A MADAME DE D R É E
Le Saint lui annonce la mort de sa mère.
16 mars IGIO.
Madame ma très chère cousine,
J'aiirois tort d'avoir tant attendu à vous rendre les actions ■de grâces que je vous dois, pour la souvenance que vous avés à moy tesmoignée par le petit poulet que mon fi'ere m'apporta, si je n'avois esté distrait par le trespas de ma pauvre bonne mère, qui m'obligea d'estre à Sales quelque tems pour rendre cette dernière assistance à cette chère personne. Mon excuse est fascheuse ; je m'asseiire à vostre coeur qui de sa grâce aymoit fort cette amie défunte, laquelle de son costé vous honnoioit d'une affection toute dédiée à vostre service. Mais, ma clieie cousine, vousserés toute consolée, quand vous sçaurés qu'elle vous a laissé toutes sortes d'argumeriâ ^'espérer que son ame est recetie en la main dextre de son Dieu, qui est enfin l'unique bonheur auquel nous aspirions en toute (circonstance) de cette basse et misérable vie mortelle.
Or, il faut bien, ma chère cousine, que rous m'aymiés ua peu plus maintenant, pour reparer le manquement que j'auray en terre de l'amour que cette mère me portoit. Faites le, je vous supplie, chère cousine, et soyés bien dévote, tandis que je m'attens de vous revoir bientost icy, selon l'asseurance que vous en donnastes à mon frère, et tous-jours
* L'autographe en appartenoit à M. le comte Thomas Valperga - Chevron, Cest la 123e inédite de la collection-Biaise,
et par tout je serai , Madame ma cousine, vostre humble et plus affectionné cousin et serviteur,
François, Evesque de Genève,
P. S. Oserois-je bien demander par vostre entremise , ma chère cousine, le pardon requis à la faute que je fais de ne point escrire à Monsieur le Baron mon cousin? Certes, c'est que je suis fort pressé d'escrire. Mais je ne finirai jamai» û'estre son serviteur bien humble *•