nec antè amavi, quàm in te fissent eae quae connatae tibi sunt eximise animi dotes, quîe te non amari nullo unquam tempore permiserunt. Quôd autem per summam humanitatem prier ipse scripseris, îd niniiriim causai fuit, et te prie-

à recevoir, comme cela convenoit à mon infériorité. Et pour ne pas paroître honorer plutôt en vous la dignité sénatoriale que la vprtu accomplie du sénateur, je pensois qu'il n'étoit pas convenable de vous adresser mes hommages tant que je me trouverois éloigné de vous, persuadé comme je l'étois que mon nom n'étoit parvenu aux oreilles d'aucun de nos sénateurs, et qu'ainsi nul d'entre eux n'avoit pu parler ou entendre parler de moi , pauvre jeune homme encore si obscur. Mais puisqu'il en a été autrement, je me réjouis d'avoir pu aussi facilement acquérir votre bienveilllance, qui sera pour moi bien moins un sujet d'orgueil ( quoique mon amour propre ait bien le droit d'être flatté), qu'un motif de mieux faire.

J'ai en même temps à craindre que, lorsque vous verrez aussi mince , je devrois dire aussi nul, mon mérite que vous vous étiez imaginé si grand, vous ne vous repentiez de votre amitié pour moi, et que vous n'ayez quelques regrets de me l'avoir témoignée; j'ai à craindre que, cueilli dans une saison trop précoce, ce fruit si doux qu'elle me faisoit goûter ne vienne à se flétrir. Mais cette crainte doit être modérée par la connoissance que j'ai de votre bonté si grande, jointe

rem dare, quod diviniusest, et me priorem accipere, quod inferius decebat. Et ego ne potiùs in te senatoriam dignitatem, quàm in senatore consummatissimam virtuten» colère existimarer, absentera salutare minime consentaneum videbatur, cùm prœsertim me non ejusmodi juvenem crederem, qui in ore vel aure cujusquam purputatorum patrum venissem, in intima vid^^icet juvenili umbrà adhuc lelitescens. Quod cùm secùs evenerit, et'lœtandum mihi est me tam acilè tuam benevolentiam consecutum, quaî non tam superbiam { etsi non levis esset titillatio ) excitât ullam , quàm in melius eundi animos addit.

Et simul verendum ne cùm minora, forsan etiam nulla, quaî ae me audivisti majora in recessu, prœsens cognoveris, et te amasse, et amorem significasse pœniteat, ac is quem indè suavissimum gusto fructum pra^coci maturitate perceptum, repente etiam marces^al* Yerùm id tua moderabitur humanitas^ quam ità cum summà pruden-

à une prudence telle que nulle exagération, amplification ou diminution, soit en bien soit en mal, aucune adresse, aucun ornement de paroles de gens habiles à faire des rapports, nt sauroient vous séduire. Ainsi donc, sans m'enquérir si c'est pour exciter mon penchant à la vertu , ou pour satisfaire votre propre penchant pour cedx qui renferment en leur ame quelque foible semence de cet esprit et de cette honnêteté dont vous trouvez en vous les sources les plus abondantes, que non content de m'aimer (ce qui, sur ce qu'on vous avoit rapporté de moi , étoit pour votre cœur une iiorte de nécessité ) , vous vous êtes porté de plus à m'écrire , je ne crains plus que désormais vous cessiez de m'aimer.

Quant à moi , moins je m'imaginois être connu de vous, même de nom, moins j'attendois par conséquent votre lettre, et plus j'ai admiré votre bonté extrême , et plus est devenu immense mon désir de vous parler et de vous voir. Car dire que l'admiration produit en nous le désir de connoitre , c'est un proverbe des plus sûrs et qu'on nous a appris dès notre entrée en philosophie.

En attendant ce bonheur, et en vous remerciant pour la bonté que vous avez mise à m'écrire le premier, je vous pro-

tiâ in te conjunctam esse non dubito , ut nuUa bonœ vel malee famae exaggeratio, additio, subtraclio, nulla etiam referentium ornamenta ac locupletationes te decipiant. Quare sive mei ad virtutem sludii promovendi causa, sive tuae in eos qui vel exiguum habent ingenii ac probitatis sementem ( quarum in te sunt uberrimsB segetes ) propensionis sedandœ, non amaveris tantùm ( quod fide non negatâ referentibus necesse liabebas ), sed eliam scripseris, nihii formido quin deinceps amare pergas.

Ego quô minus me vel de nomine tibi notum esse divinabam ac adeô tuasexpectabam litteras^ eô magis tantam tuam humanitatemsum praeter modum admiratus, que factum est ut in immensum tui aspectus et collocutionis desiderium creverit. Admirationem enim cognoscendi desiderium parère philosophiee in limine tutum est proverbium.

Intérim dùm id expecto • et mihi quàm maximaî agendae graliae VII. 2

mets que personne ne me surpassera dans Toffice de vous honorer et de cultiver votre amitié , et que je r<?pondrai de cœur et de volonté à votre bienveillance pour ma personne , quoique mes lettres, si foibles de génie et de composition^ soient loin de répondre à la gracieuseté et à T élégance de la vôtre, que je ne puis prendre en main sans être emporté par le plaisir de la lire , et puis de la relire encore , et toujours avec de nouveaux sentiments d'estime pour vous , en sorte que mes forces peuvent à peine y suffire ; tant il est vrai que celui-là «st pris qui a voulu prendre.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

Saint François parle de la supériorité en éloquence que le Président a sur lui. Vous aviez certainement besoin de toute l'influence de

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 3» inédite de la collection-Biaise.

quôd prior scripseris^ promitto me in colcndo te et observando nullum unquàm habiturum superiorem, actuaein me humanitati intima responsurum voluntale , quamvis meai minusculae litteraî jucundissimis et elegantissimis quas dedisti non respondeant : quas ditm capio, îego identidem^ ac relegendi finem facio nullam, tanta me capit voluptas ac tuî obsei'vantia , mantam animus meus capere potest; Sdeô scilicet verum est captum esse qui ceperit.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, praepositus ecclesige

Gebennensis, S. D.

Nullâ sanè minori auctoritate eâ, quam maximam apud me habes, Hidduci omninô possera ut crederem, id ità semper esse verum quod

Totre persuasion pour me faire admettre qu'en général , comme vous le prétendez dans votre lettre, il est plus facile de répondre à un défi épistolaire que de le porter le premier. Car du reste, comme j'étois sur le point de prendre l'initiative quand votre charmante épitre m'est parvenue, les traits si brillants de votre courtoi '• ' m'ont tellement ébloui l'esprit, que malgré les bonnes dispositions où je me trouvois pour vous écrire, je désespérois de pouvoir jamais atteindre à la hauteur de votre génie.

C'est ainsi que l'oracle d'Apollon répondoit, dit-on, avec tant de sagacité, que, s'il eût posé des questions lui-même, toute la sagesse humaine auroit échoué contre ses problèmes. Yotre supériorité m'écrase sous tous les rapports , et je ne puis en aucune manière me mesurer avec vous , à moins peut-être que je n'entame la correspondance ou que le sujet ne soit de mon choix. Car telle est l'estime que je vous porte, que, sur ce point, on peut tout au plus rivaliser avec moi, mais l'emporter jamais; et cette estime est imprimée dans mon cœur en de tels caractères , que le temps ne pourra jamais l'en effacer.

Adieu, que Jésus-Christ vous soit en aide.

scribis, respondere nimirùm facilius esse qiiàm provocare. Adeô namque ahoquin , cùm in ipso ferè provocancli articulo tuas illas amœiiissimas Htteras accepissem, tanta? tuse humanitatis lumine mentem meam obtundi sensi, ut qui jn njam scripturus eram , tantae humanitati respondere posse omninù .ieinceps desperarem.

Sic enim Apollinem cum tan ta subtililate respondentem inducunt, ut si interrogasset, nullâ humani ingenii virtute responderi potuisset. Tam multis namque partibus superior es nobis , ut nullâ proportione tecum certare possimus, nisi tùnc agamus, cimi agere nondùm cœperis, vel si voluntate res tractanda sit. Tanta enim meaestergate observantia^ ut ex hâc parte vix equidem parem , superiorem omninô neminem habere possim, née alio egeat monumento, qua3 tam iiisigni charactere sit insculpta^ nullius ut temporis injuria deleri possit.

Bene vale , et Christum habeto propitium.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

11 le remercie de l'avoir mis en relhcxon d'amitié avec François Girard, et promet d'entretenir une correspondance avec tous les deux.

Si VOS excellentes qualités et votre bienveillance pour moi ne vous donnoient depuis longtemps des droits à mon dévoûment, ils vous seroient acquis aujourd'hui à bien juste titre, par les rapports agréables que vous m'avez ouverts avec François Girard, puisque, d'après sa lettre, je les dois à votre persuasion et à la confiance qu'il a en vous. Que pouvoit-il m'arriver, en effet, de plus heureux, humainement parlant? Un tel ami est un cadeau rare, inappréciable, et d'autant plus flatteur pour moi, que j'étois loin de pouvoir y prétendre.

1 L'original s'en conserve au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 4* '.nédite de la collection-Biaise.

-Implissimo senatori Antonio Fabro Franciscus de Sales, ecciesiae Gebennensis

prgepositus, S. D.

Si tuis virtutibus jam pridem , * tuse erga me humanitati me ^jotum non deberem , deberem nùnc [jrofectô titulo omni exceptione majore, ob benevolentiam Francisci Girardi, cujus tu mihi auctor extitisti, tuâ scilicet , uli litteris ad me suis mandavit , eloquentiâ et apud eum adctoritate. Quid enim tali amico optabilius in humanis esse potest? Donum istud est ipsâ raritate illustre, ac quod nullo possit œstimari pretio longé pretiosissimum , mihique eô suaviùa possidendum, quô certiùs agnosco nihil unquàm taie mois mentis accedere potuisse.

Ne craignez pas toutefois qu'on vous accuse de légèreté,' pour avoir oublié le peu de rapport qui existe entre ce cadeau et l'homme qui le reçoit. Car Alexandre-le-Grand pensoit avec raison qu'un présent doit plutôt être digne de celui qui le fait, que de celui qui l'accepte; en sorte que, de- ces deux hommes, on doit moins envisager le second que le premier. Ainsi, en m'associant à ce qui fait les délices de votre cœur, je veux dire aux bonnes grâces de François Girard , vous m'accordez une faveur tout à la fois au-dessus de mon mérite^ au niveau de celui de François Girard, et en harmonie avec l'amitié dont vous m'honorez. Par voie de conséquence, attendu que depuis longtemps je suis en communauté de sentimens avec vous, je le deviens aussi avec votre ami François Girard, tout, jusqu'à la moindre bagatelle, étant commun entre vous deux. Certes, en cela je ne crains aucune discussion •de partage; car si l'amitié que vous vous portez l'un à l'autre estindissoluble,ilen sera de même de votre bienveillance pour moi , et de même aussi l'estime que je vous porte , étant -établie, comme elle l'est, dans votre âme, s'identifie nécessai-

Neque verô proptereà in te quicquam imprudenliae esse dixerit quispiam^ quôd nùm donatarius cum dono sibi certâ respondeat proportions parùm prospexeris; verurn enim est quod Alexander Magnus credidit^ satius fore si donatore dignum sit donum,licet alioquin imparem sortiatur donatarium^ ut in eo non tam ad quem, quàm à quo proficiscatur considerandum sit. Rem ergô fecisti meis longé superiorem meritis, Francisci Girardi humanitate dignam, ei quam tu mihi tecum esse voluisti amicitiaî consentaneam, qui mihi bonum illud animi tui singulare, hoc est^ voluntatem eximii viri Francisci €irardi , mihi quoque fecisti commune. Atqui consequens erat, quôd me, jampridem in solidum tuum, Francisco quoque Girardo tuo in solidum adduxeriS;, ne vel minimse rei inter vos socielas desideraretur; quâ in causa nullam plané sentio formidinem ne aliquam inter Jios concertationem dividendo experiri velitis^ quandoquidem ambo si amici estis individui, estis et vestrâ utriusque erga me benevolentiâ uti et mea ergà vos obser^'antia, cùm animée penitùs hccreat,

i22 OPUSCULES

; rement avec elle, et participe de son essence qui est, suivant le langage de Técole , d'être tota in toto , et tota in quâlîbet parte^. D'où il suit que si un même objet peut, dans le système des Stoïciens, appartenir à deux personnes à la fois, c'est, sans contredit, une intimité de ce genre.

Conserver précieusement l'affection de tous mes amis, surtout, mon bon Favre, celle de François Girard et de tous autres dont il vous plaira de me fabriquer des amis, c'est un vœu ardent qui vivra toujours dans mon cœur. Pour que ce vœu puisse être exaucé , puissé-je m'attacher à vous non-seulement de paroles (comme a coutume de le faire François , prévôt de l'église de Genève , et sous ce rapport comme sous d'autres semblables, il y a entre vous et moi je ne sais quel air de famille) , mais encore de fait et par des services effectifs, afin qu'à ce titre du moins je ne paroisse point indigne de l'amitié de personnes aussi recommandables que vous , et qu'avec la conscience que j'ai de mon indignité, je rachète les bonnes qualités qui me manquent, par le regret que j'éprouve d'ea être privé.

* Tout entière dans le tout , et tout entière dans chaque partie.

ipsi cedat necesse est, ejusque sequatur naturam, quae tota est in toto, et tota, ut secundùm artem loquar, in quàlibet parte. Quo fit ut, si res ulla, ex Salomanorum * placito, duplicem admittat possessorem, ea maxime est amicitia.

Vivet verô semper in pectore meo ardens quoddam desideriura omnesquidem amicitias, sed hanc maxime Francisci Girardi, et caeteras quie ex tua, Faber optime, prodibunt officinâ diligenter colendij quod ut orœstare possem, aiinam non verbis tantùm (qualia solet Franciscus praîpositus, et id genus alla, in quibus nescio quid inter nos est similitudinis), sed re etiam et meritis, quod tu credis, conjungeremur, utamore preeslantissimorum virorum vel eo nomine meritô non indignus videar, qui me indignum esse agnoscam libenter, et tenuitatem meritorum desiderii amplitudine resarciam.

» Peut-être faudroit-il lire ici Stokorum,

Du reste, si j'ai mis quelque délai à répondre à votre lettre ou à celle de François Girard , le motif de ce retard , qui vient de ma famille, est, je pense, également plausible et flatteur pour vous qui aimez à remplir les devoirs de Famitié. Vos u«ux lettres me sont parvenues lejourdes Apôtres Saint Simon et Saint Jude : après les avoir relnps plus de dix fois, et c'est le sort de toutes vos épîtres, je rem eU ois au lendemain ^our prendre la plume, afin qu'en un jour où les magistrats vont prêter serment entre vos mains, j'eusse aussi moi-même des protestations à vous faire

De caetero quôd parùm promptus fuerim in respondendo, vel tuis, velFrancisci Girardi litteris, causam profero, non meo quidam judicio minus honestam, nec tii)i, ut arbitrer, minus jucnndam, qui familiaritate delectaris , quôd scilicet ex média familiâ deprompta sit. Accepi vestras utrinque litteras Sanctorum Simonis et Judse die, quas deci'^s et iterùm, uti soleo omnia tua, repetitas, dùm deraitto postridiè scripturus, ut par occasionem atiam stati temporis qua togataB militiaî sacramentum faciendi ( gratiâ) ad vos plerique conteû» dunt, ego quoque in prsecapta tua jurarem

> ^/V/\,/\/V/\/N/\/VN/WW^^/

vn.

lettre'

DU SÉNATEUR FAVRE A S. FRANÇOIS DE SALES

Cette lettre fut écrite à saint François de Sales lorsqu'il étoit prévôt de l'Eglise de Genève , pour l'inviter à accepter la dignité de sénateur, qu'il avoit constamment refusée.

Vers le mois d'août 1593.

Vous dites, mon cher frère ', que vous voulez demander permission à la théologie de retourner, par certain droit de recouvrement , à l'estude de la jurisprudence, qu'il y a prés de deux ans que vous avez interrompue. Si cela est, je m'en resjoûys merveilleusement, et en moy-mesme, et avec la jurisprudence, et avec vous, si c'est pour vous que vous le faites, comme à la vérité vous devez le faire : avec vous, auquel je voy une très-grande moisson de gloire estre préparée par ce dessein ; avec la jurisprudence, parce que j'ay con-

* Tirée de la Vie du Saint, par Gh.-Aug. de Sales, tom. 1, p. 75-80. C'est la l'c de la collection-Biaise.

* Saint François et le sénateur Favre se traitoient mutuellement de frères.

Ais , charissime frater, velle te à theologiâ impetrare facultatem ad jurisprudentiae sacra, quai superiore biennio intermisisti^ quodam postliminii * jure repetenda. Quo nomine non solùm mirabiliter gaudeo, sed etiam , si tua causa id facis , ut facere debes , et tibi et jurisprudentiœ gratulor : tibi , oui amplissimaTi gloriœ messem ex eonsilio paratam esse prospicio ; jurisprudentiae, quam mira ingenii tui felicitate ornatum maxime et illuslratum iri conlido , si , quod

* Postliminium signifie le retour à un bien ou à un pays dont ou avoit été enlevé de force.

fiance qu'elle se verra grandement ornée et illustrée par la merveilleuse félicité et fécondité de vostre* esprit, si vous faites ce que je ne doute point que vous ne fassiez, c'est à sçavoir, que vous vouliez tellement vous addonner à icelle, que vous pensiez que sa louange soit conjoincte avec la vostre, puis qu'elle a esté la première qui vous a eu pour nourrisson de sa science.

Que si, comme vous dites, et que je veux croire pour me plaire d'avantage, vous le faites à cause de moy, et parce que je vou& le persuade , encore ne laisseray-je pas de m'en resjouyr avec la jurisprudence, puis que je dois désormais avoir cette opinion , que vous n'userez pas de moins de diligence et d'industrie en ce que vous ferez pour ma considération , qu'en ce que vous ferez pour vous-mesme. Mais principalement j'ay dequoy me resjouyr en moy-mesme, auquel est arrivée une si belle et si facile occasion de bien mériter de la jurisprudence, quand il n'y auroit que ce que je vous ay poussé à vouloir bien mériter d'icelle.

Mais comme qu'il en soit, j'ay tousjourssubjectdevousen remercier avec le plus d'affection qu'il m'est possible , puis que vous faites profession de déférer tant, soit à mes prières,

facturum te non dubito, ad eam sic voles incumbere, ut, quse te prier disciplinse suae alumnum habait , ejus laudem cum tuâ putes essf conjunctam.

Si, ut ais, et ego, ut mihi magis placeam, credere volo, meâ poilus causa, et quoniam ità suadeo, idipsum facere voles, equidem perindè gratulabor jurisprudentia), cùm jam sic aflectus esse debeara, ut in eo quod meâ causa faciès, non minorem, quàm si tuâ, diligentiam et industrian jollaturum te persuasum habeam; sed mihi potissimùm, cui tam preclara ista tamque facilis obtigerit benè de jurisprudentia merendi occasio , vel hoc solo quôd te induxerira uti de eâ benè merereris.

Utcumque verô sit, est quôd quantas possum tibire'eram gratias, [^ui meis sive precibus sive consiliis tantùm indulgere te proliteris.

soit à mes conseils, que vous ne refusez point, non-seulement de dresser la façon de vos estudes selon ma volonté, ce qui seroit plus facile, mais encore de la changer après qu'elle auroit esté desseignée et resouluë.

A n'en point mentir, j'estime que pour bien estraindre les nœuds de nostre mutuelle amitié , il est tellement nécessaire que nous nous exercions à de mesmes estudes, que, si vous ne m'eussiez pas déféré le premier en caste occasion, peut* estre que, si le sénat et ma femme Feussent permis, j'eusse suyvy la théologie pour la jurisprudence.

Mais hors de risée , je ne m'esbahys pas , ny ne suis point marry que vous preniez vostre grand plaisir en la théologie ; car c'est la propre et particulière science de ceux que nostre bon Dieu a faicts et formez, non seulement pour les plus grandes dignitez de l'Eglise, que je vois vous venir au devant d'elles-mesmes, mais encore pour la pieté, que je sçais certainement que vous observez et cultivez tres-syncerement et sainctement, de nom et de faict.

Et pleust à Dieu , que j^eusse la commodité que vous avez pour cet effect ! croyez -moy , la volonté nyîe courage ne me

ut studiorum tuorum îegem ex arbitrio meo non solùm instituera, quod esset facilius, sed etiam institutam et compositam immutarô non récuses.

Ego certè ad sancta mutuœ necessitudinis nostrse fœdera constringenda adeô pertinere arbitrer uti studiis iisdem exerceamur, ut, nî tu mihi hâc parte prier concessisses^ fuerim fortassis, dùm per senatum et uxorem licûsset^ theologiam pro jurisprudentia secuturus. ■ Sed extra jocum, placeie tibi imprimis theologiam nec miror, nec doleo : est enim propria illa et peculiaris illorum scientia, quos Deus optimus maximus non tam ad amplissimas quasque Ecclesiaf dignitates, quas jam tibi sua sponte obvias video, quàm ad pietaten: informaverit , cujus te gravissimum et sanctissiraum, non nomen, sed numen prœcipuo cuitu habere certô scio.

Atque utinàm eadem mihi, quae tibi, in eam rem opportun! tas ^desset l non voluntas, mihi crede , abesset, non animus. Neque

manqueroient pas. Toutefois je ne désespère point que, si Dieu vouloit que nous vescussions un jour ensemble, et peussions joûyr d'un plus entier et plus asseuré loisir, il ne me vienne un grand désir de gouster de la théologie à vostre exemple et à vostre aide ; et il y a desja bien longtemps que je me sens chatotiillé de ce désir, et serois bien-heureux de mVnvieillir en icelle , et d'a^j^^i endre ainsi le moyen de mouril dans le Seigneur : qui doit estre le but de la vie chrestienne. Mais puis que je ne dois point abandonner la Sparte que Dieu m'a donnée , et ne sortir point tant hors de la cognoissance de moy-mesme que de porter témérairement mes desseins à embrasser la théologie, estant des-ja incapable de h seule jurisprudence, certes il est entièrement convenable que cependant je mette mes soins et mes affections à ces estudes sans lesquelles ny ma charge , ny ma dignité ne peuvent pas se bien porter. Vous estes bien plus heureux que cela, vous qui , en cet aage où vous pourriez encore implorer le bénéfice de restitution en entier *, comme vous le dites, estes en terme de pouvoir, si vous voulez ( et vous devez le vouloir, puis

' Restituer en entier se dit, en terme de droit, des jugemens qui se rendent pour casser des actes où il y a eu des lésions ou des nullités, et par lesquels on remet les parties au même état où elles étoient auparavant.

tamen despero quin , si quandô unà nos vipère, et securiore plenio* reque otio frui Deus volet, et exemple et auxilio tuo, théologie quoque degustandse desiderium non parvum subeat, quo jamprideic titillari me sentio, in eoque, ut in Domino mori discam, qui christianae vitae scopus esse débet, tandem aiiquàndô consenescam.

At cùm neque Spartam qua3 mihi divinilùs data est deserere uUr6 debeam, neque ï me ipse tanto abesse intervallo;, ut, qui vel soli jurisprudentise imparem me video, theologiae etiam amplectendas ie« merarios spiritus sumere velim ; plané conveniens est, ea mihi intérim studia praecipuè et in amoribus et curse esse , sine quibus nec •officii mei , nec dignitatis ralio satis recta constare possit. Tu verè longé beatior, qui, in istâ potissimùm aetate quae, ut ais, restitutionis beneficium admittere adhùc posset, jam consecutus sis, ut et

que vous pouvez), embrasser et Tune et l'autre science, comme le comporte vostre dignité et celle de ces deux sciences

elles-mesmes.

Mais il me semble de vous voir en peine de sçavoir ce que je veux dire, et quelle est ceste condition que j'ai mise : si Dieu vouloit que nous vescussions un jour ensemble. Seroitce point peut-estre que j'espérasse de pouvoir dans peu de temps prétendre un canonicat en vostre ti'es-sainct collège, et l'obtenir par vostre libéralité , et principalement par l'authorité vostre? Mais il faudroit que j'obtinsse au préalable de ma femme qu'elle desirast la mort, et qu'elle mourust de faict, devant que le souffrir.

Quoy donc (mais j'ai peur que vous ne vouliez pas m'escouter)? je vous appelle à nostre collège, et vous exhorte, avec le plus de contention qu'il est possible, non pas de prétendre maintenant à la dignité de sénateur, mais de la recevoir allègrement, selon que, par un exemple tout nouveau, elle se présente si honorablement à la grandeur de vos mérites, et vous conseille de saisir l'occasion présente ; non pas qu'il faille craindre, si vous vous regardez, que jamais elle s'eschappe de vous contre vostre gré, mais à fin que vous

utramque scientiam , et tua et utriusque dignitate , capessere possis, si voles, et velle debeas, quia potes.

Adhùc videor mihi videre hœsitantem te, quccnam illa conditio sit quam admisi : Si unà nos vivere Dem volet. An fortassis quôd eventurum sperem, ut in sanctissimo illo vestro collegio canonicatum brevi ambiam, et liberalitate vestrâ , tuaque prœsertim aucloritate adipiscar? Sed à dileclissiinâ conjuge priùs impetraverim ut Tnortem optet et oppetat, quàm utid patialur.

Quid ergô ? Ad noslrum ego tt, À noslrum, inquam ( vereor enim ne non exaudieris), collegium voco, et quanta possum contentione hortor ut senatoriam dignitatem nonjam ambias, sed summis meritis tuis tam honorificè novoque exemplo oblatam alacrités suscipias, prœsentemque urgeas occasionem : non quôd verendum sit, si te respicis, ne invitum te unquàm effugiat, sed ut tantô longiores dulcio-

ecue illiez de plus longs et de plus doux fruicts de vostre dignité, de laquelle ce ne sera pas un des moindres avantages qu'en une si grande perturbation de toutes choses et misérable condition des temps, vous ayez esté si vistement et si -véritablement digne d'estre promeu à icelle.

Et qu'est-ce qui peut vous anester en cecy, ou vous faire retarder davantage? N'avons-no us pas des evesques et des abbez, et, à fin de vous le marquer par la chose mesme jugée , et qu'il n'y ayt plus lieu de douter, n'avons-nous pas eu en nostre sénat vostre prédécesseur, estant en mesme temps prevost de vostre Eglise, Empereur *, et tres-addonné à la théologie , homme très-excellent , et qui m'estoit familier par dessus tous? Et ne sommes-nous pas prestres, ettraictons-nous pas les saincts et sacrez mystères des choses divines et humaines? Et en fin , ne recitons-nous pas le bréviaire (si vous souffrez que je rie un peu parmy la seriosité) ? car combien de fois, dans le bureau secret, ne rapportons-nous pas lesprocez par bréviaire^!

1 11 s'agit d'un ami de M. Favre, et qui portoit le nom de François Empereur, auquel saint François de Sales avoit succédé dans sa charge de prévôt i M. Favre joue ici sur ce nom. — 2 c'est-à-dire sommairement.

resque dignitatis tuse fructus percipias, cujus nec minima pars illa futura sit^ quôd^ in tan là rerum omnium perturbatione, tamque perdità temporum conditioner tam citô verèque dignus habitus sis qui ad eam promovereris.

Quid verô esse potest quod te remorari aut ad cunctandum movere debeat? Annon et episcopos et abbates habemus? et, ut de re judicata prœscribara, ne dubitationi locus relïnqualur^ nonne ipsum quoque Ecclesiœ vestraî prœpositum, decessorem tuum^ virum clarissimum, mihiqub pr» céleris omnibus , nescio quo bono fato, familiarissimum, eumdemque Imperatorem, etlheologiae deditissimum, senatorem habuimus? Annon et sacerdotes sumus, et sacrosancta divinarumet humanarum rerum mysteria tractamus? Annon denique et breviarium ( si inter séria jocari me patiaris), quoties in secreto auditorio lites ex breviario recilamus ?

Et que peut-il nous arriver de plus glorieux , ny de plus honorable à nostre sénat, ny de plus désirable à tous les bons , que de vous voir assis parmy ceux desquels la dignité vous estant commune , pourra rendre la vostre plus illuslre, ■et devenir plus illustre elle-mesme par l'adjonction de la vostre ?

Mais vous me direz que cette fonction vous retireroit de la méthode de vie et d'estude que vous avez desseignée et résolue. Je vous responds qu'au contraire elle vous advertiroit (quoy que vous n'ayez point besoin d'advertissement) de vous proposer tousjours, et à vous et à nous, pour un exemple d'imitation, et de suivre perpétuellement ces estudes par lesquelles vous vous seriez acquis une si grande réputation de pieté et de science, qui eust donné subject à une si grande dignité.

Et il ne vous sera point diiO&cile d'obtenir du prince, du sénat et de la jurisprudence, de bailler tant d'heures que vous voudrez à l'es^ude de la théologie. De moy, que vous devriez en cela plus craindre que personne , je vous promets que vous l'obtiendrez aussy, et me tiendray tousjours trop heureux, et croiray que ia jurisprudence sera par trop satis-

Quid autem vel tibi gloriosius^ vel amplissimo ordini honorificentius, vel denique bonis omnibus optatius, quàm inter eoste sedere, quorum dignitas tibi communis, et iliustriorem tuam reddere, et ex tua occasione illustrior ipsa fieri possit?

At revocaret te , inquies, ea functio ab institutœ vitse studiorumque ratione. Imô admoneret potiiàs , quamquàm admonitione nullà eges, uti teipsum ei tibi et nobissemper ad imitandum proponeres; et quibus sludiis eam tibi pietatis et scientiae famam comparasses, quîB tantee dignitatis materiam peperisset , ea perpeluo sectaroris.

Nec erit tibi difficilius h. principe etsenatu quàm ab ipsà jurisjirndentiâ impetrare, ut et potiores et quantas voles theologia; horas largiare. A me etiam, quem in eo pertinaciorem contradictorem \v\rv\ deberes, idipsum te facile impetraturum promitto : quippè qui uui.is féliciter et cum jurisprudentià et mecum actum putabo^.si te aii-

faicte, si je puis un jour vous appeler frère en qualité de sénateur, comme je le puis déjà en qualité d'ami.

Et certes, si vous me concédez tant que, parce que je le veux, vous estes prest de retourner en grâce avec la jurisprudence, que vous pensiez de répudier, pourquoy ne vous laisserez-voT-às pas aussi persuader d'accepter les choses qui sont entièrement conséquentes, etdeoeaucoup plus glorieuses à vous , et plus agréables à moy , et plus utiles à la république, à laquelle il faut tousjours avoir principalement esgard?

Je ne vous exhorte pas à ceste vaine gloire, que je sçay estre autant esloignée de vous qu'elle le doit estre de tout homme chrestien et dévot, et qui est né pour la vraye gloire, et laquelle , encore qu'elle devroit estre prise de l'estime des hommes , il faudroit neantmoins qu'elle suivist , non pas qu'ellb fust désirée. Je ne prétends qu'une chose : c'est qu'il n'y a rien au monde que vous deviez faire plus volontiers, pour vous, pour moy, et en fin pour l'utilité publique. Et j'espère que vous ne voudrez pas sembler avoir moins de considération de vostre dignité que de vostre volonté.

quando senatorem, et ut voluntatis^ ità dignitatis communione fra* trem dicere potero.

Etverô, si tanlùm mihi tribuis, ut^ quia sic volo, jurisprudentiam, oui repudium mittere cogitabas, in gratiam recipere paratus sis, quidni ea quoque tibi persuaderi patiare, quœ sunt prorsùs consequentia, et tibi longé magnificentiora, mihi jucundiora, ipsi quoque reipublicîB, cujus prœcipuam rationem semper haberi œquum est, utiliora?

Non te hortor ad vanam illam gloriam, quam à te tantùm abesse scio , quantum à christiano pioque viro , ad veram gloriâm nato, abeese debeat; quœque, etiamsi ex hominum existi.natione aucupanda esset, sequi tamen, non appeti deberet : sed hoc unum contendo, nihil esse quod tu, vel tua vel meâ, vel denique pubhcaî utilitatis causa, libentiùs concedere etprœstare deberes; quô magis mihi sperandumest, non commissurum te, uti minorem digniiaiis tuaeqi^«s Yoluntatis rationem habuisse videaris.

LETTRE

DE S. FRANÇOIS DE SALES AU SÉNATEUR fAVRE.

Il lui répond qu'il ne peut accepter la charge de Sénateur, et lui détaille

ses raisons.

Vers le mois d'août 1593.

Je ne puis que vous remercier, mon frère, de la bonne volonté que vous me témoignez, et je n'en attendois pas moins d'un cœur tel que le vôtre ; il n'y a rien aussi que je ne fasse pour vous en témoigner ma reconnoissance, surtout en suivant vos bons avis tant que je pourrai. Cependant vous me permettrez de vous dire que pour ce coup nos sentiments ne peuvent pas s'accorder ensemble , et j'espère que vous en conviendrez lorsque vous aurez lu ma présente lettre.

C'est un principe incontestable, et un oracle sorti de la bouche même du Sauveur, que nul ne 'peut bien servir deux maîtres ^. Si jamais cette maxime a convenu à quelqu'un, c'est à moi , qui no suis déjà que trop incapable de la charge que j'exerce. Comment suiïîrois-je à deux emplois d'une nature si différente, qui demandent un homme tout entier, et qui exigent une si grande assiduité? Vous n'ignorez pas quelle est l'obligation de la résidence par rapport aux bénéficiers. Or, en acceptant la charge de sénateur de Chambéri, je ne pourrois m'acquitter de ce devoir ; cette ville est trop

ï Tirée de la Vie du Saint , par Ch.-Aug. de Sales. C'est la 2« de la collection-Biaise. On ne donne pas celte lettre comme les propres termes de saint François de Sales; il n'y a que le sens, que Gh.-Aug. de Sales nous a conservé.

* Nemo potest duobus dominis servire, Matth., VI, 24.

éloÎErnie d'Annecy et de Genève pour cela ^ Yons d<îvez donc conclure que je ne dois point accepter cette dignité.

Croyez-moi, mon frère, votre illustre corps et ' J jurisprudence ne perdront rien à cela : il y en a une inf iité d'autres qui rempliront mieux cet emploi que moi, qui lui feront plus d'honneur, et qui, étant plus habiles, seront aussi beau- . coup plus utiles à la république. En vérité, je me ferois un grand scrupule d'occuper la place qu'ils méritent, et que je ne mérite pas.

Mais quand j'aurois toutes les qualités requises, je vous ai déjà dit que ces deux états sont d'une nature trop différente pour n'être pas incompatibles.

Je sais que la jurisprudence est très-sainte par elle-même, et par la fin qu'elle se propose; néanmoins elle ne laisse pas de traiter souvent des choses du monde. Or, il ne faut pas mêler le sacré avec le profane ^ ; et quiconque s'est une fois engagé a combattre sous les enseignes de Dieu , ne doit pas se mêler des affaires séculières ^

Yous connoissez mon humeur, et vous savez l'éloignement extrême que j'ai pour les procès et la chicane. Ne vaut-il donc pas mieux, sans comparaison, que je ne pense plus désormais qu'à instruire les peuples, et à leur annoncer la parole de Dieu ? Yoilà mon état , ma vocation, et la fonction de mon ministère. Pensez-vous qu'en m'appliquant à l'étude du droit, je pusse m'attacher à la prédication aussi sérieusement et aussi fortement qu'il le faudroit? et ne savez-vous pas que le sens qui est appliqué à plusieurs objets a moins de force pour chacun d'eux en particulier *? J'aurois bien d'autres choses à vous objecter, mais je ne puis vous en parler à présent.

* Annecy est à neuf lieues au nord de Ghambéri, et Genève en est à seize lieues nord-est.

2 Non sunt miscenda sacra profanis.

3 Nemo militans Dec implicat se negotiis saecularibus. II. Tim., II , 4.

* Pluribus intentus miuor est ad singula sensus.

Page 1