‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 4 sur 183 · VII · texte numérisé non relu

VII

J*ai donc reçu vos trois lettres, et je ne me crois point absolument quitte en y répondant par cette seule lettre-ci ; car je compte bien vous en écrire à part quelques autres sur la question que vous soulevez à votre apprenti de rechercher, ou de refuser la dignité sénatoriale ; à moins, comme je Tespère, que je ne trouve l'occasion de m'entretenir de vive voix avec vous sur ce sujet : car je pressens que j'aurai bientôt le plaisir de vous voir, pourvu que je ne manque pas moi-même à la bonne occasion qui s'en présentera. Et si nous trouvons quelque difficulté à terminer cette affaire, François Girard sera là fort à propos pour venir à notre secours; car il est versé en droit comme en théologie, et nous aime tous deux également, quoiqu'à des titres bien inégaux* Mais nous reparlerons de cela une autre fois.

On me sollicite, en ce moment, de me rendre intercesseur auprès de vous dans la cause de notre laboureur de Thorens contre Soudan, notaire au même lieu, et de vous prier de faire prévaloir le droit de ce cultivateur; cette requête d'un villageois, bien que fort juste, est certes d'une grande simplicité, et si je vous la présentois, je passerois à juste titre pour un insensé. Car si une cause n'obtenoit pas de vous que

Accepi igitur ter à te h'tteras, quibus hâc unâ solâ satisfacere œquum minime duxerim; seorsim namque de senatoriâ dignitate recusandâ vel desiderandâ huic tuo Tyroni, Faber clarissime, alias litteras scribara, nisi coram^ uti spero, hâc de re tractanii sese det occasio î subolfacio etenim mihi brevi te viseudum, ciîm felicitati mev proponenda^ non deero. Ac si quid erit in eà tractatione diflicultatis, opportunub ^mninô suus occurret Franciscus Girardus utriusque nos-« trûm, licet in dispari causât amantissimus^ juri pariter ac theologiîB addictissiviius. Sed hâc de re aliàs. Uogor enim inter hccc uti in quâdam agrnola; nostri Thorensiani causa adversus Soudanum ejusdem loci notarium apud te intercessorem agam^ ac rogem ut rustici jus suum supersit; œqua sanè petitio rustici, sed ruslica, quam si facerein j stultus mérité judicarer. Quod enim tibi curss ac cordi non

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 5i

VOUS la prissiez à cœur et la fissiez valoir, c'est qu'à vos yeux elle ne seroit pas fondée en justice ; toute cause juste, au contraire, est sûre de trouver en vous soutien et protection. Ayant ouï dire d'ailleurs qu'il y avoit au fond de cetteaffaire je ne sai^ quel 4;rime dont il faudroit poursuivre la vengeance, peu s'en est fallu que je ne me sois écrié : Eloignezvous de moi, hommes de sang; car dans de telles matières, le clergé doit toujours s'abstenir.

XIÎI.

LETTRE

AU SÉNATEUR FAVRE

Saint François lui explique les motifs qui l'ont empêché de 98 wndre à Chambéry; il lui promet d'y aller.

Que faire? Comment sortir d'embarras? Si jusqu'à présent je ne me suis pas rendu à votre pressante invitation,

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 10« inédite de la collection-Biaise.

est, jus non est; quod verô cuique Juris est, id, quoad per te potest, integrum est ac tutum. ïmoverô cùm nescio quid criminis in eâcausi versari audirem, propè fuit ut exclamaverim : Viri sanguinum, c?eclinate à me^» Nihil in lis causis clericis negotii esse débet.

Aatonio Fabro senatori Franciscus de Sales, prsepositus eccleslae

Gebennensis, S. D.

Quid facerem jam, mi frater, aut quô me verterem , qui tam ardenti tuo illi desiderio hactenùs nec satisfeci, etjam exclusus pe-

« Ps. GXXXYIU, 19.

je ne puis y répondre davantage aujourd'hui, parce que le temps me manque. Car voici l'époque où se réunissent pour le Synode tous les membres du clergé de notre Diocèse ; et m'absenter, ce seroit appeler l'anathème sur ma tête. Ensuite il faudra régler les comptes de notre église , ce qui mtr tiendra encore quelques jours; et, bien que j'y sois inutile, notre vénérable père et prélat veut absolument que je reste jusqu'à la tin.

Avant hier, me rendant ici dans l'intention d'aller vous joindre le lendemain avec M. Copier, après environ trois milles de marche par une pluie affreuse , je fus arrêté par un torrent, ceci n'est pas un conte , et je l'avois bien pressenti, un torrent qui ne présentoit aucun endroit guéable et qui me força de rebrousser chemin. C'est ce qui m'empêcha d'atteindre M. Copier, qui faisoit route par le côté opposé du lac. J'ai le plus grand désir de remplir ma promesse, et je la remplirai le plus tôt possible. Mais je me garderai de vous fixer le jour, de peur que vous ne veniez au devant de moi comme la première fois. Vraiment, sans cette amitié délicate, je dirois presque aveugle, que vous me portez et qui

nuriâ temporum in promptu satisfacere minime possum? Ecce namque synodi temporajam appelentia clericis omnibus hujusprovinciae celeberrimœ, cui si non interfuero^ anatliemati caput Ipsum objicio. Subsequitur deindè de nostnc ecclesicC ncgotiis per aliquotdies tractatio , quo tempore abesse me, quamvis inutilem omninô, non patitur reverendissin^j Anlistilis et parentis auctoritas.

At verô nudiustertius cùm venirem hùc ut sequenti die cum domino Copcrio ad vos pergerem , cùm ad tria circiter milliaria inter medios densissimos imbres processissem, sese mihi de quo cogita- ^eram , ità se sanè res habet, rapidissimus quidam torrens objicit, ^ui nulle tune vado transiri poterat, sicque cogor retrocedere; id autem causae fuit quominùs domino Coperio, qui ex opposito lacûs littorali iter habuit, omninô pervenirem. Angor desiderio incredibili id prœstandi quod promisi ; quod quàm primùm potero faciam. Nullamque dicam diem , ne obviam accédas iterùm : quod te cum tali ae

me sert d'excuse, votre démarche et tout cet attirail à cause de moi paroitroient tout à fait intolérables dans un sénateur de votre distinction. En l'apprenant, c'étoit la nuit dernière, je me suis senti le rouge monter au visage; et j'étois si honteux de moi-même, que je n'osois plus reporter mes yeux sur votre lettre.

Après avoir été attendu avec tant d'impatience, j'ai honte, mon cher frère, d'avoir manqué au rendez-vous. Eh ! quoi, si dans cette mauvaise cause je n'ai pas un bon avocat, c'en est donc fait de moi. Du moins une cause aussi désespérée vaut-elle bien la peine que quelque homme du métier s'en occupe , et que , par sa pathétique éloquence, il me fasse obtenir ma grâce, maintenant que vous me trouverez peutêtre suffisamment puni par la honte que j'éprouve et par la perte que j'ai essuyée. Que Dieu me délivre au plus tôt de la confusion oii je suis de ce contre-temps ! Sans quoi , mon cher frère , je cours risque de ne pouvoir plus vous regarder en face.

tanto comitalu semel fecisse meî causa, nisi amor ille eximius ( caecusne dicam) crga me tuus excusaret^ intolerabile omninô videretut in tanto senatore. Id ubi rescivi, hesternà scilicet nocte, tanto me rubore sensi perfimdi, uti ne tuas quidem litteras ampliùs per summam verecundiam respicere audeiem.

Pudet me, frater optime, majurem in modum tam vehementer expetitum abfuisse. Quid dicam? Si mihi in malâ causa bonus desit advocatus, actum quidem est de capite meo. At saltem digna res erit, ut in desperatâ causa remedio adsit prœsentissimo, et mihi jam tam magiio pudore et damno castigato veniam oblineat. Uli'nam , mi frater, quàm imis persentio meduUis ex liàc re perturbationem quàm primùm Deus avertat! Alioquin lieri numquam posse reor ut teexperrectis vidcam ocuhs.

lettre'

AU SÉNATEUR FAVRE

Il lui parle de sa santé , du carnaval et de son départ pour Seyssel ,

où il doit faire des prédications.

En lisant votre lettre , mon cher frère, je me suis senti tout transporté d'une joie si vive, que je ne pouvois espérer, dans ma convalescence, un meilleur spécifique pour affermir ma santé qui, par la grâce de Dieu, venoit de m'être rendue. En effet, quitter le toit d'une humble maisonnette pour aller souvent reposer ses yeux par l'aspect d'un parterre émaillé de mille fleurs diverses , se promener au milieu des roses et respirer à souhait un air embaumé par les plus doux parfums , quoi de plus agréable , quoi de plus doux pour un convalescent ? Eh bien , toutes ces

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 11« inédite de la collection-Biaise.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, praepositus ecclesiaB

Gebennensis, S. D.

Ego verô contra, frater optime, tan ta me sensi totum perfundi voluptate in tuarum litterarum lectione, ut cùm jam valetudinem recuperassem, nihil aliud ejus confirmandae quamDeo volentejam recuperaveram valetudinis, nullum opportunius desiderari videretur remedium. Quid enim convalescentibus optabilius, quid opportunius, quàm ex unius domusculae umbrâ in amaenissimorum florentissimojum hortorum conspectum fréquenter exire^ ibique inter medios flore»

sensations, la lecture de vos épîtres charmantes les fait naître en moi.

Cependant une chose me tourmente , c'est d'apprendre les angoisses que vous a causées ma maladie, maintenant surtout que mes douleurs sont passées ou du moins presque insensibles. Si, par l'effet d'une vive sympathie, v^us partagiez les transports de ma fièvre (j'allois dire de notre fièvre, en supposant qu'il y a entre nous communauté de biens et de maux, et, dans ce cas, je pourrois, comme le mieux pourvu, vous enrichir sans perte de ma part ) , ce seroit bien vous qui m'auriez procuré mon soulagement : mais alors j'aurois à mon tour à souffrir de vos douleurs , et ainsi à l'infini , si nous ne prenions enfin le parti de mettre un terme à ce commerce de douleurs.

Le procurQur Chappat s'est distingué par un repas de saint Antoine. Je puis le dire en toute assurance , on y voyoit briller une cordialité fraternelle. Si vous vouliez remonter à saint \ntoine pour chercher l'origine de cette dénomination, vous ne la trouveriez nullement justifiée; car dans la vie du Saint, il n'est fait mention d'aucun festin, excepté

cxspaliarij ac auras odoribus graîissimis onustas colligere? Sic nempô amicissimas tuas litteras lego.

Illud autem molesti admodùm fero^ quod tam meo nimirùm morbo angi te scribas^ maximt ,'ùm ego vel nullum vel minimum sentirem dolorem; ac cùm tu per summam amicitiam defebriculâ meâdoleres ( propè fuit ut nostrû dicerem ) , si malorum ut bonorum inter nos communio inducta foret (quod ego sic indemnis facere possem, hoc génère iongè locupletior), juvationem * propemodùm ipse deportassem ; at mihi jam vicissim dolendum de tuo dolore foret, nisi iis doloribus modum facere tandem ahquando satius esset.

De Antoniano convivio rectè procurator egit Chappatius; dicam Ik berè pro candore pectoris fraterni Antonianum. Si à sancto Antonio velis non rectè dici aliter posse quàm Antonianum, appelles quod

* Il faudroit peut-être lire ici curationem ; il y a dans le texte que nom avons sous les yeux avationem, qui n'est pas même latiu.

pourtant de celui où l'on voit figurer comme amphytrion ua corbeau ; comme convives, Paul et Antoine; pour mets déli-^ cieux, du pain; pour nectar, de l'eau.

En me donnant l'espoir que nous passerons ensemble et en bonne santé le carnaval prochain , vous avez rempli mon cœur d'une si douce attente , qu'il n'y aura pas de pénitent dégoûté du maigre quadragésimal , pour soupirer après les fêtes de Pâques, comme je soupire après le carnaval. Alors renaîtra pour nous le charme de Fantique hospitalité des premiers chrétiens, qui avoient coutume de prendre quelques jours de repos avant le jeune du Carême, et de goûter un plaisir pur en réunissant leurs amis dans un banquet, afin de pouvoir se livrer ensuite à la mortification, à la retraite et au silence avec plus de liberté pendant toute la durée du temps consacré à la pénitence, après s'en être poliment demandé ainsi les uns aux autres en quelque sorte la permission. Quant au séjour habité par ma famille, -séjour que vous qualifiez d'enchanteur, je crains qu'il n'y manque ce qui en feroit pour vous le principal charme, je veux dire la joie que vous auriez de nous y voir tous réunis ; car comme^

minime taie sit, cùm nullum aliud convivium dicalur Antonius habuisse, prceter unicum illud in quo convivatorcorvus aiïuit, conviva Paulus et Antonius^ pro lautissimo edulio panis, pro potu aqua.

Quandoquidem sperare jubés hiscebacchanalihus futurum utanibo- 'ncolumes etunà simûs^ ab hâc expectatione tantain mente concept léetitiam, uti nuUus sit futurus, mi tantam nauseam edulia qiiadragesimalia pariant, ut magis festa paschalia, qiK'im ego bacchanalia, desideret. .*^icque urbanitatis Chrisliana) antiqua illa forma inler nos reviviscet, quâ solebant ad bonestam recreationem usque amici ante quadragesimale 3ejunium convivia celebrare, ac simul aliquantuliim feriari, ut liberiiis toto pœnitentiœ tempore sederent solitarii, et acerent, ac elevarent se supra se, quasi longioris silentii licenliam vicissîm simul expetentes. PriTcipua verè quam appellas amœnitas loci in quo mei habitant, quôd nimirùm eos omnes mecum sis visurus, Tereor ne nobis desit, c^uoniam per idem tempus clarissimus senator,

à l'époque de votre voyage , un sénateur distingué , M. Roget, notre ami commun , doit célébrer le mariage de sa fille aînée avec le juge maje du Faucigny, mes parens, qui sont déjà invités par lettres, H'S pourroient se dispenser d'assister à la cérémonie , sans manquer aux égards qu'ils doivent à toute la famille de ee sénateur.

Puisque vous venez ici , je me garderai bien d'aller ailleurs où vous ne seriez pas ; et quand même vous ne viendriez pas, je resterois au logis : car puis-je aller à une noce, moi qui n'ai pas de robe nuptiale? D'ailleurs je redoute ces cohues de festin d'apparat, ou ces repas de saint Antoine.

M. de Montrotier vous écrit encore une fois; mais, en même temps, il me dit qu'il ne répondra plus que par son silence à vos lettres, dont le style fin et délicat le remplit d'admiration. Je confie ma lettre et la sienne au procureur Chappat, et je pars à l'instant pour Seyssel où je dois prêcher dimanche. Voilà comme je parle sans façon.

A la demande du baron de Chivron , les notables n'ont pas fait difficulté d'entrer dans les vues de notre Evêque^ rela» tivement à l'ajffaire dont il vous a entretenu. Plût à Dieu

nostrûm omnium amantissimus, Dominus Rogetius, filiae natu majoris matrimonium cum judice majore Focunacensium celebrabitj parentes mei pro suâ erga senatoris universam familiam observantiâ, jam per litterus rogati , déesse minime poterunt.

Te veniente, non committam ut alibi sim quàm tecum. Etiam te non veniente, non intrarem; quomodô enim nuptiis interessem qui vestem uullam habeo nuptialem? Antonianum timeo namque convi valem illum senatum.

Iterùm scribit dominus de Montrotier, qui caracteris tui elegantiam et subtilitatem admiratus se deinceps silentio responsurum dicit. Ejus litteras simul cum meis procuratori Chappatio commendo : jamjam enim Seyssellum versus pergo, die dominicâ concionaturus. Sic enim scribo familiariter. Baro Chivronius facillimè à principibus impelravit ut in sententiam Antistitis nostri consentirent, quod au

que le bon sens y trouvât aussi son compte ! Je vous ai tracé ces lignes è la hâte.

LETTRE

DE SAINT FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

11 lui parle de son arrivée à Faverges.

Pour ne pas garder un silence absolu, j'ai jugé à propos de vous écrire cette courte lettre, courte du moins ^ en ce sens que je compte la terminer dans peu. Avant le salut d'usage, je vais vous faire part de l'embarras où je me trouvois pour représenter ma mère à cette noce, car elle croy oit ne pouvoir pas y assister. Je me voyois avec peine dans la nécessité de confier cette tâche au premier venu, attendu qu'il en

* Ijoriginal en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 12e inédite de la collection-Biaise.

* Nous ne garantissons pas le sens de ce dernier membre de phrase , qui nous paroît avoir été tronqué dans la copie qu'on nous a transmise. {Le Ch. Datta),

ea spectat de quibus ipse *<:cum coram disseruit. Utinam tam consen* taneum rect» rationi foret! Haec raptim.

Antonio Fabro senatori Franciscus de Sales, praeposiîus ecclesiaB

Gebennensis, S. D.

Ne nihil omninô scriberem, hanc tibi brevem mittendam duxi epistolam , quasi ejus quam brevi perarturam me puto : coram sa- Jutationis prodromum, sic enim mea res se habet, ut cùm vicariara pro maire praesentiam huie nuptiarum ceiebritati conferre deberem, quandô ipsa interesse posse non crederet^ et ego molestissimè ferrem

DE S* FRANÇOIS De SALES. 59

^seroit résulté pour moi la privation de votre aimable présence. Mais les choses s'étant passées autrement, c'est ma mère elle-même qui me remplace. Ainsi, comme nous l'avions espéré , nous nous trouverons ensemble â cette fête, mon très-cher frère, pourvu que les Favergiem aient le bonheur de voir M. Favre à Faverges. Pour moi , dès que j'aurai connoissance de votre arrivée, je n'enverrai personne à votre rencontre comme de ma part, mais je vous ferai voir votre apprenti joyeux et content, et puis nous irons à la maison Tulliane (de Thuilles) , car on ne sauroit lui donner un plus beau nom. Nous nous dirons le reste de bouche à bouche. J'ai remis hier votre lettre à mon Ëvêque , qui l'a lue plusieurs fois avec un plaisir extraordinaire.

M. de Montrolier revenant aujourd'hui chez le marquis de Saint-Sorlin, je l'ai salué fort à propos en votre nom, et je regarde comme un bonheur de pouvoir graver dans mon esprit les dernières paroles qu'il a prononcées sur vous à mon départ d'Annecy.

pracsentiam etiam pro matre vicariam cuiquam tune conferre^ cùm ex eâ ab amantissimo tuo aspectu sequeretur absentia, factum est ut rébus aliter succedenlibus mater ipsa vices jam measexpleret. Quarè quod anteà sperabamus^ erimus simul, frater amantissime, hisce liberallbus, si intra Fabricarum limina Fabrum viderint Fabricerises. Ego namque cùm primùm scivero adcsse te intra Fabricensium limina, non committam, sed alacrem videas tyronem; succedetque Tulliana deindè casa, quœ Tulliani nomen sortiri non potest meliori modo. Cœtera coram. Litteras Antistiti meo heri reddidi, quas mira ^oluptate iterùmet iterùm perlustravit.

Dominum de Montrotier hodiè ad Marchionem Sansorlinum redeuntem tuo nomine adeô opportune salutavi, ut cum eo vel eâ causa actum optimè ducam, quôd de te Annecio ultima discedenti verba animo sin* injecta, quasi odoratissimum oblectamentumc

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LETTRE

DU SÉNATEUR FAVRE A S. FRANÇOIS DE SALES

Sur les recommandations relatives aux procès portés devant le Sénat

de Savoie.

Chambéry, le 31 mars 1594.

Le vœu que j^avois fait de garder le silence, et dont je reconnois aujourd'hui l'inopportunité , a du céder à la lecture de votre lettre, qui me fait voir qu'en interrompant notre correspondance, vous n'aviez eu nullement le désir de la cesser.

Je vous écris donc de nouveau , afin que vous sachiez que je n'ai et n'aurai jamais d'autre vœu que de régler mes pansées et mes actions sur les vôti'es.

Quant à l'affaire des TuUiens {du château de Thuilles) ,

1 L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 13e parmi les lettres inédites de la collection-Biaise.

Fratri dulcissin».' IVancisco de Sales, ecclesiae Gebennensis praeposito,

Antonius Faber S. D.

Ex urbe et ex lempore, pridiè calendas aprilis 1594.

Silentii mei Tctum, et ego nunc quidem agnosco, improbiim^ f régit lectio tuarum litlerarum, exquibuscognovi in tantâ istâ taciturnitat» nihil minus quamtacendi animum te in volis habuisse.

Itaque rescribo ad te , ut intelligas id unum mihi votum esse foreque perpetuum , ut voluntates et actiones meas omnes ad exemplum tuum accommodem.

De Tullianorum negotio quod habes^ gratiam facis lu liberahter.

VOUS VOUS montrez bien généreux en regardant comme un bienfait de ma part des devoirs que je ne pouvois omettre sans péché.

J'ai fait pour la cause de Millière * ce qu'il étoit possible de faire en ce moment , et je lui prouverai , en toutes autres circonstances, que votre recommandation est profondémen gravée dans ma mémoire.

Je n'ai pas encore fixé l'époque de mon voyage auprès de vous; mais si quelque chose s'y oppose, ce sera à vous à venir ici, car vous me l'avez promis depuis bien longtemps. D'ailleurs j'aime mieux vous voir ici qu'à Annecy.

En attendant, portez-vous bien, et que le Seigneur vous comble de joie et de bénédiction.

1 Ou Mellier, le même sans doute dont il sera bientôt question , n» XVII.

qui in beneficlorum loco ponis officia quae a me sine scelere praetermitti non potuerunt.

In Millierei causa feci quod imprgesentiarum fieri potuit , curaboque in caeteris omnibus ut commendationis tuae memoriam sentiat apud me manere alla mente repostam.

De meâ ad vos profectione nihildùm habeo constituti ; sed si quid me morabitur, tuum erit quam mihi jampridem dedisti fidem praestare, et ad nos venire. Hîc enim videra te quam Necii malo.

lûtereà benè vale, et in Christo leetus sanusque vive.

LETTRE'

DE S. FRANÇOIS AU SÉNATEUR FAVRE

Saint François lui parle de leur amitié , et lui recommande les procès dont

il a déjà été question.

Ce ne fut pas seulement avec empressement , mon cher frère, mais avec une véritable anxiété que je cherchai ces jours derniers à découvrir les personnes qui dévoient vous visiter, et , par une fatalité déplorable , personne ne m'a fait part de son voyage. Pouvois-je croire que les gens de M. de Charmoisi, que ceux de M. de Beaumont, que Chappat, que M. Portier, chanoine de notre Eglise, dussent partir sans m'en donner avis? Aussi ne jugeai-je pas à propos de les questionner à cet égard. Enfin, Chappat me procure l'occasion de vous tracer quelques lignes à la hâte : j'en profite,

* L'original en est conservé au monastère de la Visitation d'Annecy. C'est la 14« inédite de la collection-Biaise.

XVÏl.

Antonio Fabro Senatori Franciscus de Sales, Praepositus Ecclesiee

Gebennensis, S. D.

Ego autem^ frater suavissime et optime, his omnibus praeteritis diebus non diligens tantùin^ sed anxius fui in quœrendo unus {lege unum) ex multis qui ad \os fuerunt^ atque (lege at), quœ mea sors fuit t ut quos ( lege qui), si discederent, de suo discessu me certiores facerent^ non inveni. Non enim id vel à servis domini de Charmoisi aut domini de Beaumont , vel à domino Porterio , ecclesiss nostrae canonico, vel à Chappatio expectabam, ut me inscio discederent, quod vel in primis causae fuit ut de iis nihil inquirerem. Jam vero

mon bon frère, et je vous prie d'être persuadé que vos lettres me comblent de joie sans jamais me fatiguer. Car telle est la douceur de votre style, que, loin d'ennuyer, elle charme re3prit le plus blasé ; tandis qu'une douceur trop fade a coutume à la longue d'exciter le dégoût. La seule chose qui me tourmente le plus , ce sont les démarches sans nombre , c'est le tracas où vous engage votre bienveillance pour mes protégés ; et si, d'un côté, cette preuve d'amitié me flatte, je suis désolé aussi de vous voir y sacrifier vos précieux instants de loisir.

Je vous adresse encore une veuve respectable, madame Villée, à qui vous prenez intérêt en ma considération.

Parlons maintenant de Rodolphe Mellier, ce bon paysan de nos environs. En le recommandant à votre bonté, je vous remercie mille fois par avance d'une faveur à laquelle mon peu de mérite m'empêcheroit de prétendre. Je ne crains pas qu'on m'accuse de favoriser une mauvaise cause, si par mégarde je faisois une demande hasardeuse ; car un nomme qui

Chappatius laconicam mihi profert scribendi occasionem, quâ dùm utor, laconicè peto à te, frater optime, ne unquàm, siquidem me, quod facis, scribendoexpleveris, satiatum credas. Sunt enim tuae Utterœ ejusmodi, ut vel insipidissimuragustum reficiant semper obruant, autera nunquàm ; imperfectae namque suavitatis est copia obtundere gustatum. Obruunt me potiùs tôt tantaque bénéficia, quibusnon sine labore Tullianis nostris tuam in Salesios tuos benevolentiam navasti quae quâ parte tui in me amoris sunt eftectus recréant , illa etiamsi plurimùm obruuiît, dùm cum tanto otii sacri tui incommodo proficiscuntur.

Mitto nobilem viduam Villaeam, cujus causa tam benè meî gratiâ apud te est.

Yenio ad Rodolphum MeUierum Torentianum rusticum, quem dùm ut commendatum habeas peto, jam nunc gratias ago, quantas maximas possum, quôd mese commendationi longé plus déferas, quàm meis meritis déferre te par esset. Neque verô cuiquam videri possum causam temerariam fovere velle, si quandô ejusmodi tibi per

présenteroit du chrysocale pour de For à un orfèvre habile tel que vous*, ne sauroit être soupçonné de mauvaise foi.

Mais enfin je termine : ayez patience, je vous prie. Vous "viendrez donc immédiatement après les fêtes de Pâques. Certes, je ne pouvois apprendre de nouvelle plus agréable de la bouche de M. de Charmoisi; nous avons passé une bonne partie de la nuit dernière à nous entretenir de vous. Nous vous attendons, lui et moi, avec la plus vive impatience. Mais, pour mon compte, ces jours de solennités que j'aurois trouvés si courts à cause des augustes mystères dont ils nous rappelleront la mémoire, me paraîtront d'autant plus longs, que mon attente sera plus vive.

Adieu, mon cher frère, frère trois fois cher.

* Il joue ici de nouveau sur le mot faber, traduction latine du nom de Favre.

ignorationem commendarem ; non enim aurichalcum pro auro dare velle malâ fide videri débet, qui peritissimo Fabro offert.

Sed missa hœc jam facio , bona ver ha quœso. Venies igitur posx festa paschalia quamprimùm ; nihil jucundius accidere mihi potuit quàm id audire ex domino de Charmoisi, quocum heri in multam noctem mihi de te fuit sermo. Expectamus te uterque avidissimè, hoc tamen cum incommodo meo, quôd dies Crucifixo nlemnes qui mihi ob divinorum tam solemnem et lectissimam celebrationem brevissimi mihi futuri erant , eô longiores futuri sunt quô te avidiùi expecto.

Vale, frater, iterùm etiterùm suavissime.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. Ço

xvni.

LETTRE

AU SÉNATEUR FAVRE

Sur Tordre à suivre dans le pèlerinage à Aix par les pénitens des deux caafréries de la Sainte-Croix j tant d'Annecy que de Chambéry.

Monsieur et très-cher frère ,

Il s'en falloit fort peu que je n'eusse achevé une autre lettre pour vous envoyer, quand Soudan m'a rendu la vostre dernière, toute remplie de la tres-suave odeur du sainct Esprit; en rejettant donc celle-là, je responds à ceste-cy. Lotjange soit à Dieu pour tous vous par nostre Seigneur Jesus-Christ (à fin que j'use des paroles de sainct Paul), parce que vostre foy est maintenant annoncée par tout. Nous ferons donc le pèlerinage à Aix, ainsy que vous nous escrivez, et selon que nous l'avons desseigné, le troisiesme jour de Pentecoste, en la mesme manière que vous vistes l'autre jour que vous estiez icy, et dirons les mesmes litanies du Crucifix. Nous marcherons à pieds nuds; car nous croyons que le lieu où nous allons est sainct , estant orné de ce bois tres-precieux , auquel Dieu s'est monstre à nos pères avec une charité bien plus ardente que dans le buisson de Moyse : toutesfois nous ne ferons pas tout le chemin de la sorte, mais seulement quelques lieues; car nous l'avons ainsi ordonné , non sans raison. Parce que pour remettre nos forces il sera nécessaire de prendre quelque réfection , nous avons résolu de nous retirer tous en un mesme logis,

1 Tirée de la Vie du Saint par Ch.-Aug. de SaleSj tom. I, pag. 86-88.

où nous disnerons tous ensemble , modestement et f l'u.o-al^ ment, cependant que Ton fera lecture de quelque livre de dévotion, à fin que l'on ne mesle point de discours prophanes parmy un saint et sacré pèlerinage. Je ne puis pas bonnement vous dire l'heure certaine, puis qu'une grande troupe de gens a voulu entreprendre le mesme pèlerinage, quoy que c'ayt esté contre nostre gré, principalement quelques dames, que jamais nous n'avons peu divertir de ceste resolution, parce que nostre confrérie les avoit du commencement admises à la communion , et autres exercices de dévotion. Certes, nous tascherons d'ouyr la messe en l'église de la sainte Croix d'Aix devant midy , et pource, nous croyons de pouvoir arriver devant midy, ou à dix ou à onze heures, et peutestre plus tost. Il vous appartiendra, si vous venez un mesme jour, de nous y attendre, parce que vous estes plus proches et n'estes pas empeschez d'un si grand nombre de personnes que nous. Ainsy, mon très-cher frère, il ne se pourra pas que ceste fraternité ne soit vraye, qui doit estre jurée en la présence de ce bois qui a reconcilié les habitans immortels du ciel avec les habitans. de ceste terre inférieure. Et il ne faut pas que j'oublie une chose merveilleuse : que vous avez sceu la resolution de nostre pèlerinage à mesme temps qu'à peine Pavions-nous déterminé ; car nous deliberasmes tant seulement de cela mercredy passé ; si qu'il semble que cela ayt esté faict par la permission divine, et que nous ayons eu les uns et les autres le mesme sentiment , parce que nous regardions à une mesme croix. Que Dieu en soit loué. Je vous envoyé les reigles et constitutions de nostre confrérie descriptes par ordre; si vous trouvez qu'il y ayt quelque chose à changer à cause de la variété des lieux, vous pourrez faire le changement. Il faut tant seulement que nous ayons tous tant que nous sommes une loy perpétuelle : c'est que nous soyons tous appelez enfans de Dieu , et que nous taschions tous véritablement de Testre. Mais il est temps de

Tioiis mettre en chemin. Portez-vous tousjours bien, mon tres-cher et tres-bon frère, et que le tres-sainct Crucifix vous soit à jamais propice. Nous vous saluons derechef, tous tant que nous sommes , avec tous les autres enfans de la tressaincte Croix , esperans de vous a oir bien tost , et de vous parler bouche à bouche , à fin que nostre joye soit entière au Seigneur.

AUTRE LETTRE

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