VII
Je n'ay plus qu'un mot à vous dire en finissant. Je me sens tres-obligé, non-seulement à S. A. S. de la grâce qu'elle m'a accordée et de l'honneur qu'elle m'a fait, en m'envoyant les lettres de sénateur , mais mesme à tous ceux qui se sont employés pour me les faire obtenir. Cela servira toujours à la gloire de notre famille et à illustrer nos archives ; c'est là tout l'usage que je crois en devoir faire, parce que je me seniî ime répugnance insurmontable à joindre la vie ecclésiastique' avec la vie séculière , et l'embarras des affaires et de la chijane. "Voilà mon sentiment, mon cher frère; c'est pourquoi ce vous prie de ne plus me presser là-dessus.
LETTRE
DU SÉNATEUR FAVRE A S. FRANÇOIS DE SALES
Le président Favre se plaint de n'avoir pas reçu de ses lettres et craint qua les siennes ne se soient égarées; il lui parle de la dignité de Sénateur, à laquelle le duc de Savoie so:^eoit à l'élever.
Chambéry, 30 novembre 1593.
Votre silence commençoit déjà à me paroître un peu long. Néanmoins, la privation de vos lettres, toute pénible qu'elle
* L'original en est conservé dans le monastère de la Visitation d'Anueey. C'est la 5e parmi les lettres inédites de la collection-Biaise.
AmpUssimo vire Francisco de Sales, prseposito ecclesiae Gebennensis,
Antonius Faber S. D.
Ghamberii, 30 nov. 1593.
Mihi verô jam longior ista cessatio videbatur ; neque tamen tam «0 Domine molesta, quôd nuUas ad me litteras mitteres, quamquàm
€st pour moi, ne m'alarmoit point par elle-même, parce que je connois l'importance des occupations qui absorbent jusqu'à vos loisirs. J'aime mieux qu'il en soit ainsi. Mais, d'un autre <îôté, je craignois que votre santé n'eut reçu quelque atteinte, ou bien qu'il ne fût arrivé malheur aux deux missives fort longues que je vous écrivis au mois d'octobre dernier, lorsque je passois le temps des vacances dans le pays de Bresse*. J'ai remis cette lettre à un sénateur distingué, M. Royet qui, à mon grand plaisir, n'est pas moins chéri de vous que de moi ; et sa complaisance m'est un sûr garant qu'il vous les aura remises. L'arrivée du bon M. Portier, que je con* nois depuis longtemps , vint me tirer fort à propos de mon inquiétude : j'entrai tout d'abord en conversation, en lui demandant comment vous vous portiez et si vous l'aviez chargé d'une lettre ; à quoi il me répondit que votre santé étoit parfaite et qu'il auroit en effet pris vos dé:i.3ches , si ses fonctions ne l'avoient contraint de précipiter son départ.
Ces deux nouvelles , comme vous pouvez le croire, me firent un sensible plaisir; mais j'aurois désiré, pour mon
* Pays natal du Sénateur Favre.
hoc ipsumesset molestissimum, nisi vel ex eo maxime cognoscerem, quod malo, gravioribus le intentum studiis, otio minus abundare, quàm quia subvereri iociperem ne quid adversi Yel tusB -valetudini recidisset , vel meis litteris quas octobri superiore , cùm apud Sehusianos meos feriarer^ binas ad te longissimcsque exararem. Quas enim proximè dedi viro clarissimo D. Royeto senalori nostro, et ut video gaudeoque, utriusque noslrûm amantissimo , ut pro sua erga me benevolentiâ perferri ad te curaret, eas tibi redditas esse certô scio.
Peropportunè autem anxio mihi obtigit adventus D. Porterii viri optimi , mihique jam indè à multis annis cogniti; qui primo statim congressu rogatus à me quàm benè haberes et numquid à te litteral'um, respondit valere te optimè litterasque pro salutatione missurum fuisse confirmavit, si non eodem ferè instanti ab urbe fuisset sibi ♦îiscedendum. Utrumque sanè perquàm fuit, ut esse debuit, jucun-
entière satisfaction, avoir des renseignemevlts sur mes deux lettres précédentes. Si on les avoit oubliées, ou égarées, ce que j'ai peine à croire , j'en serois singulièrement contrarié , et cette perte m'affecteroit presque autant que celles qui compromettroient tout l'Etat.
Si vous étiez tenté de taxer de ridicule et peut-être àe présomption l'importance que j'attache à cette correspondance, dont les lacunes sont à mes yeux des calamités publiques, apprenez, pour ma justification, que ce? vienSy ces bagatelles ne sont si graves pour moi, que parce qu'elles s'adressent à vous et qu'elles intéressent tout le corps de l'Etat. Je parle ici des deux premières lettres, dans lesquelles je vous engageois par mille raisons à accepter la dignité de sénateur qui vous est offerte. Car si , d'un côté , il importe à la République que vous soyez nommé sénateur, je ne serai pas fâché, pour mon propre compte, que ceux qui vous verront evêtu de ce titre, sachent que si vous vous êtes laissé entraîner à rendre service à l'Etat, on le doit aux conseils et aux prières de mon amitié. C'est pourquoi vous me
dissimum ; sed hoc mihi ad plenani défait Yoluptatem, quôd de prioribus meis litteris intelhgere nihil potui j quee si aut interceptce esseiit, aut quod vix credo, deperditee, ferrem equidem gravissimè, et eo penè animi afTectu, quo ferre soleo illa ipsa quœ ad pubhcam jacturam pertinent.
In quo si me tu minus verecundum putas, ne dicam impudentem, qui tantùm mihi arrogem, ut magnum aliquodReipubliccedetrimenlum jllatum existimem si eas non acceperis; scito non tanti me nugas et ineptias meas facere^ nisi quoniam, et ad te scriptœ fuerint, et de re ad pubhcam, ni faUor, utihtatem spectante. Priorcs illas intelHgo, quibus ego te tam enixis muUisque rationibus a*' senatoriam dignitalem, quœ tibi delata est, capessendam cobortabar. Neque enim magis Reipublicai referre arbitrer, ut te senatorem omnes videant, quàm meà interesse, ut qui videbunt sciant quantum mutuo amori indulseris, qui meis potissimùm sive precibus, sive consihis, persuasus sis , ut in hanc tam praeciaram de RepubUcâ benè me-
ferez le plus grand plaisir de me délivrer de cette incertitude : mais je serois encore bien plus flatté d'apprendre de vousmême que votre décision est conforme en tout point à mon sentiment : car je ne vous lâcherai prise que quand vous rn aurez béni *. En attendant, écrivez-moi, je vous prie, afin qu'au moins mes désirs soient bercés de quelque espoir. Je compte donc sur une lettre de vous.
Adieu , mon cher ami , continuez à m'aimer comme voui avez fait jusqu'à présent.
i Gen., XXX [I, 26.
rendi occasionem traduci t« paterere; itaque mihi gratissimum erit, si me ab hâc suspicione et dubitatione liberaveris, sed longé graim^(non e^iim dimittam te donec benedixeris mihi), si voluntatem luam à judicio meo nihil discrepare testaberis, deque eo intérim, tit desidena mea spe aliquâ sustentem , aliquid ad me, si lubet, re- Bcribes. Igitur tuas litteras expecto.
Beuè vale^ mi amicissime, meque^ ut facis, ama.
LETTRE
DU SÉNATEUR FAVRE A S. FRANÇOIS DE SALES
J5ur les recommandations qui lui ont été faites par saint François de Sal\ relativement à des procès portés devant lei^ sénat.
Chambéry, 11 décembre 1593.
Serai-je donc toujours privé de vous voir, et le sort se jouera-t-il toujours de mon espérance? Mais un mois, direzvous , n'est pas un temps bien long. Je vous assure que ce mois, qui finira à l'année prochaine, est pour moi comme plusieurs années, tant je brûle du désir de jouir de votre présence; chaque heure qui s'écoule, je la compte pour un mois, et, en dépit de la nature (je ne dis pas de l'astrologie que j'ignore complètement) , durant tout ce solstice d'hiver,
* L'autographe en est conservé dans le monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 6e parmi les lettres inédites de la collection-Biaise.
Clarissimo vire Francisco de Sales, prEeposito ecclesiae Gebennensis,
Antonius Faber S. D.
Chamberii, 3 idus decembri 1593.
Siccinè igitur te mihi tam diù sors nostra invidebit, meseque illudet expectationi? At, iiiquies, multùm distat à longissimo tempore mensis unus. Imô verô mensis hic, si Tiiilii credis, annus est, qui m jBequentem annum incidat, aut potiùs anni plures apud me quem incredibile videndi tuî desiderium sic accendit, ut i^^as etiam horas penè singulas pro mensibiis numerem, et invita quoque naturâ, ne dicam astrologiâ * cujus plané sum ignarus, toto hoc hyemali solstitic, dies noctibus factas putem longiores. Quandôtamen itaresfert,
* Il y a dans le texte imprimé de Biaise theologiâ au lieu ^'astrologiâ. Nous pensons que c'est une faute d'atteiitioû.
les jours me semblent devenus plus longs que les nuits. Dans cette situation d'esprit, je cherche à me faire illusion à moi-même; et si je vous vois au commencement de l'année, j'en tirerai l'augure d'une félicité plus durable que si je vous voyois à la fin. Toutefois, si, ce dont je ne désespère point ^encore, il se présente une occasion de me rendre plus tôt auprès devons, je ne serai pas assez superstitieux pour ne pas préférer cette époque de la fin de Tannée, en suivant avec prudence cet adage vulgaire de la sagesse : Fais ce que tu sais devoir faire.
Cependant, j'attends avec impatience la lettre que vous m'annoncez , et qui contiendra , selon votre expression , une preuve courte et bonne. Certes, rien ne vous est plus aisé que de me faire goûter les délices , dont mon cœur se repaît et s'enivre par avance, de votre douce et aimable conversation ; j'en jouirai d'autant mieux que je la désire plus vivement, et je §erai d'autant plus sensible à cette excellente preuve d'amitié qu'elle me sera devenue plus nécessaire. Que si vous regardez comme moins réelle et moins bonne celle qui a fourni le sujet de vos dernières lettres, c'est peutêtre, comme je le pense, par l'effet de votre dégoût et de
volo ergô mihi quoque ipsi illudere et in longioris augurium felicitatis accipere^ si te in anni principio^ quàm si in fine videbo; quamquàm si quae, quod nondùm despero, ad te citiùs convolandi nascetur occasio, non ero tam superstitiosus, ut non malim incipere à fine quod prudentiores^ ex vulgari sapientise praecepto, Fac id quod seis te facere debere.
Intereà expecto avide litteras ilias quas brevi etbono, ut loqueris, argumento scripturum te fuisse insinuas. Niliil enim est quod commodiùs facere possis, ut dulcissimai consuetudinis tuaî suavitateni quam toto anirao jam amplector et deosculor, etiam desiderando sentiam , prœsertim cùm excellens quoddam argumentum illud fore necesse sit, si tu minus bonum istud vocas,quod posterioribus histuis litteris causam dedit^ nisi forte ad id respicis iitium odio et execratione^ ut arbitror/inverecundus tibi et importunus videar, si inv^
votre aversion pour les procès ; ce qui me feroit craindre devons paroître ennuyeux et importun par la nécessité où vous êtes de vous adresser à moi, en faveur de cette indiscrète et ennuyeuse espèce d'hommes processifs.
S'il en étoit ainsi , je vous supplierois de me permettre de n'être pas de votre avis sur cet unique point : non que je doive être plus trai table et plus accessible aux plaideurs, par la raison que je suis obligé de vivre avec eux et de m'occuper continuellr,^ment de discussions litigieuses (cela au contraire devroit me les rendre insupportables, car la jouissance même des plus belles choses nous devient fastidieuse par la satiété); mais je trouve que je leur suis très-redevable , puisqu'ils m'apportent vos lettres par lesquelles vous voulez bien me les recommander. Quoi de plus doux en effet pour moi que de voir, par ces témoignages réitérés, combien notre liaison est universellement connue, et de fournir à tous la preuve de votre attachement pour moi, et plus encore de mon estime pour vous? Ainsi donc, plus ces plaideurs se montreront importuns auprès de vous, plus je leur rendrai grâces; e^ je vous conjure de les aimer par la suite, au moins à cause de moi, comme de fidèles et très-commodes messagers de
recuiido et importune istolitigaritiumhomirium génère me interpelles.
Quod si ita est, patere, obsecro, me in hoc unoà te dissentire, non quoniam ea me ratio litigatoribus œquiorem faciat, quôd inter eoset in mediis iitium confra ctibus assidue versari me sit necesse (tantô magis enim odissc deberem, ciîm vel pulcherrimarum rerum oblectatio satietate sordescat), sed quia mullum iis debere me sentiam, qui ut mihi per te commendentur, litteras ad me tuas déferre volent.
Quid ep'm jucundius habere possim, quàm si ex his veluti testationibus hitelligam perspectam esse quàm plurimis conjunctionem n^stram, me minus exploratum quantum me âmes, quàm illud etiam quanti ego vicissim te faciam ? Itaque agam iis gratias tùm maxime cùm importuni tibi videbuntur, petoque à te ut meâ saltem causa eos in posterum âmes tanquam peropportunos amicitiœ nostrœ nuniios et labellarios. Faciam^ si DoterOj ut ad te redeant testes animi
l'amitié qui nous unit. Je ferai tout ce que je pourrai pour que ces témoins de mes sentiments pour vous aient à vous rendre les mêmes actions de grâces qu'ils auront reçues de moi , en sorte que lorsqu'ils auront eu gain de cause, ils ne puissent nier que leur principal appui auprès de moi aura été votre recommandation en leur faveur.
Déjà , dans la cause de votre parent que vous me recommandez avec beaucoup de réserve , quand bien plutôt vous devriez me donner des ordres, j'avois entendu les plaidoiries des avocats des deux parties ; et le procureur Chappa, chargé de cette procédure, parfaitement instruit de l'affaire, m'en avoit expliqué avec soin tous les détails. Je vous prie donc de vous bien persuader que dans toutes les circonstances où vous voudrez bien recourir à mes bons offices, et, comme je vois que vous l'entendez vous-même, dans toutes les affaires qui, sauf l'honneur et le devoir, peuvent être confiées au zèle d'un véritable ami, je ne manquerai pas plus à vous et à tous les vôtres, que je ne le ferois à moi-même. Qui que ce soit qui se présente à moi comme l'ami de mon imi , est assuré d'avance de mon amitié. J'ai peine à supporter ces
erga te mei easdemque tibi gratias référant, quas à me acceperint, cùm sic habitos ' sevidebunt, ut iiegare non possint prcEcipuum apud me pondus commendationem tuam habuisse.
Jam verô de patriielis tiii causa, quam mihi commendas verecundiùs, cùm pro tuo in me imperio jubere potiùs debuisses, jam audieram qu8B pérorantes in pubHco advocati in utramque partem disputaverant, et procurator Chappa ejusdem litis curans deque toto negotio apprimè instructus mihi omnia diligenter explanaret. Sic, obsecro, tibi persuade, in iis omnibus quœ tu me prsestare voles, id est, ut te ipsum interpretari video, quai salvo pudoreet officio prœstari ab amiciss imo viro possunt, non magis me tibi tuisque familiaribus, quàm mihi defuturum ^. Amicissimus mihi est , quisquis
1 Le texte présenté par Biaise porte ici habiles, ce qui n'offre aucun sens raisonnable. > Un vice de ponctuation avo^t rendu «et^ phrase inexplicable.
rigides Gâtons qui n'admettent , auprès d'un juge intègre, aucune recommandation de Tamitié. Comme s'il n'y avoit pas plusieurs de ces choses qu'un ami peut honorablement solliciter, même auprès du magistrat le plus sévère, pour le soutien de son droit , telles , par exemple , qu^. La grâce que îui feroit celui-ci de souhaiter de trouver bonne sa cause : ce qui n'importe pas peu pour qu'il la défende avec fermeté si elle est bonne effectivement , et pour qu'il ne l'abandonne pas trop facilement, soit par timidité, soit par impéritie. Je ne vous parle point de ce que nous voyons tous les jours, de ces magistrats qui, ayant à juger dans une contestation élevée entre leurs amis et alliés , s'acquittent de leur devoir de telle manière, qu'on ne peut leur reprocher, ni d'avoir trahi les intérêts de l'amitié , ni d'avoir été iniques pour servir leurs amis. Quoi, en effet, de plus contraire à l'amitié que l'iniquité? Vous faites injure, non à ma délicatesse, mais à notre union, et, si je l'ose dire, à l'estime que nous nous devons réciproquement, en semblant croire, comme vous le faites dans vos lettres, que, je ne dis pas les de Sales, vos proches parens, avis les de Sales quels qu'ils soient, ont besoin de recomman-
amici mei se amicum prsEbet. Neque facile fero rigides 'stos Catones, qui apud probum judieem nullum amicitiee aut oommendationis locum relictum volunt. Sunt eniin nonnuUa, quae vel à severissimo judice amicus flagitare boiiestè ac pro suo jure possit^ quale illud imprimis ut bonam amico causam judex optet; quod ipsum non parvi momenti est ad impetrandum, ut, si rêvera sit bona, defendatur pertinaciùs , nec tam facile per imperitiam aut timiditatem deseratur. Caetera taceo qua; quotidiè experiuntur, qui inter amicos et cognatos litigatores judicandi muuere sic funguntur, ui neque amiciti» desertores videri velint, neque improbiores fieri ut amiciores videaniDr. Quid enim amicitiae tam contrarium , quam improbitas?
Facis tamen tu injuriam, non probitati mese, sed necessitudini nostrae , et si dicere audeam , existimationi , qui ad me ila scribis , quasi existimes Salesios ullos, quicumque tandem illi sint, nedum patrueles tuos^ aliquâ egere apud me commendatione. Sed me ab
dation auprès de moi. Pour me venger dignement de cette injure , je me montrerai tellement officieux pour eux, qu'ils T ' pourront se glorifier de m'être des mieux recommandés, non pour me l'avoir ét-é par vous-même, mais pour s'être trouvés vous appartenir, et pouvoir en conséquence se passer de votre recommandation auprès de moi , pour cette raison même qui vous eût fait un devoir de les recommander à d'autres moins attachés à vous.
Portez-vous bien, mon ami très-cher, et aimez-moi comme vous le faites.
XT.
LETTRE
AU SÉNATEUR FAVRE
iaint François l'informe qu'il va être élevé à la prêtrise.
Décembre 1593.
A l'approche du jour terrible , de ce jour effroyable, comme l'appelle saint Chrysostôme, où, d'après la volonté
1 L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la T^ inédite de la collection-Biaise.
hâc ego injuria non improbè vindicabo, et quibus officiis potero enitar, ut se mihicommendatissimum fuisse gloriari possit, non quia fuerit per te commendatus, sed quoniam is sit quem, cùm ex tuis esset, hoc ipso mihi commendare nop#debueras^ quôd aliis minus tuis commendare illum pro ofiicii nece»»>itate debuisses. Benè vale, mi amicissime^ et me ut lacis, araa.
Antonio Fabro senatori Francisons de Sales, praepositus ecclesi»
Gebennensis, S. D.
Appetente et imminente jam tremendo illo , ac uli Chrysostomi verbo loquar, horrendo mihi tempore, quo ex Antistitis placito Deo
de Dieu, e^^rimée par celle de Févêque (car je ne cherche point d'autre organe de la volonté du Seigneur) , après avoir franchi tous les degrés de la hiérarchie, je vais enfin être élevé à l'auguste dignité du sacerdoce ; je n'ai pas cru pouvoir me dvpenser de vous faire part de l'insiû^ne honneur qui m'attend, ne voulant pas qu'un événement aussi important et qui vous intéresse, se passe à votre insu. Car, bien que la condition d'un homme puisse être améliorée même à son insu , et que le changement qui va s'opérer en moi soit, sans contredit, le plus glorieux qui puisse arriver j)endant la vie; néanmoins, quand on aime, il est naturel, eu. moment d'une démarche périlleuse et critique , de déposer dans le sein d'un ami ses inquiétudes et ses frayeurs. En mettant ainsi notre âme à découvert , nous pouvons calmer les alarmes de notre conscience. Et certes, ou je me trompe, ou l'on ne peut rien entreprendre de plus hardi , de plus effrayant, que de tenir entre ses mains et de créer par la parole, suivant l'expression de saint Jérôme, celui que les anges ne sauroient embrasser par la pensée , ni louer digne-
volente ( non enim alio utor interprète ad Dei voluntatem explorandam), postquàm per omnium ordinum gradus sacratissimos iter liucusque feci, tandem ad augustissimum sacerdotii apicem evehendus sum; committendum non duxi quominùs te de hàc meâ tantà tam excellentis honoris et boni expectatione admonerem, ne tanta te inscio in re tud fiât mutatio. Etsi naraque etiam nescientis melior fieri conditio potest , et hœc omnium quœ in hâc mortalitate expectari queant mutationum sit:;:aximè gloriosa; id tamen moris est amantibus^ si quid acduum ac periculosum aggrediantur, sollicitudinem ac formidinem solari amicis faclâ expositionej ac formidinis motua sedantur, sinegotium ipsum, mentemque noslram amicis exponere possimus. Nihil verô unquàm tam arduura, tamque periculosum, nt fallor, mortahbus occurrere potest, quàm id manibus tractare ac, ut cum Ilieronymo loquar, id ore suo conficere, quod vix ac ne vix quidem cogilatione complecti vel ore laudare salis possunt beatissimaa
DE S. FRAÎivVlS DE SALES. 4^
ment, ces saintes intelligences que nous ne pouvons concevoir ni louer dignement nous-mêmes.
Sans doute, mon ami, je n'ignorois pas que le saint sacerdoce fût accompagné de dangers ; mais souvent l'éloignement d'un objet trompe les yeux, et je vous avoue que, vue de près, la chose présente un aspect tout différent. Yous êtes le seul homme que je trouve capable d'entrer dans les craintes et les scrupules de ma conscience, vous qui traitez les choses saintes avec tant de respect et de réserve, vous qui comprenez toute la responsabilité du prêtre dispensateur des grâces, vous enfin qui savez combien sont nombreuses pour lui les occasions de prévariquer, et combien il est rare et difficile de remplir de tels devoirs avec la dignité convenable. Si vous connaissiez aussi bien toutes mes imperfections, je ne vous demanderois en faveur de ma position que la pitié qu'elle exige par elle-même, attendu que je ne manque pas de courage, comme jusqu'à présent il ne m'a point abandonné. Mais ce que je vous ai dit est suffisant pour excite, votre sympathie : je vous ai découvert me^ senti-
illfe mentes, quibus noslaudandis aut intellectu percipiendis non nimirùm satis sumus.
Et quidem non eram nescius , observatissime Vir, magno cum periculo hanc tantam sacram dignitatemeonjunctam esse; verùm fallax S9Bpè distantia intuentis oculis illiidit, aliudque jam dicam esse rem eminùs, aliud verô cominùs metiri. Tu verô unus es, aniplissime Vir, qui huic metûs mentis meœ trepidalif»nisque perturba tioni percipiendœ maxime mihi videris idoneus, tantâ namque res divinas observantiâ, tantâ venerationeprosequeris, uti facile tecum repûtes^ quàm periculosum sit ac tremendum earum officinaî prœesse; in lis quàm facile simul et graviter peccetur, quàm verô rarô et difficile pro dignitate tractentur. Atque si ingenii mei irrbecillitatem tam probe cognosceres, nihil in te aliud desiderarem , quô sorti mese eam, quam à te suo jure quserit, misericordiam adliiberes, cùm non animo jam indigeo, quem integrum erectumque hactenus sustinuû Verùm hœc dixisse sat est tuae misericordiœ commovendae gratiâ; ita
ments, parce que je sais qu'une pareille confidence est iiu remède propice pour la conscience malade d'un ami. Et pourtant comment se fait-il (ici je veux m'éloigner insensiblement de considérations quïl me suffît de vous avoir indiquées) , comment se fait-il que lorsqu'un ami nous souhaite la délivrance de nos maux, la compassion qu'il nous témoigne nous apporte un certain adoucissement, puisqu'il ne peut, en nous voyant souffrir, s'empêcher de souffrir luimême? Sans doute que cela vient de ce que la sympathie est la marque la plus évidente de l'amitié, ce sentiment précieux que nous aimons encore mieux trouver mêlé de compassion, dans une personne chérie, que de la voir se contenter de nous témoigner, sans s'affecter en rien de nos iTiaux, une bienveillance froide et en quelque sorte nulle.
D'un autre côté, n'allez pas croire que les saints mystères m'inspirent une frayeur telle, qu'il ne me reste plus ni espérance, ni consolation.
Ne pouvant trouver dans mes propres mérites de quoi répondre à votre amitié , je me réjouis du moins de le trouver bientôt dans l'office que j'aurai à remplir, cet office le plus
tibi sensus meos explicavi, quôd scirem hanc medelam esse œgris amicià opportunam , quamvis nescio ( ut me sensim teque ab ils cogitationibiis subtraham quas exposuisse omninô sat est ) quânam ratione id fiat, ut cùm amiciis commiseralione malum abesse velit ab amico misero, miser hic coiitrà miseratione amici recreetur, cùm miserator maii particeps nou lieri nequeat, nisi forsitan illud est, quôd miseratione, clarissime, illucescit amicltia, quam, cùm sit optima rerum omnium, in amico longé melius est deprehendere cum miseratione, quàm si sine ullâ mali communione vel nulla vel pxigua superesset benevolentia.
Iterùm neque vellem ego me existimes tanto pavore africere mysteria iila sacrosancta, uti suus rectœ spei ac lœtitiaî nullus supersit locus.
Quantum aullis unquam meritis promereri possum, lœtur piari-
DE s. FRANÇOIS DE SALES. 4T
sublime de tous, je veux dire, dans les sacrifices où il me sera donné d'offrir pour mon ami la céleste victime.
LETTRE
AU SÉNATEUR FAVRE
Il lui parle de ses occupations.
Notre évêque ayant ordonné une neuvaine de prières et de supplications publiques, à l'occasion de la captivité du duc de Genevois (ce prince lui-même avoit demandé par lettres ces prières), et afin que le peuple se portât avec plus de ferveur eu pied des autels pour apaiser Dieu, un sermon ayant été annoncé pour le dimancbe suivant , la tâche en a été imposée à votre apprenti qui, hors des bancs de l'école, ne sait guère répondre négativement. Me voilà donc en devoir de
1 L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est k 8® inédite de la collection-Biaise.
mùm et gaudeo me posthàc eo saltem officio respondere posse, quod omnium supremum est, nimirùm sacrificiis iisque medullatis.
Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, prœpositus ecclesiae
Gebennensis, S. D.
Ecce ab Antistite nostro supplicationes obsecrationesque pro captive Gebeniiensi Duce (quod Dux ipse per litteras postulaverat ) , per novem dies publiée décrétée, ac uti populus Deo placando ardentiùs incumbat, in sequentem dominicam diem concionem indicunt, idque munus tyroni tuo qui extra scholas vix negare novit, impositum. Ergô in sequentem liebdomadam scripturus, concioni parandee (nec
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préparer ce discours, en remettant les lettres à la semaine d'après : car mes habitudes ne me permettent pas de m'acquitter d'un pareil ministère sans saluer les docteui-s.
Après avoir rempli cette tâche, j'apprends que ma trèschère mère, dans sa 47* année, devait sous treize jours à peu près accoucher d'un fils, et qu'elle étoit travaillée de si affreuses tranchées, que l'on avoit de vives appréhensions de sa mort. Dès lors, remettant toute affaire, je me hâte de me rendre auprès d'elle : car ma présence a coutume de lui faire beaucoup de bien. Je ne la quittai, pour m'en retourner chez moi, que lorsque je la vis, grâce à Dieu, beaucoup mieux portante, quoiqu'approchant de plus en plus de son terme; M à peine m'étois-je rassis à mon foyer, que je reçois un courrier qui m'annonce qu'elle étoit accouchée presque sans douleur , celles qu'elle avoit éprouvées aux approches de ses œnches ayant cessé à la suite de la délivrance.
Tranquillisé par cette nouvelle, je m'empresse d'aller voir cette tendre mère revenue en quelque sorte à la vie ; et ayant rencontré sur mon chemin M. Portier, un de nos chanoines,
enim, insalutatis doctoribus, id facere noster ferre potest vel genius vel ingenium ) mentem attribuo.
Qu'à absolutus cura, audio carissimam matrem, anno 47 œtatis SUH3 , decimum tertium propè diem pariturain filium acutioribus torsionibus, ac adeo non levi mortis suspicione vexari. Quare , missis omnibus^ ad eam ( meâ enim prœsentiâ plurimùm lecreari solet ) propero. Nec primùm redii , quin meliùs per Dei gratiam, licet propinquiore partu , haberet. Vixque consedi, cùm adest nuntius eam nullo ferè negotio peperisse, dolorum nimirùm procedentium ex summâ imminentiâ subtrac tione *.
Quare iterùm redivivam veluti visurus discedo , ac in itinere cùm occurreret Dominus Porterius unus ex canonicis nostris ad vos brevi
* Le texte de l'édition de Biaise porte ici , au lieu de procedentium , etc., pracedentium ex summa imminatim substratione ; ce qui offre en trois mots deux barbaristnes.
je Tai prié de vous saluer en mon nom , n'ayant en ce moment aucune commodité de vous écrire.
Yoici donc enfin levée la réserve que vous avez été assez bon pour mettre à vos instances en me priant de vous écrire : \,orsque vous en aurez, m'avez-vous dit, la commodité. Réserve dont le sens est, si je ne me trompe, que vous me dispensez de vous écrire, tant que j'en suis empêché par quelqu'un de ces obstacles qui arrêteroit également tout liomme de cœur.
Je ne sais vraiment si je dois me dire heureux ou malheureux d'avoir, dans cet intervalle , reçu de vous trois lettres, tandis que moi je n'ai pu vous en envoyer une seule. Car, bien qu'il m'ait été pénible de ne pouvoir répondre, je ne dis pas à un homme aussi distingué , mais ce qui m'est plus flatteur (et ce à quoi, je pense, m'autorise votre extrême bonté pour moi), à un tel ami dont le commerce a tant de charmes; d'un autre côté, c'a été pour moi une bien douce consolation de pouvoir, au milieu de mes occupations les plus graves et les plus sérieuses, me nourrir de ce miel qui découle de votre plume , et qui me dédommage en quelqufe sorte de ne pouvoir goûter celui de vos paroles.
profecturus, rogavi uti te meo nomine salutaret^ quando scribendi îiulla dabatur opportunitas.
Quarè ea mihi nùnc demùm extat conditio, quam pro tua humanitate ascripsisti, Ç,um tibi commodum enï, cujus ego eam vim, quod ad rem attinet^ esse credo^ ut tùm demùm obtineat, cùm nul^ lum officiet impedimenlum quod in virum constantem cadere possit.
Nescio verô feliciùsne an int'eliciùs mecum actum sit, ut nimirùm tùm acceperim ter a te litteras, cùm ne semel quidem dare p«)tuerim, Etsi enim tante vire , dicam suaviùs ( quod per summam humanitatem tuani jam mihi hcere existimo ), etsi tante amico suavissimè alloquenti non respondere durum fuerit, jucundissimum tamen fuit, inter acerbas nonnullas meas occupationes meUificum illud tuum dft- 45ustarc, ae te ex btteris veluti eloquentem subaudire.